Chapitre 1 :

 

       Comme chaque matin, Sassy Obanaï se leva la première. Cette jeune femme d’origine martiniquaise venait de fêter ses vingt-sept ans, avec tous ses amis. Elle vivait depuis trois ans dans une grande maison appartenant à un homme que beaucoup de jeunes appelaient le bon samaritain.

 

      Quand elle entendait ce qualificatif, Sassy ne pouvait s’empêcher d’en rire. Sergio Astrani n’avait rien d’un ange. À vingt ans à peine, il avait été arrêté par la police de stupéfiants pour vente de drogue douce. Il avait écopé cinq ans de prison ferme dans un pénitencier le plus dur et le plus redoutable.

 

      Cette prison avait bien failli le détruire complètement, mais il s’était relevé avec fierté. Il décida de changer. En récompense de sa bonne foi, un de ces vieux oncles lui légua en héritage sa vieille maison. Sergio l’accepta et la retapa de ses propres mains avec l’aide des jeunes gens qu’il essayait de sauver de la délinquance.

 

      C’est ainsi que Sassy le rencontra. Elle-même se battait pour défendre les jeunes filles de la violence gratuite de leurs parents irresponsables. Presque toute son enfance, elle avait été battue et violée par son père. Maintenant, elle avait beaucoup de mal à être très proche d’un homme. Sergio n’avait jamais cherché à la séduire. Il comprenait son malaise. Elle devait apprendre à faire confiance à nouveau à l’être humain.

 

      Pourtant son physique lui attirait beaucoup d’ennui. Elle détestait son corps de rêve. Il ne lui avait donné que des ennuis. Elle avait tenté plus d’une fois de le détruire. Sergio arrivait à l’en empêcher, mais elle continua tout de même, jusqu’au jour où son ami ramena chez eux, un jeune garçon de quinze ans.

 

      Il s’appelait Sasha Flagan. Il n’était pas très grand pour son âge et très mince également. Pourtant, Sassy le trouva magnifique. Il avait une beauté féline. Son teint café au lait faisait ressortir ses yeux bleus ciel presque orageux. Une couleur blond cendré pour des cheveux coupait mi-dos. Il attirait aussi bien les femmes que les hommes. Alors, elle ne fut pas très surprise en apprenant la liaison de Sergio avec ce garçon.

 

      La jeune femme prit une douche rapide et se rendit ensuite à la cuisine pour préparer le petit déjeuner. La maison avait été construite en brique rouge et datait de presque cent ans d’âge. On entrait souvent par l’arrière menant à un couloir qui desservait les toilettes et la salle de bain. Ensuite, on entrait dans la cuisine avec tout l’aménagement brique à braque trouvé dans des brocantes.

 

      La cuisine rejoignait un autre petit couloir desservant cette fois-ci, la salle à manger et le salon attenant. Une porte menait à la cave faisant la taille de la cuisine et juste à côté se tenait l’escalier menant à l’étage où se tenaient trois chambres. La première appartenait à la jeune femme. La deuxième, la plus grande, appartenait à Dylan et Shann. Il était frère et sœur. Ils avaient tout perdu lors d’une nuit d’orage. Leur maison avait pris feu, tuant toute la maisonnée, sauf ses deux êtres. Dylan, le fils aîné n’avait pu sauver que sa petite sœur de huit ans, cette nuit-là.

 

      En plus du drame, la loi avait bien failli les éloigner l’un de l’autre. Mais, Dylan avait refusé et s’était battu pour garder la garde de sa sœur. Il avait entendu parler de l’association de Sassy. Il l’avait contacté. Elle l’avait aidé de son mieux, en le mettant en contact avec les bonnes personnes. Depuis, ils vivaient avec eux.

 

      La troisième chambre séparée des autres par l’escalier menant à un grenier aménagé en chambre avec plusieurs lits, afin d’avoir un endroit pour dormir pour les jeunes fugueurs retrouvés, où les jeunes délinquants qui ne savaient pas où allaient, appartenait à Sergio Astrani.

 

      Dans cette fameuse chambre, un homme d’origine italienne se leva à son tour. Il s’étira en pleine forme. Sa chambre ne reflétait en rien l’homme en question. Elle était simple et pratique. Après tout, elle ne servait que pour dormir ou pour une partie de plaisir à deux. Il tourna son regard vers la forme encore endormie.

 

      Il fronça les sourcils. Il se rendait bien compte que ce chat venait régulièrement chez lui depuis presque deux ans maintenant. Sergio n’arrivait pas à s’en détacher. Il était facile d’aimer ce garçon, même s’il était capricieux, râleur et boudeur. Sans aucun geste de douceur, Sergio bouscula le garçon endormi.

