Chapitre 16

 

      Mako observa son ami et le jeune Sasha partir en direction de chez les Flagan. Amusé, il secoua la tête. Il avait été laissé pour compte. Xavier tellement subjugué par Sasha l’avait complètement oublié. Mako aurait dû se sentir un peu vexer. En vérité, il l’était un peu. Il soupira.

 

Mako devait bien reconnaitre que c’était aussi la première fois où il voyait son ami aussi accaparé par une personne. C’était nouveau et surprenant. Xavier n’avait jamais montré une once d’intérêt pour la gent masculine. Mako haussa les épaules. Enfonçant ses mains dans les poches, il prit la direction opposée de son ami.

 

      Il n’avait pas vraiment envie de rentrer maintenant. Son oncle Mario serait surement présent et le jeune homme ne voulait pas être en sa présence. Il ne l’aimait pas, c’était viscéral. Autour de lui, les gens se dépêchaient de rentrer chez eux à cause du froid. La température avait encore chuté.

 

      Mako soupira à nouveau. Noël approchait à grands pas. La poisse ! Il n’aimait pas cette fête. Certes, Aline Descamps l’invitait toujours à passer les fêtes avec eux. Il en était très content, mais il s’en voulait également. Il squattait chez eux, alors qu’il n’avait aucun lien de parenté entre eux. Et puis, côtoyé toute une soirée Cheryl, il allait encore déprimer. S’il s’en apercevait, Xavier le traiterait d’idiot borné.

 

      Pendant plus d’une demi-heure, Mako marcha sans se rendre compte où il allait. Quand il leva les yeux, il se rendit compte qu’il était dans une rue marchande. Que faisait-il là ? Il avait marché d’un bon pas, sans regarder autour de lui. Étant donné l’heure, certaines boutiques commençaient à fermer. Le jeune homme s’arrêta devant une boutique de fleur.

 

      Mako se baissa pour ramasser une fleur sur le sol. Il la remit dans son vase. Certains clients étaient vraiment négligents. Il caressa le pétale blanc du lys.

 

— Merci, c’était très gentil de votre part, s’exclama alors une voix très douce.

 

      Mako sursauta. Il tourna la tête vers la voix. Une jeune femme, asiatique, habillée d’une longue robe de laine blanche, se tenait près de lui. Le jeune homme restait bouche bée. Cette femme était ravissante. Elle avait un certain contraste. Par son attitude, elle montrait clairement qu’elle était bien plus âgée que lui, mais en même temps, son physique la rajeunissait. Mako sentit ses joues chauffées.

 

— Euh ! Ce n’est rien. Je trouvais juste triste que cette fleur finisse à la poubelle par négligence.

 

      La jeune femme sourit.

 

— Aimez-vous les fleurs ?

 

      Mako haussa les épaules. Il n’en savait rien.

 

— Je… Je ne sais pas vraiment. Je ne me suis jamais vraiment posé la question.

 

      La femme composa un petit bouquet. Elle le tendit au jeune homme. Mako la regarda surpris. Intimidé, il le prit. La fleuriste émit un petit rire. Elle pencha la tête.

 

— Les fleurs donnent du baume au cœur quand celui-ci est triste. C’est peut-être stupide, mais elles m’ont beaucoup aidé à une période de ma vie. Elles donnent le sourire, elles adoucissent les cœurs. Vous ne croyez pas ?

 

      La femme repoussa une mèche de cheveux derrière l’oreille. Elle avait une magnifique chevelure d’un noir ébène avec des reflets bleutés. Elle était longue jusqu’aux bas du dos. La femme s’exclama :

 

— Zut ! Je vais encore fermer en retard. Pfft !

 

      Mako hésita un instant, puis il demanda :

 

— Puis-je vous aider ? Ainsi, vous fermerez à l’heure.

