Coucou
Bien le bonsoir à tous et à toutes ^^
Alors, je fais juste un petit passage pour vous signaler de ne pas vous étonner si vous voyez le tome 6 : les spirales en double.
Je fais une version 2 car comme je l'avais déjà signalé, je suis complètement bloqué avec cette histoire donc j'ai voulu la reprendre depuis le début. Je vous montre le premier chapitre en espérant avoir des retomber.
Dans un sens, je suis contente car ca prouve que la page blanche est bel et bien entrain de partir. Mais, pour ne pas la voir revenir trop vite, j'écris que de temps en temps pour le moment pour ne pas faire chauffer trop fort mes neurones. lol
Bon, j'arrête de blablater et je vous laisse en lecture. ^^
Arg ! Désolée, j'ai un petit problème, je n'arrive pas à faire du copier coller. Mais comment je vais faire maintenant.... Canalblog, tu me chauffes sérieux là !
Bon, je crois bien que vous n'aurez pas un avant goût tant que je n'ai pas résolu le problème, sorry.
Les spirale version 2 : 01
Chapitre 1 :
Comme chaque matin, Sassy Obanaï se leva la première. Cette jeune femme d’origine martiniquaise venait de fêter ses vingt-sept ans, avec tous ses amis. Elle vivait depuis trois ans dans une grande maison appartenant à un homme que beaucoup de jeunes appelaient le bon samaritain.
Quand elle entendait ce qualificatif, Sassy ne pouvait s’empêcher d’en rire. Sergio Astrani n’avait rien d’un ange. À vingt ans à peine, il avait été arrêté par la police de stupéfiants pour vente de drogue douce. Il avait écopé cinq ans de prison ferme dans un pénitencier le plus dur et le plus redoutable.
Cette prison avait bien failli le détruire complètement, mais il s’était relevé avec fierté. Il décida de changer. En récompense de sa bonne foi, un de ces vieux oncles lui légua en héritage sa vieille maison. Sergio l’accepta et la retapa de ses propres mains avec l’aide des jeunes gens qu’il essayait de sauver de la délinquance.
C’est ainsi que Sassy le rencontra. Elle-même se battait pour défendre les jeunes filles de la violence gratuite de leurs parents irresponsables. Presque toute son enfance, elle avait été battue et violée par son père. Maintenant, elle avait beaucoup de mal à être très proche d’un homme. Sergio n’avait jamais cherché à la séduire. Il comprenait son malaise. Elle devait apprendre à faire confiance à nouveau à l’être humain.
Pourtant son physique lui attirait beaucoup d’ennui. Elle détestait son corps de rêve. Il ne lui avait donné que des ennuis. Elle avait tenté plus d’une fois de le détruire. Sergio arrivait à l’en empêcher, mais elle continua tout de même, jusqu’au jour où son ami ramena chez eux, un jeune garçon de quinze ans.
Il s’appelait Sasha Flagan. Il n’était pas très grand pour son âge et très mince également. Pourtant, Sassy le trouva magnifique. Il avait une beauté féline. Son teint café au lait faisait ressortir ses yeux bleus ciel presque orageux. Une couleur blond cendré pour des cheveux coupait mi-dos. Il attirait aussi bien les femmes que les hommes. Alors, elle ne fut pas très surprise en apprenant la liaison de Sergio avec ce garçon.
La jeune femme prit une douche rapide et se rendit ensuite à la cuisine pour préparer le petit déjeuner. La maison avait été construite en brique rouge et datait de presque cent ans d’âge. On entrait souvent par l’arrière menant à un couloir qui desservait les toilettes et la salle de bain. Ensuite, on entrait dans la cuisine avec tout l’aménagement brique à braque trouvé dans des brocantes.
La cuisine rejoignait un autre petit couloir desservant cette fois-ci, la salle à manger et le salon attenant. Une porte menait à la cave faisant la taille de la cuisine et juste à côté se tenait l’escalier menant à l’étage où se tenaient trois chambres. La première appartenait à la jeune femme. La deuxième, la plus grande, appartenait à Dylan et Shann. Il était frère et sœur. Ils avaient tout perdu lors d’une nuit d’orage. Leur maison avait pris feu, tuant toute la maisonnée, sauf ses deux êtres. Dylan, le fils aîné n’avait pu sauver que sa petite sœur de huit ans, cette nuit-là.
En plus du drame, la loi avait bien failli les éloigner l’un de l’autre. Mais, Dylan avait refusé et s’était battu pour garder la garde de sa sœur. Il avait entendu parler de l’association de Sassy. Il l’avait contacté. Elle l’avait aidé de son mieux, en le mettant en contact avec les bonnes personnes. Depuis, ils vivaient avec eux.
La troisième chambre séparée des autres par l’escalier menant à un grenier aménagé en chambre avec plusieurs lits, afin d’avoir un endroit pour dormir pour les jeunes fugueurs retrouvés, où les jeunes délinquants qui ne savaient pas où allaient, appartenait à Sergio Astrani.
Dans cette fameuse chambre, un homme d’origine italienne se leva à son tour. Il s’étira en pleine forme. Sa chambre ne reflétait en rien l’homme en question. Elle était simple et pratique. Après tout, elle ne servait que pour dormir ou pour une partie de plaisir à deux. Il tourna son regard vers la forme encore endormie.
Il fronça les sourcils. Il se rendait bien compte que ce chat venait régulièrement chez lui depuis presque deux ans maintenant. Sergio n’arrivait pas à s’en détacher. Il était facile d’aimer ce garçon, même s’il était capricieux, râleur et boudeur. Sans aucun geste de douceur, Sergio bouscula le garçon endormi.
— Debout, Sacha. Tu dois aller au lycée.
La marmotte grogna et elle se détourna, tout en marmonnant.
— Non, je ne veux pas y aller.
Sergio tira un bon coup la couverture faisant crier le garçon nu comme un ver. L’homme put ainsi admirer le corps parfait de son jeune amant. Il serait très tentant de se recoucher avec ce corps contre lui, mais il ne céderait pas à la tentation.
— Que tu le veuilles ou non, je m’en contrefiche. Tu y vas un point c’est tout !
L’adulte s’habilla rapidement avant de changer d’avis. Il s’approchait de la porte quand il se tourna une dernière fois vers la forme toujours allongée.
— Dépêche-toi de dégager de mon lit, Sasha. Tu sais que je n’aime pas du tout me répéter.
Le garçon blond dont les cheveux avaient été nattés avec des tresses africaines redressa la tête. Il jeta un regard sombre à son amant et boudeur, il lui tira la langue en réponse.
En soupirant avec une certaine déception, le garçon obéit aux ordres. Mieux ne valait pas mettre Sergio en colère. Il était effrayant dans ces moments-là. Il s’habilla rapidement et descendit les escaliers en courant. Il se fit incendier par Dylan se trouvant à la porte de sa chambre. Il n’était jamais du matin celui-là.
Sergio se trouvait à table buvant tranquillement son café en lisant le journal. Sassy prenait son déjeuner. Elle lui adressa un chaud sourire à son arrivée en fanfare. Sasha retrouva sa bonne humeur. Il fonça vers elle et lui entoura le cou de ses bras. Il se plaignit aussitôt.
— Sassy, s’il te plait ? Dis à cet homme insensible que je veux rester ici !
La jeune femme n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit. Sergio releva sa tête du journal et lâcha la voix grondante :
— Ne la mêle pas dans l’histoire, Sasha. Tu iras au lycée même si je dois t’y amener de force avec un bon coup de pied dans le cul.
Boudeur à nouveau, Sasha enfouit sa tête dans la longue tignasse de cheveux crépus de Sassy. Celle-ci tapota le bras du garçon pour le réconforter. Mais, elle répliqua :
— Allons, Bébé. Ne fais pas le gamin capricieux. Aujourd’hui, tu n’auras pas gain de cause.
Sasha renifla désappointé. Il s’éloigna de son amie. Il se dirigea vers la chaise près de la fenêtre où reposait son sac de cours. Il l’attrapa ainsi que son manteau.
— Prend au moins ton petit déjeuner ?
— Non, je dérange, alors je m’en vais, persifla le garçon s’échappant rapidement en gloussant.
Bien lui fit, car le journal voltigea dans sa direction. Sassy secoua la tête, exaspérée. Elle posa sa tête sur une main et observa en silence le jeune homme face à elle. Au bout d’un moment, Sergio en eut assez. Il posa sa tasse sur la table et croisa les bras. Il s’exclama :
— Quoi encore ?
— Pourquoi es-tu si dur avec lui ? Il t’adore, Sergio. Il a déjà la vie assez compliquée avec sa mère. Tu pourrais être un peu plus tendre.
— Je suis déjà bien assez tendre avec lui, Sassy. Mais, il est hors de question qu’il en fasse qu’à sa tête. Et puis, ce n’est pas bon pour lui d’être aussi capricieux.
La jeune femme émit un rire.
— Avoue plutôt qu’il t’est souvent difficile de lui dire non.
Sergio grimaça découvert.
— J’avoue, c’est un peu vrai. Mais, il m’énerve à refuser de reprendre contact avec son père.
— Pour quoi faire ? Si son père voulait vraiment le revoir, il l’aurait déjà fait.
— Non. Ce n’est pas à cet homme de faire le premier pas. C’est à Sasha de le faire. Flagan n’appellerait pas régulièrement son ex-femme depuis dix ans s’il se désintéressait réellement de son fils. Il est maladroit, c’est tout. Ton bébé ne le dira pas et ne fera rien pour changer, mais il aimerait faire la paix avec lui.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est un idiot ! Lâcha Sergio.
La veille, il avait bien tenté de remettre les idées en place dans ce cerveau vide, mais rien n’avait fait. Sasha faisait la sourde oreille, comme à son habitude quand une conversation l’ennuyait. Il n’y avait rien de pire pour mettre de mauvaise humeur le jeune homme d’où l’ambiance de ce matin d’automne.
Comme convenu, Sasha se dirigea vers le lycée dès qu’il quitta la maison. Tout le long du chemin, il observa autour de lui comme s’il n’était pas là. Il ne voulait penser à rien. Il croisa bientôt la route à d’autres élèves de son bahut. À ce moment-là, ses pas se mirent à ralentir de plus en plus. Il s’arrêta complètement en y apercevant le toit. Il ne voulait pas y aller, mais alors pas du tout.
Son estomac se tordit le faisant grimacer. Il commença par faire un pas en arrière, puis un deuxième. Finalement, il fit demi-tour et il s’enfuit en courant dans la direction opposée. Quand il fut à bout de souffle, il s’arrêta enfin. Plié en deux, reprenant une respiration normale, il décida de ne plus remettre les pieds dans cet établissement de sa vie.
Il devrait trouver une idée de génie pour faire accepter cette idée à sa mère. Ce ne serait pas chose facile, mais il était sûr qu’il y parviendrait. Avec cette résolution, il prit la direction du centre pour rejoindre l’appartement de sa mère.
Ils habitaient au rez-de-chaussée. À peine fut-il entré qu’il entendit les bruits habituels. Il soupira. Sa mère se trouvait en compagnie d’un de ces amants à la gomme. Elle avait un amant régulier et des en-cas. Un seul ne pouvait la satisfaire. Sa mère était trop gourmande. Enfin, Sasha pouvait comprendre aussi. L’amant régulier servait surtout comme porte-monnaie. Sasha se demandait souvent comment sa mère pouvait coucher avec cet homme. Il ressemblait à un vieux pervers dégueulasse. Rien que d’y penser donna des nausées au garçon.
