Chapitre 8

 

 Raven rentra du lycée avec le sourire. Elle avait passé une agréable journée. Elle était finalement très heureuse d’être venue vivre dans cette ville. Elle avait craint d’être rejetée comme dans l’ancien, de nouveau être un bouc émissaire. Mais, pour une fois, elle prenait plaisir à aller en cour. Même les professeurs étaient géniaux.

 

 Tous les lycéens râlaient souvent sous les colères rapides du professeur Amory, mais finalement, tout le monde l’aimait bien. Il prenait la mouche tellement facilement que c’était trop tentant de le faire enrager. Le professeur de dessin, Madame Martin, aussi était un sacré phénomène à elle seule. Cette femme les faisait rire chaque fois en cours. Elle parlait tout le temps donnant des explications tout en humour.

 

 Mais la plus grosse surprise selon Raven était surtout le directeur. Elle se souvenait de Madame Apopulos, une femme sèche, froide comme un glaçon. Pour elle, les filles et les garçons devaient respecter les règles élémentaires de la nature. C'est-à-dire que les couples devaient être à la norme, hors de question qu’il y est des couples de mêmes sexes dans son établissement. Les filles devaient être féminines, savoir recevoir, savoir cuisiner, enfin bonnes seulement à savoir faire des gosses.

 

 Une femme donc avec des pensées très arriérées pour l’époque actuelle. Elle était détestée par beaucoup d’élèves, mais aussi par certains parents. Alors, Raven avait appréhendé en rencontrant le directeur de son nouveau lycée. Mais, sa surprise fut très grande. Bon, il n’était pas très chaleureux et faisait un peu peur également. Il fallait savoir où se trouvait ta place face à lui, mais au moins avait-il le respect envers les élèves. Et depuis peu, elle avait remarqué qu’il appréciait se moquer des professeurs également, tout en restant poli.

 

 Il prenait plaisir à déstabiliser les élèves et les professeurs. C’était amusant. Et puis, différemment à cette madame Apopulos, il venait manger à la cantine. Il ne disait rien si la salle était bruyante. Il semblait même rassuré en l’entendant aussi animer. Raven en était doublement surprise et ravie.

 

 Quand elle entra dans sa maison, elle trouva son père dans la cuisine. Elle s’y rendit pour le saluer avant de gagner sa chambre. Mark Adréakis observa sa fille sortir de la cuisine avec étonnement. Sa fille semblait joyeuse. Il ne l’avait jamais vu ainsi. Elle souriait très peu et cela depuis toute petite. Elle le faisait avec sa famille et encore pas souvent non plus. Dans un sens, il avait tout plaqué sa famille, son boulot, car il espérait ainsi changer la vie de sa benjamine. Il était soulagé d’avoir eu une bonne idée.

 

 Raven monta les escaliers deux par deux et pénétra dans sa chambre. Son premier geste fut de se planter devant le tableau de son artiste préféré. Elle le frôla du doigt en se mordant les lèvres. Puis, elle se laissa tomber sur son lit avec le sourire. À cet instant, un coup frappa à sa porte et sa sœur Hélèna entra. Elle aperçut sa sœur allongée. Elle s’installa sur le bord du lit.

 

- Tu sembles bien joyeuse, petite sœur.

 

 Raven se tourna vers sa sœur. Elle l’adorait. Elle la trouvait sublime avec ses cheveux très blonds. Son père lui avait dit qu’Hélèna ressemblait à s'y méprendre à leur mère. Raven aurait bien aimé la connaitre, mais elle n’avait pas eu cette chance. Leur mère était morte en la mettant au monde. Le sort pouvait être cruel parfois.

 

- Je suis contente d’être ici.

 

 Hélèna eut un sourire très doux. Elle se pencha et repoussa une mèche noire cachant les beaux yeux marron-vert de sa sœur.

 

- Je croyais que tu maudissais papa pour ce changement radical.

 

 Raven haussa les épaules.

 

- Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Hélèna, je me suis fait des amis.

 

 La jeune femme fut ravie de l’apprendre.

