Chapitre 29

 

      Mako arriva aussi vite qu'il le put. La menace de Sasha ne l'avait nullement effrayé, mais il s'ennuyait. Il avait toujours passé la nouvelle année seul. Habituellement, Xavier se rendait toujours chez les parents de sa mère bien qu'il n'en avait pas vraiment envie.

 

      C'était la première fois où son ami y dérogeait. Il supposait qu'il y avait dû se produire quelque chose pour qu'il n'y soit plus. Il finirait par le savoir. Xavier lui disait toujours tout même s'il n'en avait pas envie ou que cela ne lui plaisait pas.

 

      Mais depuis que Sasha Flagan était entré dans leur vie, Mako avait bien remarqué beaucoup de changement chez son ami. Xavier faisait toujours attention à ce qu'il disait ou faisait avec Sasha. Il prenait soin de lui. C'était très nouveau et intéressant. Finalement, quelqu'un avait réussi à dompter cette bête sauvage.

 

      Quand il arriva, il assista à une chamaillerie entre un père et son fils, sous les moqueries de Xavier. Edwyn finit par céder comme toujours. Sasha avait décidé de faire un karaoké sur les chansons des années 1980. Aucun des trois hommes n'eut l'occasion de refuser sinon ils subissaient la tyrannie du plus jeune.

 

      Edwyn finit par craquer trois heures plus tard. Il se faisait finalement vieux. Il laissa donc les jeunes s'amuser entre eux. En tout cas, il était ravi de voir son fils aussi joyeux et boutre en train. Il semblait infatigable et il plaignait sincèrement Xavier et Mako.

 

      En cour de route, Sasha avait répondu plusieurs fois au téléphone. Asia et ensuite Raven l'avaient appelé pour lui souhaiter une bonne année, ainsi que les petits Soba. Kaigan et Hans le supplièrent de venir les voir bientôt. Sasha ne put leur refuser et leur fit la promesse qu'il viendrait bientôt chez eux.

 

      À ces moments-là, Mako les bénit, car il pouvait souffler un peu, même si ce fut de courte durée. Le garçon empêcha ses deux amis de s'endormir. Il avait décidé de faire nuit blanche. Enfin, il tenta, mais il finit par s'endormir sur l'épaule de Xavier à sept heures du matin.

 

      L'étudiant se leva en emportant son fardeau avec lui. Il conseilla à son ami de se reposer. Mako obéit aux ordres. Il n'en pouvait plus de toute façon. Il n'avait jamais fait de nuit blanche, mais il devait bien s'avouer s'être bien amusé. Il jeta un coup d'œil à son meilleur ami dégouté. Xavier semblait être en excellente forme.

 

      Xavier se rendit dans la première chambre dont la porte était ouverte. C'était la deuxième fois qu'il mettrait les pieds dans l'univers de Sasha. Il fut agréablement surpris. Quand il y était entré la première fois, la chambre semblait simple et triste. Le garçon ne laissait aucune empreinte de lui dans la pièce, mais maintenant, c'était différent. Des posters étaient accrochés sur les murs, du linge trainé un peu partout jeté pêle-mêle. Xavier eut un sourire. Edwyn aurait une syncope devant le petit côté bordélique de la pièce.

 

      Après avoir fermé la porte avec le pied, Xavier s'approcha du lit et avec douceur, il déposa sa charge. Sasha ne se réveilla pas le moins du monde. Il se recroquevilla tout en marmonnant. Le jeune homme s'assit juste à ses côtés. Il l'observa un long moment. Il mourrait d'envie de le toucher, mais il n'osa pas. Il soupira. Il jeta un autre coup d'œil dans la chambre. Dans un coin, il aperçut une forme sous un drap.

 

      Intrigué, il se leva pour se rendre à l'endroit. Il tourna les yeux vers la forme endormie. Puis après une autre hésitation, il souleva le drap. Il fut surpris d'y voir apparaitre un piano blanc.

 

— C'est un cadeau de papa, d'Elone et de maman, murmura une voix légèrement endormie.

