Chapitre 44

 

 Les jours suivants se ressemblèrent beaucoup. Gaku, en compagnie d’Erwan et des employés de Dupontel, se chargeait de changer un hangar en un lieu d’habitation digne de ce nom. Pendant ce temps, Shuei faisait ses devoirs de vacances avec Luce. Ensuite, il s’échappait avec son ami français vers l’autre hangar pour rejoindre son nouvel ami Hana.

 

 Il avait mis un peu de temps avant de bien l’apprécier. Hana était plutôt du genre très remuant et surtout excentrique. Luce affirmait que Hana, au niveau excentricité, ne pourrait jamais battre son père Carlin, mais les deux hommes pourraient très bien s’entendre. Hana fut comblé de joie en apprenant cela. Elle connaissait très bien de nom cet artiste célèbre.

 

 Gez les effrayait un peu plus. Shuei se demandait comment faisait son Ga-san pour supporter les sarcasmes de cet homme, très froid d’apparence. En tout cas, le garçon avait un peu de mal à se rendre dans le hangar d’Hana quand Gez s’y trouvait. Il ne leur faisait rien, mais il les observait souvent comme s’il le dérangeait. C’était l’impression qu’il donnait en tout cas. Hana en riait et affirmait que son Gez était simplement timide. Comment pouvait-on croire une chose pareille sur cet homme ?

 

 Par contre, le garçon reconnaissait le talent de Gez pour le dessin. Il faisait les modèles de vêtements pour Hana, mais il faisait aussi des dessins de paysages, de portraits et tous autres. Comment un homme froid pouvait dessiner de si belles choses ? C’était hallucinant. Alors, Shuei décida de le regarder différemment. Être capable de dessiner ainsi, Gez devait être quelqu’un de bien finalement.

 

 Gaku appelait sa mère tous les jours pour avoir des nouvelles de ses petites sœurs. Tooru avait finalement décidé de demander à Kotoro de venir vivre avec lui. La jeune fille rayonnait selon les dires de la mère. Gaku était content pour son petit Lys. Lymle acceptait les sortirs avec Mugen. Celui-ci venait souvent à la maison pour l’aider dans les cours de rattrapage.

 

 Inoue annonça à son fils que les recherches n’avançaient toujours pas. Personne ne savait où se trouvait Shion Morita. Araki, en ayant assez de s’inquiéter pour son frère, avait fini par revenir dans sa ville natale. Il se trouvait actuellement chez Emori avec Ikkei. Shuei fut un peu déçu de ne pas voir son cousin, mais il songea qu’il le verrait surement au retour de ces vacances.

 

 Inoue lui annonça également avoir reçu des nouvelles inquiétantes de sa jeune cousine, Saori. Gaku grimaça à ce nom. Saori était la fille unique de son oncle Osami Inamura, le frère cadet de son propre père. Osami avait été tout aussi détestable que Kenshiro, son ainé de trois ans. Osami avait élevé sa famille sous le joug de la violence et de la menace. Il avait toujours renié les enfants de son frère. Il avait été un pur homophobe reconnu. Il avait fait en sorte que sa fille soit comme lui. Saori avait dû suivre les traces de son père si elle ne voulait pas être battue comme sa mère.

 

 Inoue connaissait la malchance de cette jeune femme. Ce n’était pas une mauvaise fille, elle avait juste eu la malchance de naitre dans la mauvaise famille. La poisse semblait bien décidée à ne pas la quitter. Non seulement son mari l’avait quitté pour une autre femme qui se révélait être une amie d’enfance. En plus, il la laissait sans un sou avec deux petites filles en bas âge. Afin de payer ses dettes, elle devait mettre sa maison en vente. Elle demandait si sa tante accepterait de l’héberger le temps qu’elle se trouve un nouveau logement.

 

 Malgré la méchanceté gratuite venant de la jeune femme envers son fils, quelques années plus tôt, Inoue fit taire sans rancœur. Elle ne pouvait pas laisser des enfants dans le besoin. Saori s’était tourné vers eux parce qu’elle n’avait pas d’autres solutions. Kenshiro et Osami n’étaient plus là pour empêcher leurs familles de se rapprocher. La jalousie, l’hypocrisie n’avaient plus leur place dans leur vie.

