Chapitre 6

 

            Akira se leva encore à moitié ensommeillé. Il avait beaucoup de mal à être en forme, ces derniers temps. Peut-être devrait-il ralentir son rythme de travail ? Erwan lui avait déjà conseillé de prendre sa retraite en avance, mais Akira refusait. Il ne voulait pas de faveur. Il irait jusqu'au bout, enfin jusqu'à l'âge requis.

 

            Matt était déjà levé depuis longtemps. Akira soupira. Comment faisait son Matou pour être toujours frais et énergique, le matin ? Il l'enviait. Après un bâillement à se décrocher la mâchoire, il s'enferma dans la salle de bain. Une douche rapide lui fit le plus grand bien. Il se rendit ensuite vers la cuisine où la bonne odeur du café le réveilla encore plus vite.

 

            En passant dans le salon, il aperçut Kaigan déjà debout. Akira secoua la tête. Kaigan était un accro des jeux vidéo. À peine levé, monsieur était déjà devant sa console. En l'observant en silence, Akira songea que les années passaient beaucoup trop vite. Les jumeaux venaient d'atteindre leurs quinzièmes années déjà. Il pouvait être fier d'eux quand même. C'était devenu de beaux adolescents pleins de vie et bonne humeur.

 

            Kaigan se tourna et aperçut son oncle. Il lui fit signe d'une main et l'invita à venir s'asseoir auprès de lui. Akira ne se fit pas prier. En y repensant, Kaigan avait toujours été le plus proche par rapport à Hans. Il avait été aussi celui qui avait voulu l'appeler « papa ». Hans avait suivi, mais Akira avait vite remarqué qu'il avait une préférence notable pour son vrai père.

 

— Que fais-tu déjà debout ? Habituellement, tu aimes faire la grasse matinée, le samedi.

 

            Kaigan s'enfonça un peu plus dans le canapé. Il s'étira.

 

— Je n'arrivais plus à dormir. Par contre, tu devrais te reposer un peu plus, papa. Matt aussi le pense.

 

            Akira ébouriffa la tignasse brun caramel avec tendresse.

 

— Je vais très bien. Vous me donnez de l'énergie chaque fois que je vous vois.

 

— Pfft ! Beau parleur, s'exclama l'adolescent, moqueur. Allez viens, je vais te faire des crêpes pour te donner l'énergie nécessaire pour la matinée.

 

            Kaigan se leva d'un bond et attrapa le bras de son père. Il le força à l'accompagner dans la cuisine. Akira se laissa tomber sur une chaise et observa son garçon lui faire son petit déjeuner. Il souriait bêtement.

 

— Heureusement que Sawako vous a appris à faire la cuisine.

 

            Kaigan grimaça. Il s'en souviendrait de ses leçons avec le compagnon de Shin. Un vrai cauchemar ! Hans avait reçu moins de coups que lui. Il fallait dire que son frangin était moins remuant et plus discipliné. C'était aussi un acharné du travail.

 

            La porte d'entrée s'ouvrit et deux voix se firent entendre bientôt devant l'ouverture de la cuisine.

 

— Bonjour, monsieur Akira. Coucou, Kaigan !

 

            Akira se tourna et aperçut deux adolescents, un garçon et une fille. Le premier était Rojer Amory. Il était de petite taille et ressemblait toujours un petit ange. Ses boules blondes lui chatouillaient son visage parsemait de petite tache de son. Près de lui, sa sœur, du haut de ses onze ans, était de la même taille. Dans quelques années, elle serait surement plus grande que son frère aîné.

 

            Il n'y avait pas de doute entre eux. Ils étaient bel et bien des frères et sœurs. Elle était plus fine et portait les cheveux jusqu'à mi-dos tout en boucles aussi. Elle avait des lèvres pulpeuses et toute rose. Elle ressemblait assez à une poupée de porcelaine. Et Akira, c'était vite aperçu qu'elle en pinçait pour Kaigan. Il se demandait si celui-ci le savait. C'était bien son genre de jouer les indifférents.

 

— Salut Rojer, salut Sam. Si tu veux voir Hans, il faut aller dans sa chambre, ce gros fainéant dort encore, lança Kaigan, sans pour autant s'arrêter de faire ses crêpes.

 

            Rojer n'attendit pas plus longtemps. Il était venu chez les Soba, c'était surtout pour son petit ami. Il ne l'avait pas vu depuis deux jours. Enfin, c'était un peu un mensonge. Il le croisait au lycée, mais dans ces moments-là, ils étaient entourés de leurs amis. Et quand enfin, ils pourraient être seuls, monsieur préférait aller travailler. Pourquoi avait-il fallu qu'il choisisse celui qui aimait par-dessus tout bosser ? Allez comprendre ?

 

            La chambre était l'ancienne chambre d'ami. Rojer ne se donna pas la peine de frapper, il pénétra dans la pièce. Celle-ci avait été décorée sur les tons bleus. Carlin Oda était même venu peindre un mur. Il avait représenté la mer sous un coucher de soleil. Une pure merveille, ce dessin ! Rojer ne se lassait jamais de le regarder.