Il laissa traîner son sac et ses chaussures à l’entrée. Il préféra s’enfermer dans sa chambre. Il s’allongea sur son lit et mit ses écouteurs afin de ne plus rien entendre. Étant donné les bruits, c’était le vieux pervers. Hors de question de le croiser même une minute ! Il n’avait pas envie de faire des cauchemars pendant des jours. Et puis, il détestait la façon dont cet homme le reluquait.
Le garçon, tout en s’imprégnant de la musique, regardait le plafond. Il ne voulait penser à rien, mais des parasites venaient corrompre son vide intérieur. Si Sergio apprenait qu’il n’avait pas été en cours, il allait en prendre pour son grade. Qu’est-ce qu’il pouvait être pénible, parfois !
Le garçon s’en voulait aussi. À force d’agir comme un gosse, Sergio finirait par lui tourner le dos. Il en avait une grosse peur. Sassy le rassurait toujours, mais le doute le tenaillait souvent ces derniers temps. En plus, il ne pourrait pas les voir de toute la semaine. C’était la règle imposée par sa mère. Elle lui avait ordonné d’être à la maison la semaine, mais les week-ends, il pouvait se rendre chez ses amis.
Son portable se mit à vibrer. Le garçon se redressa et regarda le nom inscrit. Il grimaça. Il se mordit la lèvre. Devait-il répondre ? Soupirant à fendre l’âme, il décrocha. Aussitôt la voix sèche de Sergio s’entendit :
— Espèce de sale morveux ! Ne t’avais-je pas demandé d’aller en cours ?
— Mais euh ! Je t’ai dit que je ne voulais pas y aller. Tu ne m’écoutes jamais.
— Flagan ! Je vais t’en mettre une si tu continues sur ce ton. J’aurais dû t’y emmener et te faire honte devant tout le monde.
— C’est cruel ! Et je n’ai pas besoin de cela en plus. Je suis déjà dans le collimateur de bien assez de personnes là-bas.
Le silence s’installa pendant un moment, puis Sergio semblait avoir repris un ton plus calme, il murmura :
— Amène-toi vendredi soir vers vingt heures. Et tu as tout intérêt d’être à l’heure !
— Alors, je peux toujours venir, hein ?
La voix de Sergio remonta de nouveau d’un ton.
— Qu’est-ce que tu as encore imaginé ? Arrête d’être stupide, ça me ferait des vacances.
Retrouvant enfin le sourire, Sasha s’exclama :
- Mais si j’arrête de faire l’idiot, tu vas t’ennuyer, Sergio.
Le jeune homme déblatéra pendant un long moment sur la stupidité de son amant avant de raccrocher. Sasha se laissa retomber sur son lit, le sourire aux lèvres. Il avait une grande hâte d’être vendredi pour revoir ses amis.
PS de l'auteur : Ouf ! J'ai enfin réussi. ^^
Les spirales version 2 : 02
Chapitre 2
Il quitta sa chambre vers midi. Son estomac criait famine. Il se rendit le plus silencieusement vers la cuisine. Manque de pot, sa mère s’y trouvait déjà préparant un repas simple, du steak et des pâtes. Elle se retourna légèrement vers son fils et lui adressa un sourire.
Catarina n’était pas une femme méchante, juste un peu allumée. Elle ne s’intéressait qu’à la mode et au luxe. Elle aimait bien son fils, mais il était plutôt une gêne. Si elle l’avait gardé et surtout, si elle faisait en sorte que son ex-mari ne veuille pas le reprendre, c’était juste pour toucher la pension alimentaire.
Catarina approchait de la quarantaine et elle le sentait physiquement, surtout si elle observait un peu trop son fils. Personne ne pouvait lui rétorquer qu’il n’était pas le sien. La mère et le fils se ressemblaient beaucoup ; les mêmes traits physiques, la même couleur de cheveux, seule la couleur de la peau était différente. Catarina avait une peau laiteuse, alors que Sasha avait hérité du teint café au lait de son père.
Sasha s’installa à table où se trouvait une assiette vide. Elle le servit en silence. Elle ne lui demanda pas pourquoi il se trouvait à la maison plutôt qu’à l’école. Elle se laissa ensuite tomber sur une chaise en face de son jeune glouton. Elle ne mangeait pas comme chaque midi. Son fils, tout en dévorant son assiette, il s’exclama :
— Maman, tu devrais arrêter de coucher avec ce vieux porc.
Elle n’avait pas besoin de savoir de qui son fils parlait, elle le savait d’avance.
— C’est peut-être un gros porc, mon poussin, mais grâce à lui, je me refais un nom. D’ailleurs, j’ai signé un contrat pour jouer au théâtre.
— Mouais, c’est cool, mais tu pouvais avoir le rôle sans passer par là. Tu as toujours été doué pour jouer la comédie.
Sans s’offusquer, sa mère ramassa l’assiette vide et tout en se rendant vers l’évier, elle lui répondit simplement :
— Pourquoi me serais-je fatiguée ? Et puis, est-ce que je te demande pourquoi tu ne vas pas en cours ? Non, alors je fais ce que je veux, monsieur.
Le garçon haussa les épaules avant de se lever. Il allait retourner dans sa chambre quand il demanda :
— Est-ce que papa a téléphoné aujourd’hui ?
— Oui, comme toujours. Il est toujours aussi coincé et trop sérieux. Tu imagines depuis dix ans, il appelle toujours le même jour, à la même heure. Si tu veux savoir, il demande de tes nouvelles à chaque fois, mais il ne cherche plus à te parler.
Le garçon baissa la tête. Après tout, c’était de sa faute. S’il ne lui avait pas lancé tous ses mots méchants quand son père était parti, la situation serait peut-être bien différente. L’angoisse commençait à le titiller. Il secoua la tête et se mordit les ongles. Sa mère reprit sans faire attention à l’attitude de son fils. Elle ne voyait jamais ses états d’âme.
— Je serais absente dès demain, mon poussin. Tu devras te débrouiller tout seul jusqu’à mon retour. Mais, hors de question que tu ailles chez tes amis avant le week-end. Compris ?
Sasha reprenant un peu les esprits soupira fataliste. Il tenta tout de même.
— Est-ce que je pourrais y aller dès vendredi soir, s’il te plaît ?
— Oui, juste pour cette fois.
Tout content de l’accord donné, le garçon s’échappa vers sa chambre. En chemin, il se retrouva nez à nez avec l’amant de sa mère, le vieux pervers. L’homme à l’embonpoint plutôt fort ne sentait pas vraiment la rose, malgré la douche qu’il venait de prendre. Sasha ne put s’empêcher de faire un pas en arrière. Il n’aimait pas du tout le regard lubrique de l’homme sur lui. Celui-ci prit la parole d’une voix un peu trop aigüe :
— Mais voilà le joli rossignol. Mon garçon, si tu me laissais faire, je pourrais te faire entrer dans le mannequinat ou te trouver un rôle sur mesure dans un court métrage.
« Mais bien sûr, si je te laisse faire, gros porc dégueulasse ! » Sasha comprenait aisément ce que cette phrase voulait bien signifier. Sergio pouvait le traiter d’idiot, mais il ne l’était pas toujours. Sans perdre de temps, le garçon répliqua :
— Occupez-vous de ma mère, Monsieur Torrès. Oubliez-moi d’accord ?
Sans plus un regard, vers l’homme transpirant, Sasha fila jusqu’à sa chambre et il s’y enferma à clé pour mieux se sentir en sécurité. Vivre avec sa mère lubrique passée encore. Mais il ne supportait pas du tout ces amants. Particulièrement ceux qui le regardaient comme s’ils le déshabillaient. Arg ! Quelle horreur !
Dans une ville du Sud-Ouest, une ville où il faisait bon vivre en grande partie pour sa température, mais également par l’ambiance plutôt tranquille, un homme d’une bonne taille, plutôt dégingandé, d’une quarantaine d’années, au visage sec de couleur café au lait, se rendait d’un pas tranquille vers un des quartiers dès plus connus.
Ce quartier se prénommait le quartier africain. Il n’en portait pourtant que le nom. C’était un simple quartier abritant de vieux immeubles, dont beaucoup d’étudiants loués. Il s’y trouvait également plusieurs boutiques différentes, une pâtisserie, un magasin de brique à braque. Mais aussi un garage dont la réputation n’était plus à faire. Pas très loin, il y avait également la plus grande salle d’exposition.
Mais, l’homme ne se rendait pas dans ces lieux. Il s’approchait plutôt du bar qui se trouvait à l’entrée du quartier. Le « Cool Baby » était dirigé par un géant à la musculature des plus effarantes, Daisuke Oda. D’après la rumeur, c’était un ancien agent du gouvernement. Étant données, la façon dont il agissait souvent avec les clients désagréables, malgré ses soixante-dix ans passés, la rumeur pouvaient être exactes.
À peine ouvrit-il la double porte, un véritable brouhaha le frappa de plein fouet. L’homme grimaça. Il se demanda sérieusement pourquoi son rendez-vous avait choisi ce lieu pour parler affaires. Mais, venant de cette personne, l’homme n’en était pas plus surpris. Il observa autour de lui pour connaitre la raison de cette cacophonie.
Il ne chercha pas très loin. À la table du fond, près du comptoir se tenait la table privée du cousin du propriétaire. Carlin Oda était un peintre grandiose, mais au niveau caractère, c’était un personnage très excentrique. Chaque fois qu’il venait dans ce bar, il y mettait la pagaille avec la complicité de tous les habitués. Peut-être était-ce ce côté très familial et amical du lieu qui lui avait donné autant de renommée ? Apparemment comme à leurs habitudes, les cousins se chamaillaient.
L’homme soupira. Il fouilla une deuxième fois la salle du regard. Au comptoir, il aperçut un nouveau barman. C’était la première fois qu’il le voyait. Habituellement, un dénommé Ben Amory s’y trouvait, un jeune homme d’une vingtaine d’années, plutôt calme et un peu effacé, malgré une coupe de cheveux en Iroquoise. Cette fois-ci, le jeune homme était bien différent. La taille déjà atteignait presque celle du patron. Bien que la carrure n’ait rien à voir avec la sienne également, le jeune homme en imposait. Était-ce la balafre sur le côté droit de son visage passant sur l’œil et se terminant sur la moitié de la joue qui donnait cet effet ? L’arrivant ne saurait le dire.
Reprenant son visionnage, il finit par repérer ce qu’il cherchait. Il se rendit donc à la place voulue. Elle se trouvait au fond également, mais à l’opposé du comptoir. Un jeune homme, plutôt imposant lui aussi, mais d’une manière bien différente, s’y trouvait déjà installé. Celui-ci releva ses yeux d’un bleu saphir vers le nouvel arrivant. Il eut un sourire amusé. Il pouvait lire sur le visage de son futur interlocuteur un certain embêtement. D’un geste, il l’invita à s’asseoir.
L’homme s’installa face au jeune homme et attendit. Le barman entrevu peu avant s’approcha le faisant sursauter. Il ne l’avait pas entendu. Bien évidemment, son geste ne passa pas inaperçu. Le jeune homme aux yeux bleus s’exclama au barman :
— Xavier, à venir comme tu le fais, tu vas finir par faire une crise cardiaque à un de ces pauvres clients.
Le jeune homme à la balafre haussa les épaules. Il déposa les verres commandés par son interlocuteur quelques minutes auparavant.
— Je n’y suis pour rien si ce sont de petites natures. Je vous laisse, il faut que j’aille chercher mon patron. Il faut qu’il bosse un peu.
Après un geste de la main, il quitta les deux hommes. Le nouvel arrivant soupira encore une fois. Il reçut aussitôt le poids des yeux bleus sur lui. Ce jeune homme pouvait être très séduisant, mais il effrayait la plupart du temps.
— Puis-je savoir pourquoi vous avez choisi ce lieu, Miori ?
— Pourquoi pas ? Certes, nous allons surtout parler travail, mais autant être détendus, non ?
