Chapitre 3

 

 Son réveil n’avait pas encore sonné quand le jeune homme se réveilla en sursaut. Il se leva de son lit en bois massif. Tout dans la pièce respirait une lourdeur surtout due au mauvais gout de la pièce. Le regard marron clair du jeune endormi fit le tout des quatre murs. Il fit la grimace.

 

 Il détestait cette maison. Pourtant, il était né dans celle-ci. Mais, il avait ressenti pendant des années la solitude et le rejet de sa famille envers lui, le dernier-né. Pourquoi ? Il n’avait pourtant rien fait pour être détesté par ses parents ou par son frère aîné. Maintenant, ceux-ci n’étaient plus de ce monde depuis plus d’un an. Son père, sa mère et son frère étaient morts dans le crash de leur avion personnel.

 

 Comme cela du jour au lendemain, il était devenu l’héritier de la grosse entreprise de son père, bien qu’il en hériterait seulement s’il restait vivre jusqu’à ses vingt ans dans la maison familiale. C’était quoi cette clause débile ? Au début, il faillit tout laisser tomber. Il ne voulait pas hériter de cette entreprise, ni de la fortune de sa famille. Il voulait vivre à sa manière, à sa façon. Mais, en discutant avec l’associé de son père, il avait compris qu’il avait la charge de plusieurs emplois sur les épaules.

 

 C’était injuste. Et puis, une deuxième chose lui avait fait changer d’avis. Après des années de silence, sa grand-mère et son oncle Fabio venaient de faire irruption dans sa vie. Il comprenait aisément ce que ces deux êtres cherchaient avant tout : C’était l’héritage. Ils n’en avaient rien à faire de lui. Parfois, ils essayaient même de le faire partir.

 

 Mako se redressa et sortit péniblement du lit. Hier, du fait d’être entré assez tard, il avait eu le droit de recevoir un coup de canne de sa grand-mère. Elle cherchait à le rendre violent, à le mettre en colère. Il s’était juré que jamais elle n’y arriverait. Il en avait plus qu’assez d’être le vilain petit canard. Un terme qui ne lui convenait pas le moins du monde quand on le croisait.

 

Mako était un jeune homme plutôt grand, mince, sportif. Son visage anguleux était serti par deux perles d’un brun clair. Ses cheveux mi-longs jusqu’aux épaules étaient d’un noir profond comme l’ébène. Dans ses veines coulait le sang de ces ancêtres italiens d’origine. D’après le tableau dans le hall, il ressemblait à son ancêtre Ricardo Marcello, celui qui avait fait construire la bâtisse quelques siècles auparavant.

 

Il se rendit à la salle de bain prendre une douche rapide, de s’habiller en quatrième vitesse et de se rendre presque en courant, vers la cuisine à l’étage de dessous. Il voulait quitter cette maison au plus vite pour se rendre dans celle qui se trouvait presque à côté, mais qui n’avait rien à voir avec le manoir. C’était une simple maison citadine où vivait son meilleur ami depuis un peu plus de dix ans maintenant avec sa mère et sa petite sœur.

 

Quelques mètres plus loin, un autre jeune homme se leva avec entrain sous la bonne odeur de pain frais. Sa mère adorait faire le pain elle-même et chaque fois, cela parfumait toutes les pièces de la maison. Xavier Descamps s’étira de toute sa longueur. Parfois, sa mère se demandait comme elle avait pu engendrer un garçon aussi grand. Xavier avait le mérite d’atteindre un mètre quatre-vingt-dix-huit, pour un poids variant les quatre-vingts, quatre-vingt-cinq kilos.

 

Son visage carré et les joues un peu creuses lui donnaient souvent un air froid, voire méprisant. Et puis, avec la cicatrice lui barrant l’œil droit et la joue ne faisaient pas trop changé cet état de fait. Pourtant, il n’était pas ainsi. Mais, il devait bien reconnaitre que parfois, c’était très utile. Il jeta un coup d’œil dans le miroir. Il soupira et ébouriffa ses cheveux mi courts et ondulés d’un beau châtain clair.

 

Pour couronner son visage, il avait les yeux verts pailletés d’or. Sa sœur les adorait. Il ne voyait pas pourquoi. Après tout, ce n’était que des yeux. Mais, elle les aimait. Il se dépêcha de s’habiller pour rejoindre sa mère avant que celle-ci ne s’en aille travailler.

 

Elle se trouvait déjà installée à table avec sa plus jeune fille, Cheryl. Xavier songea en un instant qu’il avait bien de la chance d’avoir les plus belles femmes dans sa vie. Il pénétra dans la pièce. Sa mère se tourna vers lui avec le sourire. Il s’empressa de l’embrasser sur le front ainsi que sa sœur de seize ans, presque dix-sept.

