Chapitre 24

 

            Comme prévu, Shin s’occupa du cas de Kaigan. Il le força à démissionner de tous les petits boulots afin qu’il se concentre sur celui de son père. Le matin, Shin les accompagnait au parc pour courir avec eux. Il put ainsi revoir les frères Morita. Il fut agréablement surpris par l’état mental de Shion. Même si Sawako et lui revenaient souvent au Japon, il n’avait pas eu l’occasion de revoir les deux frères. Son dernier souvenir remontait à plus de dix ans. Shion se trouvait à l’hôpital dans un état proche de l’éternel enfant dû à l’injection de la drogue rouge du dragon par son propre père.

 

            Les médecins affirmaient clairement que le jeune homme de l’époque ne vivrait pas longtemps et ne retrouverait jamais son état normal. Mais, Shion les avait fait mentir. Avec le soutien de son petit frère, d’Ikkei le compagnon d’Araki et des parents de celui-ci, Shion avait remonté la pente assez rapidement à la surprise de tout le monde. Il eut du mal d’ailleurs à le reconnaitre. Ce n’était plus un homme taciturne, mais plus agréable, moqueur et excentrique. Araki l’informa également que Shion écrivait son autobiographie. Son livre racontait son enfance et son calvaire jusqu’à maintenant.

 

            Le japonais avait bien du mal à lire l’histoire, car elle le prenait aux tripes. Shion ne ménageait rien. Il parlait crument et il ne se cherchait pas d’excuse pour sa méchanceté envers son frère ou son cousin. Shin remarqua aussi le lien unissant Hans et Shion. Un lien qui perturbait Kaigan, car son jumeau s’éloignait de plus en plus, même s’il restait quand même proche, mais leur relation devenait différente de celle qu’ils avaient quand Hans sortait avec Rojer.

 

            Shion voulait Hans en exclusivité. Il ne voulait pas qu'un intermédiaire s’incruste dans sa relation avec le jeune homme. Pourtant, il acceptait clairement que Hans reste en contact avec son ex ou le frère de celui-ci. C’était très contradictoire. Shion était ainsi, il ne fallait pas chercher à comprendre.

 

            Akira et Matt arrivèrent le vendredi au soir. Les jumeaux les assaillirent aussitôt, leur posant plein de questions sur le voyage à travers le pays. Akira fut ainsi soulagé de s’apercevoir que ses fils ne leur en voulaient pas de les avoir laissés seuls aussi longtemps. Shin ne put s’empêcher de se moquer de son frère avec un plaisir évident. Matt fut stupéfait par le changement des garçons. Leurs nouvelles vies les avaient métamorphosés et les avaient embellis également.

 

            Chacun d’eux avait enfin trouvé son identité propre. Il en fut soulagé. Même s’il appréciait le lien qui unissait les jumeaux, il voulait avant tout que chacun trouve sa place dans la vie. Hans semblait en bonne voie d’y arriver, quant à Kaigan, avec l’aide de Shin, il devrait d’ici peu y parvenir à son tour.

 

            Pourtant, la joie des retrouvailles fut un peu brisée par une nouvelle provenant de France. Les jumeaux apprirent par Rand que Léon se trouvait à l’hôpital après avoir été battu à coup de batte de base-ball. Il avait été retrouvé dans une route adjacente de son lieu de travail par un de ces collègues de chantier. Le plus atteint par cette annonce fut Hans. Léon avait toujours été et serait toujours son meilleur ami, même s’il connaissait les sentiments que le jeune français avait pour lui.

 

            Rand les rassura du mieux qu’il put. Léon avait perdu connaissance, mais sa vie n’était pas en danger. Il avait quelques côtes cassées et une épaule déboitée. D’après la police, il avait eu énormément de chance. Il avait su protéger sa tête. Mais là où les garçons furent le plus choqués, fut quand ils apprirent le nom du coupable. Les rumeurs sur le dos de cette fille s’étaient révélées exactes. Candice, l’ex-petite copine de Léon, avait des tendances schizophrènes.

