Chapitre 27

 

       La veille de Noël arriva. Sasha avait été tendu toute la journée. Son père et sa mère se tiraient les vers du nez. Même Elone ne savait pas quoi faire pour les calmer. Finalement, Sasha parvint à faire sortir sa mère de l'appartement. Il voulait faire une promenade avec elle. C'était ainsi qu'il avait réussi à la convaincre.

 

      Elone lui se chargea de remettre les pendules à l'heure avec Edwyn en lui assenant un sermon de tous les diables. Ce serait son premier Noël avec son fils depuis des lustres. Il se devait de faire un effort même si la présence de Catarina lui pesait.

 

      Dans l'après-midi, il eut des nouvelles de Raven. La jeune fille lui annonça que Carlin Oda les avait invités, sa famille et elle, à venir passer le réveillon avec eux. Son père avait d'abord refusé, car sa jeune sœur serait présente également, mais le peintre insista tellement en affirmant que cela ne le dérangerait pas qu'elle vienne également. Raven était tout exciter.

 

      Jamais dans son rêve le plus fou, elle n'aurait pu imaginer qu'elle passerait son réveillon de Noël avec son peintre préféré. Sasha se chargea, bien volontiers, à se moquer d'elle et surtout, en rapport avec Ben Amory. Étant donné qu'Asia habitait chez le peintre, il était évident que son frère s'y rendrait également.

 

      En contrepartie, elle s'acharna sur lui aussi, mais avec Xavier. Elle lui fit des insinuations à l'en faire rougir. En tout cas, le simple fait de voir son fils discutait joyeusement avec une de ses camarades, permis à Catarina de se calmer et de reprendre contrôle d'elle-même.

 

      Quand au bout de quelques heures, la mère et le fils rentrèrent, Elone put retrouver son souffle. Catarina était redevenue la femme qu'elle était au début de son séjour, calme, serein et les pieds sur terre. Il n'avait pas l'habitude de ce genre de personne. Cette femme avait une double personnalité.

 

      Il en avait un peu discuté avec Aline Descamps. Pour le médecin, cette femme n'était en rien dangereuse pour autrui, juste pour elle-même. Étant donné que la plupart des gens ne comprenaient pas son caractère, ils finissaient toujours par la rejetée un certain moment de leur vie. Ils n'arrivaient plus à la suivre, d'où par exemple le divorce entre Catarina et Edwyn.

 

      Catarina pourrait se détruire facilement à cause de ses rejets répétitifs. Les hommes qu'elle fréquentait l'abandonnaient toujours pour la même raison. Ils aimaient une de ses personnalités, mais pas l'autre et souvent ils ne voulaient pas faire de compromis. La raison pour laquelle, elle ne se détruirait jamais, était son fils.

 

      Sasha adorait sa mère. Il était la seule personne qui l'acceptait telle qu'elle était sans équivoque. Sa mère était celle à la double personnalité et il l'appréciait comme tel.

 

      Peut-être que si Edwyn et lui faisaient l'effort d'accepter Catarina comme elle était également, alors l'entente entre eux serait bien meilleure ? Il dut déblatérer pendant des heures avec Edwyn. Celui-ci promit de faire un effort pour Sasha. Il savait très bien que ce ne serait pas la seule fois où Catarina viendrait mettre son grain de sable dans leur vie. De plus, Sasha lui en voudrait beaucoup de lui gâcher son Noël en famille.

 

      Après ces quelques promesses, Elone ordonna à Sasha de l'aider en cuisine. Le garçon râla comme pas possible. Il indiqua qu'il n'était pas un esclave et tout le tralala. Bien évidemment, Edwyn finit par se rendre compte que son fils n'avait pas encore rangé ses chaussures comme à son habitude, tout comme son manteau qui trainait sur le sol du couloir.

 

      Sasha subit un sermon à son tour par son père. Le garçon l'écouta tellement sérieusement qu'Elone et Catarina finirent par attraper un fou rire. Ils se firent réprimander par Edwyn aussitôt. Sasha finit par balancer à son père qu'il était vraiment trop coincé et barbant. Halluciné, Edwyn alla se morfondre dans un coin.

 

      Sasha se mordit assez vite les lèvres. Il s'en voulait. Il avait encore dit quelque chose qui avait vexé quelqu'un qu'il aimait. Il se rendit près de son père pour s'excuser. Mais contre toute attente, son père se retourna en riant. Sasha tapa du pied. Son père s'était moqué de lui. Il l'avait angoissé pour rien. Ils se chamaillèrent gaiement.

