Chapitre 28

 

      Tout le reste de la semaine, Sasha tourna en rond. Il ne savait pas quoi faire. Il avait hâte finalement que l'école recommence. C'était une première. Il s'ennuyait. Asia et Raven n'étaient pas présentes. Cody Amory avait offert un voyage à sa petite sœur. Il voulait passer les quelques jours restants de vacances avec son frère Ben et sa sœur, juste tous les trois. Ils en avaient besoin.

 

      Raven, en compagnie de son père et de sa sœur, était reparti en Grèce pour passer le Nouvel An avec sa famille de là bas. Elle n'en avait pas vraiment envie, mais elle ne pouvait pas refuser.

 

      Catarina dut elle aussi repartir à Paris. Elle n'en avait pas vraiment envie, non plus, mais elle avait une représentation dans les jours qui allait suivre. Elle serra son fils, comme jamais elle ne l'avait fait. Sasha en était même surpris. Elle s'excusa également de son absence pour le Nouvel An. Elle remercia chaleureusement Elone de l'avoir supporté pendant ces quelques jours.

 

      Celui-ci n'en revenait pas. Cette femme était vraiment étrange. Il en fit la remarque à Edwyn. Son compagnon lui conseilla d'éviter de réfléchir. Il ne la comprendrait jamais, autant éviter un mal de crâne pour rien.

 

      Certes, Xavier l'assaillit de texto comme convenu. C'était même ces moments de plaisir pour le garçon. Sasha ne pouvait plus nier qu'il appréciait de plus en plus la présence de l'étudiant. Il lui manquait beaucoup.

 

      Au fil des jours, Sasha comprit aisément que Xavier ne se sentait pas très à l'aise chez ses grands-parents. Il ne savait pas la raison, mais il le sentait. Il aurait bien aimé poser des questions, mais en texto, ce n'était pas évident.

 

      La veille du jour de l'an, Sasha déprimait encore plus. Il allait passer la soirée avec son père seulement. Il l'adorait, mais il aurait aimé qu'Elone y soit également. Mais, celui-ci était astreint à l'hôpital. La poisse !

 

      Edwyn fit son possible pour combler l'ennui de son fils. Il accepta tous les caprices de Sasha sans broncher. Il dut subir la torture de la wii pendant des heures. En soirée, il l'emmena au restaurant. Là, Sasha retrouva un peu le sourire et sa bonne humeur. Après tout, ce n'était pas tous les jours d'aller manger dans un restaurant chic.

 

      Après le repas, Edwyn emmena son fils en promenade dans le parc voisin. Un feu d'artifice était prévu étant donné que le temps le permettait. En attendant, ils se mêlèrent à la foule avec qui ils discutèrent de temps en temps. Cette ambiance était très conviviale. Sasha n'en avait jamais connu, tout du moins dans ses souvenirs restants.

 

      Mais quelque chose le chagrinait. Il n'avait eu aucun message de Xavier depuis le matin. Pourquoi ? L'étudiant lui en envoyait continuellement depuis son départ. Pourquoi ce jour précis, silence radio ? La veille, avait-il dit quelque chose, qui ne fallait pas ?

 

      Petit à petit, sa bonne humeur s'envola à nouveau. Il en avait marre de se poser toujours des questions. Il en avait marre de toujours s'angoisser ! Pourquoi pensait-il toujours au mal ? Il devait avoir une bonne raison au silence de Xavier. Il devait arrêter d'y penser.

 

      Edwyn observait son fils depuis un moment. Il vit rapidement son changement d'humeur. C'était inscrit sur son visage. Il se mordait la lèvre inférieure. Il jouait avec ses doigts à s'en faire mal. Sasha commençait à s'angoisser et cela l'énervait.

 

      Edwyn soupira. Il jeta un coup d'œil autour de lui. Les gens s'approchaient de plus en plus du lieu où le feu allait avoir lieu. Il réfléchit un instant avant de demander à son fils s'il voulait rentrer. Sasha adressa un sourire d'excuse à son père.

 

      Les deux hommes retournèrent donc à la voiture pour reprendre le chemin du retour. Sasha resta silencieux tout le long du trajet, mais il eut un hoquet en apercevant le véhicule garé devant leur immeuble. Dès que son père fut garé, Sasha n'attendit pas.

