Chapitre 49

 

 Nathaniel entra dans sa chambre d’hôtel furax. Ils avaient toutes les preuves concernant Fûto Morita. Mais, la police réfutait ou plutôt refusait d’accepter leur négligence du passé. Enfin, il était cruel d’englober tout le monde dans le même bateau. C’était ces satanés supérieurs qui réfutaient leurs erreurs. L’enquête du jeune Ayato Morita n’était rien contre une autre enquête de meurtre en série de l’époque.

 

 C’était de la pure bêtise. La preuve était qu’il n’avait jamais réussi à attraper ce tueur en série. Un tueur qui avait sévi au Japon dans différentes villes, avant de s’envoler en Australie pour recommencer. Ce fut dans ce pays où il fut finalement arrêté après avoir tué une dizaine de jeunes femmes.

 

 Nathaniel se laissa tomber de tout son long sur le lit. Les bras sur les yeux, il se sentait fatiguer. Pourquoi avait-il accepté ce travail ? Luka lui avait fait la tête pendant plusieurs jours. Le Viking sourit tout en soupirant. Son compagnon lui manquait beaucoup trop. Le bougre s’amusait à l’énerver au téléphone. Il lui racontait ses soirées avec Shin, Ludwig ou ces longues conversations avec Sawako et compagnie.

 

 Luka était cruel avec lui. Il savait que lui aussi mourait d’envie d’être avec ses amis, pour les titiller comme à son habitude, pour rendre son petit Luka jaloux. Ce n’était pas juste. Il soupira à fendre l’âme. Il se promit que ce serait la dernière mission qu’il accepterait. Ensuite, il s’occuperait de son Luka. Il avait trop longtemps joué avec le feu en acceptant des missions dangereuses au risque de perdre Luka définitivement.

 

 Après tout, lui aussi égoïste comme il l’était avait ordonné à Luka de quitter la police. Il l’avait fait sans rechigner à la condition qu’il en fasse autant. Mais, Nathaniel ne l’avait pas fait. Il aimait son travail. Il avait rendu fou furieux Luka et celui-ci était parti. Nathaniel avait mis très longtemps avant de le retrouver. Celui-ci s’était enfui en Australie et squattait chez Shin et Lina. Quand il avait su où se trouvait son amour, il avait voulu s’y rendre de suite, mais il était en pleine enquête. Alors, il annonça à ses supérieurs qu’après cette enquête, il quitterait le travail d’agent.

 

 Mais cette enquête faillit bien lui briser ses rêves quand il reçut une balle près du cœur. Il était resté dans le coma pendant une longue période et quand enfin, il ouvrit les yeux la première chose qu’il aperçut fut le regard inquiet de son compagnon de retour auprès de lui. Pourtant, même si Luka était revenu, il lui avait fallu beaucoup de patience et d’amour pour le récupérer.

 

 Nathaniel se releva d’un bond du lit. Il voulait entendre sa voix. Alors sans plus attendre, il appela sur le portable de Luka. Il grogna quand il entendit la voix de Sawako à la place de celle tant entendue. D’une voix jubilante, le chat sauvage de Shin lui annonça que Luka se trouvait avec Shin pour un travail et qu’il avait oublié de prendre son téléphone. Bientôt, Sawako reprit un ton sérieux et demanda des nouvelles de ses amis japonais.

 

 Le bougre de Gaku oubliait souvent de lui téléphoner ou de lui écrire. Nathaniel accepta de bonne grâce à lui raconter tout ce qu’il savait grâce à Emori Morita avec qui il s’entendait plutôt bien. Il en avait su d’autres par Erwan, la veille. Sawako fut content d’apprendre que ses amis semblaient aller à merveille. Le jeune Japonais confia à Nathaniel de dire à Luce de rentrer assez vite maintenant, car son père devenait vraiment intenable depuis qu’il n’avait pas son bébé avec lui.