 

            Malgré les mois passés depuis leur rupture, elle avait décidé du jour au lendemain de lui faire payer sa rupture. Elle l’avait suivi pendant plusieurs semaines sans que celui-ci ne s’en rendent compte, puis elle l’avait attaqué alors qu’il se rendait vers l’arrêt de bus le ramenant chez Carlin. Elle avait attendu qu’il soit seul dans cette rue pour le frapper par l’arrière. Il n’avait rien vu venir. La police l’avait arrêté alors qu’elle rentrait chez ses parents comme si de rien n’était.

 

            Tout le dimanche, les jumeaux restèrent chez eux. Ils s’inquiétaient pour leur ami. Akira les rassura sur l’état de santé de Léon. Toute la famille Amory et Carlin se trouvaient auprès de lui pour le soutenir. Rojer leur téléphona également pour discuter un long moment avec Hans en privé. Rojer n’était pas aussi stupide qu’il aimait le faire croire. Il connaissait son ex-petit ami. Il se sentirait responsable de l’attaque de Léon même s’il n’y pouvait rien. Personne n’aurait pu prédire que cette fille déciderait de l’attaquer.

 

            Quand Hans réapparut après sa conversation avec Rojer, il semblait plus serein à nouveau. La soirée fut plus agréable également surtout grâce à Shin qui décida de taquiner son chaton. Il fit en sorte de faire participer les jumeaux afin de les dérider. Petit à petit, Hans s’intégra et se mit en devoir d’ennuyer le japonais à son tour, tout en faisant en sorte que les coups donnés soient reçus sur Kaigan.

 

            Le lendemain, la sonnette de la porte d’entrée retentit très tôt le matin. Sawako se trouvait dans la cuisine préparant des gâteaux, envoya Akira pour ouvrir à l’intrus qui s’acharnait sur le bouton. Le frère de Shin grimaça devant cette insistance. Il ouvrit et il se retrouva devant un japonais inconnu.

 

            Pour un japonais, Akira le trouva plutôt séduisant même s’il tilta sur la couleur des cheveux de l’homme. Celui-ci ne les portait pas noir comme la plupart de ses compatriotes, mais bleu dans une coupe classique. Il portait également une paire de lunettes noires lui donnant un air plus intellectuel.

 

— Konnichiwa, Soba-san.

 

            Interdit, Akira resta un instant sans voix. Comment cet homme qu’il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam pouvait savoir son nom ? Avant qu’il ne puisse répondre, l’homme le bouscula gentiment et lui passa à côté sans permission. Devant le toupet de l’homme, Akira allait l’interpeler, mais il n’en eut pas l’occasion. Il entendit le cri de Sawako.

 

— Bordel, Shion ! Ne viens pas chez nous pour venir mettre le souk !

 

— Calme-toi, Sawa chan, sinon tu vas faire une crise d’urticaire, répliqua simplement l’intrus d’une voix très calme.

 

— Mais, ce n’est pas vrai ! hurla à nouveau Sawako ! Ne m’appelle pas Sawa chan ! Hans !!!!!!!!!!!!!!!

 

            Akira jeta un coup d’œil dans la cuisine. Sawako menaçait son compatriote avec une fourchette. Celui-ci, les bras croisés, était déjà couvert de farine. Mais qui était donc cet énergumène ? Et pourquoi Sawako appelait-il Hans ? Les jumeaux arrivèrent en même temps, intrigué par les cris du japonais. Kaigan eut du mal à retenir un fou rire. Hans lui secoua la tête, amusée. Sawako les vit et s’exclama :

 

— Hans ? Occupe-toi de ce démon, s’il te plait. Et fais en sorte qu’il ne remette plus les pieds dans ma cuisine.

 

            Hans entra dans la cuisine et s’approcha de l’intrus. Celui-ci ne faisant plus cas de Sawako se tourna vers le jeune homme. Après tout, il était venu jusqu’à cet appartement pour le voir. Il lui adressa un sourire éblouissant. Le jeune français lui répondit et lui prenant la main le tira pour l’amener dans la salle de bain afin de nettoyer les dégâts.

 

            Akira suivit le couple en silence, stupéfait. L’intrus se laissait mener sans rien dire. Il semblait même plutôt ravi. Kaigan se rapprocha de son père.

 

— Tu devras t’y faire, papa. Tu risques fort de le voir souvent. Cet homme est sous le charme de Hans et c’est réciproque.

