Chapitre 47

 

 La rencontre de Gaku et sa cousine fut plutôt froide. Le soir venu, Gaku, après une douche, c’était rendu dans la cuisine. Sa mère s’y trouvait en compagnie d’Akemi et de Kira, l’une assise sur les genoux d’Inoue et l’autre sur une chaise haute. Gaku fronça les sourcils. Ce soir était le jour de repos de Lymle. Elle était partie plutôt pour rejoindre Mugen pour une séance de cinéma. Que faisait sa mère encore dans la maison au lieu d’être au restaurant ?

 

 Inoue avoua, mal à l’aise, qu’elle ne pouvait pas laisser les enfants tous seuls. Mairu et Megumi étaient absentes également. Gaku secoua la tête. Où était sa cousine ? Elle n’était pas rentrée de toute la journée. Gaku sentit la moutarde lui monter au nez. Heureusement que peu de temps avant, il avait discuté avec Shuei au téléphone. Sa moitié lui avait remonté le moral.

 

- Je vais les garder, Okaa san. Tu ne peux pas laisser le restaurant.

 

- Ne t’inquiète pas, mon garçon. Saori ne va pas tarder, j’en suis sûre. J’irai au restaurant un peu plus tard. Les employés savent se débrouiller sans moi.

 

- Ce n’est pas correct pour eux. Nous sommes un jour de grande affluence. Ils auront besoin de ton aide.

 

 Inoue réfléchit un peu. Son fils avait bien raison, mais….

 

- Je sais. Vas-y à ma place. Tu sais y faire dans un restaurant.

 

 Gaku soupira. Il porta ses mains sur les hanches et répliqua catégoriquement :

 

- Non, il est hors de question que j’y aille. Je préfère encore faire le baby-sitter.

 

 Inoue esquissa un sourire. Elle se pencha vers la petite Akemi. Elle était rapidement tombée sous le charme des deux fillettes. Celles-ci le lui rendaient bien d’ailleurs.

 

- Je dois m’en aller, ma puce. Tu seras sage avec Gaku. D’accord ?

 

 Akemi hocha la tête, de nouveau intimidée. Inoue hésita encore quelques instants avant de finalement se décider à se changer pour rejoindre rapidement le restaurant. Gaku se gratta la tête après son départ. Kira suçait son pouce toujours installé sur la chaise haute. Akemi attendait trop sagement à table. Ces deux enfants étaient bien trop calmes.

 

 Il s’approcha de la plus grande. Il s’agenouilla devant elle. Akemi se tendit. Elle serra ses mains l’une dans l’autre. Gaku lui demanda d’une voix ferme de se tourner vers lui. Akemi lui obéit aussitôt.

 

- Bon, mademoiselle Akemi. Si tu me disais ce que tu aimerais faire ?

 

 La petite leva ses yeux noisette vers l’adulte, stupéfaite. Personne ne lui demandait ce genre de chose. Elle devait juste obéir aux ordres donnés. Se mettant à rougir, elle murmura d’une toute petite voix :

 

- J’aimerais bien regarder la télé, un dessin animé. Okaa san n’aime pas ça alors je n’en ai rarement vu.

 

 Gaku, ébahi, écoutait la demande de la petite. Depuis quand refusait-on à un enfant de regarder un dessin animé ? Gaku lui adressa un grand sourire, puis tout en se redressant, il l’attrapa dans ses bras. Akemi poussa un petit cri de surprise avant de rire.

 

 Sa peur de cet adulte que sa mère n’aimait pas s’était envolée. Gaku se dirigea vers Kira. La plus jeune le regarda, la tête penchée sur un côté, sans sourire. Elle ne semblait pas le moins du monde farouche, mais depuis qu’il l’avait rencontré, il ne l’avait pas encore vu sourire ou rire une seule fois. Ce n’était pas normal, non plus.

 

 Avec son chargement, il les emmena vers le salon. Il déposa la plus grande sur le fauteuil, mais garda la plus petite à bras. Kira suçait son pouce, la tête posée sur l’épaule large. Gaku alluma la télé et zappa les différentes chaines afin d’en trouver une au gout d’Akemi. Ensuite, il s’installa auprès d’elle, posant la plus jeune sur ses longues jambes.

 

 Kira se mit à regarder la télé en silence. C’était assez perturbant. Akemi, quant à elle, elle regarda Gaku bizarrement. Le jeune homme finit par demander.

 

- Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai de la confiture sur la joue ?

 

 Akemi secoua la tête. Elle finit par avouer.

 

- Les grands ne regardent pas les dessins animés.

 

- N’importe quoi ! J’aime regarder les dessins.

