Chapitre 8

 

      Pendant tout le long du trajet, Edwyn ne décrocha aucune parole. Il s’inquiétait. Dans quel état retrouverait-il son fils ? Et surtout, est-ce qu’il s’était finalement réveillé ? Elone avait finalement téléphoné directement à l’hôpital où se trouvait Sasha pour en apprendre beaucoup plus auprès de personne compétente.

 

      Le médecin chargé de l’adolescent lui expliqua que Sasha avait été retrouvé vers sept heures du matin dans une ruelle près d’un bar-restaurant. Le propriétaire s’était rendu à l’arrière pour sortir les poubelles quand il avait aperçu la forme recroquevillée du garçon. Sasha était resté inconscient toute la journée. Il avait subi un lavage d’estomac. Une prise de sang leur indiquerait quelle substance, il avait ingurgité.

 

      Étant donné l’état du garçon, d’autres examens avaient eu lieu. Mais rien n’indiquait qu’il avait subi des violences sexuelles, mais il avait été roué de coups. Les marques sur les poignets montraient clairement que le garçon était attaché et conscient quand la drogue avait été injectée. Il s’était violemment débattu. Peut-être la raison des coups reçus.

 

      Qui avait voulu faire du mal à son fils ? Cette litanie revenait sans arrêt dans la tête d’Edwyn. Où se trouvait Catarina à ce moment-là ? Pourquoi n’était-elle pas avec lui ? Sasha avait beau avoir dix-sept ans, Edwyn avait du mal à l’imaginer. Il ne se souvenait que d’un garçon de huit ans au regard plein de rancoeur et de colère. Il avait souvent demandé à Catarina de lui envoyer des photos récentes de Sasha. Mais, elle ne le faisait jamais.

 

      Elle prétendait oublier. Il ne savait pas s’il devait vraiment la croire. Peut-être que son fils refusait qu’elle lui en envoie ? Il n’en savait rien. Maintenant, il se trouvait vraiment stupide. Il se traitait de tous les noms. Il aurait dû rendre visite à son fils plus tôt. Il aurait du faire plus attention. Catarina n’était pas une bonne mère. Elle ne l’avait jamais été, ni une bonne épouse d’ailleurs.

 

      Évidemment, ils arrivèrent trop tard le soir. L’accès à la chambre de Sasha leur fut refusé. Elone emmena Edwyn à l’hôtel le plus proche. Celui-ci essaya de contacter son ex-femme en pure perte. Celle-ci ne voulait pas décrocher. Il pesta.

 

      Le sommeil ne vint pas. Edwyn repensait à sa vie antérieure. Il avait à l’époque espéré que la venue de Sasha sauverait son mariage. Ce fut le cas pendant les premiers temps. Ensuite, Catarina s’ennuya à nouveau. Elle recommença à sortir et à fréquenter ses anciens amis. Edwyn avait fermé les yeux. Elle prenait souvent Sasha avec elle. Elle ne le laissait jamais seul.

 

      Souvent, il s’était réellement demandé si Sasha était bel et bien son fils. Mais, en y réfléchissant, il s’en fichait. Ce garçon était le sien et le serait toujours, même s’ils étaient éloignés. Même s’ils ne se comprenaient pas, qu’ils n’arrivaient pas à communiquer.

 

      Le lendemain, Catarina se trouvait dans la salle d’attente quand les deux hommes arrivèrent. Pour une fois dans sa vie, Edwyn la vit mal habiller et surtout sans maquillage. C’était assez étrange, mais montrer que cette femme superficielle aimait quand même son fils. Elle avait les yeux rouges et se rongeait les ongles. Sans la moindre gêne, elle se jeta dans les bras d’Edwyn.

 

      Si les circonstances n’étaient pas si inquiétantes, Elone se serait moqué de la tête de son compagnon. Edwyn tapota gentiment le dos de son ex-femme pour la calmer. Il leva les yeux en entendant des bruits de pas. Il aperçut deux hommes. Un homme d’une cinquantaine d’années presque chauve portant une veste blanche et un autre plus près de son âge, habillé en civil, mais dont l’attitude démontrait une certaine autorité.

 

— Edwyn Flagan ? Demanda le plus jeune. Je suis l’inspecteur Dimitri Barrony et voici le docteur Hiribaras.