 

      La jeune femme lui jeta un coup d’œil. Mako se trouvait stupide. Elle ne le connaissait pas. Pourquoi lui ferait-elle confiance ? Mais, contre toute attente, elle s’écria ravie :

 

— Ah ! Arigatou ! Ton aide serait vraiment précieuse.

 

      Le jeune homme en fut content. Il l’aida donc à ranger les pots extérieurs à l’intérieur de la boutique où un mélange d’odeur se faisait sentir. À l’intérieur, avec toutes les plantes de toutes sortes, il avait l’impression d’entrer dans une jungle. Il déposa le dernier pot sur le comptoir. La femme s’occupait de la comptabilité. Mako ne savait pas ce qu’il devait faire. Peut-être devrait-il partir, maintenant ? Ce serait correct.

 

      Il sursauta quand il sentit quelque chose frôler ses jambes. Il baissa son regard et il aperçut un gros chat roux. Celui-ci ronronnait en attente de caresse. Le jeune homme s’agenouilla et gratta la tête de l’animal. La douce voix de la jeune femme se fit entendre à nouveau.

 

— Il s’appelle O’Maley. Mon fils me l’a laissé pour que je ne m’ennuie pas. Depuis, il me suit partout.

 

      Mako fut déçu en apprenant que la femme avait un fils. Il n’en comprenait pas la raison. Elle s’exclama alors :

 

— Ah ! Je ne me suis pas présentée, je suis désolée. Je m’appelle Harumi Sanada. Je te remercie beaucoup pour ton aide.

 

— Ce n’est rien. Je suis Mako Marcello. Enchantée de vous connaitre, madame Sanada.

 

— Juste Harumi. D’accord ? Lança-t-elle, le sourire aux lèvres.

 

      Mako se redressa. O’Maley miaula de mécontentement. Il grimpa sur le comptoir et donna des coups de tête sur le bras du jeune homme. Celui-ci se mit à rire. Harumi en fit autant.

 

— Tu lui plais. Il n’est pas aussi démonstratif, habituellement.

 

      Mako reprit ses caresses.

 

— Je n’ai jamais eu d’animaux, murmura-t-il.

 

— À vrai dire, moi non plus. Là où j’étais, je ne pouvais pas en avoir. Mais, je me rattrape. Tu sais, depuis quelque temps, je m’aperçois qu’autour de nous, il y a beaucoup d’humains qui ressemblent à des animaux. Genre mon fils par exemple. Il a tout d’un chat sauvage.

 

      Harumi émit un petit rire. D’un seul coup, une voix féminine les fit sursauter.

 

— Que vois-je ? Harumi, tu me l’avais caché.

 

      Mako se tourna vers l’entrée. Il vit apparaitre une très jolie femme brune. Les yeux de celle-ci l’attirèrent. Elle avait deux perles d’un bleu saphir.

 

— Lina, je ne vois pas de quoi tu peux parler.

 

      La nouvelle arrivante se mit à rire. Elle s’approcha tellement près que Mako sentit à nouveau ses joues rougir.

 

— Mazette ! Il est mignon tout plein. Alors, es-tu venu draguer ma petite Harumi ?

 

— Lina ! Arrête de dire des âneries. Pfft !

 

— Mais euh ! J’ai promis à ton fils de veiller sur toi. Je ne peux pas me déroger, voyons !

 

— Euh ! Je ferais mieux de partir.

 

— Eh voilà ! Tu le fais fuir.

 

      Lina éclata de rire avant d’attraper le bras de Mako. Celui-ci ne savait plus ce qu’il devait faire. Il se sentait mal à l’aise et de nouveau intimidé. Lina s’exclama :

 

— Ça alors ! Ce garçon est un étrange spécimen. Il a un physique de tombeur, mais il est timide. Ah ! C’est trop chou ! Je l’adore déjà.

 

      Mako baissa la tête, rouge comme une pivoine. Harumi avait pitié de lui. Elle expliqua :

 

— N’en veut pas à Lina. Elle est très excentrique, mais elle n’est pas méchante.