— Si vous le dites. Alors, quel est le projet dont vous voulez me parler ?
Au lieu de répondre, Erwan Miori leva son verre. Il observa un long moment son interlocuteur. Il n’allait quand même pas lui avouer que s’il avait choisi ce lieu, était pour la simple raison que son petit ami s’y trouvait également. Son Luce d’amour était un jeune étudiant depuis peu, mais également un écrivain depuis ses treize ans. Il se trouvait à l’étage avec le compagnon du propriétaire afin de discuter de son prochain roman.
Erwan reposa son verre après une gorgée. Il tendit une pochette à son voisin. L’observant lire très sérieusement, il eut envie de le mettre de nouveau mal à l’aise. Il s’enquit :
— Comment va le docteur Elone, Flagan ?
Un sourire apparut quand son interlocuteur eut un autre sursaut. C’était toujours plaisant de mettre à mal ses employés. Luce le traitait de sadique, mais il n’y pouvait rien. C’était tellement drôle.
— Euh ! Il… euh… il va très bien.
— Et votre fils ?
Flagan releva aussitôt la tête. Comment cet homme pouvait-il être au courant ? Il n’avait parlé de son fils qu’à Elone. Serait-ce possible que son compagnon en ait parlé à quelqu’un d’autre ? Il ne lui avait jamais dit de le garder secret après tout.
— Comment le savez-vous ?
Erwan agrandit son sourire, pourtant il était très sérieux. hallucinée
— Parce que je me renseigne toujours sur les personnes avec qui je vais travailler. Je n’aime pas avoir des surprises désagréables en cour de route. Et puis, ma mère travaille avec le docteur Elone. Elle a le chic pour faire parler même le plus muet qui soit.
L’homme porta une main à son front. Un mal de crâne allait bientôt y faire son apparition. Il fourragea ensuite sa chevelure poivre et sel.
— Il va bien. Vous êtes content.
— Comment pouvez le savoir ? D’après ce que j’ai appris, vous ne l’avez pas vu depuis plus de dix ans.
— Mais, cela ne vous regarde pas, bordel !
Erwan fronça les sourcils. Son regard bleu se durcit.
— Ça me regarde du moment où vous allez travailler pour moi.
— Vous n’avez pas besoin de connaitre ma vie privée du moment que je fais le travail demandé.
— Possible. Mais j’exige des employés bien dans leur peau, et sain d’esprit. Vous, en l’occurrence, vous montrez peut-être un calme olympique, mais ce que je constate en vous voyant, c’est quand réalité, il y a quelques choses qui vous tracasse. Si vous ne voulez pas en parler, libre à vous. Sachez seulement que le projet aidant votre entreprise risquerait fort de tomber à l’eau.
Edwyn Flagan serra les dents. Il inspira un bon coup. Elone l’avait pourtant prévenu. Les Miori étaient des êtres intimidants, intransigeants. L’homme reprit :
— Qui y a-t-il de mal à parler de votre fils, Flagan ?
— Je ne l’ai peut-être pas vu depuis fort longtemps, mais je prends régulièrement des nouvelles.
— Lui parlez-vous ? Ou bien, êtes-vous passé par un intermédiaire ?
Nouveau soupir. Le mal de tête était bel et bien présent.
— Je parle avec mon ex-femme. Mon fils ne veut pas m’adresser la parole. Il ne veut pas me voir non plus. Êtes-vous satisfait ?
Erwan s’appuya contre le dossier de la chaise, fixant son interlocuteur. Il secoua la tête.
— Vous agissez comme un idiot. Vous aimez votre fils. Vous voulez le revoir, mais vous ne faites rien pour changer ce fait. Pourtant, vous bataillez comme un acharné pour sauver votre entreprise de la faillite. C’est très généreux de votre part d’être si dévoué à ses employés, Flagan. Mais, ce serait bien si vous agissez de cette manière avec votre fils. Avez-vous pensé une seule minute que ce garçon attendait peut-être un geste de votre part ?
Les spirales version 2 : 03
Chapitre 3
Dans une cuisine, un homme d’une cinquantaine passé préparait le petit déjeuner pour les habitants de son immense demeure. C’était un homme assez grand qui avait su garder la ligne et l’assurance de ses vingt ans. Ses cheveux bruns parsemés de quelques mèches grisonnantes étaient longs jusqu’à mi-dos et toujours attaché par une lanière à la base du cou.
Depuis des années, il était celui qui s’occupait des repas. Il aimait s’en occuper, car son compagnon mangeait ses plats avec adoration. Celui-ci étant un excentrique doublé d’une pile électrique était un véritable estomac sur patte. L’énergie utilisée épuisait toutes ses réserves, il fallait donc souvent le recharger à coup de nourriture.
L’homme brun se retourna pour déposer une assiette de crêpes sur le comptoir. Il aperçut alors la première levée. Étrange ! D’habitude, Carlin se trouvait déjà présent à dévorer presque toute la nourriture présente sur la table. La jeune fille en question pénétra dans la pièce et s’installa. Elle salua bien évidemment son hôte.
— Bonjour, Renko. Toujours aussi en forme.
L’homme lui adressa un sourire. Il aimait bien cette petite. Elle était arrivée chez eux, un an et demi de cela. Sa maison avait pris feu. Elle vivait alors avec ses deux frères, deux neveux et une nièce. Ils avaient absolument tout perdu. La jeune fille se trouvait être une amie de leur fils. Son frère aîné était également leur professeur de mathématique au lycée. Renko ne cherchait jamais les raisons qui poussaient son homme à décider d’aider telles personnes et pas d’autres.
Du jour au lendemain, toute cette famille était venue s’installer dans leur manoir, logiquement pour un temps. Mais, c’était mal connaitre Carlin Oda. Celui-ci quand il avait une idée derrière la tête personne ne pouvait le faire changer d’avis.
— Bonjour, Asia. Tu es bien matinale, pour un samedi.
La jeune fille repoussait d’un geste agacé ses longs cheveux blond couleur de miel.
— Avec Cody, il est impossible de faire grasse matinée. Il me fatigue. Qu’il joue au prof quand il se trouve au lycée, mais pas à domicile !
— Ah ! S’il t’ennuie à nouveau, c’est que tes notes ont chuté.
Asia fit la grimace.
— Juste un peu. Pas de quoi en faire tout un drame ! Je déteste faire mes devoirs avec lui. C’est un tyran.
Renko émit un petit rire. Cody Amory n’était pas le genre très patient, surtout avec ses frères et sœurs.
— Demande à Carlin de t’aider. Je suis sûr qu’il acceptera avec plaisir. D’ailleurs, où est-il ?
La jeune fille posa sa crêpe consommée à moitié dans son assiette. Elle s’essuie la bouche avant de répondre :
— Il est avec Luce. Ils sont dans la grande bibliothèque. Il en profite le temps qu’Erwan n’est pas encore revenu de son jogging.
Rassuré, l’homme s’installa au comptoir également. Carlin adorait son fils, alors dès qu’il en avait l’occasion, il le squattait, souvent au détriment du petit ami de celui-ci. À cet instant, un autre résidant fit son apparition. Les yeux bleu saphir du nouveau ne mettaient pas en doute son ascendance avec la famille Miori. Un peu essoufflé, il se laissa tomber sur une chaise près de la jeune fille.
— Salut, beauté.
— Coucou, Erwan.
En silence, Renko servit son neveu. Même s’il n’était pas le fils légitime du grand-père d’Erwan, il avait toujours été considéré comme tel. Il faisait partie intégrante de cette famille imposante. Erwan remercia son oncle. Il dévora son assiette avec délectation. Renko savait faire la cuisine.
— Ne cherche pas Luce, il est avec Carlin, lança Asia.
— Je m’en doutais un peu. Je l’ai croisé une heure avant, Carlin disait vouloir réveiller son fiston.
— Pauvre Luce, s’enquit Renko, amusé.
— Haha ! Luce adore être réveillé par son père, oncle Ren. Tu le sais aussi bien que moi.
— Mouais ! Être réveillé par Carlin, je le voudrais bien. Pas par mon frère !
Les deux hommes éclatèrent de rire devant la grimace de la jeune fille.
— Il t’a encore fait des misères, ma pauvre Asia, se moqua Erwan.
— Il est pénible.
— L’astuce, c’est d’aller te plaindre à Thalia. Elle lui fera la morale et il ne t’ennuiera plus ensuite. Il n’arrive jamais à lui refuser quelque chose.
La jeune fille sourit. La meilleure chose qui soit arrivée en venant dans cette maison fut surtout pour son frère aîné. Il tomba amoureux de la nièce de Carlin, Thalia Lagardère Oda. Carlin l’avait adopté deux ans après la disparition de ses parents dans un accident de la route. Pour Thalia, aucun homme n’arrivait à la taille de ses deux hommes qui l’avaient élevé comme leur fille, enfin jusqu’à l’arrivée de ce professeur et de sa marmaille.
— Sors-tu toujours avec Simon Manier ? Demanda d’un seul coup Erwan, plus sérieusement.
— Oui, pourquoi ?
— Je me disais juste que nous sommes samedi et tu restes ici. Pourquoi n’es-tu pas avec ton amoureux ?
La jeune fille rougit légèrement. Elle avait tendance à oublier le franc-parler d’Erwan. Pourtant, elle devait être habituée. Ses trois meilleurs amis étaient exactement pareils. En fait, tous les habitants de cette immense famille avaient un franc parlé assez effrayant parfois. Elle soupira.
— Il n’est pas là. Il m’a dit hier qu’il serait absent tout le week-end.
Sceptique, Erwan allait rajouter quelque chose, mais le regard de son oncle l’en dissuada. Il se mordit la lèvre. Il n’avait jamais aimé ce garçon. Son oncle le savait. Un bruit de claquement de porte se fit entendre à l’entrée, faisant sursauter les trois résidants de la cuisine. Peu de temps après, ils virent trois jeunes hommes apparaître à la porte.
Deux d’entre eux se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Vincenzo et Juan Cardoni, surnommés les jumeaux terribles, se jetèrent aussitôt sur la jeune fille. Asia se mit à rire, ravie de voir ses meilleurs amis. Sa journée n’allait finalement pas être si ennuyeuse que prévue. Le troisième larron pénétra à son tour plus calmement. Il s’approcha des jumeaux et chacun reçut un coup violent. Les deux garçons s’éloignèrent en hurlant.
— Bordel, Sawakooooooo ! S’écria Vincenzo, en frottant son crâne. Ça fait mal.
— Non ? S’en blague !
Sawako Sanada, un japonais, était ce que l’on peut qualifier de belle bête. Il était tout en finesse sauf son caractère. Certain le surnommait le chat sauvage alors que d’autre la vipère.
— Qu’est-ce que vous êtes venus foutre ici ?
— Bonjour, Renko. Répondit à la place le japonais.
L’homme à la cinquantaine soupira fataliste. C’était une coutume dans cette famille de répondre toujours à côté ou de ne pas répondre. Sawako esquissa un sourire amusé. Il se fit agripper par deux bras puissants. Il se retrouva entre les jambes d’Erwan.
— Bonjour, chaton. Où as-tu mis ton maître ?
La réponse ne se fit pas attendre. Les yeux marron vert de Sawako foncèrent de colère. Il persifla :
— Je t’interdis de m’appeler ainsi, Miori !
— Roooh ! C’est tout mignon un chaton en colère. Laissa échapper l’héritier Miori.
— Mouais ! Je me demande quelle tête fera Luce quand je t’aurai castré, Miori.
— Ah lala ! Toujours les grands mots.
