Chapitre 50

 

 Après l’arrestation de Fûto Morita, Shuei décida de rester chez sa mère pendant quelques jours. Kahori en fut fort soulagé. Bien qu’elle essayait de ne rien montrer, elle avait quand même beaucoup de mal à se remettre mentalement de son enlèvement. Certes, son emprisonnement n’avait pas été très long, mais pendant son sommeil, des cauchemars apparaissaient pour la réveiller en sueur.

 

 Elle finit par se décider à retourner voir son psychologue. Il lui fallait évacuer tout son stress, sa peur. La présence de son fils la calmait beaucoup et surtout ses bouderies terribles la déridaient. Elle avait fini par bien accepter Gaku dans la vie de Shuei. Elle adorait le voir taquiner à mort son fils au risque fort de se faire frapper.

 

 Elle s’était prise également d’affection pour les deux fillettes qui suivaient Gaku comme son ombre. Elle voyait bien la difficulté de son fils d’accepter de partager son compagnon avec les fillettes, mais elle savait qu’avec le temps, il finirait par les accepter définitivement. Avec ce petit monde autour d’elle, Kahori commença rapidement à se sentir beaucoup mieux.

 

 Deux mois plus tard, le professeur de Shuei donna à ces élèves une dissertation sur un écrivain mort depuis des lustres. Le garçon ne voyait pas l’intérêt de discutailler sur une personne morte, mais comme la note servirait pour l’examen final, il dut se résoudre à essayer de trouver un livre sur cet auteur.

 

 Gaku aidait sa mère dans la cuisine quand Shuei vint leur rendre visite. Megumi était parti à son cours de danse. Il demanda à Inoue si par hasard, elle connaissait l’auteur. Celle-ci n’étant pas une grande lectrice secoua la tête négativement. À la grande surprise de son petit ami, Gaku répliqua qu’il le connaissait bien étant donné qu’il était son auteur préféré.

 

 De tête, il lui fit un résumé sur sa vie passée. Shuei était interloqué, mais ne se fit pas priver pour tout noter. Ensuite, Gaku précisa qu’il avait tous les livres de l’auteur dans son appartement. Si le garçon désirait lire un de ces livres, il n’aurait qu’à s’y rendre pour aller le chercher. Shuei songea que ce serait une très bonne idée. Puis, tout à coup, il se mit à regarder autour de lui. Il demanda :

 

- Où sont Akemi et Kira ?

 

- Tient ? Ça t’intéresse tout à coup ?

 

 Shuei grogna. Il se sentait un peu vexer. Il avait des difficultés avec elles, mais il avait fini par les apprécier quand même. Gaku gloussa.

 

- Kira fait la sieste. Akemi est à l’appartement. Elle voulait voir sa mère. Si tu y vas, regarde si tout va bien par la même occasion.

 

 Shuei soupira. Ben, voyons ! Il aurait dû se douter que Gaku lui mettrait une des petites dans les pattes. Cela aurait été étonnant du contraire. Fataliste, il se leva et sortit en claquant la porte sous le rire sous cape de son compagnon. Inoue regarda son fils en secouant la tête. Elle était amusée des manigances de son cher fils.

 

 Tout en montant les escaliers menant à l’appartement, Shuei graillait mille et une tortures pour Gaku. Pourquoi voulait-il à tout prix le forcer à apprécier les fillettes ? Il était déjà d’accord qu’elles accompagnent Gaku comme leur ombre, mais il ne voulait pas s’en occuper. Il s’en fichait comme d’une guigne de ces gamines. Shuei se mordit la lèvre de son gros mensonge. Akemi et Kira ne faisaient rien pour être détestées bien au contraire, elles cherchaient de l’affection.

 

 Finalement, Shuei songea qu’il en avait eu bien plus que ces deux filles. Même si son père avait longtemps été indifférent, il était quand même présent et veillait sur lui dans l’ombre. Sa mère serait plutôt le contraire de Saori. Elle lui avait donné trop d’affection qu’il s’était senti étouffer. Être parent n’était pas chose aisée.