 

            Il aperçut la forme allongée. Sans crier gare, il sauta sur le lit et sur la personne. Celle-ci poussa un cri de surprise. Elle faillit chuter du lit, d'ailleurs. Hans ne sut pas trop comment il parvint à se retenir. Son agresseur se redressait et s'installait à califourchon sur ses jambes l'empêchant de bouger. Il se mit à bâiller.

 

— Eh ! Ne bâille pas devant moi. C'est vexant, grogna Rojer, faisant la moue.

 

— Tu n'avais qu'à ne pas me réveiller.

 

            Rojer se pencha et il posa ses mains sur matelas de chaque côté de la tête de Hans. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

 

— C'est parce que tu travailles trop. Si tu t'occupais de moi, au lieu de bosser, tu serais plus en forme.

 

            Hans ne répondit pas. Il n'en voyait pas la nécessité. Rojer n'arrivait pas à comprendre la raison de son travail. Il en avait assez de lui expliquer à chaque fois pour rien. Rojer aimait être couvert de cadeaux. Mais, pour les offrir, il fallait bien de l'argent. Hans refusait d'utiliser l'argent de poche donné par Akira et Matt.

 

            Hans voulait gâter son amoureux, mais avec l'argent reçu de sa sueur et non avec de l'argent facile. Ce n'était pas pareil. En plus, l'anniversaire de monsieur arrivant, il lui fallait un peu plus de turnes pour lui offrir un super cadeau. D'un seul coup, Hans sursauta en sentant une main baladeuse sur son entrejambe.

 

— Où est-ce que tu fourres ta main, toi ?

 

            Rojer sourit. Il se passa la langue entre ses lèvres avant de se pencher pour embrasser celles de son amant. Hans adorait cette bouche au gout de fraise Tagada. Rojer avait dû se goinfrer de bonbon avant de venir. Quand il sentit la pression un peu plus forte vers le bas, Hans changea de position. Il attrapa Rojer et le bascula sous lui. En moins de temps qu'il faut pour le dire, le placide Hans devint plus sauvage.

 

— Merde ! Comment fais-tu pour me déshabiller aussi vite ? S'écria le blondinet, d'un seul coup.

 

            Dévorant chaque parcelle du corps de son jeune amant, Hans répondit simplement :

 

— Parce que je suis un génie.

 

            Rojer grogna et donna un coup sur la tête de Hans. Celui-ci se redressa légèrement. Pour se venger, il mordit une oreille.

 

— Ne pique pas la réplique de Carlin.

 

            Hans gloussa. Il picora le visage aimé. Rojer commençait à ne plus savoir où il se trouvait.

 

— Es-tu venu tout seul ? Finis par demander Hans, tout à coup.

 

— Hein ? Ah ! Non, Sam est là aussi. Elle ne quitte pas ton frère des yeux. Crois-tu que Kaigan le sait ?

 

            Hans glissa ses lèvres sur le torse. La respiration de Rojer devenait de plus en plus forte.

 

— Oui, il le sait. Mais, pour le moment ta sœur est trop jeune. Elle va devoir être patiente. Et je lui souhaite bon courage.

 

— Pour… pourquoi ?

 

— Tu as des problèmes d'élocution, mon petit Rojer ?

 

— Ah ! … très… drô… le.

 

            Hans gloussa à nouveau. Il continua sa torture. Il finit tout de même par avouer.

 

— Parce que mon frère n'est pas facile à vivre. Rojer ?

 

— Mmmh ? Put juste murmurer l'adolescent.

 

— Ne va pas te plaindre ensuite que tu es fatigué et que tu as mal à tes charmantes petites fesses.

 

            Rojer sentit ses joues s'enflammer. Il se mit à frapper Hans qui se moquait de lui, mais il ne fit que réveiller la bête, un peu plus.

 

            Une heure plus tard, Hans fit son apparition dans la cuisine, frais et dispos. En passant près de Samantha, il se pencha pour déposer un baiser sur sa joue. Il lui murmura également :

 

— T'es toute jolie dans ta robe. C'est pour les beaux yeux de quelqu'un ?

 

            Les joues de Samantha rosirent. Hans se redressa en gloussant. Il s'approcha de son jumeau et lui entoura le cou de ses bras. Kaigan râla aussitôt et tenta de le déloger. Il n'eut aucun résultat. Hans se mit juste à rire de plus belle. Puis, il susurra :

 

— Pas vrai, mon frère ?

 

— Quoi, grogna l'intéressé.

 

— Que Sam est toute jolie dans sa nouvelle robe ?

 

            Kaigan fronça les sourcils. Il jeta un coup d'œil à la jeune fille. Celle-ci rougissait un peu plus. Il haussa les épaules et avoua :

 

— Oui, c'est vrai, surtout avec les joues rouge, un vrai coquelicot.

 

            Samantha s'agita sur son siège. Elle était contente, mais ils étaient énervants de se moquer d'elle. Akira émit un petit rire. La pauvre ! Quand ses fils avaient décidé de faire rougir quelqu'un, ils savaient y faire. Hans se tourna vers son père et s'exclama :

 

— Papa, tu sembles fatiguer. Tu es sûr que tu vas bien ?

