Chapitre 7

 

            L'avantage de vivre dans la rue piétonne était non seulement les voitures ne vous gênez pas, mais en plus, le centre commercial se trouvait à quelques minutes à pieds. Hans se dirigea d'un pas vers ce lieu. En cours de route, il songea qu'il avait oublié de demander l'argent nécessaire à Matt.

 

            Puis, il haussa les épaules. Il débourserait de sa poche, Matou le rembourserait ensuite comme d'habitude. Il faisait l'énumération de la liste de course quand il entendit quelqu'un l'appeler. Il sursauta et il se retourna. Il aperçut Rojer se rapprochant en courant. Le garçon s'arrêta devant son petit-ami tout essoufflé. Autour d'eux, les habitants se promenaient gaiement sous la chaleur de l'été.

 

            Rojer, penché en avant, reprenait son souffle. Il n'avait pas l'habitude de courir comme un dératé. Il prit enfin une grande inspiration et il se redressa. Il vit dans les prunelles de son amant une lueur amusée. Rojer fronça les sourcils. Il n'aimait pas du tout que l'on se moque de lui. Tout en donnant un coup dans l'estomac de Hans, il lui fit passer un portefeuille.

 

            Avec une grimace, Hans récupéra le bien. Il reconnut le portefeuille de Matt. Il jeta un coup d'œil surpris à Rojer. Celui-ci expliqua :

 

— Matt m'a envoyé de l'apporter. Il a dit que tu en aurais surement besoin.

 

— Pfft ! Je pouvais avancer. Mais, c'est gentil de me l'avoir amené.

 

            Rojer râla pour la forme.

 

— Mouais ! Si tu le dis. Mais, t'es pénible ! Pourquoi m'as-tu laissé derrière avec Kaigan ? Tu le sais pourtant qu'il adore me martyriser.

 

— Pauvre chou.

 

— Vas-y fou toi de ma gueule !

 

            Hans émit un petit rire.

 

— Maintenant que tu es là, tu m'accompagnes ?

 

— Je te lâche plus.

 

            Sans prévenir, Hans se pencha et déposa un baiser sur ses lèvres. Rojer entendit des exclamations choquées. Quand son champ de vision revint, il vit un groupe de vieille personne les observant horrifié. Il fit la grimace.

 

— T'es barge de m'embrasser devant tout le monde, crétin !

 

            Hans haussa les épaules et il lança à haute voix, se faisant ainsi entendre très bien du groupe.

 

— Je les emmerde si cela les dérange ! Allez, amène-toi ! Les courses ne vont pas se faire toutes seules.

 

            Perturbé comme pas possible, Rojer se mit en marche. Il fut encore plus troublé quand il sentit la main de Hans prendre la sienne. Il songea finalement qu'il avait de la chance d'être aimé ainsi. Il se sentait aux anges. Il sursauta en entendant la sirène d'une ambulance. Elle n'était pas très loin.

 

            Hans regardait autour de lui, mais il ne voyait pas où elle se trouvait. Il laissa tomber. Le centre commercial était blindé comme souvent le samedi. Il soupira, fataliste. Il tint solidement la main de Rojer qui le suivait en silence. Cela lui changeait. Habituellement, son amant adorait lui faire mille reproches. Enfin, ainsi il put faire les courses demandées sans problème.

 

            Finalement, il put passer assez rapidement en caisse. Il avait eu de la chance. Par contre, l'humeur de Rojer lui changea radicalement. C'était trop beau.

 

— Je peux savoir pour quoi je dois porter les sacs.

 

— Tu ne vas pas mourir parce que tu portes deux sacs, répliqua Hans, d'une voix calme.

 

— Mouais, t'abuses. Je ne t'ai pas accompagné pour te servir de larbin.

 

            Hans perdit un peu son calme. Il eut un geste agacé.

 

— T'es chiant, Rojer. Monsieur ne veut pas faire ceci, monsieur ne veut pas faire cela ! Par contre, je dois faire tout ce que monsieur dit ! Il y a des limites à ne pas dépasser, Rojer.

 

-Hé ! Parle-moi sur un autre ton ! Ragea Rojer. C'est de ta faute aussi. C'est toi qui me délaisses la plupart du temps.

 

            Hans inspira beaucoup pour retrouver son calme.

 

— Je t'aime comme un fou, Rojer. Mais, parfois, tu dépasses vraiment les bornes. Tu me reproches de travailler, mais c'est pour toi et pour toi seul que je le fais.

 

— Je ne t'en demande pas tant ! Se vexa le blondinet.

 

            Hans s'arrêta net et se tourna vers son amant. Les yeux verts pailletés d'or s'étaient un peu durcis. Rojer eut bien du mal à les fixer.