 

- Okaa san dira que tu n’es pas fini.

 

 Gaku fronça les sourcils. Il n’arrêtait pas en ce moment de froncer les sourcils. Il allait finir par avoir des rides. Que voulait-elle dire par « pas fini » ? Akemi esquissa un sourire et montra sa tête. Gaku ouvrit en grand les yeux. Saori était-elle saine d’esprit pour dire des choses pareilles à sa fille ? Depuis quand un adulte était-il stupide en regardant un dessin animé ? La personne la plus idiote pour l’instant était bel et bien l’absente.

 

 À cet instant, la porte d’entrée claqua. Gaku entendit deux voix, l’une féminine et l’autre masculine. Une femme, assez grande et aux cheveux noirs aux mèches blondes, fit bientôt son apparition dans le salon. Avant même de saluer son cousin, elle s’écria :

 

- Akemi ? Qu’est-ce que je t’ai dit ? Tu ne dois pas regarder de dessin animé. Cela va te rendre idiote.

 

 Gaku ne put garder sa langue dans sa poche. Il répliqua :

 

- L’idiote ici, c’est plutôt toi, Saori !

 

 La jeune femme se tourna vers son cousin qu’elle n’avait pas vu depuis fort longtemps. Si son compte était juste, cela faisait presque douze ans. Elle se doutait bien qu’il aurait changé, mais à ce point-là, elle en fut scotchée. Avant, il était d’une minceur à faire peur, maintenant, il faisait bien une tête de plus qu’elle et son corps avait suivi un bon exercice.

 

- Garde tes réflexions pour toi, Gaku. C’est ma fille alors je l’élève comme je le veux.

 

- Ah oui ? Où étais-tu alors ? Pourquoi n’étais-tu pas présente auprès de tes filles ?

 

- Je ne les ai pas laissés seuls. Oba san était là.

 

 Gaku fronça les sourcils. Il s’en était douté.

 

- Je te préviens d’avance. Okaa san n’est pas une nourrice. Elle a un travail très fatigant. Je t’interdis de profiter d’elle comme tu commences à le faire. Je vais veiller au grain que cela te plaise ou non.

 

- Je n’ai pas peur d’une tapette dans ton genre, Gaku. Un seul coup et tu pleures comme une femmelette.

 

 Une lueur mauvaise traversa le regard de son cousin. Saori avala sa salive avec difficulté. Son compagnon, Bernicio choisit cet instant pour pénétrer dans la pièce. Il sentit de suite la mauvaise ambiance. Il jeta un coup d’œil vers ledit cousin. Gaku détailla l’homme. Décidément, il attirait vers lui tous les mecs taillés comme des bœufs. Mais contrairement au passé, il ne se laisserait pas faire.

 

- As-tu des soucis, Saori ?

 

- Non, t’inquiète. Il va se la fermer gentiment.

 

 Akemi se redressa et se cacha derrière Gaku. Le jeune homme lui jeta un regard rapide. La petite semblait effrayer face à cet homme. Nouveau froncement de sourcil ! Il en avait marre. Il décida de fermer le clapet de sa cousine et de son hurluberlu avant qu’ils ne se croient tout permis quand Inoue était absente.

 

- Écoute-moi bien, Saori Inamura. Je ne vais pas me répéter alors débouche grandement tes oreilles.

 

 Saori se tourna vers son cousin dont le ton avait bien changé. Elle eut un sourire hypocrite.

 

- Joue encore les malines et je te fous la gueule dehors ! Tu peux rester ici, tu peux même squatter mon appartement pendant quelque temps avec ton yéti, mais tu fais, tu dis, quelques choses contre mes sœurs, ma mère ou sur moi, je te flanque dehors sans regret.

 

 La jeune femme se mit à rire et répliqua :

 

- Tu n’oserais pas quand même mettre tes petites cousines à la porte. Tu es trop drôle, Gaku.

 

- Non, tu m’as très mal compris, Saori. Toi et ton gugusse serez jetés dehors, mais je n’ai jamais dit que tes filles t’accompagneront.

 

 Saori perdit son sourire. Le gugusse commença à s’approcher dangereusement. Gaku le regarda droit dans les yeux sans peur.

 

- Vas-y ! Menace-moi et je te préviens que tu te retrouvas à l’hôpital sans savoir comment. Va falloir arrêter de croire que tu es monsieur muscle. J’en ai connu des biens pires que toi et je n’en ai fait qu’une bouchée.

 

 Bernicio rejoignit finalement sa maîtresse. Ce n’était pas vraiment ce qu’ils avaient prévu. Cet homme n’était pas prévu au programme. Gaku se retourna vers la petite crispée sur son pantalon. Il posa une main sur la tête. Akemi leva les yeux vers lui.

