Chapitre 4

 

            Rei ne chercha pas à discuter. Il accepta d'accompagner les deux loustics dans la salle de bain. Il s'installa sur une chaise pendant que les deux garçons se déshabillaient et sautèrent dans la baignoire. L'eau, bien évidemment, déborda et une bonne poignée se retrouva sur le sol. Matt lui avait expliqué qu'Akira refusait de laisser les jumeaux sans surveillance quand ils prenaient le bain.

 

            Certes, les jumeaux avaient maintenant six ans et ils pouvaient se débrouiller seuls. Mais, Hans était plutôt du genre maladroit et Kaigan, un peu plus remuant, il y avait un risque à chaque fois d'accident. Toujours d'après Matt, Akira agissait exactement comme il avait agi avec son petit frère quand il était tout jeune.

 

            Parfois, Rei oubliait souvent qu'une grande différence d'âge séparait Akira et Shin. En fait, il avait toujours eu tendance à penser à Akira comme le père de Shin et non comme le frère. Un jet d'eau reçu le trempa aussitôt le prenant par surprise. Le rire rauque de Kaigan le fit revenir à la réalité.

 

— Eh ! Me voilà bien !

 

— Il ne fallait pas rêvasser, Rei chou, gloussa Hans.

 

— Je devrais vous noyer tous les deux.

 

            En réponse, il reçut un autre jet d'eau.

 

— Mais, vous avez fini, lança-t-il, faisant les gros yeux.

 

            Les deux garçons se mirent à rire nullement effrayer. Rei secoua la tête et prit une serviette pour s'essuyer. Il s'installa à nouveau sur la chaise.

 

— Alors, comment va Shin ?

 

            Hans pencha la tête avec un petit sourire, amusé. Il était celui qui ressemblait le plus à son père, surement dû à ses yeux verts pailletés d'or.

 

— Il va bien. Il nous raconte plein de choses sur l'Australie et sur la faune. Il nous envoie parfois des photos. La plupart du temps, ce sont des animaux. Mais dernièrement, il nous en a mis une de Lina. Il a pensé que cela nous ferait peut-être plaisir d'avoir une photo de notre maman.

 

— Et vous l'êtes ?

 

— Un peu. C'est bien de mettre un visage sur notre mère, mais en même temps, cela nous indiffère. Elle ne nous envoie jamais rien. Shin lui nous écrit et il ne se force pas, raconta Hans.

 

            Pour des enfants si jeunes, Rei trouvait qu'ils étaient plutôt matures.

 

— Nos parents, c'est oncle Akira et Matt. Et personne d'autre, répliqua Kaigan, très sérieux.

 

            Le reste du bain se passa sans problème, mais bien évidemment, quand il fut temps de sortir, il eut un petit incident. Hans se prit le pied dans la serviette laissée par son frère et chuta sur les fesses. Il se mit à hurler en se tenant le poignet. Rei se baissa et l'examina. Il soupira de soulagement. Il n'était pas cassé, juste foulé.

 

            Il attrapa une serviette sèche et se mit à essuyer le garçon et l'aida à s'habiller. Les yeux toujours pleins de larmes contenues, Hans se laissa faire. Kaigan resta auprès de son frère en se mordant la lèvre. Il était responsable de l'accident. Il s'en voulait.

 

            En silence, la petite troupe rejoignit la cuisine où une bonne odeur de nourriture en sortait. Hans se rapprocha de Matt. Celui-ci se baissa à sa hauteur. Il lui ébouriffa sa tignasse brun caramel.

 

— Que t'est-il arrivé, cette fois-ci ?

 

            Hans renifla et répondit :

 

— Je suis tombé et j'ai mal à mon poignet.

 

— Ah lala ! Fais-moi voir.

 

            Avec douceur, l'homme examina à son tour le poignet. Ensuite, il s'excusa et se releva pour se rendre devant un placard contenant divers objets. Il revient ensuite auprès du garçon et déposa un peu de crème sur le poignet un peu enflé. Il se mit à le masser.

 

— Voilà, ça va mieux ?

 

            Hans hocha la tête, toujours chagrinée. Matt soupira. Il le souleva dans ses bras et le serra. Hans enfouit son visage contre les épaules solides et se mit à pleurer silencieusement. Matt se laissa tomber sur une chaise. Il jeta un coup d'œil vers l'autre moitié. Il fronça les sourcils.

 

— Kaigan occupe-toi de la salle de bain et ensuite, tu vas dans ta chambre jusqu'à l'heure du repas. Et surtout, n'oublie pas de faire tes devoirs.

 

            Le garçon allait répliquer, mais son regard se posa sur son frère et il préféra obéir sans discuter.

 

— Désolé, j'aurais dû faire attention, s'excusa Rei.

 

— Non, c'est de la faute de Kaigan. Il le sait. Il a encore laissé sa serviette trainée et à chaque fois, c'est la catastrophe.

 

— Puisque c'est souvent un problème, pourquoi ne prennent-ils pas leur bain séparément ? Demanda simplement Ludwig.

 

— Parce que ce serait encore pire. Pas vrai, Hans ?

 

            Toujours à la même place, le garçon hocha la tête. Puis, tout à coup, il se redressa et demanda, son chagrin déjà aux oubliettes :

 

— Pourquoi oncle Aki n'est pas encore là ?

 

— Parce qu'il doit encore travailler, je suppose.

 

— Pfft ! Ce n'est pas drôle d'être grand. Je vais voir Kaigan. Je vais lui dire que je vais mieux.

