Chapitre 9

 

 Il n’en menait pas large quand même. Il ne savait pas cuisiner et il avait eu besoin d’un livre pour faire le repas. En plus, Elone était revenu à l’improviste. D’après lui, il s’était fait gronder par le docteur Miori. Elle lui aurait dit qu’il y avait un temps pour tout. Il ne fallait pas s’user au travail sinon il arrivait des catastrophes.

 

 Elle le disait d’une telle manière qu’il ne sût pas s’il fallait la prendre vraiment au sérieux ou pas. Elle l’avait toujours mis dans tous ses états. Elone en parlait avec beaucoup de respect, mais il ne s’empêcha pour autant d’affirmer que parfois, elle était folle à être aussi excentrique.

 

 Edwyn hochait la tête avec un sourire amusé. Il connaissait depuis assez longtemps la famille Miori pour savoir que cette famille était des plus étranges et des plus inattendues. August Miori, le pilier de Miori Corporation, pouvait être un personnage effrayant au premier abord. Il en imposait par sa seule présence, mais en le côtoyant assez longtemps, il était facile de repérer l’être sympathique qui se cachait derrière. Son petit-fils n’était pas loin de le rattraper sur le plan imposant d’ailleurs.

 

 Sacha, à table, observait son père et Elone discutés calmement du travail tout en dégustant leur repas. Ne voyaient-ils pas qu’il attendait le verdict ? Le faisaient-ils exprès pour l’embêter ? Parlaient-ils autant pour atténuer le goût horrible de la nourriture ? Le garçon regarda son assiette, anxieux. Il n’avait pas encore osé manger. À vrai dire, il n’avait pas très faim. Il avait trop mal à l’estomac pour cela.

 

- Tu devrais manger avant que cela refroidisse, Sacha, s’exclama, tout à coup, Elone.

 

 Le garçon se sentit pris en faute. Il se mordit la lèvre. Pour ne pas ennuyer encore plus, il se força à prendre une bouchée. Certes, il n’avait pas fait un plat très compliqué, mais les pâtes étaient trop cuites. Comment avaient-ils pu manger cette horreur ? Il avait vraiment honte.

 

 Edwyn observa son fils en silence. Il fronça les sourcils. Son fils était en train d’angoisser pour une broutille. Il finit par dire.

 

- Si tu n’as pas faim, dis-le, triple andouille ! Ne te force pas au risque d’être malade.

 

 Sacha posa sa cuillère sur l’assiette. Il gardait la tête baissée. Il se sentait vraiment misérable.

 

- Je suis désolé. Je ne suis vraiment bon à rien.

 

 Elone et Edwyn se jetèrent un regard de stupeur. C’était pour cette raison qu’il faisait une drôle de tête. Elone se pencha et ébouriffa la tête du fils de son compagnon.

 

- Ne dis pas des bêtises, veux-tu ? Tu t’es très bien débrouillé pour un début. Tu finiras par t’améliorer. Nous sommes tous passés par là. Ton père ne savait même pas faire cuire un œuf quand je l’ai connu.

 

- Tu n’es pas obligé de le préciser, Elone.

 

 Elone émit un petit rire, rassérénant le garçon. Celui-ci retrouva alors le sourire. Il se moqua de son père.

 

- Je sais au moins faire cuire un œuf, moi !

 

- Très drôle. Allez-y, moquez-vous tous les deux !

 

 Sacha se redressa pour débarrasser la table. Il prit plaisir à jeter les restes de son assiette dans la poubelle. Il retourna ensuite s’installer à table avec les deux hommes avec les desserts. Chose bien meilleure étant donné que ce n’était pas lui qui avait fait le gâteau, mais la pâtisserie du coin. À ce moment-là, Sacha se souvint de sa rencontre avec Raven et du père de celle-ci.

 

- Tu sais papa, l’homme de ton entretien aujourd’hui, c’était avec le père d’une amie. C’est une drôle de coïncidence, tu ne trouves pas ?

 

 Edwyn se tourna vers son fils, surpris. Elone ne perdit pas son temps et demanda :

 

- Une amie ? Tu ne nous l’avais pas dit.