 

      Il fonça vers les escaliers. Il arriva sur son palier essoufflé. Il aperçut alors Xavier, assis sur le sol, le dos appuyé contre le mur. Celui-ci se redressa. Sasha remarqua très vite que son ami ne semblait pas de bonne humeur. Il semblait triste et en colère également. Mais, pour l'instant, il était bien trop content de le voir. Il s'approcha, un peu intimidé.

 

— Qu'est-ce que tu fais ici, Xavier ? Je croyais que tu étais chez tes grands-parents ?

 

      L'étudiant baissa son regard vers le garçon. Il haussa les épaules.

 

— Je préfère ta compagnie plutôt que celle d'imbécile heureux.

 

      Sasha jeta un coup d'œil surpris à son ami. Que s'était-il passé ? Ce devait être assez grave pour qu'il parle ainsi. Mais, il n'eut pas le temps de poser la moindre question. Edwyn arriva à ce moment-là.

 

— Tient ! Viens-tu nous tenir compagnie, Xavier ? Tu as eu une bonne idée. Mon fils s'ennuyait.

 

      Sasha sentit ses joues s'enflammer. Edwyn ouvrit la porte de l'appartement et les invita à entrer. Le garçon répliqua :

 

— Papa est de bonne compagnie, mais il ne tient pas la route. Il se fait vieux, le pauvre.

 

— J'hallucine ! Me faire traiter de vieux !

 

      Xavier eut un sourire devant la chamaillerie entre le père et le fils. Ils s'entendaient de mieux en mieux. C'était plaisant à voir. Il soupira. Il espérait sincèrement que sa mère ne lui tiendrait pas rigueur de sa fuite et surtout de son coup de colère envers ses grands-parents.

 

      Habituellement, quand il quittait un endroit après une dispute, il se rendait toujours chez Mako. Son meilleur ami avait toujours été celui qui devait écouter sa rancœur. Cette fois-ci, il avait préféré la présence de Sasha. Le garçon prenait de plus en plus de place dans sa vie. Il ne pouvait pas le nier. Il en était complètement obnubilé.

 

      Edwyn se rendit dans la cuisine pour préparer trois grandes tasses de chocolat chaud. Sasha disparut vers sa chambre. Xavier se demandait ce qu'il devait faire. Il s'était invité sans prévenir. Il rejoignit la cuisine. Edwyn l'invita à s'assoir.

 

— Je suis désolé de m'incruster sans invitation.

 

— Ce n'est pas grave. Sasha s'angoissait que tu ne lui écrives pas de texto depuis ce matin. Il n'arrêtait pas de regarder son portable avec une sérieuse envie de le balancer.

 

      Xavier baissa la tête. Il posa ses coudes sur la table.

 

- Je ne savais pas quoi lui dire. Je n'étais pas dans mon assiette. J'avais peur de marquer des choses pas très agréables alors je m'en suis abstenu.

 

      Edwyn déposa une tasse devant l'étudiant. Il était assez stupéfait. À croiser le jeune homme, il l'avait toujours vu égal à lui-même. Il avait un moral d'acier. Il savait aussi où il allait. Il avait les pieds sur terre et semblait plutôt confiant. Il ne l'avait jamais vu démoraliser.

 

— Que s'est-il passé ? Demanda-t-il, franco.

 

      Xavier touilla sa cuillère dans la tasse, indécis.

 

— Oh ! Ce n'est pas grand-chose. Je me suis juste pris la tête avec mon grand-père sur un sujet. Ma grand-mère s'y est mise également et cela a fini en dispute. Ma mère ne savait pas comment agir. Quant à ma chère sœur, elle a décidé de tenir avec mes grands-parents. Finalement, j'ai préféré claquer la porte et me voilà.

 

      Edwyn secoua la tête. Pas grand-chose ? Il ne le croyait pas vraiment. Pour mettre en colère l'étudiant, ce devait être bien plus sérieux. Il hésita un instant, puis le père de Sasha demanda :

 

— Ce ne serait pas en rapport avec mon fils, même indirectement.

 

      Xavier soupira. Il eut un rire un peu amer.

 

— Mon grand-père est homophobe, Edwyn. Il l'a clairement fait savoir ce matin lors d'une simple information à la télé. Je n'ai rien dit au début. Mais, je n'ai pas pu m'empêcher de donner mon point de vue. Cela a dégénéré jusqu'à finalement me mettre en colère. À la fin, j'ai fini par leur dire que je n'avais pas à mettre les pieds chez eux puisque je faisais partie de ces déviants détestables.