 

            Il descendit et il se sauva rapidement vers la chambre. Son frère était à son bureau. Comme convenu, il faisait ses devoirs. Il se tourna vers son frère à son entrée. Il avait les yeux rouges. Hans secoua la tête et se rapprocha. Il posa son front sur celui de Kaigan. Ils le faisaient depuis tout petit.

 

— Pourquoi as-tu pleuré, idiot ?

 

— Parce que je t'ai encore fait du mal.

 

— Mais, c'est ma faute, pas la tienne. C'est moi qui ne regarde pas où je vais. Même quand tu n'es pas là, je n'arrête pas de me faire mal, tu le sais.

 

— Oui, mais Matt pense que je suis fautif.

 

— Mais non, il sait juste que tu n'aimes pas pleurer devant les autres, il t'a juste donné une bonne excuse. Alors, tu pleures plus, d'accord ?

 

— D'accord. Mais, pour me faire pardonner, je vais faire tes devoirs.

 

            Hans s'écarta et se laissa tomber sur le lit le plus proche.

 

— Mmmh ! Ok, mais fait attention à ne pas faire de faute.

 

— Hein ? Mais, je n'en fais jamais. C'est toi qui en fais le plus.

 

— Même pas vrai. J'ai eu dix sur dix aux derniers devoirs, alors que toi, tu n'as eu que neuf et demi.

 

— Tu chipotes pour un rien.

 

            À cet instant, la porte d'entrée claqua et la voix de leur oncle se fit entendre. Les jumeaux se regardèrent et tous deux soupirèrent de soulagement. Rare était les fois où Akira rentrait tard, alors à chaque fois, ils s'inquiétaient. Peu de temps après, les garçons le virent entré dans leur chambre. Akira Soba était un homme plutôt grand et bien bâti avec de larges épaules. Il avait les cheveux coupés à la nuque de couleur brun foncé. Ses yeux verts pétillaient toujours de joie quand il regardait les gens qu'il aimait. Rien dans son attitude ou dans son physique n’informait les gens qu'il avait quand même atteint la cinquantaine.

 

            Il s'approcha et posa une main affectueuse sur la tête de Kaigan. Celui-ci leva les yeux vers son oncle. D'un doigt, Akira effleura les yeux rouges. Ensuite, il s'assit sur le lit et caressa les cheveux caramel de Hans. Celui-ci avait une irrésistible envie de ronronner.

 

— As-tu encore mal ?

 

— Non, ça va mieux. Matou fait de très bon massage.

 

            Au surnom, Akira ne put s'empêcher de s'assombrir. Il aperçut l'ombre d'un sourire moqueur s'esquisser sur les lèvres de Hans. Il soupira. Ce petit chenapan aimait bien le rendre chèvre. Il se faisait toujours avoir de toute façon. Il donna une petite clique sur la cuisse de son neveu et s'exclama :

 

— Debout, c'est l'heure de manger.

 

            Akira fit une entrée remarquée dans la cuisine avec deux vermisseaux accrochés à ses basques. Matt fut soulagé de les voir de nouveau en pleine forme. Il les préférait largement ainsi même s’ils étaient de surcroit plus fatigants.

 

            Le repas se fit dans la bonne humeur. Les jumeaux voulurent bien évidemment manger au côté de Rei. Ils se moquèrent avec un plaisir évident de Ludwig. Quand il fut enfin l'heure de se coucher, ils refusèrent. Akira dut se fâcher, mais en pure perte. Il dut leur courir après. Il finit par y arriver, mais il fut complètement essoufflé. Ce n'était plus vraiment de son âge.

 

            Dix heures venaient, de sonner quand Hans sentit son frère se glissait, dans son lit. Il se tourna pour être en face de sa réplique. Dans la pénombre, les yeux verts croisèrent les yeux les saphirs, inquiets. Kaigan chuchota :

 

— Tu n'as vraiment plus mal à ton poignet, hein ?

 

— Je te l'ai déjà dit. Je vais mieux. Retourne dans ton lit, il n'a pas assez de place.

 

— Non, pas envie.

 

— Allez Vire !

 

            Les deux garçons bataillèrent. L'un essayait de le virer du lit, tandis que l'autre s'accrochait. Au bout d'un moment, Kaigan finit tout de même par se retrouver sur les fesses. Il grimaça. Il se releva et se jeta à nouveau sur son frère.

 

— Ah ! Mais t'es pénible !

 

— Mais euh ! Pourquoi tu ne veux pas qu'on dorme ensemble comme avant ?

 

— Parce que tu prends trop de place.

 

            Boudeur, Kaigan fit la moue. Hans haussa les épaules, puis répliqua :

 

— Pfft ! Fait comme tu veux.

 

            Kaigan sourit et se recoucha contre son frère. Mais, au bout d'un moment, les deux se levèrent et quittèrent la chambre. Ils s'arrêtèrent devant la chambre face à la leur. Hans hésita un instant avant de frapper à la porte. Akira et Matt les avaient toujours ordonnés de frapper à la porte avant d'entrer. C'était une règle imposée, la seule où il valait mieux ne pas désobéir.

 

            La porte de la chambre s'ouvrit laissant le passage à Akira. Il regarda ses deux loustics qui le regardaient avec des yeux implorants. Comment refusait cette demande ? Impossible ! Il s'écarta du passage. Les deux garçons comprirent et avec un petit cri de joie, ils s'élancèrent dans le grand lit. Ils se couchèrent bien gentiment au centre.

 

            Matt leur avait laissé assez de place. Il les observait avec attendrissement. Parfois, il leur arrivait de vouloir dormir avec eux, sans aucune raison précise. Ils avaient juste envie d'être entourés par leur affection. Akira se recoucha. Les deux hommes entourèrent les jumeaux déjà endormis de leur bras avec tendresse.