Chapitre 17

 

      Comme convenu avec le docteur Descamps, Sasha se rendait à l’hôpital une fois par semaine. Le lundi, il finissait les cours à deux heures et demie donc il avait tout le temps pour s’y rendre. Ce jour-là, il devait également se faire examiner par le docteur Miori. Elle voulait savoir si aucun autre problème n’était survenu à cause de la drogue du dragon à part son amnésie partielle. Elle fut vite rassurée.

 

      En le voyant, Mili songea que le garçon avait beaucoup changé en peu de temps. En un peu plus d’une semaine, Sasha semblait bien plus serein et joyeux. Elle avait entendu dire que le garçon s’entendait bien avec la jeune Asia Amory, qu’il avait également rencontré Ludwig, Rei et les jumeaux Soba. En y réfléchissant, Mili songea que ce serait bien que Rei et Sasha parlent ensemble de leur problème. Elle en toucherait deux mots à leur psychanalyste.

 

      Vingt ans plus tôt, Rei Kashino Miori avait été enlevé par son oncle pour le vendre. Pour le dompter, l’oncle l’avait drogué avec la drogue du dragon. En résultat, Rei avait eu le bras gauche handicapé pendant longtemps. Finalement, après plusieurs mois de rééducation, il avait pu rejouer du piano, mais depuis deux ans déjà, son bras commençait à nouveau à faire des siennes. Le jeune homme se savait très entouré avec sa famille adoptive, et par l’amour inconditionnel de son compagnon, cela ne l’empêchait pas de déprimer un peu.

 

      La musique était sa passion. Elle n’était pas sa raison de vivre, mais un plus. Il l’aimait. Déjà qu’il avait dû renoncer au violon, alors être obligé d’abandonner également le piano lui faisait mal. Pour cette raison, il avait décidé de suivre une thérapie avec le docteur Descamps. Elle ne faisait pas partie de sa famille, alors il pouvait lui dire tout ce qu’il avait sur le cœur comme sa rage et sa tristesse.

 

      Mili profita du fait que Sasha passait des radios pour discuter tranquillement avec la psychanalyste. Aline approuva aussitôt. Ses deux patients avaient connu la drogue rouge. Rei pourrait déculpabiliser Sasha sur son amnésie. Sasha pourrait également apporter quelque chose à Rei. Le garçon, plus jeune, avait appris à jouer de divers instruments, dont le piano et le violon. Peut-être accepterait-il de s’y remettre ? Et Rei ferait un excellent professeur de musique pour le garçon.

 

      Mili expliqua que le mieux à faire serait de ne pas leur en parler, mais de faire en sorte que ces deux hommes puissent faire une rencontre musicale. Mili pensait que si elles leur en parlaient, Rei et Sasha se braqueraient. Elle avait sa petite idée. Les petits Soba allaient être très utiles, puisqu’il semblerait que Sasha ne savait pas leur dire non.

 

      Par pur hasard, Mili apprit que le garçon devait se rendre près du bar le « Cool Baby » pour rejoindre une amie. Elle lui annonça alors que s’il acceptait, elle pourrait le déposer. Elle devait aussi se rendre au quartier africain. Sasha n’hésita pas. Il aimait beaucoup son médecin. Elle était gentille et amusante. Sa séance avec le docteur Descamps se passa sans accro. Il fut rassuré que sa psychanalyste ne lui parle pas de son amnésie. Il ne voulait pas encore en parler. Il avait trop honte d’avoir oublié des personnes importantes pour lui.

 

      À peine était-il sorti de l’hôpital que son portable se mit à sonner. C’était sa mère. Elle voulait avoir de ses nouvelles. Il était toujours content de ses appels. Il ne lui était pas indifférent. Elle s’inquiétait réellement pour lui. Elle lui parla de ses répétitions et des autres acteurs. Elle parlait d’eux avec beaucoup d’humour. Sasha comprenait aisément que sa mère était dans son élément. Elle était heureuse dans sa nouvelle vie parisienne. Elle lui annonça également avoir viré Torrès de sa vie. Le garçon faillit sauter de joie à cette nouvelle.