 

      Edwyn et Elone se jetèrent un regard inquiet. C’était bien plus grave que prévu semblait-il.

 

— Mon fils ? Comment va-t-il ? Demanda en premier lieu Edwyn, tenant toujours Catarina contre lui.

 

— Il est bizarre, s’exclama alors Catarina. Il ne se souvient de rien.

 

— Madame, votre fils n’est pas bizarre. Il a juste une amnésie partielle.

 

— Pardon ? Que voulez-vous dire ? S’inquiéta aussitôt Edwyn.

 

— Et bien… Commença le médecin, mais il fut interrompu par l’inspecteur.

 

— Laissez Docteur. Je vais me charger d’expliquer en détail les faits. J’ai l’impression que votre fils a dû assister ou a dû entendre quelque chose qu’il n’aurait pas dû. Je suppose que vous avez dû entendre à la télévision le terrible accident sur l’autoroute près de Reims.

 

— Oui, nous sommes au courant. C’est bien terrible, mais quel lien y a-t-il avec mon fils ?

 

— Pour tout le monde, un camion de carburant a prit feu. Mais en réalité, il y a eu un attentat. L’embouteillage était dû par un faux accident. Les explosions causant ainsi une multitude de dégâts et malheureusement de décès étaient une diversion afin de récupérer dans deux camionnettes une certaine drogue. Cette fameuse drogue que nous avons retrouvée dans le sang de votre fils, monsieur Flagan.

 

      Edwyn se passa une main dans les cheveux. Que racontait cet inspecteur ?

 

— Vous accusez Sasha. Mais mon garçon ne ferait jamais une chose pareille, murmura d’une petite voix Catarina.

 

      L’inspecteur observa un instant en silence la femme devant lui. Il n’avait pas confiance à elle. Elle semblait indifférente par moment, puis redevenait consciente du monde autour d’elle.

 

— Non, madame. Je n’accuse pas votre fils. Il est simplement une victime. Mais, il doit savoir quelque chose de crucial.

 

— Qu’est-ce qui vous le fait croire ? Interrogea Elone.

 

— Écoutez, je veux bien discuter avec vous inspecteur. Mais, pour l’instant, j’aimerais voir mon fils, interrompit Edwyn, d’un ton ferme.

 

      Après concertation avec le docteur Hiribaras, l’inspecteur consentit à la demande en grinçant un peu des dents. Certes, il comprenait bien l’inquiétude, mais il devait faire son travail. Il devait trouver les coupables, surtout depuis qu’il avait appris l’évasion d’Allan Hatnett, le créateur de la poudre du dragon.

 

---------------------------------

 

      Sasha se redressa tant bien que mal de son lit. Il avait mal partout. Il avait bien l’impression d’être passé dans un rouleau compresseur. Il grimaça de douleur au niveau des côtes. Il avait deux côtes fêlées d’après les dires du médecin. Il avait eu beaucoup de chance, étant donné l’état où il avait été retrouvé.

 

      La première chose qu’il avait demandé, c’était où il se trouvait. Son dernier souvenir était chez lui, dans l’appartement de sa mère. Il se souvenait vaguement d’être allongé sur son lit après avoir encore une fois fui le lycée. Il se souvenait également des coups frappés à la porte. Il avait eu peur, car c’était l’amant de sa mère. L’homme qu’il détestait par-dessus tout, car il ne supportait pas la manière que cet homme le regardait. Mais ensuite, c’était le noir complet.

 

      Chaque fois où il essayait de se rappeler, un mal de crâne venait lui frapper les tympans à le faire hurler sous la douleur. Il avait même l’impression d’entendre une voix lui ordonnait d’oublier. Il en avait parlé à l’inspecteur venu l’interroger.

 

      Sur le coup, Sasha avait pensé que l’homme ne le croirait pas. Mais, ce ne fut pas le cas. L’inspecteur lui conseilla de ne pas forcer sa mémoire. Cet homme lui avait également demandé qui étaient les amis avec qui il devait se rendre à Disney Paris. Sasha n’en savait rien. Comment avait-il fait pour oublier ses amis ?

