Chapitre 2

 

      Duncan suivit toutes les rumeurs à travers tout le pays. Il voulait de bonnes recrues. Il se devait pour la sauvegarde de la terre d'être efficace dans ses choix. Il s'était rendu au début à Orzammar. Les Nains étaient de redoutable guerrier, beaucoup d'entre eux vivaient dans les tréfonds jusqu'à leur fin de vie afin de protéger les portes de la ville.

 

      Quand il n'y avait pas d'enclin, les monstres vivaient sous terre, au plus profond des abimes. Ils remontaient de temps en temps en quête de chair fraiche, celle des Nains par exemple. Mais ces guerriers ne se laissaient pas mourir sans combattre à mort. C'était leur devoir, c'était leur honneur.

 

      Le garde des ombres n'y resta pas très longtemps. Certes, il y avait des personnes fort intéressantes, mais il sentait dans l'air d'Orzammar un changement qui pourrait se révéler néfaste. À la surface, il croisa bien des Nains également, mais les Nains surfaciens n'avaient plus rien des guerriers presque surhumains de leur confrère.

 

      Il reprit la route bredouille. En longeant la voie impériale, il aperçut au loin la Tour des Mages. Il secoua la tête fataliste. Les Mages seraient fort utiles. Leur Magie était très efficace contre les démons de toutes sortes. Mais, il y avait un hic. Les Mages étaient trop fragiles et facilement manipulables. Les Démons les plus puissants parvenaient souvent à les corrompre. De plus, Duncan ne se voyait pas se prendre la tête avec la Chantrie et les Templiers.

 

      Il reconnut être un peu dur avec les Mages. Tous n'étaient pas faibles, bien au contraire, mais plus ils avaient de pouvoir, plus ils en voulaient. Combien de ses confrères Mages avaient succombé finalement à la tentation ? Beaucoup trop à son goût. Sans parler de ses insectes nuisibles, ces Mages libres vivants à Tévinter ! Ils étaient pires que les abominations. Ils utilisaient les humains, les Elfes comme de la marchandise.

 

      Le Roi avait dû combattre pendant des années contre les esclavagistes Tévinter. Il avait forgé une petite armée spéciale qui s'occupait que de ce problème, certains hommes d'ailleurs étaient des templiers. D'ailleurs, c'est parmi eux qu'il avait fait la connaissance d'une très bonne recrue, quelques mois plus tôt. Duncan avait eu un peu peur au début. Ce garçon était encore très jeune et plutôt naïf, mais contre toute attente, il fut le seul à s'être relevé en vie après l'épreuve. Comme quoi ! Parfois, il fallait se méfier des apparences. Elle pouvait être trompeuse.

 

      Duncan ne s'attarda pas pour autant. Il continua sa route. Une rumeur affirmait qu'un clan de Dalatien se trouvait à la forêt de Bréciliane. Peut-être que parmi les Elfes libres trouverait-il son bonheur ? Les Elfes étaient connus pour être de redoutable escrimeur et des archers hors pair. Mais avant de se rendre dans cette forêt, il devait au moins s'arrêter à la prochaine ville.

 

      Ses pas l'amenèrent à Dénérim, la capitale. Il traversa la place du marché pour se rendre à la taverne du noble chenu. Comme toujours à cette heure de la journée, il y avait du monde. Duncan se faufila vers le barman. Il le connaissait depuis des années.

 

      Le barman, Boris, fut ravi de revoir le garde des ombres. Cet homme lui avait sauvé la vie contre une bande de voleurs, près des Marches libres. Il savait qu'il ne devait pas trop crier partout que Duncan était un garde des ombres. Bien que des siècles plutôt, les gardes les avaient fortement aidés, il semblait bien que ce fut oublier. Ils n'étaient pas les bienvenus en Férelden. Voilà, une des raisons pour Duncan de se trouver des recrues, il était le seul à être présent dans ce pays, avec sa jeune recrue maintenant.