 

 Nathaniel n’en fut pas trop étonné. Carlin adorait son fils et tout le monde le savait. Luce absent devait rendre bien trop triste le père donc c’était ses amis qui en subissaient les conséquences comme toujours. Il resta au téléphone presque une heure. Ensuite, il décida de se nourrir. Ce serait une bonne chose. Mais c’est à cet instant que le téléphone se mit à sonner. Intrigué, Nathaniel décrocha. Son visage se mit à pâlir en apprenant la nouvelle. Kahori Morita avait disparu. Son fils venu lui rendre visite avait retrouvé la maison en désordre, mais aucune trace de sa mère.

 

 Le Viking attrapa ses clés et sortit en trombe de l’hôtel. Il rejoignit aussi rapidement que possible la demeure des Inamura. En arrivant, il repéra le véhicule d’Emori et celle d’Erwan. La police se trouvait également présente. Le visage de Nathaniel se ferma. Le chef de la police allait l’entendre. S’il n’obéissait pas à son ordre de s’occuper de Fûto Morita, il en référerait à plus haut grader. Il en avait assez d’être traité comme un incapable. Il avait voulu travailler en douceur, mais si on l’obligeait à être plus stricte alors il le ferait même si cela ne lui plaisait pas.

 

 Quand il pénétra dans la maison la première chose qu’il vit et surtout entendit, fut la prise de bec entre un agent de police et de Shuei Morita. Le garçon était dans une grande colère surement par les mauvaises insinuations de la police. Personne de la famille n’essayait outre mesure de calmer le garçon. Emori regardait son fils comme une première fois. Il ne l’avait jamais vu aussi en colère. Boudeur, grognon, mais colérique, il n’aurait jamais pensé un jour le voir ainsi.

 

 Le flic n’arrivait pas à avoir le dernier mot avec ce garçon. Celui-ci, tout en restant correct dans son langage, lui balançait toute leur erreur en pleine figure sans temps morts. Dans un sens, il fut presque soulagé de voir apparaitre le français. Par sa présence, Nathaniel parvint quand même à faire taire Shuei. Il comprenait aisément sa colère, mais ce n’était pas ainsi qu’il les aiderait. Nathaniel repéra les deux petites filles, l’une dans les bras de Gaku, l’autre lui tenant solidement la main.

 

 Elles observaient en silence la scène. Elles ne semblaient pas le moins du monde troubler par la colère de Shuei. La plupart des enfants détestaient entendre les adultes crier, mais ces petites ne semblaient pas être comme tout le monde. Elles avaient dû avoir l’habitude des cris. La plus jeune tout à coup se pencha fortement et tendit ses bras vers le garçon aux yeux vairons.

 

 Nathaniel faillit sourire de la panique qui traversa les yeux du garçon. Pourtant, Shuei la prit sans broncher. Il n’était pas à l’aise, mais le corps chaud de Kira lui calmait les nerfs à vif. Il s’inquiétait pour sa mère et c’était tout à fait normal. Araki, lui, se trouvait assis dans un canapé, se tordant les doigts à s’en faire mal.

 

 Finalement, Nathaniel prit les devants et demanda à Shuei de lui expliquer ce qui s’était passé. Shuei avoua être parti rendre visite à sa mère, car il ne l’avait pas vu depuis un moment. En arrivant, il avait repéré sa voiture indiquant qu’elle devait être présente. La première chose qu’il avait vue était que la porte d’entrée était grande ouverte ensuite, des chaises et des bibelots se trouvaient éparpiller sur le sol.

 

 Il avait cherché sa mère dans toute la maison au cas où elle serait blessée, mais il n’y avait personne. Alors, il avait appelé la police et son père ensuite. Pour ne pas gêner l’enquête, il était revenu chez Inamura pour attendre. Nathaniel se fâcha auprès des agents pour l’avoir mis au courant aussi en retard. À cause de leur stupidité, ils auront peut-être plus de difficulté à retrouver Fûto Morita. Il ne mâcha pas ses mots sur leur incapacité et leur inutilité.

