Chapitre 20

 

            Deuxième partie : Le Japon.

 

            Les jours restant avant le départ des jumeaux au Japon se passèrent à une rapidité épouvantable. Rand et Léon n'avaient pas très envie de voir leurs meilleurs amis partir au loin. Ils avaient peur d'être oubliés après une amitié solide depuis leur enfance. Pour Kaigan également, son départ imminent le tiraillait. Il passait le plus claire de son temps avec la seule fille qui avait réussi à lui voler son cœur.

 

            Alvis restait elle-même. Elle serait triste de le voir partir, mais elle ne voulait pas le forcer à rester. Il avait pris sa décision. Il devait en assumer la responsabilité. Elle avait saisi à quel point il se cherchait. Il avait toujours été entouré de personnes plutôt exceptionnelles comme ce peintre Carlin Oda. Mais, il connaissait aussi Erwan Miori, le P.D.G. de la Miori Corporation. Elle se souvenait très bien de cette rencontre due au hasard.

 

            La jeune fille voulait offrir un cadeau à son père pour son rétablissement. Erwan l'avait alors emmené jusqu'à Bordeaux, dans la rue Sainte-Catherine afin de trouver la bonne boutique. Elle n'avait jamais eu trop l'occasion de se rendre là-bas. Étant donné que la température était au plus haut, elle aurait pensé que cette grande ville serait vide de ses occupants. Mais, elle se trompait lourdement.

 

            La rue était bondée comme souvent. Alors avec tout ce peuple dans cette rue, comment avaient-ils réussi à se retrouver face à face avec ce couple ? Elle les avait aperçus au loin. Ce couple composé d'un homme plutôt grand et dégageant un charme imposant et juste à ses côtés, une créature tout aussi magnifique et énigmatique avec un sourire d'ange. Alvis ne les connaissait pas, mais ces deux hommes ne passaient vraiment pas inaperçus. Alors quand, Kaigan eut une exclamation en les voyants. Elle n'en fut pas trop étonnée. Les jumeaux connaissaient beaucoup de monde.

 

            Mais de là à imaginer que l'homme au regard de saphir était un personnage aussi important, elle en fut stupéfaite et intimidée. Il était plutôt difficile de le regarder en face sans avoir une forte envie de les baisser. De plus, elle fut quand même saisie, de voir à quel point le P.D.G. était quelqu'un de si jeune. Kaigan lui expliqua qu'Erwan était le petit fils du véritable directeur. Il l'informa aussi qu'Erwan était son cousin.

 

            Depuis sa rencontre avec les jumeaux, Alvis avait vu sa vie chamboulée dans tous les sens du terme. Elle s'était faite des amis sincère alors qu'elle n'en avait jamais eu avant. Elle était tombée amoureuse pour la première fois de sa vie. Elle avait rencontré des personnes incroyables et intéressantes. Sa famille se reformait également. Que pouvait-elle demander de plus ? Jamais, elle n'avait été aussi heureuse.

 

            Alvis n'aurait jamais assez de mots pour exprimer sa gratitude envers les jumeaux. Ils avaient contribué à faire d'elle ce qu'elle était maintenant. Elle savait ce qu'elle devrait faire et pour cela, elle acceptait de souffrir de l'absence de ce garçon qui lui faisait battre le cœur. Elle désirait ardemment qu'il trouve sa voie et réalise ses désirs. Elle ferait en sorte d'en faire autant avec l'aide de ses nouveaux amis. Rand, Léon et Maqui avaient promis de rester en contact et de s'entraider si besoin était.

 

            Une chose que remarqua tout de même Kaigan était l'attitude de Hans. Plus, les jours approchaient du départ et plus celui-ci se renfermait. Il semblait extrêmement nerveux. Kaigan voulait bien aider son frère, mais il ne savait pas quoi faire, ni quoi dire.    Alors, il le surveilla, mais parfois, Hans disparaissait la nuit entière et il ne revenait qu'au petit matin encore plus sombre. Tellement inquiet, il finit par en discuter avec Carlin et Renko.