 

— Debout, Sacha. Tu dois aller au lycée.

 

      La marmotte grogna et elle se détourna, tout en marmonnant.

 

— Non, je ne veux pas y aller.

 

      Sergio tira un bon coup la couverture faisant crier le garçon nu comme un ver. L’homme put ainsi admirer le corps parfait de son jeune amant. Il serait très tentant de se recoucher avec ce corps contre lui, mais il ne céderait pas à la tentation.

 

— Que tu le veuilles ou non, je m’en contrefiche. Tu y vas un point c’est tout !

 

      L’adulte s’habilla rapidement avant de changer d’avis. Il s’approchait de la porte quand il se tourna une dernière fois vers la forme toujours allongée.

 

— Dépêche-toi de dégager de mon lit, Sasha. Tu sais que je n’aime pas du tout me répéter.

 

      Le garçon blond dont les cheveux avaient été nattés avec des tresses africaines redressa la tête. Il jeta un regard sombre à son amant et boudeur, il lui tira la langue en réponse.

 

      En soupirant avec une certaine déception, le garçon obéit aux ordres. Mieux ne valait pas mettre Sergio en colère. Il était effrayant dans ces moments-là. Il s’habilla rapidement et descendit les escaliers en courant. Il se fit incendier par Dylan se trouvant à la porte de sa chambre. Il n’était jamais du matin celui-là.

 

      Sergio se trouvait à table buvant tranquillement son café en lisant le journal. Sassy prenait son déjeuner. Elle lui adressa un chaud sourire à son arrivée en fanfare. Sasha retrouva sa bonne humeur. Il fonça vers elle et lui entoura le cou de ses bras. Il se plaignit aussitôt.

 

— Sassy, s’il te plait ? Dis à cet homme insensible que je veux rester ici !

 

      La jeune femme n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit. Sergio releva sa tête du journal et lâcha la voix grondante :

 

— Ne la mêle pas dans l’histoire, Sasha. Tu iras au lycée même si je dois t’y amener de force avec un bon coup de pied dans le cul.

 

      Boudeur à nouveau, Sasha enfouit sa tête dans la longue tignasse de cheveux crépus de Sassy. Celle-ci tapota le bras du garçon pour le réconforter. Mais, elle répliqua :

 

— Allons, Bébé. Ne fais pas le gamin capricieux. Aujourd’hui, tu n’auras pas gain de cause.

 

      Sasha renifla désappointé. Il s’éloigna de son amie. Il se dirigea vers la chaise près de la fenêtre où reposait son sac de cours. Il l’attrapa ainsi que son manteau.

 

— Prend au moins ton petit déjeuner ?

 

— Non, je dérange, alors je m’en vais, persifla le garçon s’échappant rapidement en gloussant.

 

      Bien lui fit, car le journal voltigea dans sa direction. Sassy secoua la tête, exaspérée. Elle posa sa tête sur une main et observa en silence le jeune homme face à elle. Au bout d’un moment, Sergio en eut assez. Il posa sa tasse sur la table et croisa les bras. Il s’exclama :

 

— Quoi encore ?

 

— Pourquoi es-tu si dur avec lui ? Il t’adore, Sergio. Il a déjà la vie assez compliquée avec sa mère. Tu pourrais être un peu plus tendre.

 

— Je suis déjà bien assez tendre avec lui, Sassy. Mais, il est hors de question qu’il en fasse qu’à sa tête. Et puis, ce n’est pas bon pour lui d’être aussi capricieux.

 

      La jeune femme émit un rire.

 

— Avoue plutôt qu’il t’est souvent difficile de lui dire non.

 

      Sergio grimaça découvert.

 

— J’avoue, c’est un peu vrai. Mais, il m’énerve à refuser de reprendre contact avec son père.

 

— Pour quoi faire ? Si son père voulait vraiment le revoir, il l’aurait déjà fait.

 

— Non. Ce n’est pas à cet homme de faire le premier pas. C’est à Sasha de le faire. Flagan n’appellerait pas régulièrement son ex-femme depuis dix ans s’il se désintéressait réellement de son fils. Il est maladroit, c’est tout. Ton bébé ne le dira pas et ne fera rien pour changer, mais il aimerait faire la paix avec lui.

 

— Pourquoi ?

 

— Parce que c’est un idiot ! Lâcha Sergio.

 

      La veille, il avait bien tenté de remettre les idées en place dans ce cerveau vide, mais rien n’avait fait. Sasha faisait la sourde oreille, comme à son habitude quand une conversation l’ennuyait. Il n’y avait rien de pire pour mettre de mauvaise humeur le jeune homme d’où l’ambiance de ce matin d’automne.

