Chapitre 9

      Sasha pleura tout son soul. Quand enfin, les larmes se tarirent, il n’osa pas bouger. Non seulement il avait envie de garder la chaleur de son père encore un peu, mais en même temps, il avait honte de s’être laissé aller. Il était un homme après tout.

 

      Edwyn se sentait un peu gauche. Il ne savait pas quoi dire pour calmer son fils. Il ne savait que caresser ses cheveux tressés de nattes africaines. Il finit par demander, intrigué.

 

— C’est ta mère qui a eu l’idée ?

 

      Surpris, Sasha se redressa, en grimaçant. Il se recoucha. De quoi son père, pouvait-il parler ?

 

— Tes cheveux, reprit Edwyn.

 

— Ah ! S’exclama le garçon. Il leva une main vers une tresse. Il haussa les épaules. Non, elle a hurlé quand je suis rentré avec cette coupe. Maintenant, elle me trouve canon. C’est maman.

 

      Edwyn ne put s’empêcher de sourire. Sasha avait réussi, là où lui n’avait jamais réussi. Il avait accepté Catarina avec ses lubies, ses caprices sans fin. Il vit son fils froncer les sourcils et porter une main à sa tête.

 

— Qui y a-t-il, Sasha ?

 

— Je… Je voulais me rappeler qui m’avait fait les tresses. Je suis certain de connaitre cette personne. Mais, dès que j’essaie de m’en souvenir, j’ai mal à la tête. Pourquoi ? Cette personne est importante pour moi, enfin je crois. Comment ai-je fait pour l’oublier ainsi !

 

      Sasha avait le regard perdu, et le corps recroquevillé sur lui-même. Il se mordait les doigts également. Edwyn retira la main et la serra. Il devait rester confiant, être calme.

 

— Ne cherche pas à comprendre, Sasha. Le médecin a parlé d’une amnésie partielle. Le fautif, ce n’est pas toi, c’est la drogue. Ta mémoire reviendra avec le temps. D’accord ? Pour l’instant, tu dois songer seulement à guérir.

 

      Sasha baissa son regard vers la main tenue par son père.

 

— Papa, qu’est-ce qui m’est arrivé ? Pourquoi ai-je oublié mes amis ? Est-ce qu’ils sont coupables de ce qui m’est arrivé ?

 

 — Arrête, Sasha ! Gronda son père, d’un ton ferme. N’y pense plus. Je ne sais pas si tes amis sont coupables ou non. Pour le moment, ça n’a pas vraiment d’importance.

 

      À cet instant-là, Catarina fit son entrée dans la chambre. Elle fonça sur son fils. Edwyn se raidit. Il allait retirer sa main, mais Sasha le serra plus fort. Catarina s’installa sur l’autre bord du lit. Elle ne jeta pas un seul regard à son ex-mari.

 

— Mon bébé, comment vas-tu ?

 

— Je vais aussi bien que possible, maman. Je ne suis plus un bébé. Es-tu sûr que tu peux rester ici, maman ?

 

— Bien sûr. Tu es mon bébé, voyons.

 

— Maman, moi aussi je t’aime beaucoup. Mais, tu ferais mieux de retourner à ton travail. Tu as des répétitions à faire.

 

— Mais, je ne peux pas te laisser seul ici. Et puis, je vais vendre l’appartement à Reims. Ce serait mieux de vivre sur Paris directement. Je suis sûr que tu t’y plairais.

 

      Sasha soupira. Sa mère n’en faisait qu’à sa tête. Edwyn fronça les sourcils. Il s’exclama d’un ton sans réplique :

 

— Sasha va venir vivre avec moi dès qu’il sortira de l’hôpital.

 

      Le garçon se tourna vers son père, tout surpris. Catarina sursauta et se tourna enfin vers son ex-mari. Elle pinça les lèvres. Elle allait répondre vertement quand son regard se porta sur son fils. Elle aperçut l’étincelle de joie. Elle hésita d’un seul coup. Finalement, elle murmura :

 

— Peut-être sera-t-il mieux chez toi, finalement. Je serais trop occupé pour le surveiller.

 

      Edwyn jeta un regard dubitatif vers Catarina. Il n’arrivait pas à croire ce qu’il venait d’entendre. Elle se mordait la lèvre comme quand elle détestait ce qu’elle faisait. Elle redressa la tête et reprit son regard habituel.

 

— Ne crois pas que tu as gagné, Edwyn. Je viendrais te pourrir la vie. Tu peux compter là-dessus.