 

      D'une voix à peine audible, Duncan demanda des nouvelles fraiches. Cela faisait bien trop longtemps qu'il se trouvait sur les routes. Boris fut ravi d'avoir un auditeur. Il lui annonça que le Roi Caillan avait formé une armée. Accompagné du grand Commandeur, il serait à Ostagar, ville en ruine aux abords des terres sauvages de Korcari. Boris avoua qu'une rumeur laisserait qu'une invasion démoniaque aurait lieu là-bas.

 

      Duncan fronça les sourcils, inquiets. C'était très risqué. Le roi ne voyait pas le véritable danger. Il devrait surement le rejoindre d'ici peu afin de l'aider de son mieux. Il écrivit un mot et demanda à Boris s'il pourrait l'envoyer à qui de droit. Autant envoyé son jeune garde des ombres à Ostagar !

 

      Duncan se mit à écouter les convives. Parfois, des rumeurs intéressantes circulaient. En quelques secondes d'écoute, il eut confirmation. Des nobles parlaient de Bryce Cousland, le Iarl de Hautecime. Il semblait que celui-ci allait bientôt partir pour Ostagar rejoindre le Roi avec le seigneur Rendon Howe. Duncan connaissait un peu cet homme. Il ne l'avait jamais vraiment apprécié. Il avait souvent un comportement louche.

 

      Pour une raison encore inconnue, Duncan s'invita à la table des raconteurs. Il leur paya à boire pour leur délier la bouche. Ces hommes ne se firent pas prier. Ils aimaient trop parler. L'un d'eux lui avoua :

 

— Cousland peut partir tranquille. Personne n'osera attaquer sa demeure en son absence. Ils ont leur chien de garde.

 

— Leur chien de garde ? Que voulez-vous dire ? Un Mabari est certes un très bon chien de garde, mais tout de même...

 

      L'homme soul se mit à rire.

 

— Je ne parle pas du chien. Même si leur chien est redoutable. Il parait qu'il a traqué pendant deux jours un voleur, dans les bois de Hautecime. Je ne sais pas ce qu'il en est advenu du bougre, mais il l'a bien cherché. Haha !

 

      L'homme but une nouvelle gorgée. Son compagnon répondit à sa place.

 

— Le Iarl a un autre fils. Tout le monde en a peur et en même temps, il fascine. Tout le monde affirmait que le fils aîné Cousland était le meilleur guerrier, mais ils ont tous tort. Moi, je l'ai vu de mes propres yeux. Ce garçon n'a que quinze ans, mais il sait manier une épée avec détermination et sans montrer une seule crainte. Il est aussi d'une agilité comme personne.

 

— Ouais ! Reprit l'autre soulard. Il ressemble à un chat. Il marche sans bruit et pourtant il a une taille qui ne passe pas inaperçue. Une rumeur affirme que Cousland n'en serait pas le vrai père. Moi, à mon avis, Dame Cousland a du faire une belle infidélité. Ce garçon n'a rien d'un humain ordinaire.

 

      Duncan resta pensif. Est-ce que tout cela était vrai ? Le meilleur moyen serait d'aller y jeter un coup d'œil, avant le départ de Bryce Cousland. Après tout, il avait tout le même le droit de rendre visite à un vieil ami. Non ?

 

      Il voulait juste assouvir sa curiosité. Il ne pourrait pas arracher un fils aussi jeune à sa famille. Il était peut-être désespéré de trouver d'autres futurs gardes des ombres, mais il ne s'abaisserait pas à ce point-là. Peut-être parmi les hommes des gardes du domaine, aurait-il une exception ?

 

      Le domaine de Hautecime surplombait d'un côté un immense bois de pins, d'un autre la mer d'Amaranthine. Duncan dut prendre la route marchande et il traversa un petit village. Il aperçut également quelques fermiers. Ceux-ci semblaient de bonnes humeurs. La plupart le saluaient et lui souhaitait bonjour. Duncan trouvait très agréable cette ambiance de bien être, même si avec les temps qui courent cette jovialité ne dura pas.

 

      Il arriva enfin à la vue du domaine. Les Cousland avaient toujours été les plus fidèles alliers du Roi et cela depuis des générations. D'ailleurs, si les souvenirs de Duncan ne lui faisaient pas défaut, cette famille était de lointain cousin de la famille royale. Pour leur loyauté sans faille durant temps de siècles, les Cousland avaient hérité de ce domaine qui au fil des années s'étaient transformé en petite ville.

