Chapitre 2 :

 

            Duncan quitta Orzammar satisfait. Il venait de trouver deux nouvelles recrues. La chance lui souriait. Même si c'était regrettable pour l'un de ses nouveaux protégés. Rien ne retenait Tyia dans cette cité, mais Nazim, c'était autre chose. Le pauvre !

 

            Il avait été trahi par son propre frère. Comment aurait-il pu imaginer que son frère cadet s'en prendrait également à lui-même, alors qu'il n'était que le benjamin ? Le roi avait ordonné à ses fils de partir à la recherche de leur frère disparu. Chacun était parti par un chemin différent, mais qui menait au thaig maudit.

 

            Nazim avait pris la route avec Gorim. En chemin, ils avaient dû combattre des engeances de différentes races. Il y en avait beaucoup trop. Ce n'était pas normal de l'avis de Gorim. Ils étaient bien trop proches d'Orzammar. C'était vraiment mauvais signe.

 

            Ensuite, des araignées géantes étaient venues les ennuyer. Nazim fut séparé de Gorim. Comme convenu dans ce cas de figure, Nazim continua son chemin. Treyan était le plus important dans l'histoire. Mais, quand il arriva enfin dans le thaig maudit. Ce fut pour retrouver son frère mort dans une mare de sang juste à côté d'un coffre toujours scellé.

 

            Mais, Nazim s'en fichait. La seule chose qu'il remarquait dans toute l'horreur possible. Son frère Treyan avait été tué avec une dague qui lui appartenait. Il l'avait laissé dans sa chambre, dans le tiroir de sa table de nuit.

 

            À ce même moment, Behlen arriva accompagné de leur père. Pourquoi le Haut Roi était-il présent ? Il ne faisait pas partie de l'expédition. Behlen, avec son venin habituel, baragouina son charabia à son père. Toutes les preuves affirmaient que Nazim avait tué Treyan et qu'il aurait surement tenté d'en faire autant avec Behlen.

 

            Nazim ne put se faire entendre. Son père, dans sa fureur et sa tristesse, ne pouvait plus rien entendre. Même Gorim ne pouvait rien pour son meilleur ami puisqu'il était absent. Nazim, la mort dans l'âme, se laissa arrêter par les gardes.

 

            Il fut ramené dans la salle du Trône au milieu des dignitaires. Il fut jugé et condamné sans pouvoir se défendre. Behlen s'était débarrassé sans le moindre problème de ses adversaires les plus redoutables selon lui.  La pire condamnation pour Nazim fut surement le rejet de son propre père quand celui-ci annonça qu'il venait de perdre deux fils au lieu d'un seul.

 

            À partir de ce jour, Nazim ne porterait plus le nom d'Aeducan, il serait un paria sans nom. Il n'aurait même pas la chance de finir sa vie dans les tréfonds. Alors, c'est à ce moment-là que Duncan avait agi. Il s'était servi de son passe. Un document très ancien signé par toutes les races sur le fait que si les Gardes des ombres avaient besoin de gardes, ils pourront embaucher qui ils voulaient et personne ne pourrait le leur interdire.

 

            Maintenant, Duncan reprit le chemin de la voie impériale afin de se rendre à la Tour des mages, à la pointe du lac Calenhad. Il avait ordonné à ses deux nouvelles recrues de rejoindre Ostagar où Alistair les attendait déjà, mais ceux-ci refusèrent en bloc.

 

            Les deux nains, à l'unanimité, répliquèrent qu'étant donné qu'ils ne connaissaient rien à la Surface, Duncan se chargerait de leur enseigner les usages de cette nouvelle communauté. Il tenta bien de leur faire entendre raison, mais ni Tyia, ni Nazim n'écoutèrent. Fataliste, il céda.

 

            À même temps, il se rendit compte que leur présence lui faisait du bien. Pourtant, les deux nains ne s'entendaient pas vraiment. Tyia rabrouait facilement son camarade. Elle le trouvait trop faible mentalement pour un nain. Pour l'humain, Nazim n'était pas un être faible, mais il avait un cœur plus sensible que la plupart des nains.

 

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             Ywain Timbolt se leva de son lit avec une certaine lassitude et un ennui total. Il en avait assez d'être enfermé dans cette tour sous la surveillance permanente des templiers. Pourquoi avait-il fallu qu'il naisse avec un talent certain pour la magie ? C'était une vraie malédiction !

 

            La litanie habituelle serait la faiblesse mentale des magiciens. Étant donné que la providence leur avait donné d'immenses pouvoirs, les mages voulaient automatiquement en avoir plus, même si l'excuse, la plus souvent émise, était simplement de sauver quelqu'un aimé contre le mauvais sort.

 

            De ce fait, les porteurs de magie étaient trop sensibles à la voix des démons et finissaient immanquablement par pactiser avec eux. Les templiers avaient été créés par la chantrie, les représentantes de la voix de la Déesse Andrasté. Ensuite, les mages reconnus comme tels étaient aussitôt envoyés dans des tours isolés afin d'être enseignés dans leur Art, tout en étant surveillés par ces maudits templiers.

 

            Ywain avait grandi dans cette tour. Il avait été recueilli par le Premier Enchanteur Irving, alors qu'il avait été lâchement abandonné sur un radeau, en dérive sur le lac. Il avait alors un an à peine, mais possédait déjà des aptitudes magiques, même si très faibles comme léviter.

 

            La veille, il avait passé son initiation faisant de lui un mage à part entière. Il pourrait enseigner la magie au plus jeune, tout du moins l'essentiel. Un frisson d'horreur le traversa un instant en songeant aux conséquences s'il avait échoué à son examen. Les templiers ne plaisantaient pas sur la sécurité. Si par malheur, il s'était laissé dominer par un démon pendant son initiation, le Chevalier Capitaine Greagor l'aurait bel et bien tué sans la moindre hésitation.