 

 Sacha haussa les épaules.

 

- Je ne voulais pas vous ennuyer avec mes histoires d’école.

 

- Mais bien au contraire, mon garçon ! Tu peux nous parler de tout ce que tu veux, voyons. Tu ne nous gênes absolument pas le moins du monde. D’accord ?

 

 Sacha posa les coudes sur la table, la tête sur la main. Son père lui jeta un regard courroucé. Le garçon lui adressa un sourire moqueur et lui tira la langue. Elone se mit à rire.

 

- Tu es un démon, Sacha.

 

- Non pas du tout, un angelot.

 

- Tu parles, répliqua son père, en le forçant à retirer les coudes de la table. Un angelot obéirait quand son père lui dit de ne pas poser ses coudes sur la table et qu’il lui demande de ranger ses chaussures.

 

- Mais, je n’y suis pour rien, voyons. Elles ne voulaient pas rester à leur place.

 

- Alors, comment s’appelle ton amie ? Est-elle dans ta classe et as-tu d’autres amis ?

 

- Oh ! Lala ! Que de questions te taraudent, Elone ! Elle s’appelle Raven Adréakis. Elle est nouvelle comme moi au lycée. D’après ce que j’ai compris, elle habitait en Grèce avant. Je ne sais pas quelle ville par contre. Faudrait peut-être que je le lui demande, tient. Les autres, c’est Asia Amory et Cheryl Descamps.

 

- Descamps ? Comme le docteur ? Questionna Elone.

 

- Oui, c’est sa fille. Je crois qu’elle a un fils aussi. C’est bizarre, cette ville donne l’impression d’être immense et pourtant, depuis un moment, toutes les personnes que je rencontre se côtoient d’une manière ou d’une autre. Par exemple Asia, elle est la sœur de mon prof de math.

 

- Oui, c’est assez étrange. Il y a aussi Mako.

 

- Pourquoi parles-tu de Mako, Edwyn ?

 

- Parce que Sacha affirme que toutes les personnes se côtoient à un moment ou un autre. Le meilleur ami de Mako est le fils du docteur Descamps. Je le sais depuis peu.

 

- Euh ? Papa ? C’est qui ce Mako ? Je ne l’ai pas encore vu, non ?

 

- Oh oui pardon ! C’est vrai que la dernière fois où il est venu, tu étais absent. C’est le fils d’un de mes associés décédés. Il se nomme Mako Marcello. Il doit hériter de la moitié de la compagnie. Il est jeune et il panique beaucoup. Pourtant, j’aimerai bien qu’il se mette dans la tête que je préfèrerai que ce soit lui, plutôt que son oncle qui hérite. Euh ! Sacha, tu vas bien ?

 

 Edwyn et Elone regardèrent le garçon blanc comme un linge. Sacha se troubla et sursauta en sentant la main d’Elone sur son front. Il faillit rougir.

 

- Je vais bien. Désolé, c’est le nom de cet homme qui m’a perturbé.

 

- Pourquoi Sacha ? Connais-tu Mako ?

 

 Le garçon secoua la tête avec violence. Il hésita un instant puis il avoua.

 

- Le dernier amant de maman s’appelle Fabio Marcello.

 

 Le visage de son père se ferma. Sacha eut peur d’avoir dit une bêtise. Il jeta un coup d’œil vers Elone. Celui-ci regardait son compagnon, inquiet.

 

- Tu le connais, Edwyn ?

 

- Hein ? Pardon ! Oui, c’est l’oncle de Mako. C’est un homme qui n’inspire pas confiance. D’ailleurs, j’ai peur pour Mako. Cet homme serait bien capable de lui faire du mal. Il ne t’a jamais rien fait, Sacha ? Tu me le dirais si c’était le cas ?

 

 Le garçon hocha la tête. Il ne l’avait pas vraiment connue. Mais, le peu qu’il avait pu voir, c’était un homme brutal et méprisant. Un homme n’inspirant pas le moins du monde confiance ! Edwyn en fut soulagé. Il préféra ensuite changer le sujet de conversation.

