Chapitre 23

 

      Sasha ne savait pas quoi faire. Dans un sens, il avait envie de reprendre des cours de musique. Dans un autre, il ne s'en sentait plus capable. Pourquoi était-il toujours ainsi ? Pourquoi n'arrivait-il pas à se mettre d'accord ?

 

      Il aurait bien voulu en discuter avec son père, mais monsieur travaillait toujours. Quand est-ce que celui-ci prenait des vacances ? Il ne pouvait même pas en discuter avec Elone non plus. Un grave accident avait eu lieu la veille et depuis, Elone n'était pas entré. L'hôpital avait trop besoin de leur médecin. Pfft !

 

      Il tenterait bien sa mère, mais à quoi cela servirait ? Elle l'écoutait toujours, mais elle ne l'aidait pas non plus. Il devait trouver par lui même. Pfft ! Mais, s'il demandait de l'aide, c'était justement qu'il n'arrivait pas de lui-même. C'était d'un agacement !

 

      Sasha tourna dans l'appartement comme un fauve. Il ne savait pas quoi faire. Il s'ennuyait. Il ne se souvenait pas de s'être déjà autant ennuyé. Que faisait-il de particulier pendant les week-ends et les vacances ? Il ne s'en souvenait pas et cela l'agaçait au plus haut point. En plus, chaque fois où il essayait de forcer sa mémoire, il en aurait pleuré de douleur. Il en avait marre à la fin.

 

      L'idée lui vient d'appeler Raven. Il eut le père de la jeune fille. Celui-ci lui annonça que sa fille était absente. Il ne savait pas où elle pouvait se trouver. Il tenta alors Asia. Personne ne répondit à l'appel. Il en aurait pleuré de découragement. Il y avait bien une autre personne. Mais, il avait peur. En fait, il ne savait pas comment agir avec lui.

 

      Après être rentré de chez Reï Kashino, il s'était rendu compte des messages de Xavier. Sasha les avait ignorés. Il ne lui avait pas répondu et depuis, c'était silence radio. Deux jours venaient de passer et l'étudiant ne l'avait pas rappelé une seule fois. Était-il en colère ? Est-ce qu'il pouvait lui rendre visite en ne sachant pas comment celui-ci réagirait ?

 

      Stoppant net, il s'agenouilla tout en encerclant ses bras autour de ses jambes. Il était vraiment stupide. Il devrait arrêter de se poser toujours des questions insensées. La meilleure chose à faire, c'était d'aller voir Xavier et de se faire pardonner. Sasha gémit, mais il se décida enfin à agir. Enfin, il le fit avant de changer d'avis à nouveau.

 

      Il fonça dans sa chambre pour s'habiller correctement. Il n'allait pas se rendre au bar le « Cool Baby » en pyjama, tout de même. Il enfila un jean noir, un pull cuivre et ses baskets. Dans le couloir, il attrapa son manteau beige et comme un dératé, il fila en oubliant de fermer la porte à clé.

 

      Bien évidemment, le bus arriva avec du retard, dû à la neige. Cela n'empêcha pas le garçon de bougonner. Plus, il s'approchait du quartier africain, plus il paniquait. Il était incorrigible. Il ne pouvait s'en empêcher.

 

      Arrivant au quartier, Sasha descendit avec une certaine crainte et la boule à l'estomac. Il hésitait toujours. Il stoppa devant le bar. Il se mordit la lèvre. La porte s'ouvrit à cet instant. Un géant avec une carrure des plus impressionnantes fit son apparition devant lui. Sasha leva la tête. Il le reconnaissait. C’était le propriétaire du lieu. Il l'intimidait toujours autant.

 

— Je crois que je vois un pygmée.

 

— Ce n'est pas moi qui ai une taille anormale ! Ne put s'empêcher de répliquer le garçon.

 

      Daisuke sourit. Il aimait les gens avec de la répartie.

 

— Alors microbe ? Pourquoi es-tu ici ? Es-tu venu voir quelqu'un en particulier ?

 

      Hésitant un instant, Sasha finit par avouer :

 

— Je pensais voir Xavier. Puisque c'est les vacances, je suppose qu'il travaille.

 

— Bien vu ! Mais, aujourd'hui, il est en repos.

 

— Ah ! Murmura simplement Sasha, baissant la tête.

 

      Daisuke remarqua la déception sur le visage de son interlocuteur. Il avoua :

 

— Mais si tu veux le voir, je peux t'indiquer son appartement. Ce n'est pas très loin.

 

      Sasha redressa la tête, surpris.

 

— Ne vit-il pas chez le docteur Descamps ?

 

— Quelquefois, mais quand il travaille ici, il préfère rester dans les parages. Vois-tu les bâtiments sur ta gauche, ceux aux volets bleus ? C'est le numéro quatre au rez-de-chaussée. Au plaisir, jeune homme.

 

      Sur ces bonnes paroles, le propriétaire du « Cool Baby » retourna dans son bar. Sasha se mordit la lèvre tout en jetant des coups d'œil dans la direction indiquée. Finalement, il se décida enfin à bouger. Il s'y rendit presque en courant, tellement il avait peur de changer d'avis.

 

      Combien de temps resta-t-il devant la porte ? Il ne saurait le dire, mais il n'eut pas besoin de frapper. La porte s'ouvrit d'un coup le prenant par surprise. Sasha n'osait pas lever les yeux. Il se trouvait face à Xavier, mais il avait peur maintenant. La voix de l'étudiant le fit sursauter.

 

— Tu en as mis du temps. Alors, es-tu plein de remords de m'avoir ignoré ?

