Chapitre 6

 

      Sasha finit par s’endormir. Sergio se leva et se rhabilla. Il observa pendant un long moment le garçon dans son sommeil. Il soupira. Il l’adorait. Il lui cédait trop facilement ces derniers temps. Peut-être bien qu’il avait fini par en tomber amoureux, mais il savait qu’un jour ou l’autre leur histoire se terminerait. Leur différence d’âge n’était en rien coupable, c’était plutôt leur manière de vivre ou de penser.

 

      Le jeune homme se pencha et fouilla dans la poche du pantalon de Sasha. Il y trouva son portable. Il hésitait. Il n’aimait pas agir derrière le dos de son amant ou de quiconque. Mais, il n’avait pas vraiment le choix. Bien qu’il connaisse certaines choses sur son jeune amant, il ne savait pas tout. Où habitait ce stupide gamin ? À quoi ressemblait sa mère ? Quel était son problème à l’école ? Comment s’appelait son père ? Où était-il ? Rien ! Il ne savait rien. Comment l’aidait dans ce cas de figure ?

 

      Au bout d’un moment, Sergio s’énerva et relâcha le portable. Il lança un regard noir vers la forme endormie. Le bougre ! Sasha avait mis un mot de passe. Comment trouvait le bon ? Ha ! Il ferait mieux de descendre rassurer les autres. Sassy se trouvait dans la cuisine avec Shann. La fillette faisait ses devoirs. Dylan devait être parti à son travail du soir.

 

      Il se laissa tomber sur une chaise. Shann lui adressa un sourire. Elle l’aimait bien. Il était comme un autre frère. Sassy déposa une tasse de café. Il la remercia.

 

— J’ai cru comprendre que Sasha était présent. Comment va-t-il ? Interrogea la jeune femme s’asseyant à son tour.

 

— Il m’agace. Il affirme qu’il va bien. Qu’il n’a aucun souci dans la vie ! Peux-tu me dire alors, pourquoi est-il arrivé ici tout en sueur sans son manteau par ce froid ? Stupide gamin !

 

— Il faudrait peut-être prévenir sa mère.

 

— Ha oui ? Et je fais comment pour la trouver ? Monsieur ne veut pas me donner son adresse, ne veut pas me donner le numéro de téléphone de sa mère non plus. Il ne se trouve pas dans les pages blanches. J’ai déjà regardé. Je ne connais pas son lycée, non plus. Et de toute façon, même si j’appelais tous les lycées, je ne suis pas sûr qu’ils acceptent de me répondre.

 

— Que devons-nous faire, alors ? Comment l’aidait s’il ne veut pas de notre aide ?

 

      Ça lui faisait mal de penser de cette façon, mais il ne pouvait rien faire sans l’aide de Sasha. Il voulait bien continuer de le harceler, mais le garçon pourrait prendre la fuite. Il soupira à fendre l’âme.

 

— Je suppose que nous ne pouvons rien faire pour le moment. Autant qu’il reste ici, je serais plus rassuré de cette façon. Et puis, il devait venir ici dans deux jours.

 

      Quand Sasha se réveilla en fin d’après-midi, il descendit avec une certaine appréhension. Mais, il sauta de joie quand il eut la permission de rester. Il eut au soir un message de sa mère. Il n’eut aucune honte à lui mentir. Le seul ennui fut le harcèlement de Sergio pour connaitre son adresse ou comment joindre sa mère.

 

      Sasha refusa catégoriquement de lui dire. La soirée finit par une dispute entre eux. Sassy les observait en silence. Ce n’était surement pas la première dispute qu’elle assistait avec eux. Ce ne serait pas la dernière, non plus. Finalement, Sergio finit par claquer la porte. Elle dut cajoler Sasha, en larmes. Elle tenta de le réconforter.