 

            Le jeune mage se secoua un peu. Il devrait arrêter de réfléchir. Il devrait plutôt se délecter d'avoir réussi son initiation avec succès.  Mais, il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir un goût amer dans la bouche. Combien d'autres mages avant lui, avaient échoué ? Combien d'entre eux avaient succombé au charme du démon ?

 

            Ywain se souviendrait éternellement de ses premiers pas dans l'immatériel, l’« entre deux mondes » ou plus précisément, le monde du rêve éveillé. Il avait assez rapidement rencontré un démon qui s'était présenté sous la forme d'un mage. Il avait prétendu s'être perdu. Depuis, il recherchait la sortie. Il lui avait donc demandé de l'aide.

 

            Ywain avait vite remarqué la supercherie, mais il ne savait pas comment s'en débarrasser. Il lui avait fait croire qu'il l'aiderait, mais à la fin, il le détruisit sans grande difficulté. Ce démon avait tout tenté pour le séduire, lui faisant miroiter d'immenses pouvoirs. Il n'arrivait pas à croire que d'autres mages pouvaient croire ce genre de monstre. Certes, leurs voix se faisaient envoutantes à souhait, mais de là à vendre son âme ? Non merci !

 

            Le jeune mage jeta un œil autour de lui. Le dortoir comportait une dizaine de lits. Un groupe de trois apprentis discutaient dans un coin de la pièce. Étant donné les coups qu'ils lui lançaient, ils devaient encore parler sur son dos. Ywain y était habitué depuis longtemps.

 

            Son regard aperçut le reflet d'une certaine personne dans un miroir posé dans un coin. Il grimaça. Il fit le geste de quitter la pièce par la porte du fond, mais peine perdue, il se fit assez rapidement rattrapé. Ywain n'avait pas d'ami à la tour. Il ne s'en plaignait pas vraiment, même si parfois, il s'était senti seul. Quelques années plus tôt, un gamin de son âge était apparu. Pendant quelque temps, Ywain avait songé qu'il s'était fait un véritable ami, mais ce n'était qu'un leurre.

 

            Comme tous les autres, Jowan ne l'approchait que quand cela l'arrangeait, le plus souvent quand il avait besoin de son aide. Ywain avait vite remarqué la jalousie de Jowan sur sa capacité à apprendre facilement et rapidement. Pour Ywain, il ne faisait aucun doute que Jowan faisait partie de la catégorie des mages faibles mentalement. Le genre de personne susceptible de faire alliance avec les démons ou du moins de mal tournée.

 

            Faisant bonne figure, Ywain se tourna vers l'arrivant avec un sourire hypocrite.

 

— Salut à toi, Jowan.

 

            L'apprenti répondit machinalement au bienvenu. Il était contrarié. C'était affiché sur son visage. Ywain retient un soupir de lassitude.

 

— Qu'est-ce qui t'arrive ?

 

— Je ne comprends pas pourquoi tu as pu passer ton examen. Je n'ai pas encore été appelé, alors que je suis plus vieux que toi de deux mois.

 

— Bah ! Tu y passeras aussi, Jowan. Il suffit juste d'attendre.

 

— Mouais. Je n'en suis pas si sûr et puis je n'aime pas comment, le chevalier capitaine m'observe.

 

— Tu te fais surement des idées.

 

            Jowan lança un regard noir au jeune homme. Il finit par annoncer.

 

— J'étais surtout venu te dire que le Premier enchanteur te faisait mander.

 

— Ah ! Merci.

 

            D'un pas rapide, Ywain en profita pour s'éclipser sans être grossier. Il longea les différentes pièces sans faire attention autour de lui. Il se rendait vers la dernière avant les escaliers pour l'étage supérieur. Il stoppa devant la porte entre ouverte. Il y aperçut un homme d'un certain âge accompagné d'un autre homme d'une quarantaine d'années, habillé d'une tunique longue. Il frappa.

 

            Le plus âgé des hommes sourit en le voyant et lui demandant d'une voix affable de s'approcher. Irving ressentait pour son jeune élève une grande admiration. Il ne regrettait absolument pas son choix d'avoir sauvé ce garçon si prometteur.

 

— Ywain, mon garçon. Je suis très fier de toi. Je t'ai fait demander pour t'offrir ce sceptre en bois d'ébène. J'espère que tu en feras bon usage.

 

            Ywain, les joues un peu rougissantes, prit le bâton entre ses mains. Il en caressa le sommet dont le dessin représenté la forme du phénix, une créature légendaire. Irving reprit de plus belle.

 

— Je te présente un vieil ami, Duncan. C'est un garde des ombres. Duncan, voici le garçon dont je t'ai parlé, Ywain.

 

            Le jeune mage croisa les yeux sombres du garde. Cet homme avait un tel charisme. Intimidé, il le salua d'un hochement de tête. Duncan adressa un sourire rassurant.

 

— Félicitation pour votre réussite. Irving n'arrête pas de s'extasier de vos talents.

 

— Merci beaucoup, mais il ne faut pas croire tout ce que dit Irving. Il en rajoute beaucoup.

 

— Mmmh ! Ce garçon a les pieds sur terre. J'aime bien ça. Tu as raison, Irving. Ton jeune protégé inspire confiance.

 

            Apercevant, le chevalier capitaine Greagor arrivait, Irving s'exclama :

 

— Je dois m'entretenir avec le chevalier. Ywain, pourrais-tu emmener Duncan jusqu'à la chambre des invités, s'il te plait ?

 

— Bien sûr, Premier enchanteur.