 

 Arrivé devant la porte, Shuei prit quand même la précaution de frapper avant d’entrer. Mais personne ne répondant, il se permit de pénétrer dans l’appartement. Après tout, c’était la maison de Gaku. Dès qu’il fit un pas dans la première pièce, il put sentir la mauvaise odeur qui régnait dans tout l’appartement. Il grimaça en se pinçant le nez. Il jeta juste un coup d’œil vers la cuisine et comprit d’où venait l’odeur.

 

 La vaisselle n’avait pas été faite depuis un bon moment. La nourriture pourrissait dans les casseroles. Mon Dieu ! Si Gaku apprenait l’état de l’appartement, il en ferait une syncope. Partout où son regard se portait, il apercevait du linge sale. Il grimaça encore plus fort. Il secoua la tête. La cousine de Gaku n’avait vraiment pas le sens de la propreté.

 

 Où était-elle d’ailleurs ? Où était Akemi aussi ? Intrigué, Shuei continua la visite de l’appartement. La porte de la chambre étant ouverte, il y jeta un coup d’œil. Une nouvelle grimace apparut sur son fin visage. Il était de plus en plus écœuré. Il osa quand même à entrer en apercevant la bibliothèque où se trouvait la fameuse collection de livres. Il faillit tomber en se prenant le pied dans du linge jeté sur le sol.

 

- Bordel ! Laissa-t-il échapper.

 

 Il lança un mauvais regard autour de lui. C’est à cet instant qu’il entendit un sanglot. Intrigué, il chercha d’où provenaient les pleurs.  Ses pas le dirigèrent vers la salle de bain dont la porte était fermée à clé par l’extérieure. C’était nouveau ! Il ne se souvenait pas que la porte de la salle de bain ait ce genre de serrure.

 

 Après un instant de réflexion, il finit par ouvrir la porte. Les sanglots venaient de là. Il n’allait pas rester les mains dans les poches quand même ! Akemi, recroquevillée sur elle-même contre la baignoire et l’évier, avait le visage contre ses genoux repliés. Que s’était-il passé ? Peiné de la voir dans cet état, Shuei vint s’agenouiller près d’elle. Il posa une main sur la tête de la gamine. Celle-ci sursauta. Elle ne l’avait pas entendu. Craintive, elle leva les yeux. Quand elle reconnut le jeune homme, elle lui sauta dans les bras, pleurant encore plus. Shuei la serra, intrigué. Il lui avait semblé avoir vu un bleu sur la joue de la fillette.

 

 Il préféra attendre qu’elle se calme avant de l’écarter pour observer le joli visage de la fillette. Ses lèvres devinrent un simple filet quand il aperçut réellement le bleu sur la joue. Il frôla avec douceur la joue endolorie.

 

- Qui a osé te frapper de la sorte, Akemi ?

 

 La fillette sentit les larmes revenir. En hoquetant, elle avoua :

 

- C’est Bernicio. Il a dit que j’étais dans son passage et que je l’avais mérité.

 

 Shuei pinça à nouveau les lèvres. La colère était en train de monter en grade.

 

- Et pourquoi es-tu enfermé dans la salle de bain ?

 

- Okaa san a dit que j’étais puni pour désobéissance. Elle m’enferme toujours dans la salle de bain quand elle trouve que je ne suis pas sage.

 

- Quelle stupide bonne femme !

 

 Shuei se releva et prenant la main d’Akemi, il sortit de la pièce. Il se retrouva alors en face du petit ami de la cousine de Gaku. L’homme, taillé comme un bœuf, regarda le jeune homme en face de lui avec un véritable mépris dans le regard.

 

- Dégage d’ici, sale pédé ! Cracha-t-il aussitôt.

 

 Shuei, loin de se démonter, lâcha la main de la petite qui recula de peur, et il croisa ses bras contre son torse, la tête haute. Calmement, le jeune homme s’écria :

 

- Si quelqu’un doit dégager, ce n’est surement pas moi. Cet appartement vous a été prêté dans un état de grande propreté. Vous avez jusqu’à demain pour le rendre dans le même état que nous vous l’avons prêté. Sinon…

 

- Sinon quoi, sale morveux ? Tu vas le dire à l’autre pédé ? Vous faites bien la paire. Dégage avant que je te démonte ta gueule de fouine.