 

      Sergio ne rentra pas tard et Sasha se fit pardonner même s’il ne changea pas pour autant d’attitude. La dispute fut oubliée le lendemain matin. Sasha était impatient d’arriver le vendredi soir. Il voulait savoir ce que Sergio lui réservait. Celui-ci ne voulait rien dire. C’était une surprise. 

 

      En fait, Sergio se demandait réellement s’il pouvait vraiment faire cette surprise. La raison qu’il avait voulu le numéro de téléphone de la mère de Sasha, c’était surtout pour avoir son approbation. Certes, Sasha avait dix-sept ans. Ce n’était plus vraiment un gamin, mais il n’était pas majeur.

 

      Quand le vendredi soir arriva, Sergio s’était enfin décidé. Il se passerait de la permission de madame Flagan. Il n’allait pas laisser le garçon en arrière. Un collègue de travail lui avait revendu un week-end à Disney Paris pour cinq personnes, à moitié prix. Sergio avait pensé que ce serait une bonne occasion de s’amuser et de se détendre avec ses amis.

 

      Shann fut ravie de la nouvelle. Sasha fut plus modéré, mais en réalité, il exultait. Il n’y avait jamais mis les pieds. Ce serait la première fois. Pour Dylan, des souvenirs enfouis lui revenaient en mémoire. Ces parents les y avaient emmenés deux ans avant l’incendie. Sassy avoua que ce serait la première fois qu’elle irait également.

 

      Heureusement, Sasha oubliait souvent ses affaires chez son amant. Il put ainsi avoir assez de vêtements de rechange pour le week-end. Sergio songeait que peut-être le garçon serait assez détendu là-bas pour parler de ses problèmes. Il espérait. Il ordonna à Sasha d’envoyer un message à sa mère pour lui dire où il allait. Pour toute réponse, il eut un haussement d’épaules. Parfois, il donnait vraiment envie qu’on lui torde le cou !

 

      Tout ce petit monde monta dans la voiture de Sassy. Elle était plus récente et elle ne risquerait pas de tomber en panne en cours de route comme celle de Sergio. La jeune femme refusa de laisser sa place de conductrice. Son ami grailla sur la conduite effrayante des bonnes femmes. Il se fit frapper sous le rire de leur ami.

 

      Sasha bouda un peu quand son amant décida de s’installer à côté de Sassy. Shann s’installa au centre. Elle aimait bien cette place. Elle laissa ainsi les coins fenêtres à son frère et à Sasha.

 

      Sergio avait décidé de partir vers le soir, car la route serait moins encombrée de véhicule sur l’autoroute. Enfin, c’est ce qu’il avait cru. Mais ce ne fut pas le cas. Il avait oublié les vacances de la Toussaint. Sasha se moqua, suivi de Shann. Les chamailleries commencèrent à fuser dans la voiture.

 

      Sassy conduisait en silence. Le remue-ménage de ses amis ne la gênait jamais. Elle aimait conduire. Ça la détendait. Pourtant, elle commençait un peu à s’angoisser. Elle ne savait pas pourquoi, mais un mauvais pressentiment commençait à la tenailler. Pourquoi avait-il ce bouchon d’ailleurs ?

 

      Y avait-il un accident ? La lenteur des véhicules était effrayante. Elle n’aimait pas non plus la proximité des camions. Elle en était entourée. Elle en compta quatre en tout. Le silence finit par se faire dans la voiture. Sasha se mit à regarder par la fenêtre. Il y faisait sombre. Il voyait des ombres. De son côté, il y avait une voiture aux vitres teintées, semble-t-il. Derrière eux se tenait une camionnette blanche.

 

      Cette camionnette intriguait le garçon. Il lui semblait apercevoir une silhouette près du véhicule, mais il n’en était pas sur. Il se mit à essayer de mieux voir. Pour cela, il dut détacher sa ceinture. Aussitôt, il se fit incendier par Dylan, suivi de Sergio. Sans les écouter, il se pencha vers la fenêtre arrière. De toute façon, la voiture n’avançait pas. Où était le problème ? Un flash apparut. Il eut ainsi la possibilité de voir les deux hommes au volant de la camionnette. Il les trouvait nerveux. Ils regardaient de tous les côtés sans relâche. Pourquoi ?