 

 Quelques heures plus tard, Sacha gagna sa chambre avec appréhension. Il avait peur de s’endormir maintenant. Il savait bien que ces cauchemars étaient en rapport avec l’accident. Il ne s’en souvenait plus. Il n’arrivait pas à savoir comment il avait pu s’en sortir. Et surtout, pourquoi les autres étaient morts et pas lui ?

 

 Il se changea et mit son pyjama. Dès qu’il fut prêt, il s’enfouit sous la couverture. Il frôla avec une main le collier. Sergio et les autres lui manquaient terriblement. Il avait aimé être avec eux. Les amis de Sergio l’avaient toujours traité comme un petit frère. Ils aimaient le taquiner un peu pour le faire rager. Sacha avait toujours su que certains se droguaient. Sergio devait le faire aussi parfois. Mais, son ami avait été catégorique avec eux tous. Si jamais, il apprenait que l’un d’eux avait donné de la drogue à Sacha, il lui fera comprendre par la douleur la faute commise.

 

 Sacha ne comprenait pas comment cet accident avait pu avoir lieu. Si encore, ils avaient été drogués ou complètement souls, le garçon aurait compris, mais là, la fille qui conduisait était à jeun. Elle avait bu un verre de jus d’orange de toute la soirée. Une règle qui s’était imposée depuis la venue de Sacha dans leur groupe. Il était devenu leur mascotte, leur chouchou.

 

 Sacha entendit son père et Elone entrer dans leur chambre. Il soupira. Même s’ils lui avaient dit qu’il ne gênait pas, il n’avait pas envie de leur faire encore une nuit blanche. Le garçon se tourna et se retourna dans son lit. Il essayait de s’empêcher de dormir, mais le sommeil fut plus fort que lui.

 

 « La nuit venait de tomber depuis un bon moment maintenant quand le groupe de jeunes gens décida de prendre la route pour retourner chez eux. Ils habitaient tous dans la même maison. C’était une vieille bicoque délabrée qu’ils avaient pu acheter en commun pour une petite somme. Les amis s’étaient amusés à la réparer ensemble dans la bonne humeur.

 

  Leurs parents les avaient abandonnés pour diverses raisons alors ils avaient décidé de se créer une famille ensemble. Ils s’entendaient tous très bien même si parfois, des disputes avaient lieu. Elles pouvaient être violentes aussi, mais aucun d’eux ne quittait ce havre de paix très longtemps. Un jour, leur grand frère comme ils aimaient l’appeler ainsi, leur avait amené un petit nouveau. Il s’était révélé le plus jeune de la bande. Chacun prit son parti de le choyer à sa façon.

 

 Pourtant, lui aussi disparut un temps pour mieux revenir. Ils en furent tous contents. Leur chouchou revenu, ils purent reprendre une vie plus simple et plus joyeuse. Là, ils avaient décidé de faire une grande fête pour leur mascotte, pour l’intégrer définitivement dans leur famille.

 

 Tout le monde s’était amusé comme des fous. Le grand frère et les plus anciens prirent la route avec le chouchou. C’était leur grande sœur Sassy qui conduisait. Elle n’avait pas bu une seule goutte d’alcool. Elle était la fille la plus raisonnable du groupe et celle aussi qui gérait le budget. Elle avait l’habitude de conduire. Elle avait son permis depuis plus de huit ans maintenant. Elle n’avait jamais fait d’infraction ou d’excès de vitesse. Parfois, Sergio la taquinait à cause de sa lenteur comme il disait.

 

 Mais contrairement aux autres, Sassy n’avait jamais eu peur de le remettre à sa place. Elle détestait les hommes depuis que son père avait abusé d’elle pendant des années. Elle avait décidé de faire une croix pure et simple sur l’amour. Elle n’y croyait pas. Mais, elle appréciait être avec ses amis, hommes ou femmes du moment qu’ils respectaient sa façon de vivre.