 

— Harumi ! Moi, excentrique ? Où tu vois ça ? Haha ! Allez, je vous invite à dîner pour me faire pardonner. Tu ne vas pas refuser, n’est-ce pas, jeune homme ? Après tout, tu vas manger avec les deux plus belles créatures de la ville.

 

      Harumi secoua la tête, amusée. Elle avait fini par s’habituer aux excentricités de Lina. Elle attrapa son sac et attrapa O’Maley. Ce chat avait pris l’habitude de marcher à la laisse. Elle se dépêcha ensuite de rejoindre Lina qui avait kidnappé Mako. Le pauvre.

 

      Mako accepta de les suivre. Premièrement, il n’avait pas vraiment le choix. Lina lui tenait toujours fermement le bras pour qu’il ne s’échappe pas. Deuxièmement, la compagnie des deux femmes lui plaisait beaucoup plus que celle de son oncle. Il apprit ainsi que la jolie brune était une Miori. Elle était la fille du grand PDG de la Miori Corporation. Elle donnait l’impression d’être un peu folle et excentrique, mais en réalité, il put constater en discutant plus sérieusement qu’elle était aussi très intelligente.

 

      Moqueusement, elle lui avoua le connaitre. Elle avait écouté leur conversation dans la boutique. Elle connaissait donc son nom. Il apprit ainsi que Lina travaillait souvent avec son neveu Erwan. Il était en charge de négocier plusieurs affaires avec les Marcello et les Flagan. Elle était donc ravie de rencontrer le nouvel associé d’Edwyn Flagan. Mako se sentit très mal à l’aise. Il devait lui donner une très mauvaise opinion de lui. Il maudissait souvent sa timidité, mais il n’y pouvait rien.

 

      Harumi les suivait en silence. Elle les écoutait, avec O’Maley, sur une épaule. Il était un peu lourd, mais elle avait fini par s’y habituer avec le temps. Elle était contente d’avoir fait une nouvelle connaissance. D’un geste gracieux, elle rejeta son écharpe autour du cou. Sawako allait encore lui faire la morale s’il apprenait qu’elle avait encore discuté avec un inconnu, qui plus est, était un homme.

 

      Harumi reconnut la rue. Lina les emmenait « Chez Tabitha ». La jeune femme soupira. Pourquoi avait-elle choisi ce restaurant ? Elle l’aimait bien. Tabitha, la propriétaire, était une amie, mais aujourd’hui, son fils y travaillait. Le sermon, elle allait finalement y avoir droit. Elle soupira avant de sourire. Bah ! Tel était son fils.

 

      À peine le groupe entra dans le restaurant qu’un véritable brouhaha se fit entendre, provenant de la table du fond de la salle. Harumi les repéra. Elle sourit. Impossible de ne pas repérer tous ces mignons chatons excentriques !

 

      Lina les repéra également. Tout en tirant sur le bras de Mako pour qu’il suive, elle fonça vers ses vieux amis. Mako jeta un regard vers la table la plus bruyante. Une jeune femme blonde se trouvait aux prises avec trois hommes et deux jeunes garçons d’une dizaine d’années. En les voyant arrivés, la jeune femme blonde s’exclama :

 

— Lina, tu tombes bien. Peux-tu leur mettre du plomb dans la tête, s’il te plait ? Ils sont vraiment usants à souhait.

 

— Alors, les mecs ! Vous arrêtez d’ennuyer Tabi. Elle va finir par vous jeter dehors.

 

      Au lieu d’écouter, l’un d’eux se leva pour s’approcher d’Harumi. Il l’attrapa pour la serrer contre lui. Il s’écria alors :

 

— Regarde chaton ? J’ai cueilli une jolie fleur.

 

      Mako sursauta en apercevant un jeune asiatique de son âge apparaitre juste à ses côtés.