 

      Comme convenu, Sasha se dirigea vers le lycée dès qu’il quitta la maison. Tout le long du chemin, il observa autour de lui comme s’il n’était pas là. Il ne voulait penser à rien. Il croisa bientôt la route à d’autres élèves de son bahut. À ce moment-là, ses pas se mirent à ralentir de plus en plus. Il s’arrêta complètement en y apercevant le toit. Il ne voulait pas y aller, mais alors pas du tout.

 

      Son estomac se tordit le faisant grimacer. Il commença par faire un pas en arrière, puis un deuxième. Finalement, il fit demi-tour et il s’enfuit en courant dans la direction opposée. Quand il fut à bout de souffle, il s’arrêta enfin. Plié en deux, reprenant une respiration normale, il décida de ne plus remettre les pieds dans cet établissement de sa vie.

 

      Il devrait trouver une idée de génie pour faire accepter cette idée à sa mère. Ce ne serait pas chose facile, mais il était sûr qu’il y parviendrait. Avec cette résolution, il prit la direction du centre pour rejoindre l’appartement de sa mère.

 

      Ils habitaient au rez-de-chaussée. À peine fut-il entré qu’il entendit les bruits habituels. Il soupira. Sa mère se trouvait en compagnie d’un de ces amants à la gomme. Elle avait un amant régulier et des en-cas. Un seul ne pouvait la satisfaire. Sa mère était trop gourmande. Enfin, Sasha pouvait comprendre aussi. L’amant régulier servait surtout comme porte-monnaie. Sasha se demandait souvent comment sa mère pouvait coucher avec cet homme. Il ressemblait à un vieux pervers dégueulasse. Rien que d’y penser donna des nausées au garçon.

 

      Il laissa traîner son sac et ses chaussures à l’entrée. Il préféra s’enfermer dans sa chambre. Il s’allongea sur son lit et mit ses écouteurs afin de ne plus rien entendre. Étant donné les bruits, c’était le vieux pervers. Hors de question de le croiser même une minute ! Il n’avait pas envie de faire des cauchemars pendant des jours. Et puis, il détestait la façon dont cet homme le reluquait.

 

      Le garçon, tout en s’imprégnant de la musique, regardait le plafond. Il ne voulait penser à rien, mais des parasites venaient corrompre son vide intérieur. Si Sergio apprenait qu’il n’avait pas été en cours, il allait en prendre pour son grade. Qu’est-ce qu’il pouvait être pénible, parfois !

 

      Le garçon s’en voulait aussi. À force d’agir comme un gosse, Sergio finirait par lui tourner le dos. Il en avait une grosse peur. Sassy le rassurait toujours, mais le doute le tenaillait souvent ces derniers temps. En plus, il ne pourrait pas les voir de toute la semaine. C’était la règle imposée par sa mère. Elle lui avait ordonné d’être à la maison la semaine, mais les week-ends, il pouvait se rendre chez ses amis.

 

      Son portable se mit à vibrer. Le garçon se redressa et regarda le nom inscrit. Il grimaça. Il se mordit la lèvre. Devait-il répondre ? Soupirant à fendre l’âme, il décrocha. Aussitôt la voix sèche de Sergio s’entendit :

 

— Espèce de sale morveux ! Ne t’avais-je pas demandé d’aller en cours ?

 

— Mais euh ! Je t’ai dit que je ne voulais pas y aller. Tu ne m’écoutes jamais.

 

— Flagan ! Je vais t’en mettre une si tu continues sur ce ton. J’aurais dû t’y emmener et te faire honte devant tout le monde.

 

— C’est cruel ! Et je n’ai pas besoin de cela en plus. Je suis déjà dans le collimateur de bien assez de personnes là-bas.

 

      Le silence s’installa pendant un moment, puis Sergio semblait avoir repris un ton plus calme, il murmura :

 

— Amène-toi vendredi soir vers vingt heures. Et tu as tout intérêt d’être à l’heure !

 

— Alors, je peux toujours venir, hein ?

 

      La voix de Sergio remonta de nouveau d’un ton.

 

— Qu’est-ce que tu as encore imaginé ? Arrête d’être stupide, ça me ferait des vacances.

 

      Retrouvant enfin le sourire, Sasha s’exclama :

 

- Mais si j’arrête de faire l’idiot, tu vas t’ennuyer, Sergio.

 

      Le jeune homme déblatéra pendant un long moment sur la stupidité de son amant avant de raccrocher. Sasha se laissa retomber sur son lit, le sourire aux lèvres. Il avait une grande hâte d’être vendredi pour revoir ses amis.

 

 

 

PS de l'auteur : Ouf ! J'ai enfin réussi. ^^