Chapitre 45

 

 Les meubles furent montés et installés. Dans toute la maison, des voix joyeuses et des rires fusaient. Shuei et Luce, bien évidemment, ne purent assister à cette joyeuse bande. Mais, ils s’en fichèrent un peu. Les deux garçons avaient décidé de visiter la ville. Hana avait préféré donner un coup de main, plutôt que les accompagner. Gez lui vint les aider par obligation et surtout pour surveiller son homme. Celui-ci s’amusait à ses dépens avec une certaine délectation, au détriment de Gaku et d’Erwan.

 

 Quand le soir arriva, un barbecue fit son apparition dans la cour. Tous les employés de Dupontel furent conviés, ainsi qu’Hana et Gez. Luce et Shuei revinrent également de leur promenade. Ils avaient profité pour faire des achats dans les magasins, avec la carte bancaire d’Erwan. Luce la lui avait réclamée avant de partir pour le punir de les laisser tout seuls. Shuei voulut plus d’une fois refuser, mais Luce le prit à chaque fois en traite. Le garçon s’excusa auprès de l’héritier. Il lui promit de le rembourser. Erwan se fâcha et répliqua qu’il ne voulait plus entendre le mot remboursement.

 

 Shuei se mit à rougir d’être ainsi grondé. Il rejoignit ensuite Gaku discutant avec le plus ancien employé. Le jeune homme lui adressa un sourire rassurant. Puis, il entremêla ses doigts à ceux de son jeune amant. Il l’emmena dans la maison vide de tout occupant. Tout le monde se trouvait devant le barbecue à discuter tous en même temps dans un joyeux brouhaha.

 

 Shuei resta interdit. Avec les meubles, il trouvait sa future maison bien plus spacieuse. Tout avait été calculé, même les tableaux sur les murs. En s’approchant de l’un d’eux représentant une ferme près d’un champ de blé, sous un ciel de printemps, le garçon repéra la signature. Il leva les yeux vers Gaku. Il en avait presque les larmes aux yeux. Jamais de sa vie, il aurait imaginé avoir le droit d’avoir dans sa maison un tableau de ce peintre, dont le prix des tableaux était assez exorbitant.

 

- C’est un cadeau de Luce. Il vient directement de France. D’après ses dires, son père est ravi de t’en faire cadeau. Surtout qu’il y en a deux autres dans la maison.

 

- Hein ? C’est vrai ? Mais… c’est beaucoup trop. Comment vais-je pouvoir les remercier ?

 

- Je me contenterai d’un simple merci. J’espère qu’ils te plairont, Shu chan.

 

 Shuei sursauta en entendant la voix de son ami français.

 

- Merci du fond du cœur, Luce. Tu diras un grand merci à ton père également.

 

 Luce pencha la tête, ravi. Il s’exclama avant de retourner auprès des invités.

 

- Tu lui diras toi-même quand vous viendrez en France.

 

- Mais…

 

 Shuei soupira en regardant son ami s’éloigner. Allez en France, il aimerait bien, mais il ne pouvait pas se le permettre avant quelques années. Il gémit sous le rire de Gaku. Celui-ci se pencha et lui embrassa les lèvres, avant de lui tirer le bras pour reprendre la visite. La salle à manger était dans les tons modernes avec sa table de noir et le dessus en verre opaque. Le salon avait tout l’attirail dernier cri. Shuei frôla de sa main libre le velours du canapé chatoyant. Sur tout un mur, un immense tableau représentait la faune africaine en photographie, en noir et blanc. Le garçon ouvrit la bouche en grand. Il avait presque l’impression d’entendre le barrissement des éléphants.

 

- C’est sublime.

 

- Et bien quand tu auras Sawako au téléphone ou sur internet, tu pourras le remercier, ainsi que Shin. C’est Matt Cauthon le photographe, le compagnon du frère de Shin, qui a fait cette photo, il y a quelques années.  

 

- Mais, pourquoi tous ses cadeaux ? Je ne les mérite pas. Ils sont pour toi, Gaku. Tu les connais mieux que moi.

 

 Gaku tira sur le bras de Shuei afin de le faire chavirer dans ses bras. Il lui souleva le menton afin qu’il le regarde.

 

- Baka ! Ils sont tes amis, Shuei. Ils ont fait ses cadeaux pour toi uniquement. Et tu les mérites amplement.

 

 Le garçon troublé cacha son visage contre le torse de son compagnon. Il laissa échapper.

 

- Je t’aime Ga-san.

 

 Gaku posa ses lèvres contre les cheveux gris, avec un sourire. Il prenait vraiment goût à ces petits mots.

 

- Tu me donnes envie de t’emmener dans la pièce la plus importante.