 

      Edwyn écouta sans rien dire. Il savait bien que tout le monde n'était pas d'accord pour les couples de mêmes sexes. Même si les mœurs avaient bien évolué, ils y auraient toujours des réfractaires. C'était ainsi et personne n'y pouvait rien.

 

      Le téléphone du salon se mit à sonner. Étant donné, l'insistance de l'appareil, Edwyn s'y rendit pour répondre. Xavier baissa à nouveau sa tête vers sa tasse en soupirant. Sasha regarda son père s'éloigner. Il était arrivé en silence. Il n'avait pas prévenu de sa présence.

 

      Il s'approcha de son petit ami et entoura son cou de ses bras. Xavier sursauta. Il ne l'avait pas entendu arriver. Le visage enfoui dans son cou et le corps moulé contre le sien, Xavier se sentit rasséréné. Il ne regrettait pas ses paroles blessantes envers ses personnes de sa famille. Comment ne pas apprécier cette chaleur ?

 

— Est-ce que cela va aller, Xavier ? C'est tout de même ta famille. Le docteur Descamps doit s'inquiéter.

 

— Ne t'inquiète pas pour ma mère, Sasha. Elle est solide. Je me suis déjà excusé auprès d'elle par texto. Elle m'a répondu que j'avais eu raison même si elle a été surprise de mon coming-out.

 

      Sasha se serra un peu plus. Il se mordait la lèvre.

 

— Elle m'a demandé si j'avais quelqu'un lors d'une séance. Mais, je lui ai dit que je ne voulais pas en parler, car trop récent. Je veux bien tout lui dire, mais je veux quand même garder un jardin secret. M'en veux-tu de ne lui avoir rien dit ?

 

— Bien sûr que non ! Moi non plus, je ne lui avais rien dit. Je ne lui ai jamais parlé de mes petites amies auparavant. Pourquoi commencerais-je maintenant ?

 

      Xavier attrapa les deux bras l'entourant et il se tourna vers le garçon. Il l'attrapa par la taille. Sasha posa ses mains sur les épaules larges de l'étudiant avant de les lever et de les poser sur les joues. Il baissa ensuite sa tête et déposa un simple baiser.

 

— Bonne année, s'exclama-t-il, ensuite.

 

      Xavier cligna des yeux, étonnés sur le moment. Ensuite, il jeta un coup d'œil sur l'horloge. Minuit venait de passer. Alors, il embrassa à nouveau le garçon avec un peu plus de passion avant de lui souhaiter lui aussi une nouvelle année.

 

      Sasha, les joues rouges, s'élança ensuite vers le salon en criant ses vœux à son père. Ensuite, l'étudiant l'entendit discuter avec quelqu'un d'autre. Il avait dû arracher le combiné des mains de son père.

 

      La bonne humeur de Xavier revint. Il attrapa son téléphone et composa un numéro. Une voix masculine se fit entendre à moitié endormi. Pfft ! C'était tout lui, ça !

 

— Bonne année, monsieur l'empoté.

 

— Empoté toi-même et bonne année à toi aussi, glandu !

 

— Avoue que je t'ai réveillé.

 

— Je n’avoue rien du tout. Je lisais.

 

      Tout à coup, un bruit sourd s'entendit au bout du fil et une autre voix se fit entendre.

 

— Bonne année, Mako !

 

      Le jeune homme fut surpris. Il pensait que son ami se trouvait chez ses grands-parents. Bah ! Comme toujours, il y aurait une raison à ce changement. Il finirait par le savoir.

 

— Mako ! T'n’es pas sérieux quand même ! Un jour de fête, on ne lit pas, on s'amuse.

 

— Merci, Sasha. Mais, pour pouvoir s'amuser, il faut être plusieurs.

 

— Alors qu'est-ce que tu attends pour venir illico chez moi. On va faire les fous tous les quatre, enfin tous les trois parce que papa risque de ne pas tenir, le pauvre !

 

— Mais, enfin tu as vu l'heure, Sasha.

 

— M'en fout de l'heure. Tu amènes tes fesses illico sinon je vais faire de ta vie un véritable enfer.