 

 Combien de fois s’était-elle battue avec Sergio ? Elle ne pourrait plus compter tellement c’était trop souvent. Parfois, elle gagnait, parfois elle perdait, parfois c’était égalité. Ils ne se battaient pas à cause de broutille ou autre, juste parce qu’ils en avaient envie. Mais depuis, le retour de Sacha près d’eux, les bagarres disparaissaient d’elles-mêmes. Sassy trouvait étrange qu’une seule personne parvienne à changer les gens.

 

 Aucun d’eux n’agissait plus comme auparavant. Ils étaient plus humains, prenaient plus soin d’eux et des autres. Ils faisaient attention à leur façon de parler, de se conduire. Sassy devait bien avouer que ce chenapan l’avait aussi charmé comme les autres. Il pouvait rire pour un rien. Son rire résonnait dans toute la maison. C’était si agréable.

 

 Comme toujours, elle prit donc le volant. D’ailleurs, elle fut ravie d’être la conductrice étant donné l’état où se trouvaient les autres. Même Sacha n’était pas beau à voir. Sergio l’avait autorisé à boire, mais le pauvre ne tenait pas vraiment l’alcool. La lune éclairait fortement la route.

 

 La jeune femme était ravie de pouvoir conduire de nuit. Les routes étaient bien plus calmes. Pourtant, elle ne fit pas d’excès de vitesse pour autant. Elle arrivait dans un carrefour quand elle aperçut cette tache blanche sur le côté comme un voile. Qu’est-ce que c’était ? Une personne ? Que faisait-elle sur la route à cette heure-ci ?

 

 Sassy n’y fit plus attention. Elle n’allait surement pas s’arrêter pour demander. Elle n’était pas suicidaire. Le risque zéro n’existait pas. Sassy finissait son tournant quand les phares d’une voiture venant en sens inverse l’éblouit un instant. Que faisait ce stupide conducteur ? Sassy agit rapidement, elle s’écarta du chemin du véhicule qui leur fonçait dessus. La panique la prit aussitôt quand elle sentit le véhicule sursauter. Qu’est-ce que c’était que ça ? Un bruit s’entendit comme un pétard.

 

 La voiture fit une embardée. Elle essaya de la redresser, mais le fait de la crevaison, elle n’arrivait plus à la contrôler. C’était à n’y rien comprendre ! Ses amis venaient de se réveiller. Elle pouvait les entendre hurler. Elle ne devait pas paniquer. C’était leur mort assuré sinon.

 

 Tout se passa bien trop vite. Le véhicule de face arriva et frôla le parechoc sur le côté. Le choc fut assez violent pour faire basculer la tête de Sassy contre le volant. Ce coup lui fit perdre connaissance. La voiture continua sa route et bascula dans le lac tout près.

 

 Le noir, le noir absolu. Les abysses qui commencent à submerger. Tout est noir, sombre et lugubre. Un silence tenace occupait l’habitat. Le garçon se redressa, paniqué. Il n’y avait plus de lumière nulle part. Les ténèbres avaient envahi l’espace. Son regard se tourna autour de lui, tétanisé. Il avait froid, il avait mal. Des taches sombres le maculaient les mains, le dossier près de lui. Il entendait des gouttes d’eau.

 

 La peur le submergea. L’eau ? Pourquoi de l’eau entrait-elle dans la voiture ? Il avait envie de crier, de hurler sa détresse, mais aucun son ne sortait. Il ne pouvait pas bouger. Un corps était sur lui. Qui était-ce ? Son regard se baissa. Il le reconnut malgré la pénombre. Sergio ? Il le secoua, mais le corps ne bougeait pas. Pourquoi ? Pourquoi mon dieu ?

 

 Des larmes commencèrent à couler le long de ses joues. Il comprenait très bien ce dont il l’attendait. Les vitres n’allaient surement pas tenir très longtemps. Et puis, même si elles tenaient, l’air allait manquer bientôt. Il allait rejoindre ses amis dans un long sommeil sans réveil. Il se recroquevilla sur lui-même en serrant Sergio. Pourquoi cela devait-il s’arrêter comme ça ? Qu’avait-il fait au monde pour être ainsi puni ?