 

 Le garçon, surpris, leva les yeux vers Gaku et aperçut la lueur dans le regard noisette. Il rougit à nouveau, mais il ne broncha pas quand Gaku l’emmena à l’étage. Un deuxième tableau de Carlin Oda était accroché dans le couloir menant à la grande chambre. Il représentait juste une table garnie de victuailles très appétissantes, mais le dessin semblait si réel grâce au merveilleux talent de l’artiste. Ils dépassèrent la salle de bain pour arriver enfin à destination. Shuei resta saisie par la pièce lumineuse. Elle se trouvait dans les tons chauds du sable du Sahara. Le lit en baldaquin trônait royalement dans la pièce, entouré par une commode, une armoire avec glace et surtout le troisième tableau de Carlin Oda. Il se trouvait juste au dessus de la tête de lit. C’était un coucher de soleil dans le désert berçant de sa lumière des voyageurs sur des chameaux.

 

 Le regard de Shuei quitta le tableau pour regarder par la baie vitrée et fut encore plus subjugué. Il avait droit au coucher de soleil de sa fenêtre également. Le soleil partait se cacher derrière ou embraser le parc forestier de sa douce lumière du soir. Ses pas le dirigèrent droit vers la fenêtre pour mieux l’admirer. Gaku le rejoignit et colla son dos contre le corps mince du garçon. Shuei se laissa aller contre le torse. Il se sentait merveilleusement bien.

 

- C’est un des plus beaux cadeaux que l’on met jamais fait, Ga-san. Jamais, je n’aurais imaginé pouvoir vivre dans une telle maison. Et je le peux grâce à ton talent.

 

 Gaku enfouit son visage dans le cou de son partenaire. Il se sentait un peu gêner par ce compliment, mais en même temps, il était heureux de voir le plaisir réel de Shuei. Il avait pu lui offrir une maison digne de ce nom. Shuei se retourna subitement quittant ainsi le spectacle certes magnifique, mais il préférait observer son homme. Il voulait le remercier dignement. Il mit ses mains sur chaque joue du jeune homme et il plongea ses yeux vairons dans ceux noisette. Il se mit sur la pointe des pieds et il déposa ses lèvres sur celles de Gaku.

 

 Le simple contact les envoya dans un autre univers. Ils ne firent plus attention à l’heure ou du lieu. Ils s’embrassèrent ainsi un long moment avec tendresse et passion en même temps.

 

 Ils rejoignirent leurs amis bien plus tard dans la soirée. La plupart n’avaient même pas remarqué leur longue absence. Shuei n’eut pas la chance de pouvoir rester auprès de son homme, car il se fit enlever par Luce et Hana. Gez se moqua de la mine boudeuse du garçon. Mais bientôt ce fut lui qui bouda quand il se fit embarqué par Erwan et Gaku pour une longue partie de poker avec les employés de Dupontel.

 

 Petit à petit, les invités commencèrent à s’en aller pour rejoindre leur plumard, vers les deux heures du matin. Hana emmena son homme à la maison, lui promettant de se faire largement pardonner de l’avoir délaissé. Gez le rassura sur ce fait. Il allait se charger de lui faire comprendre sa désertion. Hana grimaça tout en ayant hâte d’y être. Il n’était pas sûr de pouvoir se lever de toute la journée.

 

 Erwan et Luce furent les derniers à partir. Ils rejoignirent leur hôtel. Ils voulaient laisser les deux tourtereaux seuls dans leur petite maison. Quand Gaku finit par fermer la porte à clé. Il se demanda bien où se trouvait son jeune compagnon. Il se mit à sa recherche. Il se rendit à l’étage et entendit du bruit dans la salle de bain.

 

 Il s’en approcha. La porte entrouverte laissait entrevoir un Shuei se délassant dans un bon bain dans la grande baignoire à sa disposition. Gaku, attiré comme un aimant, pénétra dans la pièce. Il s’installa sur le bord de la baignoire.

 

- J’ai presque l’impression de t’entendre ronronner, Shu chan.

 

 Le garçon releva les yeux et fronça les sourcils. Voilà qu’il recommençait avec ce surnom. Il soupira. Bah ! Du moment que c’était son Ga-san, ce n’était pas gênant. Il lui adressa un grand sourire.

 

- Tu comprendrais si tu venais me rejoindre, Ga-san.

 

 Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois. Il se déshabilla sous le regard admiratif de son jeune amant. Shuei lui laissa de la place pour s’installer avant de ramper pour le rejoindre entre les jambes. Il posa son dos contre le torse et Gaku lui entoura la taille de ses bras.

 

- Maintenant, je peux ronronner, chuchota Shuei, tout en émettant un petit rire.

 

 Il se sentait vraiment bien dans les bras de Gaku, même s’il pouvait sentir derrière son dos le désir se réveiller chez son homme. Il sourit et ferma les yeux. Dire que la paix allait bientôt finir pour reprendre une vie plus mouvementée. Les vacances touchaient à sa fin. Il devra reprendre les cours. Il s’en voulait un peu également. Il n’avait plus pensé à son cousin disparu. Il espérait avoir de meilleures nouvelles à son retour.

 

 Il sursauta en sentant une main s’aventurer dans un endroit intime. Le garçon frissonna et laissa échapper un son inaudible. Pourquoi se préoccupait du lendemain ? Il devait d’abord profiter du présent, comme maintenant, prendre le plaisir donné avec tendresse par un homme qu’il aimait comme un fou.