 

 Être traité ainsi devant des civils ne leur plut pas vraiment, mais alors pas du tout. Mais, ils ne pouvaient rien contre cet homme qui avait l’immunité diplomatique. En tout cas, cela fit quand même réagir certains d’entre eux qui s’excusèrent de leurs idioties. Nathaniel fut quand même stupéfié. Ceux qui s’excusaient étaient les simples agents, pas ceux qui devraient être plus responsables de leurs actes.

 

 Nathaniel jura de faire un rapport détaillé sur l’incapacité de certains membres de la police locale. Il fallait que tout cela s’arrête. C’était des êtres innocents qui subissaient leurs torts. Il emmena avec lui, les agents dignes de confiance pour se rendre au domicile de Fûto Morita.

 

 Celui-ci ne s’y trouvait plus évidemment. Mais, ils y trouvèrent un cadavre. Fûto venait de commettre un deuxième meurtre, celui de sa propre femme. Si cet homme était capable d’en commettre, il craignait vraiment le pire pour la survie de Kahori et de Shion Morita.

 

 En fouillant la maison de fond en comble, il finit par trouver une autre adresse. Il la montra à Araki. Celui-ci, bouleversé par la mort horrible de sa mère, parvint quand même à indiquer le chemin pour s’y rendre. C’était une maison pour la chasse et la pêche. Elle se trouvait au fin fond de la forêt jouxtant la ville. Le garçon s’en voulait de l’avoir oublié, car cette maison lui rappelait que de mauvais souvenirs avec son père.

 

 Nathaniel le remercia et appela ensuite du renfort afin de se rendre sur les lieux tout en espérant ne pas arriver en retard comme cela pouvait arriver parfois.

 

 La lumière filtra à travers la petite lucarne. Elle illumina le corps avachi sur une vieille couverture. Celui-ci remua avec douceur avant de se redresser en un sursaut. Kahori frotta ses yeux pour essayer de voir un peu plus dans cette demi-pénombre.

 

 Elle remarqua la cheminée sur sa gauche, la table face à celle-ci. Elle se trouvait sur un vieux lit en fer d’une personne. Elle entendait des murmures vers le fond de la pièce. Elle ne ressemblait pas à celle de son kidnappeur, car la voix faisait trop enfantine. Y aurait-il un enfant dans cette maison ?

 

 Malgré la peur qui la tenaillait, la curiosité fut la plus forte. Kahori se redressa et se dirigea vers les murmures. Elle essayait de ne pas faire trop de bruit pour ne pas l’effrayer. Sa surprise fut-elle qu’elle laissa échapper un son. En face d’elle se tenait un jeune homme de vingt-sept ans dont certains de ses traits permettaient de le reconnaitre grâce à sa légère ressemblance avec son frère Araki.

 

 Mais, ce qui choqua la femme fut surtout de voir un visage très juvénile, enfantin sur ce garçon. Mon Dieu ! Qu’était-il arrivé à Shion ? Le jeune homme n’avait plus rien d’une personne normale. Il agissait comme un enfant de cinq ans. Il se balançait également de l’avant à l’arrière tout en dessinant.

 

 En entendant le cri, celui-ci s’arrêta et se tourna vers la femme. Il dut la reconnaitre, car il se mit à sourire et s’exclama joyeusement :

 

- Oba san, tu es réveillée ? Tu veux bien jouer avec moi ?

 

 Kahori, horrifié, recula d’un pas. La main portée devant la bouche, elle essayait de s’empêcher de pleurer. Comment en était-il arrivé à ce stade ? Des bruits de pas s’entendirent. Kahori se retourna d’un bond et se retrouva devant Fûto Morita. Elle n’en fut pas si étonnée. Maintenant, au bout de temps d’années, elle se demandait comment elle avait pu tomber amoureuse d’un homme comme lui.

 

 L’homme, dont le visage rappelé assez Emori, mais en plus froid et plus glacial, sourit. Il se trouvait à un mètre de cette femme qui l’avait quitté bien des années pour ensuite, épouser son frère détestable. Il ne lui avait jamais pardonné cette traitrise. Pendant des années, il avait joué à la comédie, mais il ne supportait pas de la voir heureuse sans lui.

