Chapitre 48

 

 Puisqu’il semblait que Saori resterait pour un certain temps, Inoue décida d’inscrire Akemi à l’école du coin. La petite Akemi refusa au début à y aller. Mais dès qu’elle sut que Gaku avait été dans cette école, elle arrêta aussitôt son caprice. Inoue fut assez surprise de la rapidité avec laquelle la petite s’était attachée à son fils. Il fallait dire qu’il se révélait être très doué pour les éduquer. Mairu et Megumi avaient beaucoup plus de mal à les accepter. Lymle les effrayait avec son sale caractère. Seule, Kotoro parvenait également à les dompter.

 

 Mais la jeune femme n’était pas toujours présente. Elle avait décidé de vivre avec Tooru. Elle put ainsi mieux le connaitre et surtout la tristesse qui régnait toujours dans son cœur en rapport avec le décès de son fils. Il n’arrivait pas non plus à rester avec des enfants. Ceux-ci lui rappelaient trop Kii. Inoue espérait sincèrement que ce malaise cesserait un jour. Kotoro était une jeune femme aimant trop les enfants pour ne pas en avoir.

 

 La rencontre de Shuei avec Saori fut sous les sarcasmes. Shuei n’ayant pas sa langue dans sa poche ne se gênait pas pour lancer des piques qui agaçaient fortement la jeune femme. Quant aux petites, il jouait les indifférents. Akemi l’observait ne sachant pas comment agir avec lui. Elle avait vite compris qu’il était quelqu’un de spécial pour son oji san. Mais, il semblait souvent agacer quand elle venait les déranger. Kira, au contraire, n’avait aucun mal avec Shuei. Elle le trouvait surement à son goût, car la petite était fascinée par les yeux vairons du jeune homme.

 

 Gaku ne faisait pas cas des grognements de son compagnon. Il avait beau faire croire que les gamines ne l’intéressaient pas, cela ne l’empêchait pas de faire attention à elles quand même. Et puis, il trouvait Shuei trop craquant en mode boudeur ou grognon. Comme il le faisait en ce moment, car Akemi venait de squatter Gaku pour lire une histoire pour dormir. Le garçon se laissa tomber sur le lit, boudeur. Il se tourna vers le mur en soupirant.

 

 C’était rageant. Pourquoi devait-il dormir dans la chambre de Kotoro ? Quand est-ce que cette bonne femme se déciderait à quitter cette maison ? Il voulait retrouver le confort de l’appartement de Gaku. Il aimait bien la maison d’Inoue, mais il n’y avait pas beaucoup d’intimité. En plus ici, les petites pestes embêtaient Gaku à tout bout de champ. Il soupira à nouveau.

 

 Il devait quand même avouer que grâce à elles, il pouvait observer une nouvelle facette de son amoureux. Gaku était un tendre, mais il avait une vraie douceur quand il s’occupait des filles. Mais, ce n’était pas une raison pour le délaisser. Avec la reprise des cours, plus le travail de Gaku, ils ne pouvaient pas se voir aussi souvent. Alors dès qu’il pouvait, il voulait rester auprès de son Ga-san, mais voilà celui-là était occupé à jouer les papas poule. C’était énervant !

 

 Gaku referma le livre qu’il tenait en main. Il caressa ensuite la chevelure noire d’Akemi. Celle-ci venait de s’endormir sur ses genoux. Il se redressa tout en soulevant le petit corps tout léger. Il la déposa ensuite dans son lit. Avant de quitter la chambre, il jeta un coup d’œil à Kira. La plus jeune dormait à poings fermés, tenant contre elle une vieille peluche appartenant à Shuei. Gaku sourit et secoua la tête. Il se dirigea vers la chambre de Kotoro.

 

 En observant le dos de son ange, Gaku secoua à nouveau la tête. Il boudait, cela ne faisait aucun doute là-dessus. Il referma la porte et tira le verrou, juste par précaution. Ensuite, il retira ses vêtements avant de s’allonger à son tour sur le lit. Il positionna les mains sous la tête et regarda le plafond un long moment. Il n’attendit pas très longtemps. Shuei finit par se retourner. Il positionna sa tête sur le torse musclé, tout en moulant son corps contre celui tout chaud.

 

 Shuei posa une main sur le ventre plat. Il joua avec le bord de la couverture. Gaku laissa retomber ses bras sur le drap. Une de ses mains s’aventura dans les cheveux gris pâle. Shuei soupira d’aise.

 

- Tu en as mis du temps, Ga-san, finit par laisser échapper le garçon.

 

- Mmmmm ! Tu exagères un peu.

 

- Pfft ! Même pas vrai. Pourquoi est-ce toi qui s’occupes d’elles ? Leur mère ne peut pas le faire ? Ou Meggy ou Lymle ?

 

 Gaku fronça les sourcils.

 

- Leur mère se fiche royalement d’elles. Quant à mes sœurs, tu n’auras qu’à leur demander. Si je m’occupe d’Akemi et de Kira, c’est parce que j’aime bien le faire. Ce n’est en aucun cas une contrainte, Shuei. Va falloir t’y faire.