 

- Comment sont-ils ?

 

- Il y a d’abord Asia et Cheryl. Elles sont venues me parler d’elle-même. Ça m’a fait plaisir. Elles sont gentilles et pourtant Asia n’a pas sa langue dans sa poche. Elles sont assez différentes l’une de l’autre. Cheryl est plus une romantique comme toi sœurette.

 

- Hein ? Tu insinues quoi ?

 

 Hélèna se jeta sur sa sœur pour batailler en fou rire. Elles finirent par tomber du lit lourdement. Elles se regardèrent et éclatèrent de rire comme des gamines. Hélèna se releva en grimaçant. Puis, elle repoussa ses longs cheveux vers l’arrière en soupirant. Elle allait encore avoir du mal à les coiffer. Elle s’appuya contre le lit en pliant les jambes sous elle.

 

 Raven en était amusé. Sa sœur avait des manières de petite princesse. Elle-même s’installa en tailleur, les mains vers l’arrière avec nonchalance.

 

- Tu as dit d’abord en parlant de ses filles. Qui y a-t-il aussi ?

 

 Raven pencha la tête.

 

- Je ne sais pas si je peux le considérer comme un ami. Il vient juste d’arriver. Mais, depuis son arrivée, il est toujours avec nous. Je me demande si ce n’est pas pour éviter notre voisine.

 

- Il ? C’est le nouveau dont Julie m’a parlé ? Elle m’a sorti qu’il était plutôt désagréable.

 

- Sacha désagréable ? Trop drôle ! Elle n’a pas apprécié d’être rembarrée par lui. Il veut juste être tranquille, mais elle vient souvent l’ennuyer. Alors, oui, il est désagréable avec elle ou toutes autres filles qui viennent l’ennuyer pour des stupidités.

 

- Tu sembles l’apprécier.

 

- Pourquoi pas ? Quand je l’ai vu la première fois, j’ai tout de suite senti une grande fragilité chez lui. Pourtant, il la cache plutôt bien. Il a dû lui arriver quelque chose de grave. Il a souvent des cernes aussi. Le professeur Amory n’est pas du genre à apprécier qu’un de ses élèves s’endorme pendant ces cours, pourtant tout le monde a bien remarqué qu’il ne lui disait rien. C’est étrange, non ?

 

- Ah ! En fait, il t’intrigue.

 

- Oui, non, je ne sais pas. Il donne envie de l’aider, ou de le protéger malgré lui. C’est étrange comme sensation. Je ne suis pas la seule à avoir ce sentiment. Asia et Cheryl le ressentent également. Pour Asia, j’ai l’impression qu’elle a l’habitude d’avoir cette envie. Elle arrive mieux à la gérer que nous.

 

- Et ce Sacha, comment réagit-il face à ce sentiment maternel que vous avez envers lui ?

 

- Je ne sais pas. Parfois, ça l’amuse, parfois ça l’agace. Il ne se gêne pas pour nous remettre à notre place quand il le faut. J’ai l’impression de me voir parfois en lui. Tu trouves cela étrange ?

 

- Non, il arrive parfois où on rencontre des personnes avec qui on a plus d’affinité qu’avec d’autres. Peut-être as-tu enfin trouvé des amis de cœur, petite sœur. Et c’est une bonne chose, non ?

 

- Oui, tu as surement raison. Et toi alors ? Comment est-ce à l’université ?

 

 Hélèna repoussa une mèche blonde. Elle soupira.

 

- C’est assez dur. J’ai encore un peu de mal à suivre. Sinon, j’aime bien l’endroit. Et puis, la bibliothèque n’est pas très loin. Ah ! J’allais oublier.

 

 Hélèna sortit un document de sa poche de pantalon en toile. Elle le remit à sa sœur. Raven observa en silence le papier. Elle se mordait la lèvre. Hélèna secoua la tête. Voilà, sa sœur rejouait les timides.