 

 Il avait songé pendant toutes ses années à comment la punir. Un jour, il avait trouvé. Il avait trouvé cette drogue. Il l’avait d’abord essayé sur un clochard. Quand il avait vu les ravages. Il s’était empressé de la donner à Ayato, le premier fils de cette chienne. Il lui avait donné du mal. Mais, il avait fini par y arriver. Il lui avait alors ordonné de jouer à l’ange tombant du ciel.

 

 Ah ! La détresse de Kahori avait été un tel délice et celle de son frère, très jouissif. Il avait bien aimé mettre l’embrouille dans leur couple. Et puis, grâce à cette drogue, il avait pu la rendre vraiment chienne. Il en avait même fait profiter à son fils Shion. Ce garçon était sa fierté. Enfin, il l’avait été jusqu’à un certain point.

 

 En plus, le voir haïr Shuei, le second fils de cette chienne lui avait vraiment plu. Il avait tout fait pour que Shion soit détestable avec ce garçon ou encore avec son petit frère. Cette tapette ! Arg ! Il aimerait pouvoir le détruire. Il avait presque failli réussi, mais cet abruti s’en était sorti. La haine ! Mais ce n’était pas grave. Il devait d’abord s’occuper de briser Kahori, ensuite il s’occuperait de son fils Araki et de son cher frère Emori.

 

 Mais, Shion l’avait finalement déçu. Son garçon lui en voulait de lui avoir détruit son cher ami Ayato. Mais, son fils ne pouvait pas comprendre qu’il l’avait fait pour lui aussi. Ce garçon le menait dans le mauvais chemin. Il fallait le détruire avant que le mal ne s’empare de lui. Mais, Shion ne voulut rien savoir. Il allait appeler la police pour le faire arrêter.

 

- Ohayo Kahori ! As-tu bien dormi ?

 

- Qu’est-ce que tu me veux, Fûto ?

 

- Oh ! Comment tu me parles, chienne !

 

 Dans un geste rapide, il frappa la femme qui recula sur le coup. Kahori cria sous la douleur et porta la main sur sa joue. La peur ne la quittait plus. Qu’allait-elle devenir ?

 

- Otou san ne tape pas Oba san.

 

- Ferme-la Shion ! Va dans ton coin et n’y bouge pas tant que je ne te l’ai pas dit.

 

 Kahori jeta un coup d’œil vers l’arrière. Elle vit le jeune homme obéir comme une marionnette. Les yeux agrandis par la peur, elle finit par demander.

 

- Que lui as-tu fait ?

 

 Fûto eut un rire hystérique et avoua :

 

- Ce que je lui ai fait ? Je lui donnais la drogue que je t’ai donnée pendant des années, Kahori. Tu n’en as jamais rien su, pas vrai ? Tu bois toujours un actimel le matin. Il m’a toujours été facile d’entrer chez vous quand vous étiez absent pour mettre la drogue dans ta boisson.

 

 Kahori, les larmes coulant sur ses joues, ne savait pas quoi faire. Que voulait-il faire d’elle ? Elle avait vraiment très peur. Elle demanda d’une toute petite voix.

 

- Est-ce toi qui as drogué Shuei ?

 

 Fûto sourit encore plus. Il tenait un bâton entre ses mains. Il le serra un peu plus.

 

- Oui, évidemment. Je voulais qu’il fasse comme son grand frère. Mais, ça n’a pas marché. La haine, alors je vais le rendre malheureux en lui prenant sa chère maman. Tu te souviens de ton petit Ayato ? Veux-tu que je te dise ce qu’il lui est arrivé ? Ah ! Il se rendait toujours sur ce pont en compagnie de Shion. Il te ressemblait tellement. Un jour, Shion ne se trouvait pas avec lui, alors je me suis approché et je lui ai fait boire une boisson où j’avais mis la drogue rouge.

 

 Fûto se mit à rire tout en faisant de grands gestes très menaçants. Kahori serra ses mains contre elle. Elle recula doucement apeurer. Que quelqu’un lui vienne en aide !

