Chapitre 5

 

            Le match durait déjà depuis un moment déjà. Ils étaient en deuxième mi-temps. il ne restait que quelques minutes avant la fin. Le ballon arriva devant lui. Sans attendre, il fonça droit au filet. Hors de question de laisser le club de l'école adverse gagnait ! Un coup d'œil vers sa gauche, il repéra toute sa famille. La confiance en lui revint au galop.

 

            Ils étaient tous là pour l'encourager. Il ne devait pas les décevoir. Ses camarades de classe l'enviaient d'avoir une famille aussi grande et aussi soudée. Parfois, il le montrait avec une jalousie certaine et violente. Mais, il s'en fichait royalement. Par contre, il ne supportait pas que ces jaloux s'attaquent à son frère.

 

            Combien de fois était-il arrivé à l'improviste et avait-il surpris ces imbéciles frappant sa réplique ? Trop souvent à son goût. Pourtant, ce n'était pas qu'Hans ne savait pas se défendre, bien au contraire. Il ne fallait pas le mettre en colère, il était terrifiant. Mais, monsieur n'aimait pas se battre. Il n'en voyait pas l'intérêt. Pfft ! Quel rabat-joie, il pouvait être parfois.

 

            Kaigan parvint à dépasser les défenseurs sans grande difficulté. Arrivé assez prêt, il tira. Le ballon fila à toute allure et s'enfonça droit dans le filet laissant le goal à terre. Le garçon poussa un cri de victoire. L'arbitre venant de signifié en même temps que le match était terminé. Ses collègues lui foncèrent dessus avec joie. Ils avaient gagné. C'était tout ce qui comptait.

 

            Dans les tribunes, il put entendre sa famille hurler leur joie avec lui. Il fallait toujours qu'elle se fasse remarquer, mais c'était pour cela qu'il l'aimait. Après les salutations d'usage envers ses adversaires, son équipe rejoignit les vestiaires afin de se changer. Tous les joueurs étaient un peu trop surexcités. L'entraîneur eut bien du mal à les tenir dans la discipline.

 

            Revenant de la douche, Kaigan commença à se rhabiller. Son voisin arriva. C'était un jeune garçon d'un an de plus que lui. Il avait les cheveux noirs et ses joues étaient recouvertes de tache de son. Durant l'école primaire, les autres enfants se moquaient souvent de lui. Mais, celui-ci s'en fichait. Ses taches de son étaient ses marques de porte-bonheur. Il les avait hérités de sa mère et il en était très fier.

 

— Bravo pour le but, Kaigan. T'as été super.

 

— Évidemment. Je suis le meilleur. Je te l'avais dit, Rand que je les écraserais.

 

            Rand Osborne se mit à rire. Il connaissait Kaigan et son frère depuis l'enfance puisque sa mère était la fille adoptive du meilleur ami de l'oncle des jumeaux. Étant donné qu'ils avaient à peu près le même âge, ils avaient été souvent dans la même école et dans la même classe. Les jumeaux avaient sauté une classe due à leur niveau scolaire bien supérieur aux autres.

 

            La porte du vestiaire s'ouvrit livrant passage à deux adolescents. Le premier, un grand de seize ans environ, plutôt dégingandé et maladroit à cause de sa grande taille et le deuxième ressemblant trait pour trait à leur champion du jour. Seule la couleur d'yeux était différente, ainsi ils n'avaient jamais pu faire la moindre erreur entre eux.

 

            Celui-ci d'ailleurs fonça sur son frère et lui sauta dessus. Kaigan eut juste le temps de se retenir pour ne pas tomber. L'enthousiasme de son frère était communicatif. Il sourit bêtement.

 

— T'étais génial, Kaigan. Je suis fier d'être ton frère, dis donc !

 

— Tu m'en vois ravi. Maintenant, tu me lâches pour que je finisse de m'habiller.

 

            Hans se détacha de son frère et se laissa tomber sur un banc.

 

— Ah lala ! Qu'est-ce que t'es long ! T'es rapide sur le terrain, mais alors pour le reste…

 

            Kaigan donna un coup sur la tête de son frère. Hans grimaça et lui lança un regard noir.

 

— Ça fait mal, abruti.

 

— T'a qu'à arrêter de me chercher.

 

— T'es lent comme une tortue. Je n’y peux rien si t'es un boulet.

 

            Kaigan allait répliquer, mais le grand adolescent s'écria :

 

— Ça suffit tous les deux. Vous ne pouvez pas vous parler sans vous jeter des vannes à tout bout de champ ?

 

— Yan, pourquoi tu t'en mêles ? Laisse-les se chamailler, ils adorent ça. Au fait, Hans ? Où as-tu mis ton Rojer ? Vous êtes tout le temps fourré ensemble, cela fait drôle qu'il ne soit pas avec toi.