 

      Par contre, elle lui annonça avoir un nouvel amant. Sasha se renferma à nouveau. Il s’inquiétait. Quel genre serait-ce cette fois-ci ? Il soupira. Il ne pouvait rien y faire. Le docteur Miori l’attendait devant l’entrée. Elle avait assisté au monologue du garçon faisant la morale à sa maman. Elle sourit. Caël et Erwan aimaient bien lui faire la morale également. Chaque fois où l’un d’eux devait s’absenter trop longtemps, ils s’amusaient à lui faire la leçon. C’était bien la seule chose où ces deux-là étaient d’accord.

 

      Durant le trajet les menant au quartier africain, Mili discuta avec le garçon. Elle lui demanda de lui parler de sa mère. Comment était-elle ? En apprenant son nom, Mili se souvint très bien de cette femme. Catarina Cartier avait été très célèbre dans sa jeunesse. Elle avait été repérée dès son plus jeune âge pour sa beauté envoutante. Elle avait fait la Une des magazines de Mode. Les créateurs se l’étaient arraché. Puis un jour, elle avait tout quitté sur un coup de tête.

 

      Mili se gara devant le bar. En discutant, Sasha lui avait expliqué qu’il voulait se rendre à une exposition du peintre Carlin Oda avec une amie. Elle lui avoua alors qu’elle se rendait au même endroit. L’amie en question était une très jolie demoiselle aux cheveux ébène. Mili l’adora aussitôt.

 

Raven attendait Sasha depuis plus d’une demi-heure. Elle était arrivée en avance tellement elle ne tenait plus en place. Mais, elle avait trop la trouille d’entrer dans la salle d’exposition toute seule. Elle avait donc attendu. Elle soupira donc de soulagement en apercevant enfin son nouvel ami. Elle fut surprise de le voir accompagner. Elle en resta même bouche bée devant cette femme superbe.

 

— Désolé du retard, Raven. S’exclama Sasha, dès qu’il fut à sa portée.

 

      La jeune fille haussa les épaules. Il n’avait que cinq minutes de retard, ce n’était pas dramatique. Elle leva les yeux vers la femme qui accompagnait son jeune ami, intimidée tout d’un coup. La femme sourit et elle se présenta :

 

— Bonjour, je suis Mili Miori. Enchanté de te connaitre, jeune Raven.

 

— Euh ! Bonjour, Madame Miori.

 

      Mili grimaça. Elle s’écria :

 

— Appelez-moi Mili, s’il vous plait ! Venez, je vais vous accompagner dans l’antre de ce peintre de génie.

 

— Attendez, Mili. Il nous manque quelqu’un. Nous devons attendre Asia.

 

      Mili baissa son regard vers les deux adolescents. Elle eut un sourire à fendre le cœur le plus dur.

 

— Asia connait le chemin. Elle nous rejoindra. Je suis sûr qu’elle voudra d’abord saluer son frère Ben. Je rêve où vous avez la trouille de rencontrer Carlin ?

 

      Raven se mit à rougir. Sasha lui haussa les épaules. Il répliqua :

 

— Je ne vois pas en quoi nous aurions la trouille. Raven en est fan. Elle joue les timides.

 

— Sasha !

 

— Quoi Sasha ? Je n’ai pas raison peut-être. Tu as peur d’être déçu. Avoue-le ! J’te jure !

 

      Amusée, Mili les poussa légèrement pour les faire avancer. Autour d’eux, le quartier semblait bien trop calme par rapport à son habitude. Mais, c’était surement parce que le bar était encore fermé. Par contre dès que la porte de la salle d’exposition fut ouverte, une voix se faisait entendre. C’était une voix d’homme donnant des ordres dans la seconde pièce.

 

— On dirait bien qu’il s’est trouvé des esclaves, s’exclama Mili, avant de hurler. Carlin ! Viens dire bonjour à ta femme préférée.

 

      Les deux adolescents lui jetèrent un coup d’œil stupéfait. Le docteur ne ressemblait plus à la femme chic, calme et élégante. Bon, elle était toujours aussi chic et élégante, mais le reste avait changé. Un homme apparut alors dans leurs champs de vision.