 

- J’adore la tête que tu fais. J’ai trouvé ce papier à la boulangerie du coin et j’ai pensé à toi aussitôt. Si tu as peur d’y aller toute seule, pourquoi ne demandes-tu pas à un de tes amis de t’accompagner ? Ainsi tu auras peut-être l’occasion de rencontrer enfin ton artiste préféré, non ?

 

- Je peux vraiment ? J’ai la trouille de m’apercevoir qu’il n’est pas comme je l’imaginais.

 

- Haha ! Raven, Raven ! Fonce ma grande et tu le verras par tes propres yeux. Qu’est-ce que cela peut faire s’il n’est pas comme tu l’imaginais ? Ta vision changera un peu, mais tu pourras toujours apprécier son travail pour autant.

 

 Raven se rapprocha de sa sœur à quatre pattes. Elle se moula dans les bras de celle-ci. Elle avait toujours aimé être prise ainsi. Hélèna adorait materner sa sœur depuis toute petite. Mark Adréakis ouvrit la porte de la chambre de sa benjamine et trouva ses deux filles dans les bras l’une de l’autre. Il sourit. Elles étaient les amours de sa vie.

 

- Mes toutes belles, il serait peut-être temps de venir manger. Je meurs de faim.

 

 Les deux filles se relevèrent rapidement pour rejoindre leur père. Ils redescendirent vers la cuisine, joyeusement. Le père et ces filles discutèrent tout en se régalant des bons petits plats. Mark avait dû apprendre la cuisine pour pouvoir nourrir ces petits gloutons. Qui affirmait que les filles ne mangeaient pas comme des ogresses ? En tout cas, c’était toujours un vrai plaisir de les voir ainsi.

 

 Le sourire joyeux de sa benjamine dura jusqu’à l’arrivée de Julie Dehay, leur voisine. Mark comprit aussitôt que sa fille ne l’appréciait pas beaucoup, sentiment réciproque étant donné le regard méprisant de la fille. À vrai dire, Mark ne l’aimait pas trop non plus. Mais, sa fille Hélèna semblait aimer la compagnie de cette fille. Pouvait-il l’interdire de la rencontrer ? Il ne l’avait jamais fait auparavant, il ne voyait pas pourquoi il commencerait maintenant.

 

 Apercevant sa fille se refermait comme une huitre, il décida de lui changer les idées. Raven accepta aussitôt d’accompagner son père. Mieux valait sortir de cette maison avant de dire une ânerie et se fâcher avec sa sœur. Son père lui annonça alors qu’il devait se rendre à un rendez-vous pour du travail. Sa fille devrait l’attendre dans la voiture.

 

 Son père s’arrêta dans le centre-ville, près d’un petit parc. Avant de descendre, son père lui annonça que si elle voulait, elle pourrait l’attendre à la bibliothèque. Elle ne se trouvait pas très loin. Raven se tourna vers l’endroit que son père montrait. Elle aperçut un immense bâtiment en vieille pierre avec une magnifique fontaine juste devant. Elle soupira. Elle n’était pas une grande lectrice. Elle préférait encore aller dans le parc.

 

 Elle observa le dos de son père s’éloigner et entrer dans un bâtiment en brique rouge. Elle espérait sincèrement que son père pourrait trouver du travail facilement. Elle savait bien qu’il avait tout quitté à cause d’elle. La jeune fille sortit de la voiture et se dirigea vers le parc.

 

 Il n’était pas très grand et très peu peuplé. De vieilles personnes assises sur les bancs discutaient gaiement. Quelques enfants avec leur parent jouaient au ballon. Son regard fut attiré vers les balançoires. Elle reconnut rapidement la personne assise sur l’une d’elles. Il s’habillait avec des couleurs tellement vives qu’il était repérable à des lieues. Elle s’en approcha.

 

 Sacha se balançait doucement, le regard dans le vide. Il sursauta en entendant des pas. Il releva les yeux. Il aperçut la jeune fille de sa classe. Il lui adressa un sourire et lui montra la balançoire près de lui. Elle le rejoignit.

 

- Je ne pensais pas te voir ici.