 

            Hans pencha la tête, amusée. Il ne répondit pas pour autant. Rand secoua la tête, exaspéré. Ses amis pouvaient être désespérant quand ils voulaient s'y mettre. Il finit de se préparer, puis accompagné de son frère aîné, Rand salua ses amis et s'éclipsa. Yan expliqua la raison de l'absence de Rojer. Comme d'habitude, c'était juste une question de dispute sans conséquence.

 

            Rojer Amory faisait partie de leur groupe d'ami depuis plus de cinq ans maintenant. Il avait intégré la classe des jumeaux en cours de route. Ayant perdu ses parents dans un tragique accident d'avion, il avait été recueilli avec son autre frère et sa petite sœur par leur oncle, célibataire à l'époque.

 

            La perte tragique l'avait rendu très fragile psychologiquement. Alors, l'affection des jumeaux lui avait fait un grand bien. Certains élèves avaient aussi tenté de le bousculer un peu trop, car sa fragilité les amusait, mais les coups bas se calmèrent assez vite quand il fut évident que les jumeaux le défendraient à chaque fois.

 

            Depuis, il faisait partie du groupe d'ami. Car les amis des uns étaient les amis des autres. C'était leur règle et tous la respectaient. Kaigan finit enfin de s'habiller sous les railleries de son frère. Puis, tous deux quittèrent la pièce après un salut de la main à l'entraîneur.

 

            Kaigan suivait son frère en silence. Ils se rendaient vers les tribunes. Toute la famille s'y trouvait. Il pouvait en apercevoir. Sur sa gauche, il vit sa mère, Lina Miori. Elle discutait avec animation avec une autre femme, une Japonaise. Harumi Sanada l'écoutait sereinement en tenant la main de son compagnon. Kaigan adorait être pris dans les bras par cette femme. Elle sentait bon le lilas et elle était si douce. Il appréciait bien sa mère, mais il n'avait pas vraiment d'affinité avec elle.

 

            Il vit un peu plus loin ses pères adoptifs. Akira Soba qui était en réalité son oncle, mais qu'il considérait comme son père, ainsi que son compagnon Matt Cauthon. Ils étaient auprès de leurs amis d'enfance, une boule d'énergie fatigante du nom de Carlin Oda, artiste peintre et Renko Miori, le calme plat de l'océan avant une tempête. Il y avait aussi Mili Miori, une charmeuse envahissante. Elle aussi, Kaigan l'aimait beaucoup même si parfois, il la trouvait complètement folle.

 

            Un cri sur sa droite lui fit tourner la tête dans cette direction. Il y aperçut un japonais qui donnait des coups de poing à un autre homme, très grand et d'une blondeur à faire rêver la plupart des femmes. Il ne put s'empêcher de sourire. Le japonais, Kaigan l'adorait. Il était le compagnon de son vrai père, le petit frère d'Akira. Il avait une langue de vipère et se mettait souvent en colère. Mais, il faisait la meilleure cuisine sur terre. Il croisa un regard vert pailleté d'or. Quand il les croisait, Kaigan avait toujours l'impression de voir son jumeau. De cette façon, il savait à quel point, son frère et lui ressemblaient à Shin. 

 

            Quelques années auparavant, il pensait sincèrement le détester. Même si Shin leur écrivait souvent. Kaigan lui en avait longtemps voulu de les avoir abandonnés, mais maintenant, il s'en fichait. Son père était Akira et personne d'autre. Shin était plus un oncle. C'était d'un compliqué. Mais, il avait aussi appris à le connaitre et il l'aimait bien. Il jeta un coup d'œil vers son frère. Celui-ci aussi avait vu Shin.

 

            Il n'avait jamais vraiment parlé de leur étrange famille entre eux. Pourquoi ? Peut-être avait-il peur d'avoir des divergences d'opinions avec Hans ? Habituellement, ils étaient toujours d'accord sur tout, mais Kaigan se doutait qu'en ce qui concernait Shin, leur opinion serait différente. Il n'aimait pas cela, d'ailleurs, mais alors vraiment pas.

 

            D'un seul coup, Kaigan poussa un cri de surprise quand il se fut harper par deux bras et qu'un corps lui tomba presque dessus. Un rire rauque et cristallin en même temps s'entendit. Il se mit à râler.

 

— Ça ne va pas de sauter sur les gens comme cela !

 

— Arrête de râler ! Tu meurs d'envie que je te fâche un câlin, avoue ! S'exclama la voix.

 

            Kaigan se débattit afin de se délivrer de la sangsue, mais l'homme qui le tenait, ne lâcha pas prise. Il riait de plus belle. De guerre lasse, Kaigan abandonna. Hans, à côté de lui, s'écria :

 

— Et ce n'est pas juste ! Moi aussi, je veux les câlins de Sasha.