Erwan relâcha le japonais. Celui-ci s’éloigna le plus possible du jeune homme. Asia, amusée à chaque fois de leur chamaillerie, s’exclama :
— C’est étrange. Tu ennuies Sawa seulement quand Shin n’est pas là. Il y a une raison ?
Erwan laissa échapper un soupir. Il haussa les épaules.
— Je ne suis pas fou. Shin est un possessif. On ne dirait pas comme cela, mais ses coups font vraiment plus mal que ceux du chaton.
Pendant le dialogue, les jumeaux se chargèrent de voler quelques crêpes. Renko les observa, amusé. Ils allaient encore se faire frapper. D’ailleurs, cela ne tarda pas. Sawako les cogna à nouveau leur faisant la morale. Ils devaient demander l’autorisation avant de se servir. Masochistes, ces deux-là !
— Tu es prête, Asia ? Demanda finalement le japonais. Nous allons au centre-ville. Tu viens avec nous.
Le ton était sans réplique. La jeune fille n’avait pas intérêt à refuser prétextant un rendez-vous. Asia serait folle de refuser pareille invitation. Elle adorait être en leur compagnie. Elle aimait aussi être avec Luce, mais elle en était vraiment moins proche. Luce avait tellement d’amis qu’il avait bien du mal à se départager entre eux tous. Erwan aussi était de très bonne compagnie, en même temps, il était très intimidant.
La jeune fille ne devait pas aller assez à son goût, car Sawako lui attrapa la main pour la remettre debout. Il jeta juste un coup d’œil à sa tenue. Il grimaça. Asia portait un vieux pantalon en toile grise avec un pull du même ton. À l’origine, elle devait rester à la maison.
— Vince, Juan, tirons-nous avant que Cody rapplique et ramène sa fraise.
En moins de temps pour le dire, les trois garçons plus la fille disparurent laissant Erwan et Renko dans la cuisine. Renko se mit à rire.
— Toujours aussi bruyant, celui-là !
— Ne voulais-tu pas dire horripilant, mon oncle ? Sawako et Shin se sont bien trouvés. Aussi pénible l’un comme l’autre !
— Oh ! Shin te ferait-il des misères, Erwan. C’est plutôt inhabituel qu’une personne parvienne à t’exaspéré à ce point.
— C’est que la plupart des gens ont peur d’être en face du grand patron ou de moi. Ils gardent un profil bas. Ce n’est pas le cas de Shin. Il peut être véritablement insolent et même limite dans son langage. Il n’a aucune peur de nous parler franchement. La dernière fois, il a tenu tête à grand-père. Je lui tire mon chapeau d’ailleurs.
— Voilà une chose intéressante. Qui a cédé ?
— Grand-père.
— Quel scoop ! S’exclama une voix amusée.
Renko et l’héritier Miori se tournèrent d’un bond. Ils ne furent pas trop surpris d’y voir Carlin Oda. L’homme pénétra plus avant. Il se dirigea d’office vers son homme. Comme chaque fois, il s’installa sur une jambe. Sa place fétiche ! Tout en dévorant le reste de crêpes, il reprit :
— Qu’est-ce que j’aurais aimé voir la tête d’August ! Shin a bien changé depuis qu’il est avec Sawako. Je suis quand même un génie de les avoir mis ensemble.
— Où est Luce, Carlin ?
— Pas la moindre idée, s’exclama l’artiste avec un sourire en coin. Il est parti d’un seul coup avec un regard à faire peur. Il a dû encore avoir une idée en tête pour son livre.
Erwan poussa un soupir. Il allait devoir faire toutes les pièces de cette immense demeure pour le retrouver. Mais quelle idée de vivre dans une maison avec une cinquantaine de pièces !
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Sawako ne lâcha pas la main d’Asia tout le long du trajet jusqu’à l’arrêt de bus. Ils étaient venus en voiture. Shin les avait déposés avant de repartir aussitôt. Il devait se rendre dans la ville voisine pour voir un client de l’entreprise Miori Corporation. Les jumeaux se taisaient. Ils boudaient. Eux aussi voulaient tenir la main de leur amie. Mais, le japonais refusait de la leur laisser.
Asia en rougissait de joie. Au tout début de leur rencontre, elle était tombée amoureuse des jumeaux. Elle n’avait jamais réussi à savoir lequel des deux, elle préférait. Elle avait bien tenté d’être avec les deux, mais elle ne pouvait pas rivaliser avec leur lien très fort entre eux. Elle savait qu’ils avaient une relation incestueuse, mais jamais elle ne leur jetterait la pierre. Elle les aimait, elle les aimerait toujours.
Le japonais, quant à lui, était devenu le meilleur ami des jumeaux. Ils faisaient les quatre cents coups ensemble. Elle savait que certaines personnes s’étaient réellement posé des questions sur leur véritable relation. Mais, il n’y avait rien de charnel. Sawako était trop épris de Shin Soba. Pour les jumeaux, ils n’avaient jamais pensé un seul instant avoir une relation avec le japonais.
Vincenzo aimait jouer les pervers. Il aimait le titiller. Il s’amusait juste, mais il savait où il ne devait pas dépasser. Il le faisait surtout pour mettre Sawako en mode chat sauvage. Asia devait bien reconnaitre que le japonais était encore plus magnifique en colère.
Le bus était complet. Ils durent rester debout. Quelques minutes plus tard, ils purent enfin sortir à l’air libre. Ils inspirèrent un bon coup tout en riant. Ils avaient dû se retenir de respirer tout le long du trajet. Juste à côté d’eux se tenait un homme dont une odeur de bière le parfumait. C’était horrible !
Avec un rire moqueur, le japonais recommença son manège. Il fut le plus rapide. Il attrapa à nouveau la main d’Asia. Vincenzo et Juan se mirent à râler. Ils supplièrent la jeune fille. Mais, Asia avait décidé d’être capricieuse. Elle affirma que leurs supplications n’étaient pas assez ferventes.
Pour un mois d’octobre, il faisait beau. L’air était un peu frais, mais le ciel bleu était sans nuages. La rue piétonne du centre-ville était bondée de monde. Les quatre jeunes gens s’y enfoncèrent tout en se chamaillant gaiement. Bien évidemment, l’invitation à sortir était un prétexte. Sawako s’ennuyant sans son Shin, il avait besoin d’un exutoire. Il avait décidé de relooker un de ses amis. Mais voilà lequel ? Les jumeaux y étaient déjà passés quelques mois auparavant. Il avait fini par trouver quand il se rendit compte qu’il n’avait fait aucun cadeau pour l’anniversaire d’Asia.
Il ne se trouvait pas présent ce jour-là. Il se trouvait au Japon chez son grand-père, Bunji. Il avait même rendu visite à son ami Gaku Inamura. Il s’en était passé des choses là-bas dont certaines avaient rappelé de mauvais souvenirs aussi bien pour lui que pour Shin d’ailleurs. Mais, tout était rentré dans l’ordre, maintenant.
Asia ne put rien dire. Elle n’eut jamais le droit à la parole. Elle devait jouer les muettes. Elle devait se laisser faire comme une jolie poupée Barbie. Quand elle entendit le surnom, elle faillit commettre un meurtre. Le japonais, loin d’avoir peur, continua à l’appeler sur ce surnom jusqu’à quelle pousse un horrible cri choquant toutes les personnes dans la boutique !
Ils faillirent d’ailleurs se faire jeter dehors. Mais, l’avantage fut que Sawako se nommait Sanada. Un nom que toutes les boutiques appartenant à Miori Corporation devaient connaitre. La Sanada entreprise, une multinationale japonaise travaillait depuis peu en étroite collaboration avec la Société mère. Elle appartenait au grand-père de Sawako.
Elle se fit ainsi rhabiller de la tête aux pieds. Les jumeaux durent se charger de porter les sacs. Ils n’avaient pas intérêt à dire quoi que ce soit sinon ils se faisaient houspiller par le chat sauvage. Asia avait l’impression d’être une petite princesse.
Parfois, elle avait l’impression qu’elle allait se réveiller dans son ancienne chambre avec la menace d’être mise dans une maison d’accueil. Combien d’années avait-elle vécues avec cette épée de Damoclès au dessus de sa tête ? Bien assez selon elle ! Cody s’était battu comme un acharné pour les garder. Il pouvait être très casse-pied, mais il les avait bien élevés. Il avait dû aussi payer toutes les dettes laissées de leur père également.
Après les boutiques, elle fut emmenée dans un salon de beauté. Elle se fit bichonner. Elle passa ensuite chez le coiffeur. Elle grimaça au début quand elle vit ses magnifiques bouclettes tombées. Elle se mordit la lèvre. Son frère allait avoir une syncope. Elle finit par fermer les yeux. Elle avait mal à l’estomac.
Quand ce fut fini, un grand silence régnait dans le salon. Asia ouvrit les yeux avec douceur. La glace lui révéla une autre femme. Enfin, c’est ce qu’elle pensa sur le coup. Ses cheveux avaient été coupés jusqu’aux épaules, ensuite ils avaient été dégradés sur toute la masse, devant comme derrière leur donnant un très beau mouvement.
Le coiffeur l’aida à se relever, puis il la tourna face à un miroir sur pied. Sawako l’avait forcé à mettre de nouveaux vêtements. Elle portait une chemise blanche ample avec une veste marron claire en cuir. À la place du pantalon, elle avait une jupe s’arrêtant au dessus du genou du même ton que la veste. Et pour finir, ses pieds étaient chaussés par des bottes à talon.
Asia avait bien du mal à se reconnaitre. Elle semblait plus âgée ainsi. Elle ne ressemblait plus à l’éternelle adolescente. Pour la première fois, elle se sentait femme. Un sourire éclatant détendit ses lèvres. Puis, sans prévenir, elle poussa un cri avant de sauter dans les bras du japonais. Celui-ci se mit à rire devant cette joie évidente. Les jumeaux se réveillèrent et se remirent à grailler comme quoi eux aussi voulaient avoir un câlin. Asia ne se fit pas prier, cette fois-ci.
Pourtant, sa joie s’évanouit quelques minutes plus tard, après leur sortie du salon de coiffure. Arrivant près d’une ruelle, les quatre amis croisèrent un couple. Celui-ci y sortait. C’était la sortie arrière d’un hôtel. Asia blanchit. Elle connaissait très bien l’homme en question. Un jeune homme brun, très bien de sa personne, d’une vingtaine d’années. Simon Manier était étudiant à l’université de la ville. Il voulait suivre les traces de son père dans la finance. Asia l’avait rencontré lors d’une exposition des tableaux de Carlin Oda. Elle s’était laissée séduite. Simon était son petit ami depuis un peu plus de trois mois.
Elle était en état de choc. Sortir en catimini d’un hôtel avec une femme, il était évident qu’il n’y avait pas été pour parler. Elle n’était pas aussi naïve. Mais comment devait-elle agir ? Elle n’eut pas le temps d’ailleurs d’agir. Elle n’eut pas le temps sur le coup de jeter un œil sur la fille qui l’accompagnait.
Sawako, Juan et Vincenzo avaient vite compris également, mais ils n’eurent pas le temps d’agir non plus. Une autre personne intervint bien avant eux. Simon Manier se retrouva éjecter un peu plus loin dans la ruelle par un direct en pleine figure. L’amante de Simon blanchit et recula de peur face à la personne face à elle.
Asia ne pouvait voir que le dos de l’homme en question. Il était très grand et bien bâti. Elle sursauta quand un autre homme s’arrêta près d’elle. Il était typé comme les jumeaux. Elle se demanda sur le coup s’il n’était pas d’origine italienne lui aussi. Pourquoi se posait-elle ce genre de question ? Son petit ami venait de la tromper. Il lui avait menti en prétextant être absent du week-end.