 

 La colère monta à son apogée. Avant de s’en rendre vraiment compte de ce qu’il faisait, Shuei envoya son poing dans la figure de Bernicio. Celui-ci recula sur le coup, le nez éclaté. L’homme avait beau être taillé comme un bœuf et Shuei très mince de corps. Cela ne l’empêchait pas d’avoir des muscles et de la force due à la dance depuis son enfance.

 

 Bernicio poussa un grognement et sauta sur Shuei. Une bagarre eut lieu. Akemi, prenant vraiment peur, sortit de la maison en hurlant. Inoue et Gaku l’entendirent et sortirent en hâte. Gaku rattrapa alors juste à temps la petite qui faillit tomber des escaliers. Inoue s’occupa de calmer Akemi pendant que Gaku monta les marches quatre à quatre. Il entendait beaucoup trop de bruit.

 

 Arrivé dans l’appartement, il ne fit pas du tout attention à la mauvaise odeur ou du chantier, mais son regard se fixait plutôt sur les deux hommes se battant dans la salle à manger. C’était la première fois qu’il voyait vraiment Shuei en colère. Malgré leur taille différente et leur poids, le jeune homme ne se laissait pas le moins du monde dominer. Gaku devait bien avouer en être impressionné. Mais, il finit tout de même par réagir.

 

 Avec un énorme effort, il parvint à les séparer. Les deux hommes étaient essoufflés. Gaku dut mettre beaucoup de force dans ses paroles pour les garder à distance. Bernicio fit le geste de désobéir. Gaku vit rouge et lui envoya son poing également. L’homme se renversa sur le sol. Il lança un regard mauvais, mais il ne bougea plus.

 

 Gaku se tourna vers Shuei qui commençait à retrouver ses esprits. Gaku secoua la tête.

 

- Et bien ! Tu vas être beau !

 

 Shuei haussa les épaules avec indifférence. Il avait mal partout. Gaku se tourna vers l’homme à terre. Il reprit d’une voix sèche :

 

- Tu vas prendre tes affaires et tu dégages d’ici.

 

 À cet instant, Saori fit son apparition. Elle s’écria comme une malade quand elle trouva son homme le visage tuméfié.

 

- Que s’est-il passé ? Qu’est-ce que vous faites chez moi ?

 

 Gaku tiqua. D’une voix grondante, il s’exclama :

 

- Chez toi, Saori ? Aux dernières nouvelles, cette maison appartient à ma mère. Cet appartement est à moi. Je trouve inadmissible de le voir dans cet état, mais ce que je n’accepte pas, c’est la violence gratuite sur une enfant. Saori ? Comment as-tu pu accepter que cet homme lève la main sur ta fille ?

 

 La jeune femme lui jeta un regard de mépris.

 

- Elle ne va pas en mourir pour une baffe.

 

- Une baffe ? Avec le bleu qu’elle a ? S’écria Shuei. Elle a eu un coup de poing plutôt ! Vous me donnez la gerbe.

 

- Qu’est-ce que tu peux savoir, toi ? Tu as dû avoir une enfance heureuse. Akemi a été un peu secouée. Elle va s’en remettre. Je me suis bien remise des coups reçus par mon père.

 

 Gaku serra les poings. Il détestait déjà sa cousine avant, mais là, il ne la supportait plus. Il lança :

 

- Ce n’est pas parce que ton père te faisait subir le martyre que tu dois en faire autant à tes propres enfants, Saori. Tu me dégoutes. Regarde dans la merde où tu vis. Tu es exécrable. Si demain, je vous vois encore dans les parages, je vous jetterais par la peau du cul. Me suis-je bien fait comprendre ?

 

- Tu ne peux pas nous jeter à la rue.

 

- Je vais me gêner. Tu choisis de partir de ton plein gré avec ton pitbull ou c’est moi qui vous jette. 

 

- Je me vengerais. Je vais porter plainte contre coup et blessure contre ton petit ami ! Tu ne vas pas rire très longtemps.

 

 Gaku rétrécit les yeux de colère. Il comprenait très bien la colère de Shuei. Mais, il ne se baisserait pas à la frapper.

 

- Vas-y ! Nous verrons qui va rire. Tu n’as pas encore reçu la lettre, Saori ? Tu as perdu la garde de tes filles. Dorénavant, elles vont vivre avec moi. Tu pourras les récupérer quand tu auras repris tes esprits.