 

      L’inspecteur n’avait pas cherché à en savoir plus. Le garçon était déjà sous le choc. Il ne voulait pas le perturber encore plus avec ses questions. Pleuré. Sasha mourait d’envie de pleurer, mais il n’y arrivait pas. Il se sentait vide. Sa mère n’arrangeait rien non plus. Elle était arrivée comme une furie avant de s’écrouler dans ses bras, en larmes, en s’excusant de l’avoir laissé seul.

 

      Pfft ! Il n’était plus un bébé. Il pouvait très bien se débrouiller tout seul. Il le faisait déjà depuis longtemps. Sa mère semblait l’avoir un peu oublié. Il en était là dans ses souvenirs quand des bruits de pas lui firent lever les yeux vers la porte de la chambre. L’homme dégingandé aux cheveux grisonnants, Sasha le reconnaissait. Comment devait-il agir ? Il avait espéré un jour le revoir, mais il n’avait jamais tenté de se rapprocher de son père.

 

      L’homme s’approcha du lit. Sasha aperçut les traits fatigués de son père. Alors, celui-ci se serait fait tout de même du mauvais sang pour lui ? Était-ce bon signe ? Sasha n’osait pas espérer.

 

      Edwyn s’installa sur le bord du lit. Il observait le visage tuméfié de son fils. Sasha ressemblait beaucoup à sa mère. Toutes ses pensées passaient aisément sur son visage. Il pouvait lire l’inquiétude, le doute et une certaine peur aussi. Edwyn ne pouvait pas lui en vouloir.

 

— Est-ce maman qui t’a appelé ? Ou le médecin ? Demanda le garçon, d’une voix tremblante.

 

— Catarina. Est-ce que cela te dérange ? Je sais que tu ne voulais plus me voir, mais….

 

— Non coupa Sasha. Je suis content que tu sois là. Je… Je… .

 

      Un hoquet lui coupa la parole et des larmes coulèrent sur ses joues. Il pleurait enfin. Edwyn attrapa son fils en douceur et le serra contre lui. Il le laissa verser toutes les larmes de son corps. À la porte, Elone esquissa un sourire. Il se retourna pour rejoindre Catarina Cartier qui arrivait dans sa direction avec l’inspecteur. Hors de question que cette femme aille mettre la zizanie dans la chambre. Aussitôt, il demanda à la femme.

 

— Dites-moi, madame Cartier. Vous nous avez dit que Sasha vous avez envoyé un message annonçant son intention d’aller à Disney avec des amis.

 

      Contrariée, Catarina lui jeta un regard noir, mais elle répondit tout de même.

 

— Oui, c’est bien ce que j’ai dit.

 

— Donc vous devez les connaitre, non ?

 

      Catarina resta bouche bée et interdite. L’inspecteur Barrony observa l’ancien mannequin avant de secouer la tête exaspérée. Bon, il en avait vu d’autres, mais jamais il n’arriverait à se faire à l’idée de l’inconscience de certains parents. Elle lâcha finalement.

 

— Non, je ne sais rien sur eux. Sasha ne voulait jamais m’en parler. Il disait que c’était son jardin secret. J’adore Sasha. Il ne me cause jamais d’ennui. Il me parle comme personne n’ose le faire. Je ne lui en veux pas. Il m’accepte comme je suis. C’est un amour.

 

— Oui, mais vous auriez dû tout de même vous renseigner plus sérieusement sur ses fréquentations, madame, commença Barrony.

 

      Catarina lui jeta un regard plein de venin.

 

— Ne me faites pas la morale, inspecteur. Mon fils n’a pas pour habitude d’avoir de mauvaise fréquentation. Il ne boit pas, il ne fume pas et il ne se drogue pas. Je lui fais entièrement confiance à ce sujet. C’est pour cette raison que je n’ai pas insisté sur ces amis, surtout quand il m’a sorti qu’ils n’y avaient rien à voir avec les miens.

 

      Interloqué, l’inspecteur s’exclama :

 

— Avez-vous de mauvaises fréquentations, madame Cartier ?

 

      La femme se redressa bien droite pour paraitre un peu plus grande. Elle haussa les épaules.

 

— Pas dans le genre que vous imaginez, tous deux. Sasha les juge superficiels, égoïstes, imbus d’eux-mêmes et j’en passe. Bon, peut-être que certains d’entre eux doivent de temps en temps jouer avec la drogue, mais c’est presque un peu le cas de tous les jets-setters, non ?