 

      Xavier sursauta comme pris en faute. Il se tourna vers le garçon. Celui-ci s'était redressé et se frottait les yeux en bâillant. Xavier ne put s'empêcher de se rapprocher. Il voulait le toucher et c'était plus fort que lui. Sasha poussa un petit cri de surprise quand il fut allongé avec contre lui le corps chaud de l'étudiant. Xavier le dominait, les bras posés autour de sa tête. Il le regardait fixement.

 

— On dirait que tes parents ont mis leurs greffes de côté pour t'offrir un cadeau en commun.

 

      Sasha n'osait pas bouger. Il sentait le corps de Xavier contre lui. Il se posait toujours des questions sur l'étudiant, surtout si celui-ci pourrait le désirer. Maintenant, il le savait. Xavier pouvait le désirer. Il ne pouvait plus le nier. Sasha parvint à répondre.

 

— Il y a bien une chose que j'ai comprise entre papa et maman, c'est qu'ils aiment se disputer. Finalement, je crois qu'ils sont devenus amis dans un sens. C'est bien, non ?

 

      Xavier baissa un peu la tête. Sasha retient son souffle. Leurs lèvres se frôlèrent. Sasha se sentit électrifié. Il jeta aux oubliettes toutes ses pensées négatives pour ne s'occuper que du présent. Il jeta ses bras autour du cou de l'étudiant. Leurs lèvres se joignirent dans un soupir d'affamé. Il perdit vite fait la notion du temps et de l'heure, seules les sensations que lui donnait Xavier lui importaient.

 

      Il se sentait même un peu honteux d'être ainsi caresser ou embrasser sur tout le corps. Les mains et la bouche de Xavier se trouvaient partout à la fois. Il ne se souvenait pas avoir déjà eu un plaisir aussi intense et aussi puissant. Pourtant, il ne se laissa pas dévorer sans en faire autant. Il n'était pas quelqu'un de docile. Il aimait recevoir, mais il appréciait par-dessus tout donner également. Ils s'embrasèrent mutuellement.

 

      Quelques heures plus tard, Sasha se trouvait bien au chaud dans les bras de Xavier. La tête posée contre l'épaule, il reprenait son souffle. En même temps, il commençait à reprendre ses bonnes vieilles habitudes, c'est à dire, à s'angoisser. Est-ce que Xavier avait apprécié être avec lui ? Ils avaient été jusqu'au bout. Peut-être l'avait-il dégouté maintenant ?

 

      Xavier, les yeux fixés au plafond, revenait peu à peu à la réalité. Il trouvait très agréable la présence de ce corps contre lui. Il ne pourrait plus s'en passer maintenant. Il finit par prendre la parole. En l'entendant, les joues de Sasha virèrent au rouge écarlate.

 

— Sasha ? T'es encore en train de t'angoisser pour rien !

 

— Mais... j’ai le droit.

 

      Dans un geste rapide, Sasha se retrouva à nouveau allongé sur le dos avec l'étudiant au dessus de lui. Il rougit de plus belle faisant sourire son ami.

 

— T'es mignon quand tu es gêné.

 

      En grognant, Sasha fit le geste de le frapper, mais Xavier, plus rapide, coinça ses mains avec les siennes de chaque côté du visage. Il chuchota à l'oreille du garçon, plus coquelicot que jamais.

 

— Sois sage sinon je risque de recommencer et tes charmantes petites fesses risquent de ne pas trop apprécier.

 

— Idiot !

 

      Pour ne pas tenter le diable, Xavier se redressa et s'éloigna du garçon. Il jeta un coup vers la porte. Il soupira.

 

— Je ne sais pas si je vais avoir le courage d'être en face de ton père.

 

— Pourquoi ? demanda Sasha.

 

— Comment être en face de lui après t'avoir fait crier autant ?