 

- La drogue a agi très vite. Alors, je lui ai dit : monte sur la rembarre du pont et fait le saut de l’ange, Ayato. Et tu sais ce qu’il a fait ? Exactement ce que je lui ai dit !

 

 Fûto éclata de rire de plus belle. Kahori sentit la rage lui monter dans le cœur. Cet homme venait d’avouer avoir tué son bébé ? Un cri de rage s’échappa alors de ses lèvres. La femme oublia en un instant sa peur pour foncer sur l’homme toute griffe dehors. Fûto fut pris par surprise. Le bâton tomba sur le sol dans un fracas.

 

 Kahori était comme une furie. Il se fit mordre et griffer de partout, mais il parvint au bout d’un moment à reprendre le dessus. Il frappa violemment la femme. Kahori s’écroula sur le sol en larme se tenant les côtes et toussant à cause du coup donné. Fûto regarda la femme avec haine. Si elle ne l’avait pas quitté des années auparavant, rien de tout cela ne serait arrivé. C’était de sa faute s’il perdait la raison maintenant.

 

 Il ramassa son bâton et s’approcha du corps recroquevillé. Il eut un rictus avant de baisser son bras violemment contre elle. Kahori poussa un hurlement et protégea son visage de ses bras. Le coup tomba et Kahori reçut un corps sur elle. Elle cligna des yeux de surprise.

 

 Shion se trouvait avachi sur elle, pleurant sous la douleur en silence. Pourquoi avait-il fait ça ? Fûto semblait en grande fureur. Il avait été sur le coup très surpris par l’intervention de son fils. Shion avait reçu le coup à la place de Kahori. Sans plus faire cas de son fils, il releva le bras pour le frapper à nouveau. Kahori hurla d’arrêté. Il allait finir par le tuer.

 

 À cet instant, la porte s’ouvrit violemment sur plusieurs hommes armés. Une voix d’homme ordonna à Fûto de baisser son bras et de déposer le bâton. Fûto jeta à peine un regard vers la voix avant de désobéir.

 

 Il baissa son bras pour frapper son fils, une nouvelle fois. Cela lui apprendra à désobéir aux ordres. Kahori attrapa à bras le corps Shion pour le faire basculer. Ainsi l’arme frappa le bas du corps plutôt que la tête. Un coup de feu retentit et le bâton tomba sur le sol avec quelques gouttes de sang. Fûto regarda sa main en sang avec fascination avant qu’il ne parte dans un fou rire incontrôlable.

 

 Shuei arriva à l’hôpital en quatrième vitesse en compagnie de Gaku. Il fonça à l’accueil afin de se renseigner sur la chambre voulue. Ensuite, sans faire plus cas de son petit ami, il se rendit à la chambre indiquée. Kahori se trouvait assise sur le lit, le regard perdu. Elle avait pleuré toutes les larmes de son corps. Apprendre la vérité sur la mort de son fils avait bien failli l’achever une nouvelle fois.

 

 Mais en apercevant Shuei à l’entrée de la chambre, elle comprit à quel point elle avait remonté la pente. Elle accueillit son deuxième fils dans les bras. C’était si agréable. Elle avait bien cru qu’elle ne pourrait plus le tenir ainsi.

 

- Okaa san, tu vas bien ?

 

- Oui, mon garçon, je vais bien. Ne t’inquiète pas.

 

 Shuei s’installa sur le bord du lit près de sa mère. Il lui tenait fermement la main. Il avait bien cru ne plus la revoir.

 

- Je t’aime, Okaa san.

 

 Kahori laissa couler les larmes le long de ses joues avec un tendre sourire ravi. Gaku secoua la tête, amusée. Shuei savait y faire pour les faire craquer. Gaku préféra les laisser seuls. Il se tourna pour rejoindre la salle d’attente quand il aperçut Araki, anéanti. Celui-ci était accablé. Gaku se laissa tomber sur une chaise près du jeune homme.

 

- Comment va Shion, Araki ?