 

            Pour tout réconfort, Carlin lui demanda juste de faire confiance à Hans. Il ne faisait rien de mal et il le verrait bien assez tôt. Pour Kaigan, c'était une véritable énigme. Où son frère se rendait-il la nuit ? Et que faisait-il ? Deux jours avant leur départ, Kaigan céda et finit par suivre Hans.

 

            Quand il comprit, il en fut estomaqué. Hans se rendait au parc ne se trouvant pas très loin de leur ancien lycée. Il y rencontrait un homme. Au début, Kaigan ne voyait pas qui cela pouvait-il être jusqu'à que le visage de celui-ci apparaisse grâce à la lumière d'un lampadaire. Il n'y avait pas de doute possible, cet homme n'était autre que Rojer Amory. Pourquoi ? Complètement déboussolé, Kaigan rentra chez Carlin sans trop comprendre comment. Il aimerait bien savoir la raison de ces rencontres. Ils avaient rompu, n'est-ce pas ? Alors, pourquoi ?

 

            Kaigan n'en sut rien. Il n'eut pas le temps d'en discuter avec son frère. Les jours restants passèrent bien trop vite et le départ arriva. Leurs amis les accompagnèrent à l'aéroport, sauf Alvis. Son père rentrait ce jour-là de l'hôpital. Kaigan préférait la savoir avec sa famille. Leur séparation faisait déjà trop de mal pour en rajouter. Rand promit à Kaigan de veiller sur elle.

 

            Le trajet jusqu'au pays du soleil levant fut long et fatigant. Ils débarquèrent à l'aéroport de Narita vers vingt-trois heures du soir. À moitié réveillée, ils furent accueillis à grand cri par Sawako et Shin. Les jumeaux furent agréablement surpris. Ils avaient pensé que leur parent serait là, mais Akira et Matt se trouvaient toujours en voyage d'amoureux. Les deux hommes profitaient d'être à la retraite pour visiter le pays de fond en comble.

            Sawako leur expliqua qu'ils leur avaient trouvé un appartement dans le quartier de Shiodome. Ils étaient libres de faire ce qu'ils voulaient de leur temps pendant quelque temps. Shin s'excusa auprès de Kaigan également. Il ne pouvait pas le prendre avec lui au travail pour le moment. Il devait se rendre en Chine pour un mois ou deux. Ils devront tenir compagnie à Sawako.

 

            Dans un sens, ils auraient ainsi le temps de s'habituer à leur nouvelle vie dans un nouveau pays totalement différent du leur. Tout le long du trajet, Hans écoutait d'une oreille distraite. Il était plongé dans ses pensées. Shin lui jetait un regard sans arrêt par le rétro, inquiet de son silence, tout comme il l'était pour Kaigan. Il voyait bien que celui-ci n'allait vraiment pas très bien. Il pouvait lire une très grande tristesse dans son regard. Que s'était-il passé en France depuis leur départ ?

 

            L'appartement avait tout le confort européen et japonais en même temps. C'était un agréable mélange harmonieux. La réflexion de Kaigan fut qu'il allait se perdre dans cet immense appartement aux quatre chambres, d'une cuisine digne d'un chef cuisinier, d'un grand séjour et d'un salon confortable et chaleureux avec les dernières nouveautés électroniques.

 

            Leur première nuit fut assez tourmentée et difficile. Les jumeaux n'arrivant pas à trouver le sommeil dans un lieu qui n'était pas encore chez eux finirent par se retrouver dans le salon à cogiter et à se morfondre. Mais au moins, Kaigan eut enfin le temps et le courage de demander à son frère la raison de sa rencontre avec Rojer. Hans se troubla. Pourtant, il répondit avec bon cœur à la demande de son frère.

 

— Parce qu'il me manquait trop. Je ne regrette pas d'avoir rompu, mais je n'arrivais pas à me le sortir de la tête. Alors, je l'ai appelé et nous nous sommes vus régulièrement jusqu'à notre départ.

 

— Mais, pourquoi ? Tu te faisais du mal, Hans.