 

      Le repas du réveillon se révéla excellent. Sasha eut tellement de compliments qu'il en eut rapidement les joues rouges de plaisir. Ensuite, ils décidèrent de jouer un jeu de société. Le Monopoli, un jeu vieux comme la lune, mais qui avait toujours autant de succès. À la fin, Edwyn se demanda réellement s'il était un homme d'affaires avisé. Il avait perdu comme son ex-femme et à plate couture. Elle ne se gêna pas d'ailleurs de lui en faire la remarque. Il ne releva pas. C'était un exploit.

 

      Ensuite, Sasha voulut jouer à Wii et qui plus est, un jeu de danse. Hors de question de se remuer comme un idiot ! Il n'eut pas le droit au chapitre. Impossible de refuser. Les premiers à lâcher prise furent tout de même Edwyn et Elone. Les deux hommes se laissèrent tomber sur le canapé complètement H.S..

 

      Catarina et Sasha continuèrent pendant plus d'une heure à faire les fous devant un écran tout en chantant les chansons. Edwyn était halluciné. Quand est-ce que leur pile allait tomber en panne ? C'était incroyable l'énergie que ces deux-là avaient encore.

 

      Finalement, il était plus de trois heures du matin quand les deux hystériques décidèrent d'arrêter, mais cela ne les empêcha pas de continuer à faire les idiots. À force de regarder la mère et le fils à sauter et courir dans tout l'appartement, il en eut le tournis. Il finit par aller se coucher, mais Sasha refusa tant qu'Elone et lui n'auraient pas ouvert leur cadeau.

 

      Les deux hommes en furent stupéfaits. Ils ne s'étaient pas attendus à des cadeaux de la part du garçon, même si eux l'avaient tout aussi gâté. C’était de tout petit cadeau, mais c'était le geste qui comptait le plus. Edwyn reçut une boite contenant des stylos avec ses initiales. Elone eut le droit à une petite statuette de dragon, aux mille couleurs. L'homme sourit. Sasha avait été fasciné par sa collection de dragon et de bouddha.

 

      Catarina fut elle aussi très surprise en recevant un paquet de son fils. Elle n'en avait jamais eu auparavant, tout comme elle ne lui en avait jamais offert. Sasha ne voulait jamais rien, juste son attention entière lors du réveillon. C’était la seule chose qu'il avait toujours réclamée. Elle se mit à pleurer devant son cadeau. Sasha lui avait offert son portrait fait par l'artiste Carlin Oda. Catarina serra son fils avec tendresse. Elle y prendrait grand soin.

 

      Sasha se sentant mal à l'aise finit par se sauver. Il se jeta sur son lit et s'enfouit sous les draps, après avoir jeté ses vêtements. Il était troublé. Il n'avait jamais pensé que recevoir des cadeaux pouvait faire autant plaisir. Un sourire esquissa ses lèvres avec un soupir de bien-être. Il était content. Il s'endormit.

 

      Son portable vibra. Sasha sursauta. Il ouvrit les yeux et se mit à bâiller. Quelle heure devait-il être ? Il attrapa son portable. Il ne voulait pas réveiller sa mère. En jetant un œil au réveil, il grimaça. Il était plus de six heures du matin.

 

      Il jeta un coup d'œil à son portable. Celui-ci avait reçu plusieurs messages. Ils venaient d'Asia et de Raven. Elles lui souhaitaient un joyeux Noël. Il leur répondrait demain. Pour l'instant, il était trop fatigué. Il s'aperçut alors d'un autre message. C'était celui qui l'avait réveillé. Intrigué, Sasha le regarda et rougit. Il se mordit les lèvres avant de se décider.

 

      Il répondit aussitôt au message. Puis, il jeta un coup d'œil à sa mère avant de se lever. Il se rhabilla rapidement avant de sortir. A pas de loup, il se dirigea vers la sortie. Il ramassa son manteau, toujours sur le sol. Avec le moins de bruit possible, il quitta de l'appartement. Ensuite, il courut dans les escaliers pour rejoindre la route.

 

      Il jeta un regard autour de lui et le vit. Xavier l'attendait, appuyé contre un lampadaire. En apercevant le garçon, il le rejoignit. Il tenait un paquet entre ses mains. Sasha se demandait comment il devait agir. Il était content de voir l'étudiant. Il finit par s'exclamer.

 

— Tu sais l'heure qu'il est, Xavier ?

 

      L'étudiant haussa les épaules.

 

— Un peu plus de six heures de matin. Je t'ai réveillé, petite nature.