 

 Il entendit un râle. Le garçon sursauta et se redressa. D’où venait-il ? Il vit le corps avachi sur le volant bouger. Sassy était en vie. La fille jeta un regard de panique autour d’elle. Elle se pencha sur son ami sur le siège passager. Elle-même ne ressentait aucune blessure, à part un mal de tête. Pourquoi était-elle encore en vie ? Paniquant, elle frappa sur les vitres. Elle s’agita pour se détacher.

 

 Son agitation effraya le garçon. Il poussa une plainte. Sassy se tendit. Elle jeta un coup d’œil derrière elle. La panique la quitta aussitôt. Elle n’était pas la seule survivante. Elle respira plus calmement. Elle devait être forte comme toujours.

 

- Sacha ? Tout va bien, d’accord ? Nous allons sortir.

 

- Sassy, ils sont tous morts. Pourquoi ? Pourquoi ?

 

- Calme-toi ! C’est un ordre.

 

 Le garçon se tut. Quand Sassy donnait un ordre, il fallait obéir un point c’est tout. Elle chercha autour d’elle. Elle trouva une batte sous le siège du passager. La batte de Mickey ! Heureusement pour eux, leur ami l’avait encore une fois oublié dans la voiture. La voiture bougea sous le remous de l’eau. Sassy perdit l’équilibre. La peur faillit la reprendre. Avec un ultime effort, elle passa du côté passager. Elle devait d’abord libérer Sacha.

 

 Le garçon la regardait faire. Il ne savait pas quoi faire. Il était tétanisé. La fille parvint à pousser le corps de Sergio. Elle détourna les yeux pour ne pas le regarder. Elle voulait garder en mémoire un Sergio vivant, et non mort, la nuque brisée. Elle râla encore plus quand elle n’arriva pas à détacher le garçon. Celui-ci pleurait à nouveau. L’air commençait à baisser.

 

 Sassy réfléchit un instant avant de se souvenir d’une chose. Elle fouilla dans les poches de Sergio. Elle trouva un couteau rétractable. Elle coupa l’attache du garçon. Il avait de plus en plus de mal à respirer. Sassy serra les dents. Non, elle ne mourrait pas ainsi sans avoir fait quelque chose, sans avoir réussi à sauver au moins une vie, si ce n’était pas la sienne.

 

 Alors avec violence, elle frappa la vitre avec la batte. Celle-ci craquela au début avant d’éclater d’un seul coup violent laissant le passage à une eau glaciale. Sacha se fit assaillir par l’eau. Il paniquait, mais Sassy le tenait fermement. Il avait peur. Il buvait la tasse. Il allait perdre connaissance.

 

 Il sentit une pression. Il suivit. Sassy le tirait, elle parvint à passer à travers la vitre brisée. Elle aida Sacha à passer à son tour. Elle devait faire vite. Elle n’arrivait plus à garder son souffle. Elle poussa une sorte de hurlement silencieux afin de se pousser en direction de la surface, tout en tirant le corps inconscient avec elle. »

 

 Sacha se redressa de son lit en hurlant et en pleurant. La porte de la chambre s’ouvrit. Deux bras l’attrapèrent. Le garçon se serra contre le corps chaud et vivant de son père. Edwyn entoura la taille mince de son fils. Sacha pleurait en silence. Elone s’appuya contre le chambranle de la porte. Il était catégorique. Il ne donnerait aucun cachet pour l’aider à dormir.

 

 Il y avait une chose à faire pour Sacha. Le garçon devait se rappeler l’accident dans tous les détails. Il n’y avait que dans le sommeil où les souvenirs revenaient avec force, sinon la seule chose dont il se souvenait une fois éveiller, c’était être monté dans le véhicule et de s’être réveillé à l’hôpital.

 

 L’hypnose pourrait surement le soulager. Il en avait discuté avec le docteur Descamps. Elle était d’accord, mais refusait de le faire de suite. Elle voulait d’abord lui rendre sa confiance, lui retirer son angoisse chronique. Peut-être qu’ainsi, les cauchemars s’arrêteraient d’eux-mêmes. Sacha pourrait aussi se souvenir de tout en douceur, même si pour l’instant, il en souffrait.