 

            Le dénommé Sasha adressa un sourire enjôleur à Hans. Mais, il ne bougea pas pour autant. Au contraire, il resserra un peu plus ses bras autour du cou. Kaigan râla pour la forme. Tout le monde savait bien qu'il le faisait juste exprès. Il adorait être dans les bras de Sasha. Cet homme était comme un grand frère pour eux. Sasha prenait toujours du temps pour être avec eux. Il cédait pratiquement à tout leur caprice.

 

            Une autre voix d'homme se fit entendre. Celle-ci était bien plus grave que celle de Sasha.

 

— Je vais finir par être jaloux.

 

            Sasha se mit à rire de nouveau avant de lâcher enfin le garçon. Kaigan, du haut de ses onze ans, toisa les deux hommes. Sasha était plutôt du genre malingre et d'une taille moyenne. Des cheveux blond cendré, mi-longs et dégradés lui encadraient un visage fin et presque irréel avec ses yeux bleus ciel. Kaigan devait admettre que pour un homme, Sasha était beau, trop pour être vrai.

 

L'autre homme était Xavier Descamps, le compagnon de Sasha. Il avait une allure très différente, bien plus masculine. Rien qu'avec la cicatrice lui barrant la moitié de la joue et l'œil, lui donnait un air bien plus effrayant. Depuis un an déjà, il était devenu le gérant du bar le "Cool Baby". Les propriétaires, des amis d'Akira, avaient pris leur retraite et étaient partis finir leur jour à Hawaï.

 

— Merci d'être venu pour m'encourager, s'exclama finalement le garçon, légèrement intimidé.

 

            Sasha émit à nouveau son rire. Il ébouriffa la tignasse de son petit préféré. Puis, d'un coup, sans prévenir, il attrapa Hans à son tour. Celui-ci sursauta comme un malade avant de rire. Sasha gloussa à l'oreille du garçon.

 

— J'en profite tant que ton amoureux n'est pas dans les parages.

 

            Hans se sentit rougir comme un coquelicot. Un appel venant du parc fit tourner la tête de tout le monde. Une jeune femme brune, ressemblant à une fée, s'écria que le repas était prêt. D'un même pas, les groupes se dirigèrent vers le parc. Les jumeaux rejoignirent Akira et Matt. Ceux-ci félicitèrent leur petit champion. Kaigan arriva au pique-nique les joues en feux.

 

            Hans, de son côté, fila dès qu'il put pour se rendre auprès de la jolie fée. Celle-ci lui adressa un sourire rayonnant. Il eut même droit à une bise. Il était aux anges. Thalia Amory était la petite sœur de Ludwig Lagardère. Elle avait fini par être adopté par Carlin et depuis un peu moins d'un an, elle était devenue la femme de Cody Amory, l'oncle de son Rojer.

 

            Celui-ci, d'ailleurs, se trouvait assis auprès de sa jeune sœur, Samantha. Il avait gardé son air angelot. Il n'était pas très grand, la peau plutôt blanche. Ses cheveux blond doré et bouclés, tout comme ses iris bleu foncé, lui donnaient un petit côté pur et angélique. Mais, le connaissant depuis cinq ans, Hans savait bien que son apparence était trompeuse. Rojer n'avait rien d'un ange.

 

— Où t'étais passé, Hans ? Je t'ai cherché partout, râla le garçon en question.

 

— Avec Kaigan, évidemment.

 

            Rojer haussa les épaules, boudeur. Il n'y avait pas pensé. Hans s'installa à ses côtés et accepta le sandwich que Cody lui offrait.

 

— Tu aurais dû m'attendre.

 

— Oui, oui. Désolé.

 

            Rojer lui lança un regard noir. Hans lui sourit. Rojer haussa les épaules en soupirant. Puis, rapide comme l'éclair, il piqua la moitié de sandwich de son ami.

 

— Hé !

 

— T'as qu'à manger plus vite.

 

            Un autre garçon arriva. Il avait deux ans de moins qu'eux. À neuf ans, Léon était bien différent des Amory. D'après Cody, Léon avait hérité de sa mère. Alors que les Amory étaient tous blonds, Léon virait plus sur le cuivré. Dans un sens, Hans trouvait également que Léon avait un air angélique, mais contrairement à son grand frère, c’en était un d'ange. De plus, ils avaient un point commun. Il leur arrivait d'être très maladroits.

            D'ailleurs, cela se confirma très vite. Léon se prit le pied dans la couverture et chuta la tête la première. Il fut rattrapé à temps par Ben, son oncle. Il le remit debout et lui redonna un nouveau sandwich, car le sien était salle. Léon lui adressa un sourire, sans rien dire. Ben secoua la tête avant de lui caresser la tête.

 

— Fais attention à ne pas retomber.

 

            Le garçon hocha la tête et reprit sa route pour venir s'installer au côté de Hans. Il voulait être à côté de son grand ami, même si cela ne plut pas à son frère. Rojer n'aimait pas que l'on accapare son petit ami.