 

      Sasha ouvrit la bouche pour répliquer, mais il ne put rien dire sur le coup, très gêner. Il avait tellement aimé qu'il n'avait pas pu s'empêcher de le faire savoir. Ses joues reprirent de nouvelles couleurs. Mince, alors ! Depuis qu'il fréquentait Xavier, il ne faisait que rougir. Il n'était pas comme cela avant. Il parvint tout de même à avouer.

 

— Tous les murs de l'appartement sont insonorisés. Papa n'a rien entendu tout comme Mako.

 

      Xavier se leva sous le regard bleu ciel de Sasha, afin de se rhabiller. Le garçon ne pouvait pas détacher son regard sur le corps musclé de son petit ami. L'étudiant, amusé, ne put s'empêcher de formuler.

 

— Continue à me reluquer ainsi et je vais à nouveau te faire chanter.

 

      Aussitôt, le rouge revint au galop sur les joues de Sasha qui s'empressa de cacher son visage sous l'oreiller. Mince, il n'arrivait pas encore à croire qu'il avait passé le cap avec l'étudiant. Qu'allait-il se passer maintenant ?

     

      Après avoir repris une apparence plus décente, Xavier s'assit à nouveau sur le lit. Il tira sur l'oreiller. Il se pencha et mordit l'oreille tentante. Sasha poussa un petit cri et posa une main dessus. Il jeta un regard noir à son ami.

 

— Banane ! Ça fait mal !

 

— Bien fait ! Comme cela, tu arrêteras de te poser des questions stupides.

 

— Je ne m'en pose pas, marmonna Sasha, le regard fuyant.

 

      Xavier secoua la tête. Il caressa la joue et frôla d'un doigt les lèvres très tentantes.

 

— Menteur ! Répliqua l'étudiant, puis il garda le silence un moment avant de demander, d'une voix basse. Est-ce que tu m'aimes, Sasha ?

 

      Le garçon leva ses yeux bleus ciel vers ceux verts de Xavier. Il était sincère. Il voulait une réponse. Que devait-il dire ?

 

— Je... je ne sais pas. Je le crois, mais... c'est trop récent.

 

— Je sais. Mais, je vais te faire un aveu, Sasha.

 

      Le garçon baissa la tête. Il voulait l'entendre, mais en même temps, il ne voulait pas. Il avait peur. Xavier approcha son visage vers l'oreille de Sasha. Il lui chuchota :

 

— Je t'aime, Sasha. Ça fait peut-être ringard et cliché, mais c'est ce que je ressens. Je ne joue pas, je ne me mens pas. Que tu m'aimes ou pas, ça ne changera pas. C'est ainsi tout simplement.

 

      Xavier se redressa. C'est à ce moment qu'il s'aperçut les larmes sur les joues du garçon. Il eut un hoquet de surprise. Il le prit dans ses bras. Sasha se serra contre ce corps si chaud et il pleura de tout son soul. Quand il se clama, il enfouit son visage dans le cou. Il murmura d'une toute petite voix :

 

— Merci Xavier pour ta franchise et ton honnêteté. Je crois que je n'ai jamais connu quelqu'un capable d'être aussi sincère dans ses sentiments. Je suis très heureux d'avoir fait ta connaissance. C'est le plus beau cadeau que la vie m'ait offert.

 

      Pour la première fois, Xavier sentit ses propres joues rougir sous le compliment. Il ne s'était pas du tout attendu à cet étalage.

 

— Mince, Sasha ! Comment veux-tu que je réagisse maintenant ? Me voilà bien !

 

      Le garçon s'écarta un peu. Il aperçut l'air embarrasser de son petit ami. Il pencha la tête et gloussa.

 

— Bah ! Il va falloir t'y faire. Et je te préviens, je suis du genre très jaloux.

 

      Xavier ne répliqua pas. Son regard s'était fixé sur le torse dénudé de Sasha. Il avait bien du mal à ne pas le dévier vers le bas dont le drap ayant glissé révélant certaines formes plutôt subjuguant. Le garçon dut s'en rendre compte, car dans un geste rapide, il remonta le drap jusqu'au menton. Il grogna :

 

— Hors de question ! La marchandise est complètement hors service !