Elle sentit bientôt une main prendre la sienne. Elle la serra. Juan s’était rapproché en silence. Personne n’osait dire quoi que ce soit. Ils attendaient la suite. Simon essayait de se relever, la main sur sa joue. Il avait la lèvre en sang. En fait, il n’osait pas trop bouger. Sa maîtresse se tenait droite et elle n’osait pas vraiment regarder l’agresseur dans les yeux.
Simon faillit en rire. Il reconnaissait bien le talent de comédienne de cette chienne en chaleur. Elle jouait les filles apeurées afin d’amadouer son petit ami qu’elle venait de tromper honteusement. Mais étant l’attitude de l’homme, elle n’avait aucune chance. Une voix colérique s’entendit, Sawako la reconnut. Il l’avait déjà entendu au bar le « Cool Baby ». C’était le nouveau barman de Daisuke.
— Arrête ta comédie, Julie. Ton manège ne marchera pas avec moi. Je t’avais prévenu. Une fois, j’accepte les excuses, la deuxième fois, tu peux aller te faire mettre avec qui tu veux. Je ne m’en préoccupe plus.
— Tu t’en préoccupes assez, Xavier. Ne viens-tu pas de frapper Simon pour cette raison ? Susurra-t-elle.
Le jeune homme haussa les épaules. Il jeta un coup d’œil vers Simon. Celui-ci eut un geste de recul. Xavier eut un léger sourire le rendant plus dur. Sa cicatrice avait parfois des bons côtés. Il répondit :
— Ce n’est surement pour toi, Julie. Mais, ce sale rat a osé tourner autour de ma sœur. Je l’avais pourtant déjà prévenu de ne plus l’approcher. Et puis, étant donné la tête de la jeune fille derrière moi, il n’a eu que ce qu’il mérite. Veux-tu la même chose, Julie ?
La jeune fille pâlit aussitôt et sans un mot de plus, elle s’échappa sans un regard vers son ex-amant. Xavier émit un petit rire.
— Euh ! Vous l’auriez vraiment frappé ? Demanda d’un seul Sawako.
Xavier se retourna. Il aperçut son meilleur ami près de la jolie fille blonde. Il jeta un coup d’œil vers Simon toujours au même endroit. Il n’osait pas bouger. Quelle mauviette !
— Mince, j’hallucine. Tu as osé tromper une beauté pareille ? Tu ferais mieux d’aller chez un ophtalmo, mon gars.
Des rougeurs réapparurent sur les joues d’Asia. Après tout, un compliment comme cela ce n’était pas tous les jours qu’on le reçoit. Sawako grinça des dents, faisant grimacer ses amis. Xavier l’entendit et se tourna vers le japonais. Il l’avait déjà rencontré. Il était accompagné par un homme plus âgé. Il laissa échapper.
— Ah ! Je m’en souviens, la langue de vipère !
Il vit apparaitre une lueur mauvaise dans le regard marron vert du japonais. Il eut un sourire, amusé. Il jeta un rapide coup d’œil aux deux autres garçons. Eux aussi étaient déjà venus au bar. Ils aimaient taquiner Ben, l’autre barman.
— Je frappe rarement une femme, sauf pour me défendre. Julie peut parfois être très, comment dire sauvage. Elle a des griffes acérées comme une chatte en furie. Mieux vaut éviter.
Il se tut un instant, puis reprit :
— Désolé d’être intervenu à votre place, jeune fille.
— Asia. Je m’appelle Asia. Je n’aurai pas pu faire mieux. Merci.
Xavier pencha la tête, en fronçant les sourcils. Il hésita un instant, puis lança :
— Il y a un air de famille. Est-ce Ben, du « Cool Baby » est de votre famille ?
La jeune fille le regarda surprise. Juan murmura :
— Je me disais bien. Vous êtes le chouchou de Daisuke.
— Le chouchou ? Haha ! Trop drôle ! Daisuke n’arrête pas de me balancer qu’il va finir par me virer si je continue à lui mener la vie dure. Dites plutôt son larbin. Il me donne trop de travail.
Il jeta un œil vers la ruelle. Simon se faisait tout petit.
— Alors jolie Asia, que voulez-vous qu’on fasse de lui ?
La jeune fille avait réussi à reprendre une figure humaine. Le papotage des garçons lui avait permis de reprendre le contrôle de ses émotions. Elle ne ferait pas le plaisir de pleurer devant Simon. Elle serra la main de Juan plus fortement pour prendre courage.
— Rien. Laissons-le faire dans son froc. Et puis, comment dit le proverbe ? Un de perdu, dix de retrouvés ? J’y suis presque, non ?
En disant cela, elle fit un geste autour d’elle. Elle ne pouvait pas se plaindre. Elle avait cinq garçons autour d’elle.
— Bien, alors nous sommes vos dévoués pour la journée, jeune demoiselle.
Les spirales version 2 : 04
Chapitre 4
Julie Dehay s’enfuit le plus loin possible de Xavier Descamps. Elle le connaissait depuis des années. Trois ans auparavant, ils étaient déjà sortis ensemble. Elle lui avait menti sur son âge. Elle avait toujours paru plus vieille que son âge véritable.
À l’époque donc, elle avait juste quatorze ans, mais en paraissait quatre de plus. Elle aimait jouer avec cette différence. Elle avait vite compris l’avantage de son physique. Le regard des hommes le lui avait vite fait comprendre. Julie en abusa.
En fait, elle avait jeté son dévolu sur Xavier parce qu’il avait un physique effrayant. Il en imposait autour de lui sans rien faire. Elle trouvait cela génial. Elle savait que c’était grâce à la cicatrice lui barrant la joue jusqu’à l’arcade sourcilière. Il n’avait jamais voulu lui dire comment il l’avait eu. Elle s’en fichait un peu d’ailleurs. Elle ne l’aimait pas. Elle n’avait jamais cherché à toucher même à la frôler la balafre. Quelle horreur !
Xavier n’avait jamais couché avec elle le peu de temps qu’ils étaient sortis ensemble. Elle le maudissait. C’était la seule chose qu’elle voulait, mais il n’avait pas cédé à ses charmes. Ensuite, quand il avait appris son véritable âge, il lui avait simplement tourné le dos, sans un mot.
Elle connaissait le coupable. C’était Mako Marcello, le meilleur ami de Xavier. Mako était le fils d’un industriel, mort dans un accident d’avion. À seize ans à peine, il avait hérité de la société de son père. Il était aidé par l’associé de son père pour la gestion. Malgré un physique de mannequin, Mako se sentait plus à l’aise en solitaire ou dans une bibliothèque, jusqu’au jour où il avait rencontré Xavier, nouvel habitant d’une petite maison face à chez lui.
Une solide amitié s’était créée entre eux. Xavier veillait sur Mako contre les mauvaises langues ou les filles cherchant un beau parti. Mako faisait pareil dans une certaine mesure. Il était plutôt à l’écoute. Quand Julie avait réussi après des années à ressortir avec Xavier. Elle avait bien vu que cela ne plaisait pas à Mako. Elle s’en était réjouie.
Mais, elle avait encore perdu. Il fallait dire aussi que Xavier n’était plus le même qu’à l’époque. Il était plus dur. Le mot tendre ne faisait pas partie de son vocabulaire. Certes, il ne s’était pas gêné pour coucher avec elle. D’ailleurs, la première fois, elle n’avait pas trop apprécié le petit rire désabusé qu’il avait eu. Il lui avait donné l’impression de l’avoir largement déçu.
Maintenant, c’était fichu. Elle avait tout gâché avec son désir de voir ailleurs. Mais, c’était de la faute de Xavier aussi. Elle l’avait invité à la soirée de la veille, mais monsieur avait refusé prétextant travailler. Pfft ! Elle devait passer avant tout le reste. Elle y avait été seule, mais elle ne repartit pas les mains vides. Simon Manier l’avait séduite. Il était plutôt mignon et amusant. Elle l’avait suivi sans trop de difficulté.
Pfft ! Non seulement sa nuit n’avait pas été terrible… Simon n’était pas vraiment très doué pour la satisfaire. Mais, en plus elle s’était fait prendre en pleine infidélité pour la deuxième fois. La première fois, il y avait eu le doute. Elle avait réussi à l’embobiner, mais là, elle n’avait pas eu de chance. La poisse ! Elle devra se tenir à carreau pendant un moment pour ne pas le croiser.
Julie s’arrêta dans un café. Elle se dirigea directement vers les toilettes. Enfermée, elle se changea. Elle s’habilla d’un jean et d’un pull et fourra sa robe dans son sac à dos. Ensuite, elle rejoignit le comptoir pour commander un café.
Sa maison se trouvait à quelques minutes de son lycée. En arrivant dans sa rue, elle aperçut un camion de déménagement devant la maison vide face de chez elle. Un an auparavant, le couple qui y habitait avait décidé de partir en voyage pour une durée indéterminée. Ils avaient alors décidé de mettre la maison en vente avec l’accord de leur fils, lui appartenant à moitié.
Julie aperçut son père discutant avec un homme aux tempes grisonnantes. Arthur Dehay adorait parler. Il était aussi d’une curiosité maladive. La jeune fille grimaça. Elle n’aimait pas ses parents. Ils n’avaient rien en commun avec leur fille. Ils aimaient la bonne nourriture ce qui faisait que leur poids était un peu haut par rapport à la normale. Elle avait honte d’eux.
Son père la vit et lui fit signe. Elle soupira. Il n’aurait pas pu l’oublier. Mais, elle ne regretta pas. L’homme avec qui son père discutait était vraiment à son goût. Appétissant serait le terme exact. Il devait avoir près de la quarantaine, des yeux verts-bleu et des cheveux aussi blonds que les blés. Il avait les traits marqués sous un visage carré.
— Tu rentres de bonne heure, ma chérie. S’exclama son père.
Avec un sourire des plus égoïstes, la jeune fille salua son père. Celui-ci, attendri, présenta :
— Julie, je te présente notre nouveau voisin, Mark Adréakis. Il vient de Grèce en compagnie de ses deux filles.
Julie fut déçue. L’homme ne la détailla pas de la tête aux pieds comme beaucoup d’hommes faisaient. Ce n’était pas son jour. Par politesse, il la salua à son tour. À ce moment, une voix féminine retentit :
— Papa ! Les cartons ne vont pas se ranger tout seuls !
Le grec se retourna vers la voix en question. Julie y aperçut une jeune fille de son âge. Elle avait quelques rondeurs, mais elles ne gâchaient en rien sa beauté sauvage. Elle avait la peau plus mate que celle de son père, mais ils avaient la même taille. Elle avait les cheveux longs d’un noir de jais et des yeux tout aussi sombres. Julie lui envia ses lèvres pulpeuses. C’était injuste ! Comment une fille aux formes aussi arrondies pouvait-elle avoir autant de charme et de sex-appeal !
— Raven, je te présente ta voisine, Julie.
Raven jeta un rapide coup d’œil à la fille en question. Son avis se fit aussitôt. Elle ne lui plaisait pas, mais absolument pas. Elle regarda à nouveau son père avec insistance.
— Oui, ravie de te connaitre Julie. Maintenant papa, tu arrêtes de discuter et tu viens nous donner un coup de main. N’oublie pas que nous sommes de faibles jeunes femmes !
Mark sourit. Sa fille exagérait toujours. Il se tourna vers son voisin et s’excusa auprès de lui. Puis, il rejoignit ses filles dans sa nouvelle maison. Raven lui avait sauté dessus quand il lui avait annoncé qu’il avait pu avoir la maison. Sa jeune fille aimait dessiner. Et depuis plus d’un an, elle était devenue complètement fan d’un artiste habitant dans la ville.