 

- Hein ? Et moi alors ? Pendant que tu es avec elles, tu me délaisses.

 

 De mauvaise humeur, Shuei quitta la chaleur pour se tourner à nouveau vers le mur. Gaku, loin de s’en offusquer, gloussa en se tournant à son tour vers le dos du garçon. Il se moula ensuite contre le corps mince. Shuei grogna, mais le jeune homme ne se laissa pas émouvoir. Gaku déposa ses lèvres contre la peau fine de la nuque dénudée. Ses mains glissèrent sur les hanches.

 

 Shuei essaya tant bien que mal à les repousser, mais Gaku tient bon. Le garçon pouvait sentir contre son dos le désir tendu. Les mains vadrouilleuses savaient comment le faire céder. Shuei maudit son compagnon de le rendre aussi docile. Il se laissa harper par un Gaku vorace et surtout joueur. Le garçon se fâcha plus d’une fois à cause des amusements de son compagnon qui le rendait fruste à chaque fois.

 

 Le lendemain étant jour de repos pour les lycéens, Shuei pensa pouvoir accaparer Gaku toute la journée, mais ce fut contre l’avis de Megumi. Celle-ci vint le supplier de venir au cours de dance. Okémi sensei s’était cassé le bras pendant le week-end dernier. Shuei, étant très doué pour comprendre les pas sans démonstrations, pourrait les montrer aux autres. Elle eut bien du mal pour le faire céder. Il avait arrêté la dance, il ne voyait pas pourquoi il devrait y remettre les pieds. Finalement, elle eut gain de cause grâce à son frère. Qu’est-ce qu’il pouvait être génial parfois ! Il promit à Shuei de venir le chercher à la fin du cours.

 

 Tous les danseurs furent très heureux de revoir le garçon, tout comme le professeur. Il avait toujours été son préféré. Elle avait été très triste de le voir arrêter la dance alors qu’il était très doué. Mais Megumi regretta deux heures plus tard d’avoir demandé de l’aide de son meilleur ami. Il se révélait épouvantable comme professeur.

 

 Elle était certaine qu’il prenait son pied à les houspiller comme il le faisait. Parfois, sa voix froide et sèche lui faisait beaucoup de mal. Elle avait presque tendance à vouloir lâcher prise, mais elle savait aussi que tous les reproches qu’il lui faisait étaient véridiques. Maintenant, elle dansait en couple avec Seito. Bien qu’elle aimait beaucoup son petit ami, elle avait eu beaucoup de mal à danser avec lui.

 

 Avoir eu Shuei comme partenaire pendant plusieurs années lui avait mis un blocage. Le garçon dut s’en rendre compte, car il la fonça à danser avec Bunka. Il se révéla que la jeune fille y arriva beaucoup mieux. Bunka avait la bonne taille pour Megumi. Seito avait un trop long corps pour un petit insecte comme Megumi.

 

 Malgré le mauvais caractère de Shuei, Okimi sensei ne regretta pas sa venue. Ces élèves en furent ravis même s’ils maudirent plus d’une fois Shuei pour ses sarcasmes. À la fin du cours, ils se réunirent tous pour discuter un petit moment. Les garçons voulaient des nouvelles de leur camarade. Puis petit à petit, la salle se vida laissant juste Megumi, Seito et Okimi sensei pour nettoyer.

 

 Shuei rageait intérieurement. Gaku lui avait promis de venir le chercher et monsieur n’était toujours pas arrivé. Il allait l’entendre. Pour s’occuper, il aida ses amis à ranger tout en se chamaillant avec sa Meggy. Finalement, la porte d’entrée s’ouvrit laissant le passage à Gaku accompagné par Akemi et de Kira.

 

 Shuei fronça les sourcils. Pourquoi étaient-elles là ? Il s’approcha pour demander la raison. Mais avant qu’il ne dise quoi que ce soit, Gaku lui déposa Kira dans les bras.

 

- Ah ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse de cette chose, Ga-san ?

 

- Cette chose, Shu chan, elle a un nom. Tu la tiens le temps que je dise bonjour. Et par la même occasion, tu surveilles Akemi.

 

- Hein ? S’exclama Shuei, en jetant un coup d’œil à la petite fille sagement assise sur une chaise d’attente.

 

 Gaku s’éloigna rapidement avec un sourire amusé afficher sur son visage. Megumi remarquant le manège se doutait bien que son frère avait manigancé. Gaku embrassa sa sœur et salua le professeur et Seito.

 

- Ce n’est pas gentil, Gaku kun. Je sens bien que tu vas passer un sale quart d’heure plus tard.

 

 Gaku adressa un grand sourire à Okimi sensei. Il haussa les épaules.

 

- Onii san, tu n’as pas honte de t’amuser aux dépens de Shuei. Tu vas te faire frapper, un de ces jours.

 

 Son frère lui pinça le nez. Megumi lui lança un mauvais regard. Il gloussa :

 

- Pffft ! Shu est un grognon, Meggy. Et il est trop mignon quand il boude. Je ne peux pas m’en empêcher.

 

 Okimi sensei éclata de rire.