 

— Évidemment. Et je ne suis pas une petite nature.

 

      Un vent frais fit frissonner le garçon. Celui-ci serra ses bras autour de lui après avoir remonté son col.

 

— Ah ! Il fait froid.

 

      Xavier émit un petit rire.

 

— Petite nature, je disais bien.

 

      Sasha allait répliquer quand quelque chose lui entoura le cou. Le garçon toucha l'écharpe rouge. Il leva les yeux vers l'étudiant.

 

— J'ai remarqué que tu n'avais pas d'écharpes. Et étant donné que tu aimes les couleurs voyantes.

 

      Les joues du garçon virèrent au rouge et ce n'était pas la faute du froid.

 

— Merci, répondit simplement Sasha, devenu timide.

 

— Mmmh ? Je n'ai même pas le droit à un baiser. Ce n'est pas juste.

 

      Sasha rougit de plus belle. Il regarda autour de lui avant de s'approcher et de se mettre sur la pointe des pieds. Il tira sur le manteau de Xavier pour le forcer à se baisser. Il déposa ses lèvres froides sur celles de l'étudiant. Il allait reculer, mais deux bras l'enlacèrent l'en empêchant. Xavier força le barrage des lèvres et l'embrassa avec fougue.

 

      Quand il releva la tête, Xavier avait le regard amusé. Il relâcha légèrement le garçon.

 

— Ça, c'est un baiser comme j'aime.

 

      Sasha rougit de plus belle. Il cacha son visage contre le torse de l'étudiant. Il frôla d'un doigt ses lèvres brûlantes. Mince, il aimait de plus en plus la sensation. Il se souvient alors.

 

      Il se redressa et sortit un petit paquet de sa poche. Il le tendit à Xavier. Celui-ci fut agréablement surpris. Il le prit et le déballa. C’était juste un petit portefeuille en cuir beige. Sasha expliqua son choix.

 

— J'ai remarqué que le tien est vieux et abîmé.

 

      Xavier examina un long moment son cadeau. Il rassura le garçon qui semblait mal à l'aise.

 

— Merci. C'est vrai que le mien est très vieux.

 

— Euh ! Pourquoi ne l'avoir pas changé plutôt ? Enfin, je dis ça, mais je suis plutôt du genre à garder mes affaires jusqu'à épuisement.

 

      Xavier songeur caressa d'un doigt la joue de Sasha. Il avoua :

 

— C'est le portefeuille de mon père.

 

— Ah ! Euh ! Je croyais que tu détestais ton père.

 

      L'étudiant se recula juste un peu. Il haussa les épaules.

 

— Oui et non. Je le déteste de nous avoir abandonnés, mais c'est tout de même mon père.

 

— Tu l'as déjà revu, n'est-ce pas ?

 

— Oui. Il y a trois ans. J'ai fait des recherches et je l'ai retrouvé. Il a refait sa vie. Le peu de souvenirs que j'ai de lui, était un homme mal dans sa peau et qui buvait beaucoup. Là, je me suis retrouvé face à un autre homme. Il était heureux. Alors je suis reparti sans lui parler une seule fois.

 

— C'est triste pour toi.

 

      Xavier secoua la tête. Il se rapprocha de Sasha et l'encercla de ses bras. Il avoua :

 

— Non, je suis soulagé. Je préfère le savoir heureux même si c'est sans nous. J'aurais été très triste s'il s'était détruit complètement. Je pense que c'est ce qu'il aurait fait s'il était resté avec nous. Et rien que d'y songer, je suis sûr que cela aurait détruit ma famille. Si un jour, il décide de nous revoir ; je ne sais pas pour Cheryl ; j'accepterai. Mais, ce sera à lui de faire les premiers pas, c'est tout.

 

      Sasha frotta son nez contre l'anorak de Xavier.

 

— Merci de m'en avoir parlé.

 

      L'étudiant fit glisser ses mains jusqu'aux joues du garçon et lui releva la tête. Il l'embrassa avec tendresse.

 

— Je vais te laisser. Je ne serais pas là pendant tout le reste des vacances. Nous allons chez mes grands-parents.

 

— Ah ! Laissa échapper Sasha, un peu déçu.

 

— Je risque fort de t'ennuyer à coup de texto. Tu ne sais pas à quel point je vais m'emmerder là-bas.

 

      Rasséréné, Sasha se moqua :

 

— Ce n'est pas très gentil. Je ne sais pas si je répondrais à tes messages.

 

— Tu as tout intérêt d'y répondre, pygmée.

 

— Banane !

 

— Minus !

 

— Tête de gland.