 

 Le jeune homme se secoua et essaya les larmes d’un geste rageur. Il annonça :

 

- Il va bien, mais il ne pourra jamais plus redevenir comme avant. Bordel, Gaku ! Otou san lui a détruit le cerveau. Mon frère restera éternellement avec un esprit d’enfantin. Les médecins disent que cela fait des années que Shion prenait de la drogue rouge, surement sans s’en rendre compte. Et que ces derniers mois, il en avait prit des plus fortes doses ce qui avait fini par le détruire complètement.

 

- Je suis sincèrement désolé.

 

- Oui, moi aussi. Je n’ai jamais rien vu et je m’en veux. J’ai toujours cru que je le détestais et que c’était réciproque. Mais, c’est juste la faute de papa. Il lui a ordonné de me détester alors Shion a juste obéi. C’est cruel !

 

- Que vas-tu faire maintenant ?

 

 Araki ferma un instant les yeux, puis expliqua :

 

- Shion doit vivre dans un centre spécialisé. Il y en a un à Tokyo. Je vais faire les démarches pour qu’il y soit envoyé. J’en ai parlé à Ikkei. Il est d’accord pour qu’on aille souvent lui rendre visite. C’est mon frère et il a besoin de moi. Je ne vais pas l’abandonner.

 

- Je suis sûr que t’avoir à ses côtés souvent lui permettra d’aller beaucoup mieux.

 

- Je l’espère aussi, Gaku. Je l’espère.

 

- Je viendrais lui rendre visite aussi Araki, s’enquit une autre voix.

 

 Gaku tourna son regard vers son petit ami qui arrivait en compagnie de son père. Emori ébouriffa les cheveux noirs de son neveu. Il reprit :

 

- Nous avons décidé de venir le voir de temps en temps pour lui montrer qu’il n’est pas tout seul et toi non plus.

 

 Araki ouvrit en grand les yeux. Il n’en avait pas espéré tant.

 

- Nous ?

 

- Oui, nous. Shuei et moi, nous viendrons vous ennuyer. Et je crois bien que Kahori le désire aussi.

 

 L’ex-femme d’Emori hocha la tête.

 

- Je lui dois bien cela. Il m’a protégé contre les coups de ton père. Et puis, je m’en veux également pour tout ce qui s’est passé avec lui. J’ai l’impression d’en être responsable.

 

 Araki se leva et se jeta dans les bras de la mère de son cousin. Kahori en fut très surprise, mais serra le corps très mince du jeune homme.

 

- Oba san ne t’en sent pas responsable. Le seul vrai coupable, c’est otou san et personne d’autre. D’accord ?

 

 Quelques minutes plus tard, le médecin autorisa Kahori à rentrer chez elle. Emori se chargea de la ramener chez elle, en compagnie d’Araki et d’Ikkei. Gaku et Shuei reprirent eux aussi leur route vers la maison Inamura. Shuei regardait la route sans vraiment la voir défilée. Il était perdu sans ses pensées. Gaku jeta un rapide coup d’œil vers son ange avant de regarder à nouveau la route. Il s’exclama :

 

- Alors, trouves-tu toujours difficile de tenir une petite fille dans les bras, mon Shu ?

 

 De quoi parlait-il ? La lumière se fit dans le cerveau de Shuei en se souvenant avoir gardé Kira dans les bras tout le long de l’attente pour avoir des nouvelles de sa mère. Il grimaça et grogna :

 

- Tu parles ! J’avais toujours peur de la faire tomber. Et puis, elle devrait arrêter d’être portée. Elle est grande maintenant.

 

 Gaku sourit.

 

- Mais mon ange, c’est qu’elle t’aime beaucoup. Et c’est le seul moyen pour elle de te faire des câlins.

 

- Ppffff ! Ce sont tes câlins que je veux, pas les siens.

 

- Menteur !

 

 En colère, Shuei donna un coup de poing dans l’épaule de son compagnon au risque de leur faire un accident. Le reste du trajet, l’atmosphère s’électrisèrent grâce aux moqueries de Gaku, mettant en boite Shuei de plus en plus grognon.