 

      Le garçon allait faire la remarque à ses compagnons de voyage quand un flash l’éblouit avant que le bruit d’une explosion retentisse. La camionnette blanche explosa d’un seul coup, puis un autre véhicule plus loin. Des véhicules furent éjectés contre d’autres à cause de l’impact. Des hurlements retentirent en surplus. Partout autour un immense capharnaüm s’étendait sur l’autoroute.

 

      Que s’était-il passé ? Où l’explosion avait-elle commencé ? Y avait-il des survivants ? Ceux qui se trouvaient très loin des explosions sortaient de leur véhicule halluciné. Jamais de leur vie, ils n’avaient vu ce genre de spectacle effrayant. Certains, traumatisés, ne savaient pas quoi faire. D’autres appelèrent les secours. Les plus courageux foncèrent vers les lieux des accidents pour aider du mieux possible les blesser.

 

      La police et les pompiers arrivèrent très rapidement. Ils furent eux aussi choqués par le spectacle dévasté. Au moins six véhicules avaient explosé, dont un camion dans le lot. Leurs déflagrations avaient également touché tous les véhicules alentour. Avant de chercher la raison, la priorité était d’éteindre les incendies restants et de sauver les victimes. Combien de morts y avaient-ils ? Combien de survivants ?

 

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      La lumière lui faisait mal aux yeux. Pourtant, Sassy se força à les ouvrir. Elle cligna les paupières pendant un moment. Elle avait le vertige. Elle avait également mal à la tête. Quand sa vision se fit plus nette, elle aperçut alors un plafond blanc. Blanc ? Où se trouvait-elle ? N’était-elle pas en voiture avec ses amis ? Un horrible mal de tête la tenailla. Elle voulut porter une main à son front, mais elle n’en avait pas la force. Elle entendait également une voix douce. Elle lui disait de se calmer et de se reposer. Elle irait mieux ensuite.

 

      Sassy obéit à cette voix. Elle se rendormit. Elle ne sut pas combien de temps elle dormit, mais quand elle se réveilla à nouveau. Elle se sentait beaucoup mieux. Elle ressentait toujours une certaine douleur. Elle avait également mal aux côtes. Pourquoi ?

 

      Pour savoir, elle ouvrit les yeux. Elle se retrouva de nouveau devant le plafond blanc. Intriguée, elle tourna la tête sur les côtés. Quelle ne fut pas sa surprise en constatant qu’elle se trouvait dans un lit d’hôpital ! La mémoire lui revint d’un coup. Il y avait eu cet embouteillage sur l’autoroute les menant sur Paris. Puis, le bruit d’une explosion avait retenti, puis une autre. Ensuite elle ne se souvenait plus de rien. Que s’était-il passé ? Mon Dieu ! Ces amis ? Où étaient-ils ?

 

      La panique commençait à la tenailler. Une main douce se posa sur sa tête comme une caresse. Elle leva les yeux vers le médecin d’un certain âge. Un autre homme se tenait près de lui. Il portait l’uniforme de la police.

 

— Officier, ma patiente est encore sous le choc. Vous devriez repasser demain.

 

— Écoutez, docteur. Vous me l’avez déjà dit hier. Mais, je dois faire mon travail. Cela fait déjà deux jours que l’accident s’est produit. Nous devons parler à toutes les personnes présentes sur les lieux. Si cette jeune femme peut parler alors, je dois l’interroger.

 

      Le médecin secoua la tête, agacée. Il pouvait très bien comprendre, mais il devait veiller sur la santé de ses patients.

 

— Bon, je vous accorde quelques minutes.