 

      Edwyn soupira de guerre lasse.

 

— Oui, Catarina. Tu pourras venir le voir autant que tu le voudras.

 

— Même si cela déplait à ton amant ? Susurra-t-elle, légèrement mesquine.

 

      Edwyn grinça des dents. Sasha intervint alors.

 

— Maman ! Promets-moi de virer Torrès de ta vie ?

 

— Pourquoi ? Ne t’ai-je pas déjà dit qu’il m’était utile ?

 

— Maman, s’énerva le garçon. Écoute-moi pour une fois !

 

— Je t’écoute toujours mon bébé.

 

      Catarina ne faisait plus attention à son ex-mari. Elle était captivée par Sasha grognon. Edwyn s’écarta et sortit après un dernier regard vers son fils. Elone l’attendait près de la porte. Il était seul. Il adressa un sourire à Edwyn.

 

— Ton ex-femme est un sacré phénomène paranormal. Le sais-tu ?

 

      Edwyn porta une main à son crâne.

 

— Ne m’en parle pas. Elle n’écoute que sa personne.

 

— Peut-être bien, mais elle est loin d’être idiote.

 

      Edwyn se laissa tomber sur une chaise dans le couloir.

 

— Je suis désolé, Elone.

 

— Pourquoi donc ?

 

— J’aurais dû te concerter pour Sasha.

 

      Elone haussa les épaules. Il s’exclama :

 

— Tu n’en avais pas besoin. Sasha est le bienvenu. Je vais enfin faire sa connaissance.

 

      Edwyn soupira de soulagement. Elone rajouta, moqueur :

 

— Et surtout, j’ai hâte de voir comment va se dérouler votre cohabitation. Je sens que je vais me régaler.

 

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      Xavier s’ennuyait. Le professeur était du genre soporifique. Il soupira. Il sortit son téléphone de sa poche et observa pour la énième fois l’heure. Pfft ! Seulement, un quart d’heure était passé. La poisse ! Pourquoi avait-il fallu que Mako soit absent aujourd’hui ? Il aurait pu éviter de tomber malade cet idiot !

 

      Sans son garde-chiourme, les filles allaient encore l’ennuyer. Il en avait assez de sortir avec ses greluches sans cervelle. Bon, il était légèrement méchant, mais il n’était pas loin de la vérité. Les meilleurs morceaux étaient souvent déjà pris comme la jolie demoiselle assise près de lui.

 

      Pour un joli morceau, c’était même le top. Elle avait non seulement un joli minois, elle avait également un cerveau qu’elle savait utiliser. Elle portait également un nom de famille très connu en ville. Son grand-père dirigeait la plus grande entreprise de la région, voire du pays. Son propre frère jumeau était même l’héritier en date.

 

      Xavier ne savait pas trop ce que cela faisait de porter un nom célèbre, même si son ami Mako venait du grand monde, il n’y avait jamais mis les pieds. Il ne le voulait pas non plus. La jeune fille semblait un peu agacée. Son voisin l’ennuyait. Il la collait un peu trop.

 

      Allison eut un geste d’agacement. Rupert l’énervait au plus haut point. Elle serra les dents. Elle leva les yeux et jeta un coup d’œil vers son autre côté. Près de qui d'autres s’était-elle assise ? Elle tiqua un instant. Elle le connaissait de vue. Elle l’avait déjà entre aperçus au bar le « Cool Baby ». Il l’effrayait un peu à cause de sa grande taille et de sa balafre.

 

      Pourtant sans qu’elle ait eu besoin de dire quoi que ce soit, il se pencha un peu vers elle et lança à voix basse une certaine menace à Rupert. Celui-ci, plus pâle que la mort, se redressa et s’éloigna d’Allison.

 

      Interloquée, la jeune fille murmura un vague merci timide. Xavier haussa les épaules, indifférent. Faire peur à ses femmelettes était son péché mignon.

 

      Quand enfin, la sonnerie de la fin du cours retentit, Xavier poussa un gros soupir de soulagement. Allison émit un petit rire. Le jeune homme lui jeta un regard surpris. Elle avait un rire cristallin.

 

— Merci encore pour tout à l’heure. Rupert est du genre très collant.

 

— J’ai remarqué. Avez-vous souvent des plaies pareilles à vos Basques ?