 

 Il laissa les mains prendre possession de son corps sans rien faire. Gaku pouvait lui faire tout ce qu’il désirait, il ne broncherait pas. Il se laisserait faire comme une marionnette. Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois. Il profita de ce corps exquis à sa guise. Tout du moins tout le temps qu’ils restèrent dans la baignoire, ensuite après avoir été essuyé avec grande douceur, Shuei décida de prendre le dessus des opérations. Il emmena son Ga-san dans la chambre et se mit à son tour à le dévorer.

 

 Les deux hommes laissèrent la passion prendre le dessus, éjectant les draps gênants sur le sol, afin d’être plus libre de leur mouvement. Shuei, le visage enfoui dans l’oreiller, poussait des cris de plaisir continu en suivant la douce mélodie des mouvements de reins de son compagnon jusqu’à l’apothéose.

 

 Les jours restants furent beaucoup plus calmes. Ils les passèrent avec leurs amis tout en se promenant dans le parc forestier. Gez essayait par tous les moyens d’ennuyer au maximum Gaku pour le mettre en colère, mais il n’y arrivait pas. Pourtant, il y allait de la critique jusqu’à le rabaisser, mais rien n’y fit. Par contre, il manquait souvent de se faire frapper par Shuei défendant son Ga-san. Ensuite, Hana se moquait de lui.

 

 Il avait l’impression de n’avoir jamais autant boudé de toute sa vie. Mais, pourquoi se sentait-il bien avec eux ? Pour lui, la seule personne acceptable dans ce bas monde était Hana. Mais depuis qu’il côtoyait ces quatre énergumènes, il ne savait plus quoi penser, il ne savait plus comment agir avec eux. Il voulait être désagréable, mais dès qu’un mot cruel sortait de sa bouche, il s’en voulait ensuite. Il en était plus que perturber. Était-ce parce qu’il les appréciait ? Parce qu’il les considérait comme des amis sincères ?

 

 La veille de leur départ, Shuei et Gaku se rendirent chez lui. Ils venaient leur dire au revoir. Gaku en profita également pour refiler un dossier à Gez. Le jeune homme regarda un long moment les papiers. Il n’en croyait pas ses yeux. Gaku avait baissé le prix du loyer près de quarante pour cent. C’était énorme.

 

- Pourquoi ? Demanda Gez, encore sous le choc.

 

- Tu m’en poses de ces questions. Les autres hangars vont être transformés en d’autres appartements au loyer restreint pour les étudiants. En calculant, un hangar peut faire deux appartements de bonne taille. Le loyer sera de cinquante pour cent de celui que tu payais auparavant. Je me vois mal de vous faire payer plus.

 

- Oui, mais… commença à répliquer Gez.

 

- Enfin si tu préfères que je l’augmente, dis-le-moi !

 

 Par pur réflexe, Gez serra le dossier contre lui. C’était plus que généreux de la part de Gaku de leur avoir baissé le loyer aussi bas. Il s’agita. Il se sentait vraiment très étrange. Hana l’observait, amusé. Il voyait bien tous les tourments qui passaient dans la tête de son homme. Il n’avait pas l’habitude d’avoir de vrai ami.

 

- Merci infiniment, Gaku, Shuei. J’avais vraiment peur d’être obligé de déménager. J’aime vivre dans ce lieu et deux fois plus, en sachant que vous serez bientôt près de nous, s’exclama Hana.

 

- Mouais, mais compte pas que je sois ton modèle à tout bout de champ, s’enquit Shuei.

 

 Hana les invita pour manger. Il n’était pas un excellent cuisinier, mais il se débrouillait assez bien, surtout si Ismaël décidait par lui donner un coup de main. Mais étant donné l’état mental de celui-ci, toujours dans ses pensées, ce n’était pas gagner. Le repas se passa pourtant dans la bonne humeur. Puis, Gaku et Shuei décidèrent de s’éclipser. Au moment des « au revoir », Gez se décida enfin à prendre à nouveau la parole. Il parlait sur un ton hésitant. Il n’en avait pas l’habitude.

 

- Je te remercie, Gaku. Merci d’avoir pensé pour le loyer.

 

- C’est tout à fait normal. Tu m’as bien aidé pour les travaux. À la prochaine, Hana, à la prochaine Ismaël.

 

 Gaku lia ses doigts à Shuei avant de prendre congé. Une bonne nuit de sommeil ne leur ferait pas de mal avant le retour chez eux demain matin. Hana ferma la porte de sa maison et se tourna vers son compagnon, debout derrière lui. Il semblait abasourdi. C’était bien une première.

 

- Ismaël ? Que t’arrive-t-il ?

 

- Il m’a appelé Ismaël. Je les ennuyais pendant des jours pour qu’il m’appelle ainsi, et au moment où il s’en va, le bougre le fait à l’improviste. Qu’est-ce qu’il peut être agaçant ce mec !

 

 Hana éclata de rire. Finalement, c’était agréable d’avoir des amis. Ils pouvaient être très agaçants, mais leurs amitiés étaient ce qu’il y avait de plus sincère. Il avait une grande hâte de pouvoir les revoir tous les deux.