 

      Le médecin s’éloigna. L’officier, un homme d’une trentaine d’années, se rapprocha du lit de la patiente. Sassy le fixait un peu anxieuse. Il lui adressa un sourire rassurant.

 

— Ne vous inquiétez pas. Je ne vous retiendrais pas longtemps.

 

      La jeune femme hocha la tête de consentement. Elle murmura la gorge un peu sèche.

 

— Pouvez-vous me dire si mes amis sont toujours vivants ?

 

— Je voudrais bien vous rassurer, mais je ne sais pas qui ils sont. Je sais, vous allez me donner leurs noms et je me renseignerais auprès de tous les hôpitaux où ont été emmenées les victimes. Cela vous convient ?

 

      Sassy hocha à nouveau la tête. Elle se sentait à nouveau fatiguée. Mais comme l’agent voulait bien l’aider, elle accepta d’en faire autant. En premier lieu, il prit bien en note les noms des amis de la jeune Martiniquaise. Ensuite, il lui demanda ce qu’elle se souvenait de cette nuit-là. Elle raconta ce qu’elle savait.

 

      L’agent revint la voir, deux jours plus tard. Il lui annonça alors les bonnes et les mauvaises nouvelles. Il avait retrouvé Dylan et Shann Petitpierre. La petite fille avait eu un traumatisme crânien, mais semblait hors de danger. Par contre son frère avait dû être amputé de sa jambe droite au niveau du genou. L’autre mauvaise nouvelle était au sujet de Sergio Astrani. Le jeune homme se trouvait dans un coma profond. Les médecins ne savaient pas s’il finira par se réveiller. Sassy se mit à pleurer en silence.

 

      Elle n’oublia pas de demander pour Sasha. L’agent semblait mal à l’aise. Il finit par avouer qu’il ne l’avait pas trouvé. Son nom ne se trouvait dans aucun hôpital du coin. Il avait quand même continué à chercher. Il avait fini par trouver les personnes qui les avaient sauvés.

 

      Les pompiers se rappelèrent, car ils avaient eu beaucoup de mal à sortir Dylan. Ils lui assurèrent qu’ils n’y trouvèrent que quatre personnes dans le véhicule. Sassy en fut complètement hallucinée. Le médecin lui annonça même qu’elle s’était peut-être imaginé que le garçon se trouve dans le véhicule, alors qu’il était peut-être chez lui bien au chaud. Certes, il ne la traitait pas de folle. Le traumatisme crânien lui jouait peut-être un tour.

 

      Sassy refusa cette affirmation. Elle n’était pas stupide. Sasha se trouvait bien avec eux dans le véhicule. Il n’avait pas pu disparaitre comme par enchantement. La police devait faire quelque chose. Elle voulait son ami. Il fallait le retrouver. L’officier soupira. Il ne savait pas comment aider cette jeune femme terrifiée. Il pouvait comprendre son malaise, son angoisse. Il était sur le terrain de l’explosion.

 

      Pour calmer la jeune patiente, l’officier la rassura en affirmant qu’il continuerait les recherches. Pourtant, il se doutait bien qu’il ne trouverait rien. Non seulement il avait cherché partout. Il avait contacté tous les hôpitaux. Il avait même été voir les noms à la morgue. Mais, aucun Sasha Flagan ne s’y trouvait. Ce garçon semblait volatiliser.

 

      Intrigué tout de même, il avait cherché tous les Flagan se trouvant dans les environs. Il les contacta un par un, mais comme il s’y attendait, il fit chou blanc. C’était à n’y rien comprendre. Apparemment, cet adolescent s’était trouvé sur les lieux de l’explosion et il avait ensuite disparu de la circulation. Où pouvait-il être ?

 

      Peu de temps après, l’officier fut trop occupé pour s’occuper de cette affaire. Une autre explosion eut lieu, cette fois-ci dans une usine. Une grosse affaire allait commencer quand ils retrouvèrent plusieurs sachets de la poudre rouge du dragon.