 

- J’habite juste à côté. Je voulais prendre un peu l’air. Et toi, Raven ? Qu’est-ce qui t’amène ?

 

- Mon père est en rendez-vous pour du travail. Je l’ai accompagné pour le soutenir et aussi pour échapper à Julie.

 

- Julie ? Pourquoi ?

 

- J’ai la malchance de l’avoir comme voisine. Et elle est assez amie avec ma sœur.

 

 Sacha pencha la tête en grimaçant.

 

- Ta sœur ne sait pas choisir ses amis. Enfin, je n’ai pas le droit de la juger. Comment est ta sœur ?

 

- Elle ressemble à une petite princesse. Elle est très naïve aussi. Je n’aime pas trop la savoir avec cette fille, mais je ne veux pas me fâcher avec elle.

 

- Parfois, je me disais que j’aurais aimé avoir un frère ou une sœur, mais à d’autres moments, je me dis que c’est mieux ainsi.

 

 Raven se balança doucement. Des éclats de rire retentissaient dans l’air. Les enfants semblaient bien s’amuser avec leurs parents. Les deux jeunes gens gardèrent le silence un moment, puis elle finit par demander.

 

- Je ne devrais peut-être pas te le demander, mais est-ce que tu vas bien, Sacha ?

 

  Le garçon se tourna vers la jeune fille. Elle n’osait pas le regarder et elle se mordait la lèvre comme si elle comprenait avoir demandé une bêtise. Sacha soupira. Il ne pouvait pas nier. C’était tellement évident.

 

- Oui et non. Je fais beaucoup de cauchemars la nuit. J’en empêche même mon père et Elone de dormir. Je m’en veux. Je ne veux pas être une gêne pour eux. Elone est médecin-chirurgien. Il a beaucoup de travail à l’hôpital. Il a besoin de repos et moi, je l’en empêche.

 

- Est-ce qu’il t’aurait fait des réflexions sur ce fait ? Est-il désagréable avec toi ?

 

- Non, absolument pas. C’est quelqu’un de très gentil, de trop gentil peut-être. Ça me fait tout drôle. Il est tellement l’opposé de ma mère.

 

- Ça ne te dérange pas de trouver ton père en couple avec un homme ?

 

 Sacha secoua la tête. Il eut un drôle de sourire.

 

- J’ai été surpris, mais j’ai plutôt été soulagé. Raven, je dois t’avouer que je ne sors qu’avec des hommes moi aussi.

 

 La jeune fille se tourna vers son ami. Elle lui adressa un sourire.

 

- Je m’en suis doutée. Je crois qu’Asia le sait aussi. Cheryl, je ne sais pas. Avais-tu peur de notre réaction ?

 

- Évidemment ! Je suis toujours fourré avec vous. Bon, j’avoue qu’au début, c’était parce que vous étiez mes boucliers contre les furies. Mais, finalement pour des filles, vous êtes plutôt chouette.

 

- Ah ! Venant de ta part, c’est un très beau compliment. Pour en revenir à cet Elone, tu ne devrais pas t’en faire. Il est médecin, non ? Il sait que tu as mal quelque part. Lui aussi doit être gêné de ne pas pouvoir faire quelque chose pour soulager tes peurs.

 

 Sacha baissa la tête. Il n’avait pas songé à cette éventualité.

 

- Haaaaa ! Merci, je me sens beaucoup mieux. Je suis content de t’avoir vu, Raven.

 

- Tu ne serais pas du genre angoisser ?

 

 Sacha se sentit rougir. Il n’avait pas l’habitude d’être aussi cerné. Gêné, le garçon changea aussitôt la conversation.

 

- Madame Martin affirme que tu es plutôt doué pour le dessin.

 

 Pas dupe, la jeune fille garda le silence un moment, mais préféra en rester là sur les questions indiscrètes.

 

- Oui, c’est bien ce qu’elle a dit. Mais, je trouve qu’elle exagère beaucoup.

 

 La jeune fille baissa à son tour le regard vers la terre.