En faisant des recherches pour trouver un endroit où vivre, il avait appris que cette maison en vente avait été la maison de l’artiste. Il y avait vécu quelques années avec sa mère. En l’apprenant, Raven avait supplié son père pour l’avoir. Mark ferait n’importe quoi pour donner le sourire à ces deux merveilles. Il avait dû batailler pour être l’acheteur, car il n’avait pas été le seul.
Il n’avait pas dû faire affaire avec les propriétaires des lieux, ni avec leur fils. L’artiste n’aimait pas ce genre de vente. Il avait laissé son grand cousin Daisuke Oda s’en charger. Mark avait eu fort affaire. Ce Daisuke, malgré ses soixante-dix ans passés, avait encore une forte présence, surtout due à sa carrure des plus impressionnantes.
Après des heures de négociations, Mark s’était pris d’affection pour l’homme. Malgré son apparence, Daisuke était un homme simple et très gentil. En fait, le vieil homme avait craqué pour sa fille Hélèna. Hélèna était très différente de sa sœur, Raven. Elle ressemblait à une jolie poupée Barbie avec ses cheveux longs châtain très clair et ses tâches de rousseurs parsemées sur ses joues lui donnant un petit air mutin.
Elle était également plus douce. Elle levait rarement la voix et ne s’énervait pratiquement jamais. Pour cela, Mark devait bien reconnaitre que sa fille aînée avait hérité du caractère de sa mère, alors que Raven avait pris le physique. Au moins, sa défunte femme survivait grâce à ses filles.
En pénétrant dans la maison, il entendit le rire chatoyant de sa jeune sœur Rebecca. Celle-ci vivait depuis cinq ans déjà dans cette ville. Quand elle apprit que son frère aîné voulait quitter le pays, elle l’avait conseillé de se rapprocher d’elle. Elle lui avait assuré qu’il trouverait son petit bonheur dans cette ville.
Mark entra dans le salon. Rébecca riait des pitreries de ses nièces. Elle adressa un sourire à son frère quand elle le vit. Elle se dirigea vers lui et se laissa aller dans ses bras. Elle ne l’avait pas revu depuis sa fuite cinq ans et demi auparavant. Elle était la petite dernière d’une famille de huit enfants. À vingt-six ans, elle resplendissait de beauté, surtout maintenant que son ventre commençait à s’arrondir.
— Ah ! Que je suis heureuse que tu te sois enfin décidé à quitter la famille !
— Toi aussi, tu nous as beaucoup manqués, Becky.
Raven installée sur le canapé demanda, en montrant le ventre de sa tante :
— Tu en es à combien de mois ?
La future maman frôla son ventre avec douceur et amour.
— J’en suis à cinq mois. C’est un garçon, en pleine santé.
— Toby doit être complètement gaga.
— Je ne te fais pas dire. Il en est même parfois fatigant. En plus, il me fait des crises de jalousie, car je ne veux pas m’arrêter de travailler. Il trouve ça louche. Il est stupide.
— Il te montre à quel point il tient à toi.
Rébecca rejoignit sa nièce sur le canapé avec un soupir. Raven déposa sa tête contre son épaule.
— Je rêve, s’exclama la jeune fille. En fait, tu fais exprès de le rendre jaloux.
Rébecca se mit à rire.
— Évidemment. C’est trop drôle. En plus, nous travaillons tous les deux pour la même personne. Alors, je le trouve stupide de me faire sa crise alors qu’il sait très bien que notre jeune patron est gay. C’est plutôt le contraire qui devrait s’inquiéter, non ?
La jeune femme leva les yeux au ciel, amusé.
— Ça ne te fait rien qu’il le soit ?
— Pardon ? Que mon patron soit homo ? Je m’en fiche complètement. Il est plaisant à regarder. Il est très doué en ce qu’il fait et c’est le principal. Il peut être très dur ou difficile à gérer, mais j’aime beaucoup travailler avec lui, encore plus qu’avec le grand patron. Pourquoi ?
Elle jeta un coup d’œil à sa nièce. Celle-ci semblait pensive et triste. Elle se tourna vers son autre nièce et son frère. Elle vit la même expression. Hélèna lui avoua :
— Nous avons perdu un de nos amis, il y a trois mois à peine. Il s’est suicidé peu de temps après que ses parents ont découvert son homosexualité. Parce que pour eux, il n’était pas normal, son père la jetait à la rue comme un malpropre en lui crachant d’aller crever, car pour lui, il n’avait plus de fils.
— Ses parents ne se sont même pas déplacés pour son enterrement. C’est horrible ! Cette discrimination ne devrait plus exister de nos jours, lâcha Raven, pleine de hargne.
— Non, ça ne devrait plus. Mais, il y en a toujours, et je pense qu’il y en aura tout le temps. Il faut vivre quoiqu’il puisse arriver. Il faut vivre pour faire changer les mentalités, murmura Rébecca.
Raven finit par se relever. Elle s’étira et annonça qu’elle allait faire sa chambre. Rébecca regarda sa nièce s’éloigner. Elle avait le dos vouté. Quelle tristesse ! Quand Raven disparut, Hélèna avoua :
— C’était le meilleur ami de Raven. Ils se connaissaient depuis la maternelle.
— Quoi ? Tu ne parlerais pas de Donys Poulos, quand même ?
Mark hocha la tête. Lui aussi avait été en état de choc. Le gamin, il l’avait vu grandir et s’épanouir. Et puis, le drame était arrivé. Donys s’était jeté sur les rails quand un train arrivait à vive allure, en pleine nuit. Personne n’avait pu le sauver, personne ne se trouvait présent quand le drame avait eu lieu. Pourquoi avoir fait ce geste irréversible ? Travis, le petit ami de Donys, ne comprenait pas ce geste. Même si les parents de Donys l’avaient renié, les parents de Travis l’avaient accepté chez eux.
Maintenant, Travis devait suivre une séance de thérapie, car il n’arrivait pas à se remettre de la mort de son ami. Les parents décidèrent de tout quitter pour refaire leur vie dans une autre ville. Mark avait décidé d’en faire autant pour le bien-être de ses filles. Raven devenait violente à l’école à cause de la méchanceté gratuite des autres élèves. Sans parler de leur propre famille ! Des êtres à l’esprit étriqué et sans cœur !
Les spirales version 2 : 05
Chapitre 5
Comme prévu, Catarina quitta l’appartement très tôt le matin pour la capitale. Quand Sasha se réveilla une heure plus tard, il trouva juste un bout de papier avec l’écriture saccadée de sa mère. « Prends soin de toi, poussin ». Le garçon soupira tout en se laissant tomber sur une chaise.
Et voilà, il était de nouveau seul dans cet appartement. Ce n’était pas la première fois que sa mère le laissait se débrouiller pendant plusieurs jours d’affiler. Elle l’avait laissé seul pendant cinq jours alors qu’il n’avait que dix ans. Comment réagirait son père en apprenant cette information ? Peut-être s’en fichait-il royalement ?
Sasha se recroquevilla un peu plus sur sa chaise en lisant le dernier mot de sa mère. Elle lui ordonnait d’aller en cours. Il ne voulait pas y aller. Pourquoi devait-il aller dans un endroit qu’il détestait par-dessus tout ? C’était injuste. Pourtant, quinze minutes plus tard, le garçon sortit de l’appartement pour se rendre dans ce lieu maudit appelé lycée.
Il ne savait pas désobéir à sa mère. Il ne voulait pas qu’elle se fâche contre lui, qu’elle finisse par l’abandonner définitivement. Elle avait beaucoup de défauts, mais il l’aimait. La peur d’être seul le rongeait de l’intérieur. Il détestait les amants de sa mère. Il n’aimait pas le regard lubrique que certains avaient sur lui. Si ces hommes n’existaient pas, ce serait l’idéale.
Deux ans auparavant, il avait même pensé mettre fin à ses jours tellement il était angoissé. Sergio était alors apparu pour lui parler. Pour ne plus se sentir rejeter, Sasha aurait fait tout et n’importe quoi. Maintenant, il avait Sergio, Sassy, Dylan et Shann. Ses quatre amis étaient tout pour lui. Il ne voulait pas les perdre. Pour ainsi dire, leur amitié l’avait sauvé un peu.
Sasha sentit poindre la boule à l’estomac quand il pénétra enfin dans l’établissement. Il n’était pas le bienvenu dans cette école. Les professeurs ne s’occupaient pas des élèves. Si l’un d’eux se faisait racketter, aucun professeur n’intervenait. Ils détournaient les yeux, tournaient les talons.
Les hostilités commencèrent bien avant qu’il ne puisse entrer dans sa classe. Il fut violemment bousculé. Son sac fut jeté sur le sol et envoyé plus loin, sous le rire des autres élèves. En cour, Sasha s’installait toujours au fond, pensant être à l’abri. Pourtant, il reçut des bouts de papier tout le long du cours sans que le professeur dise quoi que ce soit contre les trois élèves qui faisaient le chahut dans la classe.
La matinée lui sembla durer des heures et des heures. Quand enfin, la sonnerie retentit. Sasha s’échappa. Il ne resterait pas dans ce lieu encore plus longtemps. Évidemment, il ne pouvait pas quitter l’établissement par la grande porte. Le surveillant l’en empêcherait. Il dut se rendre à l’arrière et escalader le mur d’enceinte.
À l’instant où il allait sauter de l’autre côté, il entendit un cri. En se retournant, il aperçut un de ceux qui l’avaient bousculé dans le couloir en début de matinée. Sans attendre plus longtemps, Sasha sauta. Il s’échappa en quatrième vitesse. Courir ça, il savait faire. Il était même assez doué. Apprendre à fuir le plus rapidement possible, il l’avait appris très tôt.
Il prit le chemin pour rentrer chez lui, mais il fit en sorte de prendre des détours. La prudence était de mise avec ces imbéciles. Qui affirmait que les années lycées étaient les meilleures années dans une vie ? Pas lui, c’était son pire cauchemar. Avant d’entrer dans son immeuble, Sasha regarda autour de lui. Ne voyant aucun danger, il s’engouffra dans son appartement pour s’y enfermer.
Il se débarrassa de son sac, de sa veste et de ses chaussures. Puis, il s’enferma à clé dans sa chambre. Il n’en sortirait seulement que pour se chercher à manger. Allongé sur son lit, recroquevillé, Sasha serra son portable. Il voulait voir Sergio et Sassy.
Il ne pouvait pas. Sa mère ne voulait pas qu’il aille voir ses amis avant l’heure. Mais, elle n’était pas là pour vérifier. Alors peut-être n’y verrait-elle que du feu ? Sasha gémit. Il ne voulait pas être une gêne pour ses amis. Sergio avait beaucoup de travail en semaine. Il travaillait dans le bâtiment. Sassy était serveuse dans un bar-restaurant. Dylan avait repris ses études et travaillait à mi-temps dans un supermarché.
Non, il ne pouvait pas aller chez eux maintenant. Il ne ferait que les ennuyer. Il finirait par les fatiguer et ils lui tourneraient le dos. La sonnette de la porte se fit entendre. Sasha sursauta. Qui cela pouvait-il être ? Le garçon sortit silencieusement, la peur au ventre de la chambre et il s’approcha de la porte d’entrée. Sur la pointe de pieds, il regarda dans le hublot.
L’estomac de Sasha se noua. De peur, il s’éloigna rapidement de la porte. Que faisait cet homme devant chez lui ? Sa mère n’était pas là. Il le savait puisque c’était lui qui lui avait donné ce travail. Un coup retentit et la voix grinçante de monsieur Torrès se fit entendre, toute mielleuse :
— Sasha ? Ouvre la porte. Je sais très bien que tu es là. Ta mère m’a demandé de prendre de tes nouvelles. Allez, ouvre la porte.