 

- Je te déteste, Gaku !

 

- Et bien, ça tombe bien, c’est réciproque. Allez toi, amène-toi ! Franchement, on n’a pas idée de se battre.

 

 Gaku se détourna de sa cousine pour prendre la main de Shuei pour le ramener en lieu sûr afin de lui nettoyer les plaies. Pendant tout le trajet, Shuei subit un sermon de tous les diables par Gaku. Ils ne faisaient plus cas des deux autres.

 

 Dans la cuisine, Megumi se trouvait avec sa mère quand les deux hommes pénétrèrent dans la pièce. Elle ouvrit en grand les yeux en apercevant l’état de Shuei. Elle n’avait jamais vu son meilleur ami blessé. Que s’était-il passé ? Elle aimerait poser des questions. Elle avait bien vu la petite Akemi pleurant dans les bras de sa mère. Mais elle n’avait pas imaginé que c’était plus grave que cela.

 

 Gaku ne s’arrêta pas. Il tirait toujours le bras de Shuei. Le jeune homme le suivait en silence, la tête vide de toute pensée cohérente. Gaku l’emmena dans la chambre de Kotoro et fit asseoir Shuei sur le lit. Ensuite, il sortit le temps de prendre la boite à pharmacie. Entendant Kira pleurée, il ordonna à sa sœur Mairu de s’en occuper. La jeune fille regarda son frère halluciné. Il ne lui avait jamais donné d’ordre auparavant. Elle n’osa pas désobéir pour autant.

 

 Revenu dans la chambre, Gaku s’agenouilla devant son petit ami. Il secoua à nouveau la tête. Il se mit en devoir de nettoyer les plaies. Au début, Shuei ne réagissait pas jusqu’à ce que le coton passe sur un point sensible.

 

- Bordel, Gaku ! Ça fait mal. T’es vraiment pas doué !

 

 Gaku fronça les sourcils.

 

- Arrête de faire ta chochotte ! Je vais aussi doucement que possible.

 

- Tu parles ! T’es une brute.

 

 Tout en continuant à soigner, Gaku répliqua :

 

- Et bien, tu vois ce qui arrive quand on choisit la violence.

 

 Shuei renifla en haussant les épaules.

 

- Tu aurais fait pareil.

 

- Erreur, mon ange. J’aurais évité qu’il se serve de ma tête comme punching-ball.

 

- Ah ! Très drôle ! Aïeeeeeeeeee !

 

 Pour se faire pardonner, Gaku se pencha et déposa un baiser sur les lèvres du garçon. Ensuite, il se mit à rire. Shuei redressa la tête, surpris.

 

- Qu’est-ce qui te fait rire ?

 

- Je me disais juste que tu es drôlement sexy avec tous ces bleus et cet œil au beurre noir.

 

- Baka ! Tu n’es pas obligé de te foutre de ma gueule. Avec tout ça, j’ai oublié de prendre le livre. La poisse !

 

 Gaku se remit à rire sous le regard noir de Shuei. Celui-ci finit par attraper un oreiller et le balança sur Gaku, exaspéré.

 

- Tu vas arrêter !

 

 Loin d’obéir, il continua de plus belle mettant Shuei en colère. Mais Gaku savait comment le calmer. Il fit basculer le garçon sur le lit et se mit à lui dévorer la bouche sexy en diable. Quand Shuei put reprendre son souffle, il se trouvait sous le corps chaud de Gaku. Il aimait cette place si chaude. Pourtant, il écarta les jambes pour entourer celles de Gaku et d’un coup de rien fit basculer son compagnon sur le côté. Il inversa les positions. Se trouvant en califourchon, le garçon admira son compagnon, les mains posées sur le torse, dont les doigts se mirent en devoir de déboutonner la chemise.

 

- Que fais-tu, mon Shu ?

 

- Je te déshabille.

 

- Pour quoi faire ? Demanda innocemment Gaku, les yeux pétillants.

 

 Shuei pencha son visage tuméfié. Il fixa ses yeux vairons à ceux de marron de Gaku. Il s’humecta les lèvres en passant la langue sur ses lèvres de telle façon que son partenaire déglutit avec difficulté. Finalement, Shuei susurra :

 

- Mais pour mieux te dévorer, mon enfant.