 

            Akira fronça les sourcils à son tour. Qu'est-ce qu'ils avaient ? Il allait bien.

 

— Je suis en pleine forme.

 

            Hans eut un geste sceptique.

 

— T'es blanc comme un cachet d'aspirine, alors non, tu ne vas pas bien. En plus, tu as des cernes. Tu devrais aller te reposer.

 

            Akira soupira.

 

— Hans arrête de jouer à la maman. Va t'occuper de Rojer.

 

— N'peut pas. Il est hors d'usage pour un moment. Et arrête de changer de sujet !

 

— Ça suffit ! Je ne peux pas me reposer. Il y a le ménage à faire, de la lessive et les courses.

 

            Hans et Kaigan se regardèrent et secouèrent la tête exaspérée. Hans reprit d'un ton catégorique.

 

— Il va falloir que tu te décides à embaucher quelqu'un, c'est plus possible. Pour l'instant, tu te reposes. Comme Kaigan a l'air de glander, il peut très bien s'occuper du ménage. Et s'il est intelligent, il arrivera bien à embaucher Sam.

 

            Kaigan ouvrit la bouche pour répliquer, mais croisant le regard de son jumeau, il préféra se taire.

 

— Je vais aller voir Matt, s'il a besoin d'aide, puis j'irais faire les courses. Voilà, tu vois, c'est réglé. Va te coucher maintenant !

 

            Et avant qu'Akira trouve autre chose à dire, il s'écria :

 

— Et tu y vas sans discuter !

 

            Estomaqué, Akira ne put qu'obéir. Dès qu'il fut assez éloigné pour ne pas entendre, Kaigan s'enquit :

 

— Je ne veux pas faire le ménage. Laisse-moi faire les courses.

 

— Non, hors de question. Il fallait y penser en premier.

 

— Monstre, Hans. Et qu'est-ce que je fais de Rojer si tu n'es pas rentré ?

 

— Embauche-le-lui aussi. Ça ne lui fera pas de mal, pas vraie poupée ?

 

            Samantha aurait bien voulu rétorquer qu'il n'était pas question de donner son aide. Elle ne faisait déjà pas le ménage chez elle, alors… Mais, ce serait une occasion d'être un peu plus longtemps avec Kaigan. Hans esquissa un sourire. C'était tellement facile de lire en elle. Comment réagirait-elle si elle l'apprenait ?

 

            Laissant son frère et Sam, seul à seul, il descendit au studio. Matt photographiait un mannequin. En s'approchant, Hans le reconnut. Matt s'arrêta et se tourna vers le garçon. Il allait prendre la parole, mais le mannequin le dépassa et s'écria en se jetant dans les bras de l'adolescent.

 

— Mon petit Hans, ça fait longtemps.

 

            Le jeune homme se mit à rire et serra avec plaisir le mannequin. Jeff Ashton avait quelques années plus tôt vécues avec eux pendant un temps. Il avait été comme un grand frère. Maintenant, Jeff était devenu mannequin vedette. Il voyageait beaucoup et quand il revenait, il venait de temps en temps les voir, mais le lien avait été interrompu. Maintenant, Sasha Flagan avait pris la place du grand frère.

 

— Petit, tu vas loin, Jeffrey. Nous avons presque la même taille, maintenant.

 

— Veux-tu avoir la gentillesse d'éviter de m'appeler Jeffrey ?

 

— Pourquoi ? C'est joli, Jeffrey. Tu ne trouves pas, Matou ?

 

— Ah ! Mais ce n'est pas vrai. Tu as fini. Arrête de copier Akira, Hans.

 

            L'adolescent émit un petit rire. Puis, il reprit :

 

— Bah ! Tu l'as mis où, ton Quentin ?

 

— Pfft ! Shin l'a encore embarqué pour je ne sais où. Il m'a dit aussi de venir le rechercher chez Carlin, ce soir. Je te jure.

 

            L'agent de Jeff fit son apparition. Il dut s'absenter. Hans en profita pour se tourner vers Matt, en pleine forme. Il bichonnait son appareil.

 

— Tu as besoin d'aide, Matou ?

 

— Non, je n'ai pas grand-chose à faire aujourd'hui. Akira n'est pas là ?

 

— Nous lui avons ordonné d'aller se reposer. Kaigan doit faire le ménage à sa place, et je vais aller faire les courses. Si tu as fini, pourquoi tu n'irais pas tenir compagnie à papa ? Si personne ne le surveille, il va encore se fatiguer encore plus.

 

            Matt sourit amusé. Hans agissait parfois comme une vraie mère poule. Mais, il n'avait pas tort. Akira était incapable de rester sans rien faire. Il en devenait parfois énervant.

 

— Promis, je finis ce que j'ai à faire et je m'occupe d'Aki. Fais attention à toi sur la route.

 

— Matou ! Je ne suis plus un gosse ! Rétorqua Hans, avant de claquer la porte.