 

— Baka ! Enlève tes sales mains perverses d’Okaa-san, Shin.

 

      Au lieu d’obéir, l’homme eut un sourire en coin. Harumi donna une légère tape sur le bras de Shin. O’Maley, quant à lui, n’avait pas bougé de sa place. Il était toujours solidement accroché à l’épaule de sa maîtresse.

 

— Ce n’est pas gentil de te moquer de mon fils, Shin.

 

      Mako ouvrit en grand les yeux de stupeur. Le jeune asiatique était son fils ? Impossible ! Sawako lui jeta un coup d’œil, amusé. Il semblait avoir lu en lui. D’un geste, le jeune japonais le poussa vers la table. Il s’exclama :

 

— Li-chan ! Au lieu de glander, occupe-toi de ton invité.

 

— Sawa ! Ne peux-tu pas être plus aimable avec ta Li-chan préférée ?

 

— J’en vois pas la raison. Shin ! Assis !

 

      Shin réagit au quart de tour. Il attrapa le bras du japonais et le fit chavirer dans ses bras. Harumi, enfin libre, s’installa juste à côté de Mako qui semblait complètement perdu. Elle émit un petit rire.

 

— Gomen. Ils sont un peu remuants.

 

      Derrière, Mako pouvait entendre le japonais jurer dans sa langue. Enfin, il supposait. Les deux autres hommes le regardèrent avec intérêt. Ils finirent par se présenter. Le plus grand, un brun avec plusieurs piercings au visage, prit la parole en premier.

 

— Je suis Ludwig Lagardère. Et à côté, c’est mon Reï chou.

 

      L’homme grimaça en recevant un coup sur la tête.

 

— Tu n’es pas obligé d’insister sur le « mon » Rei. Baka ! Pfft ! Ne fais pas trop attention à mon compagnon. Il est idiot.

 

— Mais, enfin Rei chou.

 

— Ils sont bêtes, pas vraies ? Murmura une petite voix.

 

      Mako tourna son regard vers sa gauche et reconnut les deux garçons. Il les avait déjà rencontrés au zoo. Le petit qui venait de parler avait les yeux bleu saphir. Il jeta un coup d’œil vers Lina. Le jeune garçon expliqua :

 

— C’est ma mère et Shin est notre vrai père.

 

— Sasha n’est pas avec toi ? Demanda l’autre garçon.

 

      Mako secoua la tête en réponse. Les deux petits en furent un peu tristes, mais cela ne dura pas longtemps. Ils s’approchèrent de sa voisine. Harumi les vit et s’écria toute joyeuse :

 

— Ah ! Mes petits amours, vous êtes là aussi. Que vous êtes mignon tout plein !

 

      Elle attrapa les deux garçons pour les serrer contre elle. Les jumeaux rirent de bon cœur.

 

— Mignons, Harumi ? Plus que Sawako ? Interrogea Kaigan, malicieux.

 

      Harumi tapota gentiment sur son nez. Elle chuchota, en riant :

 

— Je ne peux pas le dire. Sawako risque d’être jaloux.

 

— Okaa-san ! Je t’ai entendu.

 

— Sawako ! Va faire à bouffer, on a faim, beugla Ludwig.

 

— Bordel ! Arrêtez de gueuler dans mon restaurant ! Vous allez faire fuir mes clients, râla, juste pour la forme, Tabitha.

 

      Mako regarda autour de lui, halluciner. Tout le monde parlait en même temps. C’était une vraie cacophonie. D’un seul coup, il sursauta comme un malade quand une voix grave s’écria juste derrière lui.

 

— Mako ? T’était passé où ?

 

      En se tournant, il croisa le regard vert de son meilleur ami, toujours accompagné de Sasha. Celui-ci se retrouva vite encombrer par deux asticots qui lui sautèrent dessus en hurlant. Mako secoua la tête, exaspérée. Il avait bon dos de lui demandé où il était ! Qui l’avait complètement oublié ?