 

- Vas-y regarde la télé, ma puce.

 

- Je peux, Oji san ?

 

 Gaku fut surpris par le titre donné, mais il ne s’en offusqua pas le moins du monde. Saori râla et disputa à nouveau sa fille. Elle n’osait pas s’en approcher. Akemi regarda sa mère un instant avant de lui désobéir pour la première fois de sa jeune vie. La plus jeune ne disait rien. Elle regardait la télé bien avant que sa mère n’arrive pour y mettre la pagaille. Elle s’en fichait comme d’une guigne.

 

- Tu n’as pas le droit, Gaku.

 

- Je vais me gêner, peut-être. Si tu veux squatter ici, c’est selon nos règles. Ah oui, petite chose, si je m’aperçois quelques destructions dans mon appartement, je vais vous le faire payer. Me suis-je bien fait comprendre ?

 

- Tu me détestes, n’est-ce pas ?

 

- Oui, tu ne peux pas savoir à quel point. Je croyais n’être pas de ce genre d’homme, mais comme quoi, il peut m’arriver de détester certaines personnes. Akemi et Kira sont les bienvenus dans cette maison, ce n’est surement pas votre cas, à tous les deux.

 

 Sans un mot, les lèvres pincées, Saori tourna les talons en emmenant son compagnon. Elle ne jeta même pas un regard à ses deux filles. Akemi observait la porte où sa mère était sortie. La tristesse la submergeait. Sa mère ne l’aimait pas. Elle lui avait déjà dit plusieurs fois. Pourquoi ? Qu’avait-elle fait pour être ainsi rejetée ?

 

 Elle ne pouvait même pas être jalouse de sa petite sœur. Sa mère s’en occupait encore moins. Elle se souvint même que sa mère l’avait déjà frappé parce qu’elle ne voulait pas s’arrêter de pleurer. La seule chose qu’elle savait faire, c’était leur donner des ordres. Devait-elle avouer à son oncle le nombre de fois où Saori les avait laissées seules dans la maison sans surveillance ?

 

 Gaku se passa une main dans ses cheveux décolorés. Puis, il se tourna à nouveau vers les fillettes. Il sourit attendri. Quand Saori était arrivée, il avait déposé Kira sur le canapé. La petite s’était endormi le pouce dans la bouche, nullement perturbé par la discussion des adultes. Par contre, le visage d’Akemi montrait à quel point, elle avait été blessée par sa mère. Le pauvre chou !

 

 Il lui ébouriffa les cheveux. Il s’exclama ensuite :

 

- Nous continuons notre visionnage pendant un moment. Ensuite, ce sera le bain pour mademoiselle Akemi, le manger et le dodo. Ça marche ?

 

 Akemi leva son petit visage tremblotant vers son grand cousin qu’elle avait décidé de considérer comme son oncle. Elle hocha la tête vivement. Elle retrouva un semblant de sourire.

 

 Tard le soir, Inoue rentra du travail fatigué. Elle rentra dans sa cuisine propre comme un sou neuf. Son fils était un ange. Il lui avait même laissé un mot avant d’aller se coucher. Il avait emprunté la chambre de Kotoro. Akemi dormait dans son ancienne chambre d’adolescent et la petite Kira dormait dans un lit parapluie. Il était parti l’emprunter à une voisine du quartier.

 

 Il l’informait également que Mairu et Megumi étaient bien rentrés, tout comme une Lymle rayonnante. Elle sourit amusée. Il ne fit nullement mention de Saori. Elle ne sut donc pas si celle-ci était rentrée ou non. Avec un soupir, elle jeta un coup d’œil dans la chambre réservée aux petites filles.

 

 Akemi dormait profondément. Mais Kira se trouvait debout dans son lit. Apercevant Inoue, elle lui tendit les bras. Inoue s’en approcha et la prit. En sentant une certaine odeur, elle comprit le problème. Elle se chargea donc de la nettoyer. Elle eut droit un énorme câlin. Inoue sourit bêtement. Elle remit la petite dans son lit. Celle-ci se coucha aussitôt et serra dans ses bras une vieille peluche. Inoue sourit à nouveau. La peluche appartenait à Mairu. Sa fille avait eu beau faire l’indifférente envers les filles, ce n’était que de la comédie.

 

 Inoue soupira d’aise. Elle avait beaucoup de chance d’avoir des enfants adorables. Ils l’aidaient du mieux qu’ils pouvaient. Elle avait bien cru être revenue derrière une cage, mais heureusement, son fils en avait la clé.