 

- Accepterais-tu de m’accompagner à une exposition samedi ? Enfin, je ne sais pas si c’est déjà ouvert aux publics, mais bon…

 

- Ouais, pourquoi pas ! Je n’y connais rien, par contre.

 

- Ce n’est pas grave. Juste m’accompagner, ça me fera plaisir.

 

 Raven releva la tête et aperçut son père s’approcher d’eux. Elle lui fit signe. Sacha se tourna vers l’arrivant. L’homme devait avoir l’âge de son père à peu près.

 

- Alors, cette visite ?

 

- Nous verrons bien, ma puce. Et si tu me présentais ?

 

- Ah oui ! Où sont mes manières ! Papa, je te présente un ami, Sacha Flagan. Sacha, mon père, Mark Adréakis.

 

- Enchanté de te rencontrer ce jeune homme. Je viens juste de quitter ton père, car je suppose qu’Edwyn Flagan est bien ton père ?

 

 Raven et Sacha se regardèrent surpris. Le monde était parfois vraiment minuscule.

 

- Oui, c’est bien lui. C’était vous alors le rendez-vous prévu ? Je suis sorti pour ne pas le déranger. Comme s’il ne peut pas faire ses rendez-vous dans son bureau comme tout le monde !

 

 Mark se mit à rire. Il avait été surpris également.

 

- Il m’a simplement précisé qu’il aimait bien perturber ses futurs employés. Il a un drôle de sens de l’humour.

 

- Je ne vous le fais pas dire. Je vais vous laisser. Il va finir par envoyer la cavalerie à ma recherche si je ne rentre pas sans le prévenir. À demain, Raven. Au revoir, monsieur Adréakis.

 

 Le garçon se mit à courir pour rentrer. Il se sentait un peu plus léger maintenant. Avoir parlé un peu avec une amie ne faisait pas de mal finalement. Il entra dans l’appartement en claquant la porte. Aussitôt, la voix de son père retentit du salon.

 

- Sacha ? N’oublie pas d’enlever tes chaussures et de les ranger surtout !

 

 Le garçon grimaça en souriant. Son père était trop maniaque. Comme prévu, il retira bien ses chaussures, mais il oublia évidemment de les ranger. Il rejoignit son père, assis à la table de la salle à manger, la tête plongée dans ses dossiers. Sacha s’installa en silence sur une autre chaise et attendit. Edwyn arrêta son travail pour lever les yeux vers son fils silencieux. Il s’inquiétait beaucoup pour les cernes sous les yeux. Il en avait discuté avec le docteur Descamps.

 

- Qui a-t-il ?

 

- Je… Je… euh ! Je voulais juste te dire que je suis désolé de te causer du souci.

 

 Edwyn observa le visage baissé de son fils. Il se pencha et lui ébouriffa les cheveux tressés. Son fils releva la tête, soucieux.

 

- Tu n’as pas à t’excuser, Sacha. Et c’est le rôle d’un parent de se soucier de ses enfants, non ?

 

- Oui, mais je te cause du souci à toi et à Elone.

 

- Sacha arrête de t’angoisser pour un rien. Nous ne t’en voulons pas. Elone voudrait t’aider, mais il ne sait pas comment. Nous ne voulons pas t’imposer des cachets pour dormir. Elone est catégorique. Il refuse.

 

- Mais si cela me permet de m’endormir ?

 

- Non, il est catégorique. Les cachets marcheront un temps, mais ce n’est pas une solution. Et il y a le risque d’indépendance ensuite. Je suis sûr qu’avec le temps et les séances avec le docteur Descamps, ça ira mieux.

 

- Tu es un optimiste, papa.

 

- Il le faut. Tu dois l’être aussi. Allez oups, va à la cuisine. C’est ton tour de faire à manger.

 

- Hein ? C’est une honte de faire travailler ton fils comme un esclave.

 

- Ben, voyons ! Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !

 

 Sacha se redressa en riant et se sauva dans la cuisine. C’était la règle de la maison, chacun avait sa semaine de travail. C’était son tour. Tant pis pour eux, si son repas est immangeable !