 

      En pénétrant dans la cour, Duncan constata du changement. Les hommes semblaient fébriles. Certains étaient entourés de leurs femmes et de leurs enfants, surement les hommes choisis pour rejoindre le roi à Ostagar. Duncan se dirigea vers la grande porte d'entrée. Il se sentait observer. Il ne voyait rien d'anormal et il ne se sentait pas en danger. C'était, semble-t-il, de la curiosité à son égard.

 

      Un soldat le fit entré dans le hall. Duncan attendit d'être annoncé. Bryce Cousland se trouvait également dans le hall. Il discutait avec animation avec un homme aux cheveux gris et aux regards de fouine. Duncan le reconnut sans problème. C'était Rendon Howe. Il grimaça légèrement. Il aurait préféré l'éviter celui-là. La poisse !

 

      Cousland était un homme de grande stature et de prestance. Il portait un simple habit avec ses armoiries. Les cheveux maintenant grisonnants, il n'avait pas pour autant perdu de son charme et de son sourire accueillant. En apprenant la visite d'un vieil ami, il lui fit le meilleur accueil possible.

 

      Non seulement en tant qu'homme, Duncan était quelqu'un de fort intéressant, mais si en plus, c'était un garde des ombres, pour Cousland, c'était une bénédiction. Il avait lu tout ce qu'il avait pu trouver sur cette confrérie. Il les admirait sincèrement. Ces hommes devaient renoncer à avoir une vie normale.

 

— Duncan ! Je suis ravie de vous revoir.

 

— Moi de même, Bryce.

 

      L'homme dut se rappeler les bonnes manières. Il présenta donc son interlocuteur à son voisin, Rendon Howe. Les deux hommes se saluèrent du bout des lèvres. Il était évident qu'ils ne s'appréciaient pas réciproquement.

 

— Qu'est-ce qui vous amène à Hautecime, Duncan ?

 

— Je suis à la recherche de nouvelle recrue. Un enclin approche, j'en ai bien peur.

 

— En êtes-vous certains ? Bah ! Venant de vous, cela doit être véridique. Nous devrions nous dépêcher de rejoindre le Roi.

 

— Je suis désolé si mes hommes sont en retard, murmura Howe.

 

      Cousland haussa les épaules.

 

— Nous n'y pouvons rien. Mon fils Fergus s'y rendra en premier lieu. Nous le rejoindrons ensuite.

 

      Duncan profita de l'occasion.

 

— J'ai cru comprendre que vous avez eu un second fils entre temps.

 

      Cousland se tourna vers le garde des ombres. Il avait le visage souriant et amusé.

 

— Décidément, vous savez tout Duncan. Oui, Éléonore m'a effectivement donné un autre fils après des années de fausses couches. D'ailleurs, quand on parle du Loup, il s'amène.

 

      Duncan se retourna vers la porte d'entrée. Il cligna des yeux. Un jeune homme de grande stature, mince et svelte s'approchait d'eux. Duncan avait plus l'impression de voir un elfe, plutôt qu'un humain. Ce garçon avait le même maintien, la même noblesse qu'un Elfe Dalatien, mais avec quelques différences notoires. Il n'avait bien sûr pas les oreilles en pointe et surtout la taille. Les Elfes étaient toujours d'une taille inférieure à celle d'un humain.

 

      Là, c'était bien le contraire. Le jeune homme le dépassait d'une tête, alors que Duncan était déjà d'une bonne taille. De plus, le garde des ombres avait bien du mal à croire que ce garçon n'avait que quinze ans, en fait, il était impossible de lui donner un âge, encore une ressemblance avec les Elfes.

 

      Le garçon avait la peau couleur de miel, des cheveux soyeux longs, rejetés en arrière d'un noir ébène. Mais ce qui fascinait encore plus, c'était surement les yeux. Ils étaient d'un bleu intense et magnétique. Duncan confirmait les paroles des deux soulards du noble chenu. Ce garçon n'avait rien d'un humain ordinaire.