Le garçon secoua la tête, apeuré tout en fixant la porte. Il fit marche arrière. Sa mère n’aurait jamais demandé une chose pareille. Elle lui en aurait fait part. Elle pouvait être souvent dans la lune, mais jamais elle n’aurait l’idée de demander à un de ces amants de s’occuper de son fils quand elle était absente.
Sans plus attendre, le garçon s’échappa vers sa chambre. Il s’y enferma à nouveau. L’homme ne le laisserait pas tranquille. Il pouvait encore l’entendre frapper à la porte. Le souffle court, le garçon attendit, toujours la peur au ventre.
Quelques instants plus tard, les coups s’arrêtèrent. Il soupira de soulagement. Torrès était enfin parti. Sasha respira plus librement. Il sortit à nouveau de sa chambre. Toujours en silence, il s’approcha encore une fois de la porte. Il jeta un coup d’œil dans la lucarne. L’amant de sa mère ne s’y trouvait plus. Le soulagement le gagna, mais il le perdit aussitôt en voyant apparaitre dans son champ de vision, Torrès et le concierge.
La peur revint au galop. Le concierge avait les clés de tous les appartements. Comment Torrès avait-il pu le convaincre ? Sasha ne chercha pas à comprendre. Il fallait juste qu’il se sauve. Il attrapa ses chaussures. Il fonça ensuite vers sa chambre. Heureusement qu’il vivait au rez-de-chaussée ! Il ouvrit en douceur la fenêtre et s’y faufila. Il n’aimait pas passer en fraude de cette façon, car il devait passer ensuite par le jardin du voisin. Il espérait juste que celui-ci n’était pas chez lui.
Avec prudence et le plus silencieusement possible, Sasha passa le grillage qui le séparait de la liberté. Il eut beaucoup de chance. Il n’attendit pas plus longtemps pour se remettre à courir comme un damné. Où devait-il aller ? Tant pis, s’il se faisait jeter, mais il ne connaissait qu’un seul lieu où il se sentait véritable à l’abri.
Sasha mit plus d’une heure pour arriver enfin devant la vieille bâtisse. Il était à bout de souffle. Il n’avait pas arrêté de courir de tout le long, s’arrêtant seulement quand il ne pouvait faire autrement. La maison étonnée un peu par rapport aux autres. Elle se trouvait au centre d’un lotissement. L’ancien propriétaire, un vieil oncle de Sergio, avait fait en sorte qu’aucun immobilier peu scrupuleux ne puisse lui voler cette propriété pendant son vivant. À sa mort, il l’avait tout simplement légué à son unique neveu.
Le garçon poussa le portail. Celui-ci n’était pas fermé. Cela voulait dire que quelqu’un était présent à la maison. Sasha fila vers l’arrière. La porte d’entrée à l’avant de la maison ne s’ouvrait qu’à de rares occasions. À peine ouvrit-il la porte qu’il se retrouva face à Dylan. Le jeune homme revenait de son lycée professionnel.
Dylan venait de fêter ses vingt ans. C’était un grand dégingandé avec des lunettes de myopes. Sasha trouvait qu’il avait un certain charme, mais il le trouvait un peu trop intellectuel.
— Sasha ? Que fais-tu là ?
Dylan observa le garçon de la tête aux pieds. Il s’exclama :
— Es-tu débile ou quoi ? Qu’est-ce que tu fiches dehors par un froid pareil sans manteau !
Le jeune homme grailla sur la bêtise du garçon tout en l’attrapant par le bras pour l’emmener dans un endroit bien au chaud. Il le poussa sur une chaise, puis il s’occupa à rallumer le poêle. Ensuite, il prépara une tasse de chocolat chaud. Il le tendit à Sasha qui n’avait pas bougé d’un pouce. Il fixait le sol.
Dylan se gratta la tête. Il ne connaissait pas vraiment Sasha. Il le croisait souvent le week-end. Il lui parlait également. Mais, il se rendait bien compte qu’il ne savait rien d’autre. Où vivait le garçon ? Comment était sa famille ? Rien ! Sasha ne leur avait jamais parlé de sa famille. Dylan se demanda si Sergio en connaissait plus à son sujet.
Pourtant, il pouvait lire sur son visage qu’il s’était passé quelque chose. Le jeune homme jeta un coup d’œil vers l’horloge. Il hésita un instant, puis il se décida. Il quitta la cuisine pour se rendre dans le salon. Il joignit Sergio. Mieux valait le prévenir. En entendant du bruit, Dylan jeta un coup d’œil vers le couloir. Il aperçut Sasha se rendre à l’étage, en courant. Il fronça les sourcils. Quelque chose n’allait vraiment pas !
Sergio, après avoir raccroché, soupira. Heureusement, le chantier venait de finir. Il s’apprêtait donc à rentrer quand le téléphone avait sonné. Il fut surpris en apprenant la venue de Sasha. Le ton de Dylan n’amenait pas quelque chose de rassurant. Il se dépêcha de rentrer.
Un quart d’heure plus tard, il jetait ses affaires sur une chaise de la cuisine. Dylan lui fit signe vers l’étage. Sergio y monta et se dirigea vers sa chambre. La porte entre ouverte lui montra le garçon allongé, recroquevillé sur lui-même. Le jeune homme s’approcha du lit et s’y assit.
Aussitôt, Sasha se jeta contre lui pour se serrer dans ses bras. Sergio en était toujours perturbé. Le garçon ne se retenait jamais. Il était plutôt démonstratif. Il referma ses bras autour de la taille. Le corps de Sasha tremblait.
— Qu’est-ce que tu as ? Aurais-tu des problèmes à l’école ? Avec ta famille ?
Au lieu de répondre, Sasha se serra encore plus, la tête enfouie dans le cou de son amant.
— Sasha ! Réponds-moi !
— Rien. Je vais bien.
Sergio fronça les sourcils. Il repoussa doucement le garçon pour l’éloigner. Sasha avait le regard baissé.
— Rien ? Je vais te croire, peut-être ? Ne me prends pas pour un imbécile ! Je vois bien qu’il y a quelque chose. Dis-moi, Sasha ?
— J’ai peur. J’ai peur d’être seul.
— Allons, tu n’es pas seul. Je suis là, nous sommes tous là.
Le garçon secoua la tête.
— À la maison, je suis seul et j’ai peur. Maman a eu du travail. Et chaque fois, elle me laisse tout seul. Maman veut que j’aille au lycée, mais je ne veux pas y aller. J’ai peur aussi là-bas. Et…
Sasha se tut. Il ne voulait pas parler de Torrès. Rien que de dire son nom lui donnait la nausée. Non, mieux valait oublier.
— Et ? Insista Sergio. Il devinait parfaitement qu’il y avait autre chose, mais le garçon resta muet comme une carpe.
Sergio observa un long moment son jeune amant en silence. Il finit par reprendre la parole.
— Sasha ? Pourquoi n’en parles-tu pas avec ta mère ? Pourquoi ne lui demandes-tu pas de rester avec elle ? Ou alors, appelle ton père !
— Je… je dérange, hein ? C’est pour cela que tu me dis ça ? Maman adore jouer. Je ne veux pas l’en empêcher de faire ce qu’elle aime. Je veux que maman continue de m’aimer. Et papa ? Je… Non, je ne peux pas l’appeler. Pourquoi devrais-je l’ennuyer ? Je l’ai rejeté, il y a longtemps. Il doit me détester.
Sergio soupira. Il ne savait pas quoi faire pour atténuer l’angoisse de Sasha. Comment lui faire comprendre que son père ne devait pas le détester sinon il ne prendrait pas de ses nouvelles ? Et ce n’est pas en parlant avec sa mère qu’elle finirait par le détester. Il lui avait déjà expliqué un nombre incalculable de fois déjà, mais rien n’y faisait.
— Écoute, tu vas me donner ton adresse. Je vais te ramener et je resterais avec toi. D’accord ?
Sasha, le visage toujours baissé, secoua la tête négativement.
— Tu ne veux pas me donner ton adresse.
— Ce n’est pas ça. Je ne veux pas rentrer. Je veux rester ici.
— Sasha… Commença Sergio.
— NON ! J’ai dit, s’écria le garçon, en se jetant dans les bras du jeune homme. Je veux rester ici.
Ne sachant plus quoi faire pour le calmer, Sergio fit la seule chose qui lui vient en tête et qui fonctionnait toujours. Il l’embrassa. Sasha lui répondit comme un assoiffé. D’un coup de pied vers la porte, Sergio la claqua. Il savait très bien ce qui allait suivre. Autant ne pas choquer Shann si par malheur, elle se rendait dans sa chambre !
Les spirales version 2 : 06
Chapitre 6
Sasha finit par s’endormir. Sergio se leva et se rhabilla. Il observa pendant un long moment le garçon dans son sommeil. Il soupira. Il l’adorait. Il lui cédait trop facilement ces derniers temps. Peut-être bien qu’il avait fini par en tomber amoureux, mais il savait qu’un jour ou l’autre leur histoire se terminerait. Leur différence d’âge n’était en rien coupable, c’était plutôt leur manière de vivre ou de penser.
Le jeune homme se pencha et fouilla dans la poche du pantalon de Sasha. Il y trouva son portable. Il hésitait. Il n’aimait pas agir derrière le dos de son amant ou de quiconque. Mais, il n’avait pas vraiment le choix. Bien qu’il connaisse certaines choses sur son jeune amant, il ne savait pas tout. Où habitait ce stupide gamin ? À quoi ressemblait sa mère ? Quel était son problème à l’école ? Comment s’appelait son père ? Où était-il ? Rien ! Il ne savait rien. Comment l’aidait dans ce cas de figure ?
Au bout d’un moment, Sergio s’énerva et relâcha le portable. Il lança un regard noir vers la forme endormie. Le bougre ! Sasha avait mis un mot de passe. Comment trouvait le bon ? Ha ! Il ferait mieux de descendre rassurer les autres. Sassy se trouvait dans la cuisine avec Shann. La fillette faisait ses devoirs. Dylan devait être parti à son travail du soir.
Il se laissa tomber sur une chaise. Shann lui adressa un sourire. Elle l’aimait bien. Il était comme un autre frère. Sassy déposa une tasse de café. Il la remercia.
— J’ai cru comprendre que Sasha était présent. Comment va-t-il ? Interrogea la jeune femme s’asseyant à son tour.
— Il m’agace. Il affirme qu’il va bien. Qu’il n’a aucun souci dans la vie ! Peux-tu me dire alors, pourquoi est-il arrivé ici tout en sueur sans son manteau par ce froid ? Stupide gamin !
— Il faudrait peut-être prévenir sa mère.
— Ha oui ? Et je fais comment pour la trouver ? Monsieur ne veut pas me donner son adresse, ne veut pas me donner le numéro de téléphone de sa mère non plus. Il ne se trouve pas dans les pages blanches. J’ai déjà regardé. Je ne connais pas son lycée, non plus. Et de toute façon, même si j’appelais tous les lycées, je ne suis pas sûr qu’ils acceptent de me répondre.
— Que devons-nous faire, alors ? Comment l’aidait s’il ne veut pas de notre aide ?
Ça lui faisait mal de penser de cette façon, mais il ne pouvait rien faire sans l’aide de Sasha. Il voulait bien continuer de le harceler, mais le garçon pourrait prendre la fuite. Il soupira à fendre l’âme.
— Je suppose que nous ne pouvons rien faire pour le moment. Autant qu’il reste ici, je serais plus rassuré de cette façon. Et puis, il devait venir ici dans deux jours.
Quand Sasha se réveilla en fin d’après-midi, il descendit avec une certaine appréhension. Mais, il sauta de joie quand il eut la permission de rester. Il eut au soir un message de sa mère. Il n’eut aucune honte à lui mentir. Le seul ennui fut le harcèlement de Sergio pour connaitre son adresse ou comment joindre sa mère.