 

- Waouh ! C’est un miracle. Tu es levé avant que Mako n’arrive. Tu fais fort, grand frère.

 

 Xavier se laissa tomber sur une chaise et tira la langue à sa sœur, tout en lui pinçant le nez.

 

- Ne te moque pas de ton frère, fripouille.

 

- Pourquoi ne le devrais-je pas ?

 

 Xavier ne releva pas. Il secoua juste la tête. Puis, il demanda :

 

- Alors, tout se passe bien au lycée ?

 

- Mmmh ? Oui, ça va. Nous avons une nouvelle en classe et notre professeur nous a dit qu’un autre élève allait bientôt nous rejoindre aussi. N’empêche que cette année est vraiment trop calme par rapport à l’année dernière.

 

 Xavier dévora son petit déjeuner et s’arrêta net en entendant sa sœur. Il leva les yeux vers elle, intrigué. Il avait dû louper un truc.

 

- Pourquoi est-ce plus calme ?

 

 Il sentit le regard des deux femmes de la famille. Il avait vraiment loupé un truc. Elles le regardaient comme s’il était né idiot.

 

- Pfft ! Tu n’écoutes vraiment pas ce que l’on te dit, grand frère. T’es vraiment un cas.

 

- Allons, Cheryl ! Ton frère est trop occupé à compter le nombre de ses conquêtes pour écouter ce qu’on lui raconte.

 

- Maman, tu ne vaux pas mieux que Cheryl ! Alors, puisque je suis idiot, éclairez-moi ?

 

- Cette année, il n’y a plus les mascottes du lycée. Quand ils étaient là, le lycée était toujours bruyant et je ne te dis pas la cantine. Maintenant, c’est mortel ! 

 

 Xavier gratta son crâne. Le matin n’était pas fait pour réfléchir. Puis, d’un seul coup, il comprit de quoi sa sœur parler. Elle parlait de Luce Oda et compagnie. C’est vrai que l’année dernière, elle lui rabattait les oreilles sur ce garçon et les autres arrivés plus tard. Il voyait très bien qui était le garçon. Il se trouvait maintenant à la même université. Bien qu’ils ne fussent pas dans la même année, Xavier ne pouvait que l’apercevoir. Tout le monde le voyait. C’était le genre de garçon à ne pas passer inaperçu.

 

 Beaucoup d’ailleurs essayaient d’être amis avec lui afin d’avoir les bonnes grâces d’une certaine personne très proche du garçon. Qu’ils essayent donc s’ils n’avaient pas peur de s’approcher du tyran. Il se demanda si Mako le côtoyait parfois. Après tout, Mako était l’héritier de l’entreprise de son père. Et si ses souvenirs étaient bons, une branche travaillait en étroite collaboration avec la Miori Corporation.

 

 Xavier haussa les épaules. Il s’en fichait comme d’une guigne. La seule chose qu’il voulait était que Mako ne se perd pas et ne se laisse pas manipuler par son oncle. Un coup à la porte d’entrée retentit, puis peu de temps après, son ami fit son apparition dans la cuisine.

 

 Mako salua Cheryl et Aline Descamps. Puis, il se tourna vers son ami et s’exclama :

 

- T’es déjà levé ? Il va neiger.

 

 Xavier ne releva pas la pique. Il en avait l’habitude. Il finit simplement son repas avant de se lever pour débarrasser la table. Aline se leva et regarda sa montre. Il était temps pour elle de se rendre à son travail.

 

- Bon, je dois y aller. Passez une bonne journée les jeunes. Travailles-tu aujourd’hui, Xav ?

 

- Oui, je rentrerais vers vingt ou vingt une heure.

 

 Aline secoua la tête. Elle embrassa sa fille, Mako qu’elle adorait tout comme son fils.

 

- Tu n’es pas obligé de travailler, Xav.

 

- M’man ! Je ne vais pas me fâcher maintenant avec toi. Va jouer les psychanalystes avec tes patients !

 

 Après le départ de la mère, les jeunes discutèrent de tout et de rien jusqu’à qu’il fut l’heure pour chacun de partir. Xavier trouvait très agréable de se rendre à l’arrêt de bus avec sa sœur. Depuis tout jeune, il veillait sur sa mère et sa sœur. D’ailleurs, c’est en jouant les gardes chiourmes qu’il avait reçu la cicatrice au visage.