 

— Ah ! M’y faire, j’y arriverais, mais ce serait sympa de me dire qui il est, non.

 

            Shion suivait docilement sa lumière. Depuis qu’il connaissait ce jeune homme, il avait l’impression d’être un illuminé. Hans brillait tellement qu’il l’éblouissait tout comme Ayato l’avait été à l’époque. Arrivé dans la salle de bain, Hans se chargea de retirer la farine sur la chemise noire de Shion. Le japonais ne faisait aucun geste pour l’aider. Il le fixait droit dans les yeux, le mettant à mal. .

 

— Pourquoi n’es-tu pas venu courir hier et aujourd’hui ?

 

            Hans s’arrêta et resta pensif un instant. Il n’osait pas redresser la tête. Il était trop proche. Il sentait la chaleur de Shion. Une forte envie de se mouler contre ce corps le tenaillait, mais il n’arrivait pas à faire les premiers pas. Pourquoi se sentait-il si timide ? Il ne l’avait jamais été.

 

— Je n’étais pas d’humeur.

 

— Mmmh ! Hans est cruel. Il ne pense pas assez à Shion. Shion était très triste de ne pas voir apparaitre sa lumière comme chaque matin.

 

            Sa lumière ? Hans releva les yeux. Ils furent capturés par le regard noir intense du japonais. Le jeune français pouvait entendre son cœur battre la chamade. Il était troublé. Shion le remuait comme jamais. Il n’avait plus ressenti ce genre de sensation depuis longtemps. Shion se pencha et déposa ses lèvres sur celles entre-ouvertes de son interlocuteur. Surpris d’abord, Hans répondit à l’invite de la langue si chaude et envoutante qui le titillait avec une certaine impatience. Ses mains vinrent automatiquement se nicher derrière le cou afin d’attirer Shion plus près. Son corps se moula de lui-même contre la chaleur comme il l’avait désiré.

 

            Tout content, Shion entoura la taille du français pour le serrer encore plus fort et en profita pour approfondir le baiser échangé. Combien de temps dura-t-il ? Aucun des deux ne pourrait le dire, mais ils s’en fichaient un peu à vrai dire. Quand leurs têtes se redressèrent, Hans se passa la langue sur les lèvres encore étourdies. Il posa ensuite son front contre la poitrine de Shion. Celui-ci gardait les mains sur la taille.

 

— Qu’es-tu en train de faire, Shion ?

 

— Shion veut Hans. Et Hans ? Il veut quoi ?

 

            Troublé, même très troublé, Hans ne savait pas quoi répondre. Il hésitait encore.

 

— Je… Je ne sais pas. Je n’ai jamais eu ce rôle. Je ne sais pas comment le dire ou quoi faire. C’est idiot, je ne suis pas novice.

 

— Un peu, tu l’es. Tu n’es sorti avec Rojer et personne d’autre depuis. Je me trompe ?

 

— Non, tu as raison. Je crois que je te veux aussi, mais en même temps, j’ai la trouille.

 

— Aurais-tu peur pour tes charmantes petites fesses ?

 

            Hans sentit ses joues rougir, mal à l’aise. Puis, il haussa les épaules et se mit à rire.

 

— Bien évidemment ! Je suis complètement vierge à cet endroit, baka.

 

            Shion déposa un autre baiser sur les lèvres avant de déclarer solennellement.

 

— Shion en prendra grand soin.

 

— Baka ! Tient en y pensant, n’avais-tu pas rendez-vous à l’hôpital aujourd’hui ?  

 

            Shion hésita un instant. Puis, il annonça qu’il ne voulait pas s’y rendre. Il préférait rester avec le jeune homme. Hans secoua la tête négativement.

 

— Hors de question, tu dois t’y rendre. C’est important, Shion. Mais, je peux t’accompagner, si tu le désires.

 

            Il n’eut pas besoin de réponse en voyant le regard noir s’illuminer. Il venait de faire un heureux. Hans se rendit compte de son envie de voir plus souvent ce regard s’allumer de cette joie.

 

— Hans restera avec Shion toute la journée, n’est-ce pas ? Tu me le promets.