 

- Onii san est un baka, renchérit Megumi, en secouant la tête, mais elle affichait un sourire.

 

 Après tout pour une fois que l’on faisait grailler Shuei plutôt qu’elle, elle ne voyait pas pourquoi elle dirait quelque chose. Après encore quelques mots, Gaku rejoignit enfin son compagnon agité. Celui-ci ne savait pas quoi faire avec les petites. Il fut donc soulagé de revoir Gaku revenir.

 

 Ils sortaient du bâtiment quand Shuei demanda :

 

- Pourquoi es-tu venu avec elles ?

 

- Parce qu’il y a personne pour les garder. Et puis, j’avais promis à Akemi de l’emmener au parc.

 

- Hein ? On ne rentre pas ?

 

- Je viens de le dire, Shu. Nous allons au parc. Il est juste à côté.

 

- Si c’était pour jouer les baby-sitters, tu aurais pu t’abstenir de venir me chercher.

 

 Shuei enfonça ses mains dans les poches. Gaku lui jeta un coup d’œil. Le garçon regardait le sol avec insistance. Il secoua la tête.

 

- Tu fais comme tu veux, Shu. Soit tu viens avec nous, soit tu rentres. En tout cas, moi je vais prendre l’air dans le parc et je vais m’amuser.

 

 Sans plus faire cas de son partenaire, Gaku reprit la route en direction voulue. Kira voulait marcher. Alors, il la déposa sur le sol et lui tient une main, Akemi tenant l’autre. Ils marchaient au rythme de la plus jeune. Gaku ne jeta aucunement un coup d’œil pour savoir si finalement, Shuei les suivait. Il aimait comme un fou Shuei, mais il était hors de question d’être étouffé par une jalousie stupide.

 

 Shuei resta sur place. Il en voulait à Gaku. Il se mordit les lèvres. Il tourna son regard dans les deux directions. À gauche, il rejoignait Gaku, à droite, il rentrerait chez lui avec le bus. Il hésita un long moment, mais quand il ne vit plus Gaku dans son champ de vision. Il se traita de tous les noms avant de le rejoindre rapidement, tout en restant à l’arrière.

 

 Le parc était un bon lieu de rencontre. Shuei se rendit compte que Gaku était connu. Une mère de famille vient même lui emprunter les deux petites. Pourquoi laissait-il les deux fillettes à cette inconnue ? Était-il donc stupide ? Shuei fronça les sourcils. Pourquoi s’en inquiétait-il ? Le garçon se laissa tomber sur un banc à l’écart.

 

 Il se trouvait au moins tranquille tout en ayant un aperçu de tous les enfants, dont cette fameuse femme. Gaku regarda autour de lui et le repéra. Il sourit et il était soulagé. Il s’installa à ses côtés. Shuei finit par demander :

 

- Pourquoi as-tu laissé les filles avec cette femme ?

 

 Gaku gloussa. Alors, monsieur s’inquiétait finalement.

 

- C’est la femme d’un collègue. C’est une personne très gentille, un peu comme Kotoro.

 

- C’est la femme de ton collègue blessé avant les vacances ?

 

- Oui, celui-là même.

 

 Gaku jeta un coup d’œil autour de lui, puis il se pencha et déposa un baiser sur les lèvres de son compagnon. Shuei sursauta.

 

- Pas en public, Ga-san. Il y a des enfants.

 

- Personne ne regardait, Shu. As-tu arrêté de bouder ?

 

- Pour aujourd’hui.

 

 Gaku se frotta le menton un instant, puis il finit par avouer.

 

- Shu, j’ai fait une demande auprès des services sociaux pour avoir la garde d’Akemi et de Kira. Erwan m’a donné le nom d’un excellent avocat si j’en ai besoin.

 

- Quoi ? Mais enfin pourquoi ? Et moi dans l’histoire ? Tu aurais pu m’en parler d’abord ?

 

 Gaku soupira et grimaça :

 

- Certes, j’aurais dû t’en parler d’abord. Mais, quoi que tu aurais dit, j’aurais quand même fait la demande. Akemi et Kira sont malheureuses avec leur mère. Je crois même qu’elle a déjà eu recours à la violence avec elles. Je ne le supporte pas, Shu.

 

- Je deviens quoi dans l’histoire ?

 

 Gaku leva la main et enfonça ses doigts dans la chevelure grise. Ensuite, il noua ses doigts avec ceux du garçon.

 

- Tu restes l’homme que j’aime, Shu. C’est à toi de voir si tu veux toujours de moi, même si deux petites filles font partie du lot.

 

- Baka ! Je t’aime Ga-san. Akemi et Kira ne me gênent pas tant que ça, mais je ne sais pas comment faire avec elle.

 

- Elles t’intimident ?

 

 Shuei s’agita. Il ne voulait pas avouer être paniqué d’être seul avec elles. Mais, il finit par hocher la tête. Gaku fut soulagé. Il préférait sincèrement cela plutôt que d’apprendre que Shuei les détestait. Il n’aurait pas supporté de faire un choix. Cela lui aurait brisé le cœur.