 

— Ah non ? Qui m'a demandé une semaine de vacances en Corse pour son anniversaire ? Ce n'est pas toi peut-être ? Et je fais comment à ton avis pour avoir l'argent nécessaire pour payer ce voyage pour deux ?

 

            Rojer sentit ses joues s'enflammer. Il ne savait pas pour les vacances. Mais, il se souvenait de l'avoir supplié quelques mois plus tôt pour un voyage en amoureux. Mais, il ne voulut pas reconnaitre son erreur.

 

— Bah ! Si tu demandais un prêt à Akira, à Matt ou même à Shin, je suis sûr que l'un d'entre eux te les aurait prêtés.

 

            Hans se détourna vivement avant de dire ou faire quelque chose qu'il regretterait. Rojer avait été trop gâté par son oncle. Tout en reprenant la route, il agrippa à nouveau la main de Rojer. Celui-ci le suivit boudeur. Hans laissa entendre tout de même.

 

— J'en ai assez de me répéter. Je ne veux rien demander à mes parents. C'est un cadeau, si je leur demande de me prêter l'argent, ce ne serait pas la même chose. Que tu le comprennes ou pas, je m'en contrefiche ! Je ne changerais pas pour autant. Tu devras faire avec mon petit Rojer.

 

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            Quand les deux garçons arrivèrent devant la boutique, ils la trouvèrent fermer à clef. C'était étrange. Hans fit le tour pour passer par les escaliers en colimaçon. La porte arrière était elle aussi fermée. Intrigué et inquiet, Hans l'ouvrit avec son propre trousseau. Heureusement qu'il avait pensé à le prendre.

 

            En entrant, il appela, mais personne ne répondit. Mais où étaient-ils tous partis ? Rojer entra à son tour et il se dirigea vers la cuisine pour déposer les sacs. Il trouva alors un mot sur la table. Il eut une exclamation.

 

            Hans l'entendant le rejoignit. Le message était de Kaigan. Il l'infirmait qu'Akira avait fait un malaise et qu'il avait été emmené d'urgence à l'hôpital. Hans eut du mal à avaler sa salive. L'ambulance entendue, c'était pour son père. Merde !

 

            Sans attendre, il ressortit de la maison en compagnie de Rojer. Il referma rapidement et d'un pas de course, il se rendit à un restaurant un peu plus loin. Dès qu'il pénétra, il se fit repérer par la propriétaire des lieux, Tabitha Valerne.

 

— Hans ? Qui a-t-il ?

 

— Papa vient d'être emmené à l'hôpital.

 

— Quoi ? Attends !

 

            La femme se dirigea vers le fond du restaurant, à une table assez éloignée. Hans vit alors arrivé comme un fou Carlin Oda, suivi de son compagnon, Renko Miori.

 

— Hans ! Que s'est-il passé ?

 

— Je… Je ne sais pas. Je reviens juste des courses. Papa avait l'air fatigué ce matin, mais…. je….

 

            Carlin se passa une main dans sa chevelure noir corbeau, parsemé de gris. Il posa une main apaisante sur la tête de Hans. Il ne fallait pas l'angoisser encore plus. Rojer serrait la main de son petit ami, inquiet lui aussi. Renko prit les choses en main.

 

            Le petit groupe prit la route pour l'hôpital. Carlin se mordait les lèvres. Il détestait depuis des années les hôpitaux. Il allait faire comprendre sa façon de penser à son ami de toujours. Il jeta un coup d'œil à l'arrière. Hans avait la tête baissée et il se tordait les doigts. L'inquiétude se lisait sur son visage. Mais, quel abruti, cet Akira ! Faire angoisser ses gosses de cette façon, il n'avait pas honte.

 

            Quand ils arrivèrent, Carlin fonça à l'accueil. Avec sa gentillesse habituelle dans ses lieux, la secrétaire grimaça. Elle le connaissait de vue et de nom. Elle l'avait même déjà rencontré cet artiste en dehors. Elle l'appréciait, mais alors, il était détestable quand il venait à sur son lieu de travail.

 

            Après avoir serré les dents pour rester correcte, elle leur indiqua le chemin pour se rendre à la salle d'attente où le reste de la famille attendait. Renko s'excusa auprès d'elle pour l'attitude de son compagnon. Hans se dirigea rapidement dans la pièce indiquée. Matt attendait sagement auprès de Kaigan. Il avait pris un sacré coup de vieux. Shin était là aussi. Il faisait les cent pas comme dans une cage. Il n'était pas du genre patient.

 

            Hans se rapprocha de Matt et il s'installa auprès de lui. L'homme redressa la tête. Il eut un sourire un peu triste. Il était blanc comme un cachet d'aspirine. Les jumeaux se regardèrent inquiet. Que pouvaient-ils faire ? Rien. Ils devaient attendre les nouvelles.