 

 Parfois, il lisait de la tristesse dans le regard de sa mère quand elle pensait qu’il ne la voyait pas. Elle se sentait responsable. Elle avait beau être une psychanalyste, elle agissait comme toutes les mamans du monde. Xavier ne lui en avait jamais tenu rigueur. Ce n’était pas la faute de sa mère, mais celle de ce psychopathe.

 

 Le bus arriva comme chaque jour à l’heure. Les trois jeunes gens montèrent. Comme à son habitude, il fut bondé. Mako soupira et sourit en entendant son ami grailler comme pas possible sur le fait de fabriquer des bus pour les pygmées. Avec sa taille, Xavier devait être à moitié tordu.

 

 Le premier arrêt fut pour les lycéens. Les deux jeunes hommes durent descendre afin de laisser passer les furies. Ils eurent droit comme à leur habitude à des sous-entendus par les lycéennes. En tout cas, Xavier fut tout heureux ensuite de pouvoir s’asseoir.

 

- Alors que vas-tu faire avec Camille, Xav ?

 

- Comme avec les autres bien sûr.

 

 Mako secoua la tête, amusée.

 

- La pauvre.

 

 Xavier renifla, dégouté.

 

- La pauvre ? Ne la plains pas, s’il te plait. Elle a voulu jouer avec le feu, elle en subit les conséquences. Je savais bien qu’en fréquentant Julie, elle finirait par se laisser embarquer.

 

- Si tu lui donnais le choix entre vous deux, peut-être te choisirait-elle.

 

- Mako, tu es un romantique. Va falloir que je te trouve une perle.

 

- Ça existe encore ? Avec toi, dans les parages ?

 

- Haha ! Très drôle ! Justement, la perle ne me choisira jamais. Je ne ferais pas d’effort pour Camille. Elle connait mon aversion pour Julie Dehay.

 

 Mako aurait voulu continuer, mais ils arrivèrent à destination. Les deux jeunes hommes descendirent comme bien d’autres. L’arrêt se trouvait près de la grande bibliothèque du centre-ville. Afin d’empêcher son ami de continuer sur son lancer, Xavier fit exprès de changer de sujet. Il discuta du hand. Ils avaient un match dimanche après-midi.

 

 Ils tournaient à la première rue rencontrée quand Xavier reçut un choc contre lui. Il entendit un cri de douleur. Il baissa son regard et rencontra deux perles d’un bleu limpide. Une voix le remit sur terre, une voix chaude et grave, mais grinçante également.

 

- Bordel ! Vous ne pouvez pas regarder où vous allez ! Vous n’êtes pas le centre du monde, votre grandeur !

 

 Xavier fronça les sourcils contrariés. Mako avait un peu de mal à se retenir de rire à cause de la tête d’halluciner de son camarade. Après un temps, il aida le jeune homme tombé sur les fesses à se remettre debout sans effort. Xavier fut amusé. Le jeune homme lui arrivait à peine au torse et ne devait pas peser grand-chose.

 

 Son look détonnait avec tous les piétons autour. Étant donné la froideur de l’hiver qui arrivait, les gens s’habillaient plus sombrement, mais ce garçon ne semblait pas décider à faire comme tout le monde. Il portait un pantalon ample vert pomme avec une veste orange. Même ses cheveux nattés de petites tresses et sa peau mate en faisaient un extra-terrestre.

 

- Désolé de n’avoir pas pu voir un pygmée dans votre genre.

 

- Pygmée ? C’est vous qui n’êtes pas normal avec cette taille. Bon, puisque vous êtes là, vous pouvez m’indiquer où se trouve cette satanée rue des colombes. Je la cherche depuis trop longtemps et ça m’énerve déjà !

 

- Elle se trouve à deux rues plus loin, près d’une boulangerie « Au petit bonheur », lui répondit Mako.

 

 Xavier se pencha et ramassa le sac de voyage du pygmée. Il le lui tendit.

 

- Ah merci, votre grandeur. Et merci pour l’info.

 

 Après un au revoir de la main, le jeune homme s’en alla dans la bonne direction. Il portait négligemment son sac au-dessus de son épaule. Xavier le regarda partir, stupéfait. Mako émit un petit rire.

 

- Voilà un autre garçon qui ne passe pas inaperçu et qui n’a pas sa langue dans sa poche.

 

- Mouais, répondit simplement Xavier, en se grattant la tête.

 

 Mako ne put s’empêcher de rajouter.

 

- Allez votre grandeur, nous allons être en retard.

 

 Xavier jeta un coup d’œil à son camarade. Il s’écria en le rattrapant en quelques pas.

 

- Ne va pas t’y mettre !

 

- Pourquoi votre grandeur ?

 

- Mako…

 

 Le jeune italien se mit à rire devant la tête menaçante de son ami.