 

— Nous en avions besoin. Il le fallait pour mettre fin définitivement à notre relation. Nous avons parlé comme nous ne l'avons jamais fait auparavant.

 

            Kaigan se laissa aller contre le dossier du fauteuil. Il se passa une main sur son visage fatigué. Il soupira.

 

— Vous n'avez surement pas fait que parler.

 

            Hans sourit. Il bâilla et il se laissa tomber sur le canapé de tout son long. Sa tête se retrouva sur la cuisse de son frère.

 

— Hé ! Je ne suis pas un oreiller.

 

— Tais-toi ! Tu me consoles et je te console.

 

— Baka* !

 

            Hans émit un petit rire. Il bâilla à nouveau.

 

— T'a raison, Kaigan. J'ai couché avec Rojer. Est-ce que c'est mal ? Nous en avions envie, mais c'est étrange. De l'avoir fait m'a fait un bien fou et ça m'a remis les idées en place.

 

— Ah oui ? Alors, pourquoi étais-tu si sombre depuis quelques jours ?

 

— Ah ! J'avais l'air si lugubre ? Je réfléchissais à ma vie, c'est tout.

 

            Hans se redressa et fixa son jumeau. Il pencha la tête.

 

— As-tu une envie de pleurer, Kaigan ?

 

— Hein ? T'es malade ! Pourquoi me demandes-tu ça ?

 

— N'es-tu pas triste de ne plus être avec Alvis ? Je suis certain que Rand ou Maqui lui prêteront leur épaule pour pleurer, mais toi ?

 

            Kaigan détourna les yeux. Un homme ne pleurait pas.

 

— Je savais ce que je faisais en sortant avec elle. Même si je savais que c'était stupide, je… je… Ah ! Merde !

 

            Kaigan lâcha un énorme soupir avant de poser sa tête contre l'épaule de son frère. Il ferma les yeux. Hans referma ses bras autour des épaules larges de Kaigan.

 

— Tu es le plus gros des baka que je connaisse, aniki*.

 

— Tu peux parler !

 

            Ils gardèrent le silence un long moment. Kaigan acceptant la chaleur de son frère comme consolation resta ainsi un long moment. Il finit par chuchoter.

 

— Suis-je stupide de préférer m'occuper de moi-même au lieu de rester avec la femme de ma vie ?

 

— Non, j'aurais surement agi comme toi. Tu aurais pu aussi trouver ta voie en restant avec elle. Mais te connaissant, tu te serais laissé vivre et tu n'aurais pas évolué. Vous n'êtes pas prêt ni l'un ni l'autre. Alvis est mûre pour son âge. Elle a déjà la charge de sa famille. Nous avons vécu dans un cocon même si nos parents nous ont appris à vivre par nous même. Nous avons besoin de grandir et de voir le monde.

 

— Mmmh ! Mature, hein ? Ça veut dire quoi ? J'ai juste l'impression d'avoir loupé quelque chose. Quand est-ce que j'ai arrêté de rêver de détrôner Erwan par exemple ? Aaaaa h !

 

            Kaigan se redressa et s'étira. Il se mit à rire en voyant son frère bâiller une nouvelle fois.

 

— Mouais, nous ferions mieux d'aller nous coucher. Le décalage horaire nous fait raconter n'importe quoi et nous déprime encore plus.

 

            Il se leva et tendit la main à son frère pour le mettre debout. Celui-ci dormait à moitié déjà. Il dut le porter presque jusqu'à une des chambres. Bien évidemment, il tomba avec son frère et il n'eut aucune occasion de se relever, car Hans l'en empêcha. De guerre lasse, il s'allongea un peu mieux et il sombra assez rapidement dans un sommeil de plomb.

 

            Quand Sawako vint leur rendre visite au petit matin, il sourit amusé. Cela faisait une éternité qu'il ne les avait pas vu enlacer comme deux petits anges. Ils avaient grandi, mais pour le Japonais, ils étaient toujours de petits diables mignons et affamés, alors il se dépêcha de se rendre à la cuisine afin de leur préparer un repas de bienvenue.