Sasha refusa catégoriquement de lui dire. La soirée finit par une dispute entre eux. Sassy les observait en silence. Ce n’était surement pas la première dispute qu’elle assistait avec eux. Ce ne serait pas la dernière, non plus. Finalement, Sergio finit par claquer la porte. Elle dut cajoler Sasha, en larmes. Elle tenta de le réconforter.
Sergio ne rentra pas tard et Sasha se fit pardonner même s’il ne changea pas pour autant d’attitude. La dispute fut oubliée le lendemain matin. Sasha était impatient d’arriver le vendredi soir. Il voulait savoir ce que Sergio lui réservait. Celui-ci ne voulait rien dire. C’était une surprise.
En fait, Sergio se demandait réellement s’il pouvait vraiment faire cette surprise. La raison qu’il avait voulu le numéro de téléphone de la mère de Sasha, c’était surtout pour avoir son approbation. Certes, Sasha avait dix-sept ans. Ce n’était plus vraiment un gamin, mais il n’était pas majeur.
Quand le vendredi soir arriva, Sergio s’était enfin décidé. Il se passerait de la permission de madame Flagan. Il n’allait pas laisser le garçon en arrière. Un collègue de travail lui avait revendu un week-end à Disney Paris pour cinq personnes, à moitié prix. Sergio avait pensé que ce serait une bonne occasion de s’amuser et de se détendre avec ses amis.
Shann fut ravie de la nouvelle. Sasha fut plus modéré, mais en réalité, il exultait. Il n’y avait jamais mis les pieds. Ce serait la première fois. Pour Dylan, des souvenirs enfouis lui revenaient en mémoire. Ces parents les y avaient emmenés deux ans avant l’incendie. Sassy avoua que ce serait la première fois qu’elle irait également.
Heureusement, Sasha oubliait souvent ses affaires chez son amant. Il put ainsi avoir assez de vêtements de rechange pour le week-end. Sergio songeait que peut-être le garçon serait assez détendu là-bas pour parler de ses problèmes. Il espérait. Il ordonna à Sasha d’envoyer un message à sa mère pour lui dire où il allait. Pour toute réponse, il eut un haussement d’épaules. Parfois, il donnait vraiment envie qu’on lui torde le cou !
Tout ce petit monde monta dans la voiture de Sassy. Elle était plus récente et elle ne risquerait pas de tomber en panne en cours de route comme celle de Sergio. La jeune femme refusa de laisser sa place de conductrice. Son ami grailla sur la conduite effrayante des bonnes femmes. Il se fit frapper sous le rire de leur ami.
Sasha bouda un peu quand son amant décida de s’installer à côté de Sassy. Shann s’installa au centre. Elle aimait bien cette place. Elle laissa ainsi les coins fenêtres à son frère et à Sasha.
Sergio avait décidé de partir vers le soir, car la route serait moins encombrée de véhicule sur l’autoroute. Enfin, c’est ce qu’il avait cru. Mais ce ne fut pas le cas. Il avait oublié les vacances de la Toussaint. Sasha se moqua, suivi de Shann. Les chamailleries commencèrent à fuser dans la voiture.
Sassy conduisait en silence. Le remue-ménage de ses amis ne la gênait jamais. Elle aimait conduire. Ça la détendait. Pourtant, elle commençait un peu à s’angoisser. Elle ne savait pas pourquoi, mais un mauvais pressentiment commençait à la tenailler. Pourquoi avait-il ce bouchon d’ailleurs ?
Y avait-il un accident ? La lenteur des véhicules était effrayante. Elle n’aimait pas non plus la proximité des camions. Elle en était entourée. Elle en compta quatre en tout. Le silence finit par se faire dans la voiture. Sasha se mit à regarder par la fenêtre. Il y faisait sombre. Il voyait des ombres. De son côté, il y avait une voiture aux vitres teintées, semble-t-il. Derrière eux se tenait une camionnette blanche.
Cette camionnette intriguait le garçon. Il lui semblait apercevoir une silhouette près du véhicule, mais il n’en était pas sur. Il se mit à essayer de mieux voir. Pour cela, il dut détacher sa ceinture. Aussitôt, il se fit incendier par Dylan, suivi de Sergio. Sans les écouter, il se pencha vers la fenêtre arrière. De toute façon, la voiture n’avançait pas. Où était le problème ? Un flash apparut. Il eut ainsi la possibilité de voir les deux hommes au volant de la camionnette. Il les trouvait nerveux. Ils regardaient de tous les côtés sans relâche. Pourquoi ?
Le garçon allait faire la remarque à ses compagnons de voyage quand un flash l’éblouit avant que le bruit d’une explosion retentisse. La camionnette blanche explosa d’un seul coup, puis un autre véhicule plus loin. Des véhicules furent éjectés contre d’autres à cause de l’impact. Des hurlements retentirent en surplus. Partout autour un immense capharnaüm s’étendait sur l’autoroute.
Que s’était-il passé ? Où l’explosion avait-elle commencé ? Y avait-il des survivants ? Ceux qui se trouvaient très loin des explosions sortaient de leur véhicule halluciné. Jamais de leur vie, ils n’avaient vu ce genre de spectacle effrayant. Certains, traumatisés, ne savaient pas quoi faire. D’autres appelèrent les secours. Les plus courageux foncèrent vers les lieux des accidents pour aider du mieux possible les blesser.
La police et les pompiers arrivèrent très rapidement. Ils furent eux aussi choqués par le spectacle dévasté. Au moins six véhicules avaient explosé, dont un camion dans le lot. Leurs déflagrations avaient également touché tous les véhicules alentour. Avant de chercher la raison, la priorité était d’éteindre les incendies restants et de sauver les victimes. Combien de morts y avaient-ils ? Combien de survivants ?
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La lumière lui faisait mal aux yeux. Pourtant, Sassy se força à les ouvrir. Elle cligna les paupières pendant un moment. Elle avait le vertige. Elle avait également mal à la tête. Quand sa vision se fit plus nette, elle aperçut alors un plafond blanc. Blanc ? Où se trouvait-elle ? N’était-elle pas en voiture avec ses amis ? Un horrible mal de tête la tenailla. Elle voulut porter une main à son front, mais elle n’en avait pas la force. Elle entendait également une voix douce. Elle lui disait de se calmer et de se reposer. Elle irait mieux ensuite.
Sassy obéit à cette voix. Elle se rendormit. Elle ne sut pas combien de temps elle dormit, mais quand elle se réveilla à nouveau. Elle se sentait beaucoup mieux. Elle ressentait toujours une certaine douleur. Elle avait également mal aux côtes. Pourquoi ?
Pour savoir, elle ouvrit les yeux. Elle se retrouva de nouveau devant le plafond blanc. Intriguée, elle tourna la tête sur les côtés. Quelle ne fut pas sa surprise en constatant qu’elle se trouvait dans un lit d’hôpital ! La mémoire lui revint d’un coup. Il y avait eu cet embouteillage sur l’autoroute les menant sur Paris. Puis, le bruit d’une explosion avait retenti, puis une autre. Ensuite elle ne se souvenait plus de rien. Que s’était-il passé ? Mon Dieu ! Ces amis ? Où étaient-ils ?
La panique commençait à la tenailler. Une main douce se posa sur sa tête comme une caresse. Elle leva les yeux vers le médecin d’un certain âge. Un autre homme se tenait près de lui. Il portait l’uniforme de la police.
— Officier, ma patiente est encore sous le choc. Vous devriez repasser demain.
— Écoutez, docteur. Vous me l’avez déjà dit hier. Mais, je dois faire mon travail. Cela fait déjà deux jours que l’accident s’est produit. Nous devons parler à toutes les personnes présentes sur les lieux. Si cette jeune femme peut parler alors, je dois l’interroger.
Le médecin secoua la tête, agacée. Il pouvait très bien comprendre, mais il devait veiller sur la santé de ses patients.
— Bon, je vous accorde quelques minutes.
Le médecin s’éloigna. L’officier, un homme d’une trentaine d’années, se rapprocha du lit de la patiente. Sassy le fixait un peu anxieuse. Il lui adressa un sourire rassurant.
— Ne vous inquiétez pas. Je ne vous retiendrais pas longtemps.
La jeune femme hocha la tête de consentement. Elle murmura la gorge un peu sèche.
— Pouvez-vous me dire si mes amis sont toujours vivants ?
— Je voudrais bien vous rassurer, mais je ne sais pas qui ils sont. Je sais, vous allez me donner leurs noms et je me renseignerais auprès de tous les hôpitaux où ont été emmenées les victimes. Cela vous convient ?
Sassy hocha à nouveau la tête. Elle se sentait à nouveau fatiguée. Mais comme l’agent voulait bien l’aider, elle accepta d’en faire autant. En premier lieu, il prit bien en note les noms des amis de la jeune Martiniquaise. Ensuite, il lui demanda ce qu’elle se souvenait de cette nuit-là. Elle raconta ce qu’elle savait.
L’agent revint la voir, deux jours plus tard. Il lui annonça alors les bonnes et les mauvaises nouvelles. Il avait retrouvé Dylan et Shann Petitpierre. La petite fille avait eu un traumatisme crânien, mais semblait hors de danger. Par contre son frère avait dû être amputé de sa jambe droite au niveau du genou. L’autre mauvaise nouvelle était au sujet de Sergio Astrani. Le jeune homme se trouvait dans un coma profond. Les médecins ne savaient pas s’il finira par se réveiller. Sassy se mit à pleurer en silence.
Elle n’oublia pas de demander pour Sasha. L’agent semblait mal à l’aise. Il finit par avouer qu’il ne l’avait pas trouvé. Son nom ne se trouvait dans aucun hôpital du coin. Il avait quand même continué à chercher. Il avait fini par trouver les personnes qui les avaient sauvés.
Les pompiers se rappelèrent, car ils avaient eu beaucoup de mal à sortir Dylan. Ils lui assurèrent qu’ils n’y trouvèrent que quatre personnes dans le véhicule. Sassy en fut complètement hallucinée. Le médecin lui annonça même qu’elle s’était peut-être imaginé que le garçon se trouve dans le véhicule, alors qu’il était peut-être chez lui bien au chaud. Certes, il ne la traitait pas de folle. Le traumatisme crânien lui jouait peut-être un tour.
Sassy refusa cette affirmation. Elle n’était pas stupide. Sasha se trouvait bien avec eux dans le véhicule. Il n’avait pas pu disparaitre comme par enchantement. La police devait faire quelque chose. Elle voulait son ami. Il fallait le retrouver. L’officier soupira. Il ne savait pas comment aider cette jeune femme terrifiée. Il pouvait comprendre son malaise, son angoisse. Il était sur le terrain de l’explosion.
Pour calmer la jeune patiente, l’officier la rassura en affirmant qu’il continuerait les recherches. Pourtant, il se doutait bien qu’il ne trouverait rien. Non seulement il avait cherché partout. Il avait contacté tous les hôpitaux. Il avait même été voir les noms à la morgue. Mais, aucun Sasha Flagan ne s’y trouvait. Ce garçon semblait volatiliser.
Intrigué tout de même, il avait cherché tous les Flagan se trouvant dans les environs. Il les contacta un par un, mais comme il s’y attendait, il fit chou blanc. C’était à n’y rien comprendre. Apparemment, cet adolescent s’était trouvé sur les lieux de l’explosion et il avait ensuite disparu de la circulation. Où pouvait-il être ?
Peu de temps après, l’officier fut trop occupé pour s’occuper de cette affaire. Une autre explosion eut lieu, cette fois-ci dans une usine. Une grosse affaire allait commencer quand ils retrouvèrent plusieurs sachets de la poudre rouge du dragon.