 

— Malheureusement oui. Ils en profitent, car mon frère n’est plus dans les parages, tout comme Maddy. Si cela ne te dérange pas, est-ce que tu pourrais m’accompagner jusqu’à que je retrouve mon petit ange gardien ?

 

— Je n’ai rien à faire.

 

      La jeune fille lui adressa un grand sourire. Elle prenait de l’assurance. Xavier se redressa. Il la dépassait d’une tête. Il ramassa ses affaires et suivit le petit bout de femme. Le simple fait d’être accompagné de Xavier empêcha les autres hommes de s’approcher d’elle. Allison fut reconnaissante à sa bonne étoile.

 

      Ils traversèrent les couloirs de l’université et sortirent à l’air libre. Allison savait où elle allait. Elle se dirigea vers un parterre de fleurs, près d’une fontaine. Assis en tailleur, un jeune homme aux cheveux noirs écrivait avec concentration dans un cahier.

 

      L’écrivain releva la tête seulement quand l’ombre des arrivants l’empêcha d’y voir clairement ce qu’il écrivait. Xavier croisa des yeux mordorés qui ne se gênèrent pas pour le détailler de la tête aux pieds. Xavier fronça les sourcils. Il lui semblait l’avoir déjà vu quelque part. Il sut dès que le jeune écrivain lança :

 

— Tiens, le chouchou de Daisuke. Tu sais choisir tes gardes du corps, Alli.

 

      La jeune fille se tourna vers Xavier, surprise.

 

— Tu es le nouveau barman du Cool Baby. Ça alors !

 

      Xavier secoua la tête. Il s’exclama :

 

— Je peux savoir pourquoi vous me surnommez tous le chouchou de Daisuke. Je suis juste son employé à mi-temps.

 

— Papa affirme que Daisuke ne laisse pas sa boutique entre les mains de n’importe qui. Mais, d’après ce que j’ai appris, Dai et Juntsou sont partis en voyage pendant une semaine en te laissant la charge du bar. Je me trompe ?

 

— Je n’étais pas seul. Ben était là aussi.

 

— Possible, mais Ben est un vrai boulet pour la paperasse surtout la comptabilité, reprit l’écrivain. Et puis, Erwan affirme que tu es un vrai tueur.

 

— Pardon ?

 

— Haha ! Venant de mon frère, c’est un compliment.

 

      Xavier regarda ses deux interlocuteurs, sidérés.

 

— Il a même affirmé qu’il éviterait de faire trop de grabuge au bar désormais.

 

— Non, ce n’est pas possible. Tu fais fort, Xavier.

 

— Vous pourriez arrêter de vous foutre de ma poire, ce serait gentil.

 

      Allison se sentit rougir. Elle n’avait pas voulu vexer son nouvel ami. Elle leva les yeux timidement vers le jeune homme. Celui-ci regardait le sol où reposait le cahier. Il se pencha et le ramassa. Le jeune écrivain pinça les lèvres. Comment osait-il lire ? Mais, il ne broncha pas. Il ne faisait pas le poids avec ce géant. Zut !

 

      Mais, Xavier referma juste le cahier et le tendit à l’écrivain. Celui-ci le regarda stupéfait. Un sourire détendit les traits du visage du géant, atténuant l’effet de la balafre.

 

— Tu ferais mieux de faire attention à ton cahier, monsieur Luce Oda ou devrai-je dire Saphir Yellow.

 

      Interloqué, Luce serra son cahier contre lui.

 

— Comment le sais-tu ?

 

      Xavier émit un rire moqueur.

 

— Je travaille au « Cool Baby ». Je m’occupe de la paperasse, de la comptabilité également. Et j’aide par la même occasion Juntsou dans les corrections des écrits. Et puis, tes livres font partie de la collection préférée de ma mère. Elle nous a presque forcés à les lire.

 

      Luce sentit ses joues rougir comme un coquelicot. Il devrait y être habitué maintenant, mais c’était plus fort que lui. Il fut sauvé par la sonnerie de son téléphone portable. Il l’attrapa rapidement pour y répondre. Il ne fut pas surpris en entendant la voix d’Erwan. Aussitôt, il en oublia la présence des deux autres.

 

— Ne lui en veut pas. Dès que mon frère est présent, plus personne ne l’intéresse.

 

— Ah oui ? Même son père ?

 

       La jeune fille se mit à rire. Carlin détestait passer en deuxième position. Quand il était présent, même Erwan avait bien du mal à garder son Luce pour lui seul.

 

— Tu marques un point.