 

      Sans le connaitre, Sasha sut d’office qu’il avait face à lui le peintre. Il dégageait un « on ne sait quoi » de magnétisme et de prestance malgré le pantalon et la chemise couverte de peinture. Les yeux noirs de l’homme étaient également impressionnants. Ils donnaient une impression d’étouffement et en même temps une impression de liberté absolue.

 

      Le peintre s’approcha de sa meilleure amie pour l’embrasser sur les deux joues. Puis, il se tourna vers les adolescents qu’il se mit à détailler de la tête aux pieds. Il sourit en apercevant les joues rouges de la jeune fille. Le garçon, lui, ne semblait pas le moins du monde gêner. Étant donné le physique, il devait y être habitué.

 

— C’est gentil de m’avoir amené de nouveaux esclaves, ma Mili.

 

— Oui, je savais bien que tu aurais besoin d’aide.

 

— Hein ? Je ne suis absolument pas venu pour travailler, s’écria Sasha.

 

      Carlin se tourna vers lui. Il lui plaisait bien ce petit. Amusé, il demanda :

 

— Pourquoi es-tu venu alors ?

 

      Sasha haussa les épaules nullement intimidé.

 

— Juste accompagné une amie voir son peintre préféré.

 

      Raven, plus rougissante que jamais, donna un coup dans le bras de son camarade. Sasha gloussa. Carlin regarda la jeune fille.

 

— Alors comme cela, je suis ton peintre préféré ? Oh la la ! Je vais rougir. Ça me fait plaisir. Mais, au fait, comment vous vous nommez tous deux ?

 

— Raven Adréakis, et mon ami c’est Sasha Flagan.

 

— Enchanté. Alors, c’est vous les deux petits nouveaux qu’Asia m’a parlés.

 

— Asia a parlé de nous ? Demanda Raven, reprenant contenance.

 

— Oui, elle nous a annoncé s’être fait de nouveaux amis. Je suis content pour elle. Alors, que vais-je faire de vous ?

 

      Mili l’interrompit d’un seul coup.

 

— C’est rare que le bar soit fermé à cette heure.

 

      Carlin eut un drôle de sourire.

 

— C’est normal. J’ai débauché les deux barmans. J’avais besoin d’aide. D’ailleurs, il va falloir que je sévisse.

 

— Pourquoi donc, mon chou ? Et qui d’ailleurs ?

 

— Ton homme ! Il avait accepté de venir me donner un coup de main. Caël aussi devait venir, ainsi que Ludwig et Shin. Mais, ils m’ont tous posé un lapin. Je vais me venger, tant pis pour eux.

 

— Ah ! Non ! Tu laisses mon Youji tranquille. Et puis, tu te plains, mais tu as bien trouvé de nouveaux esclaves. Non ?

 

— Peut-être, mais j’en ai que deux. Bon, quatre avec ces deux-là. N’est-ce pas que vous allez m’aider ?

 

      Sasha soupira. Il aurait dû se douter qu’il ne pourrait pas refuser. Cet homme n’aimait pas du tout qu’on lui dise non. Carlin commençait à se diriger vers l’arrière avec les deux adolescents, quand il jeta un coup d’œil à Mili.

 

— N’espère pas te sauver en cachette, ma jolie. Sinon, ta douleur sera terrible.

 

      Mili soupira. Zut ! Elle s’étira un bon coup. Elle jeta son manteau sur une chaise. Elle jeta ses chaussures aux talons hauts avant de passer dans la pièce voisine. Elle retrouva les deux barmans du Cool Baby. Ben Amory la salua d’un signe de main. Quant au deuxième, il regardait dans une autre direction. La doctoresse suivit le regard. Le jeune homme observait les adolescents, plus précisément le jeune Sasha. Étrange ! Xavier Descamps semblait très intéresser par le patient de sa mère. Voilà quelque chose d’amusant et à suivre. Cool ! La nouvelle année qui arrivait allait être très intéressante.