 

            Shin se laissa également tomber sur une chaise auprès de Kaigan. Il était juste venu pour rendre visite à Nathaniel qui s'était cassé la jambe et en revenant, il les avait croisés complètement paniqué. Il jeta un coup d'œil vers Renko et Carlin. Pour une fois, l'artiste était calme. Rojer Amory se tenait à l'écart avec sa sœur. Il ne voulait pas déranger.

 

            Milli Miori fit son apparition. Elle approchait de la soixantaine, mais elle était toujours aussi magnifique. Elle s'approcha de Matt et des jumeaux. Elle leur adressa un sourire rassurant. Les traits inquiets se détendirent.

 

— Vous allez pouvoir aller lui rendre visite. Je vous autorise à lui faire la leçon les garçons. Il le mérite.

 

— Qu'est-ce qu'il a ? Demanda Matt, anxieux.

 

— Il a fait une anémie. Il va falloir qu'il se repose et qu'il prenne un petit traitement pour récupérer le fer qui lui manque. Mais, c'est tout.

 

            Un grand soulagement se fit entendre. Shin s'exclama :

 

— Je vais me charger de lui remettre les idées en place à ce frère. Nous faire une peur bleue pareil !

 

            Milli leur indiqua le numéro de chambre. Les jumeaux n'attendirent pas une minute de plus pour s'y rendre, laissant même Matt à la traine. Le visage d'Akira avait repris quelques couleurs. Les garçons soupirèrent de soulagement. Chacun se mire de chaque côté du lit. Akira leur adressa un sourire d'excuse.

 

— Je suis désolé de vous avoir fait peur.

 

— La prochaine fois, tu nous écoutes. Quand on te dit que tu es fatigué, c'est la vérité.

 

— Oui, oui. Pardon Kaigan. Je t'ai vraiment fait peur, pas vrai ?

 

            Le garçon hocha la tête. Il n'osait pas parler. Il craignait de lâcher prise sinon. Il avait vraiment cru son cœur s'arrêter quand son père s'était effondré devant lui. Matt arriva à son tour. Hans lui laissa sa place. L'homme se laissa tomber sur la chaise près du lit. Il prit la main d'Akira dans la sienne. En levant les yeux, il aperçut alors Shin. Akira fit la grimace.

 

            Matt empêcha dans un sens Shin de dire quoi que ce soit envers son frère, car il demanda aussitôt :

 

— Je vais rester à l'hôpital pour tenir compagnie à Aki. Tu veux bien laisser les jumeaux dormir chez toi, ce soir ?

 

— Évidemment, quelle question !

 

            Il s'approcha du lit. Il fixa son regard sur celui de son frère.

 

— Soit sage, Aki. Et surtout, tu te reposes sinon, je dis à Matt d'aller chercher Nathaniel.

 

            Akira ouvrit en grand les yeux. Et, il s'exclama :

 

— Pourquoi me parles-tu de lui, toi ?

 

            Shin esquissa un sourire amusé. Il susurra :

 

— Parce qu'il est à l'hôpital également. Alors…

 

— D'accord, d'accord, je ferais tout ce que tu veux, Shin. Et j'obéirais aveuglément à Matt, promis.

 

— Papa, on va te laisser. Il y a d'autres personnes qui veulent de tes nouvelles. Nous passerons demain, d'accord ? S'enquit Kaigan.

 

            Après un dernier regard vers leur père qui se faisait remonter les bretelles par son Matou, les jumeaux suivirent Shin. Ils eurent juste à peine le temps d'apercevoir une boule d'énergie entrer comme un fou dans la chambre. Ils sourirent quand ils entendirent leur père râler. Ouf ! Ils le préféraient ainsi. Il allait vraiment mieux.

 

            Quand ils les virent arriver, Rojer et sa sœur se rapprochèrent. Hans l'informa sur la santé de son père. Les deux Amory furent soulagés. Shin s'exclama alors :

 

— Il faut qu'on y aille. Je dois chercher Sawa chez les jumeaux Cardoni. Si vous voulez, je vous dépose devant chez vous ?

 

— Merci, ce serait très gentil, répondit Samantha.

 

            Dans la voiture, Kaigan monta à l'avant. Rojer murmura à son petit ami.

 

— Pourquoi ne restes-tu pas avec nous ? Tu es toujours le bienvenu.

 

— Je sais, mais je veux rester avec Kaigan. Ne m'en veux pas, d'accord ?

 

            Rojer haussa les épaules. Il lui en voulait, mais il ne pouvait pas se permettre de faire un caprice. Ce serait mal venu.