 

      Interloqué, Sasha releva enfin son visage vers celui de Xavier. Celui-ci n'était nullement en colère.

 

— Je... je suis désolé.

 

      Xavier soupira. Il ouvrit la porte un peu plus grande afin de laisser entrer le garçon. Le voyant hésiter, l'étudiant attrapa le bras et le tira à l'intérieur. L'appartement était plutôt un studio. C'était une pièce unique avec juste le nécessaire. Une porte sur sa droite amenait à la salle de bain et aux toilettes. Il y avait également un placard encastré près de la cuisine.

 

      Xavier força presque le garçon à s'asseoir dans le fauteuil, transformé en lit. Il avait eu la flemme de le remettre en position canapé. Il se rendit à la cuisine et servit deux tasses de chocolat chaud. Il rejoignit ensuite Sasha.

 

— Alors, pourquoi m'as-tu ignoré pendant deux jours ?

 

      Les joues de Sasha s'embrasèrent. Ses mains tremblantes, il préféra déposer sa tasse sur la table basse. Il les joignit ensuite, mal à l'aise. Le regard baissé, il répondit :

 

— Je ne sais pas.

 

      Xavier déposa sa tasse également. Il observait le garçon tendu comme un roc. Il soupira à nouveau.

 

— Laisse-moi deviner, tu t'es encore posé mille et une questions stupides. Tu en as encore déduit que tu ne devrais pas t'impliquer encore plus dans notre histoire. Je me trompe ?

 

      Serrant les doigts à s'en faire mal, Sasha gémit.

 

— Je ne sais pas quoi faire. Mon amnésie me fait peur. J'ai peur de mes sentiments également et j'ai peur des tiens aussi. Tu ne t'en rends pas compte maintenant. Mais, c'est peut-être juste de la curiosité.

 

      À peine finissait-il sa phrase qu'il se retrouva allonger sur le dos sur le canapé-lit. Xavier le dominait. Sasha se sentit mal à l'aise. Il ressentait fortement le contact de l'étudiant et sa chaleur. Il le regardait avec un regard apeuré, surtout que leurs nez se frôlaient presque.

 

— Je n'aime pas me répéter, Sasha. Je ne ressens pas pour toi de la curiosité, c'est bien plus que ce que tu penses. Si c'était juste de la curiosité, j'aurais pu aller voir n'importe qui, ce n'est pas ce qui manque dans cette région. Pourquoi refuses-tu de me laisser une chance ? À cause de ma réputation avec les femmes ? Des rumeurs qui courent sur Mako et moi ?

 

      Des larmes apparurent au coin des yeux du garçon, Xavier en fut interloqué.

 

— Et merde !

 

      Il se redressa en amenant avec lui Sasha, tremblant. Il le serra contre lui. Sasha se moula et entoura le cou de Xavier de ses bras. Il se laissa aller. Il avait envie de pleurer. Il le fit. Il pouvait sentir parfois les lèvres de l'étudiant contre ses tempes. Quand enfin, il se calma. Il resta nicher dans les bras de Xavier. Il s'y sentait vraiment très bien. Il finit par avouer.

 

— Je suis désolé. Je sais très bien que tu ne joues pas avec moi. C'est moi le problème. J'ai peur. Je n'arrête pas de me poser des questions. Je n'arrête pas de penser à cette amnésie et je suis effrayé à la pensée qu'elle me fasse à nouveau oublier d'autres personnes.

 

      Xavier repoussa doucement le garçon afin de l'avoir en face de lui. Il déposa ses mains sur chaque joue. Il plongea son regard dans les deux iris bleutés.

 

— Cela n'arrivera pas, Sasha. Cette drogue a un défaut. La première prise est décisive, ensuite elle agit comme une drogue ordinaire avec son côté dépendant.

 

— Que veux-tu dire par décisive ?

 

— À la première prise, ce qui te l'a injecté peut te faire faire ce qu'ils veulent. Tu leur obéiras sans volonté aucune. Certaines personnes par contre en sont immunisées. Ils perdent conscience pendant quelques jours. Certains ne se souviennent plus de rien. Ils oublient.

 

      Sasha baisse les yeux.

 

— Comment sais-tu tout cela ?

 

— Quand tu m'as parlé de ton amnésie, j'ai voulu en savoir plus, alors j'en ai parlé à ma mère et aussi à Daisuke.

 

— Ton patron ? Pourquoi lui ?

 

      Xavier sourit.

 

— Parce qu'il faisait partie de la police pendant un temps et surtout qu'il connait beaucoup de monde.

 

      Sasha s'agrippa au tee-shirt de l'étudiant. Il finit par demander, changeant ainsi de conversation.

 

— Alors, tu me pardonnes ?

 

      Le regard de Xavier se fit pensif. Sasha se mordit la lèvre, inquiet. Il grogna ensuite quand il y aperçut une lueur moqueuse.

 

— Ce n'est pas drôle !

 

      Il allait s'éloigner, mais l'étudiant fut plus rapide. Sasha se retrouva à nouveau allongé sur le canapé-lit. Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, il fut envahir par une bouche vorace et une langue avide. Le garçon ne chercha plus à nier, ni à repousser ses sentiments. Il jeta ses bras autour du cou et répondit avec autant de passion au baiser.

 

      Les mains de Xavier ne restèrent pas inactives. Elles partirent en vadrouille sur le corps consentant. Pourtant, Xavier ne chercha pas à aller plus loin. Ce n'est pas qu'il n'en avait pas envie, mais il sentait bien que Sasha n'était pas encore près d'aller aussi loin. C'était encore trop tôt, pour l'un comme pour l'autre.