 

 Gaku salua sa mère de sa bonté d’âme. Il n’en avait jamais voulu à sa cousine des mots cruels jetés sur lui, alors qu’il venait d’avoir quinze ans. Le passé était le passé. Il fallait vivre dans le présent et pour l’avenir. Il serait enchanté de faire connaissance avec ses deux petites cousines. Quand il raccrocha, il se trouva en grande forme. Il se chargea d’ennuyer Shuei jusqu’à l’agacer et se faire envoyer paitre.

 

 Shuei n’y allait pas de main morte quand il devenait énerver. Il avait décidé dans faire voir à son Ga-san pour l’avoir oublier la plupart du temps le midi, préférant déjeuner avec ses hommes plutôt que lui. Luce faisait de même avec Erwan. Mais l’héritier haussait les épaules et rejoignait un Gaku boudeur. Parfois, Gez venait les aider de sa propre initiative, tout en râlant pour la forme. Il prétextait ainsi venir dans le seul but de faire baisser son loyer. Erwan n’en croyait pas une seule seconde.

 

 Gez semblait avoir du mal à croire qu’une personne pouvait changer radicalement quand il se trouvait dans des conditions excellent. Erwan pouvait le voir observer attentivement Gaku dans son travail, avec ses hommes et surtout quand il se trouvait en compagnie de Shuei. Cet homme parlait très peu et gardait toujours une attitude froide avec tout le monde sauf avec son compagnon.

 

 Que ce soit Gaku ou Erwan, ils virent facilement que le lien d’amitié entre Hana, Luce et Shuei ne lui plaisait pas beaucoup. Il était facile de savoir qu’il voulait être l’exclusif d’Hana, tout comme eux-mêmes voulaient l’être de leurs propres compagnons.

 

 Vers la dernière semaine de vacances, le hangar ne pouvait plus porter ce nom. C’était devenir une maison sans meuble pour le moment. Les grandes portes coulissantes avaient été changées en baie vitrée. La porte individuelle implantée près de l’une d’elles était en bois massif, peint en bleu ciel. Les murs de granit étaient passés de couleur sable en couleur bordeaux. L’intérieur avait également subi quelque changement. On entrait directement dans la pièce de vie. La cuisine incorporée, d’un ton noir argenté s’harmonisait très bien avec les murs blancs cassés.

 

 La salle à manger, couleur paille et le salon, couleur pastel se côtoyaient et ils se trouvaient juste séparé de la cuisine par un mur bas pouvant servir de bar. Bien que les pièces étaient pour le moment vides. Shuei pouvait très bien imaginer comment cela serait quand les meubles arriveraient.

 

 Un escalier en colimaçon installé entre le salon et la salle à manger les différenciait. Escalier en fer gris pâle amenait vers un couloir. Sur la gauche, une première chambre avec un placard intégré, en continuant sur la droite, le garçon trouva la salle de bain et les toilettes, puis également deux autres pièces. La plus grande pièce bénéficiait d’une immense baie vitrée donnant sur l’arrière du bâtiment. La vue magnifique donnait sur le parc forestier. La deuxième pièce pouvait également servir de chambre individuelle ou de bureau. C’était la plus petite des trois pièces.

 

 Shuei ne tenait plus en place. Il avait une grande hâte de pouvoir vivre dans ce lieu. Gaku se tenait à l’arrière attendant de savoir si le lieu plaisait au garçon. Ils se trouvaient dans la plus grande chambre. Elle avait été peinte de couleur sable. Shuei resta un long moment sans bouger mettant les nerfs à vif de son compagnon. Les employés de Dupontel attendaient dehors le verdict également.

 

 Shuei enfonça ses mains dans les poches de son pantalon. Il se mordit la lèvre inférieure. Il ne se savait pas quoi dire. Il en avait perdu les mots. Il se retourna et aperçut le doute et l’inquiétude sur le visage aimé. Il n’hésita plus. Il fonça dans les bras de son Ga-san qui le recueillit avec plaisir. Les deux mains posées sur chaque joue de Gaku, Shuei l’embrassait par petite touche.

 

- C’est magnifique, Ga-san. J’adore trop. Je te pardonne toutes les fois où tu m’as oublié le midi.

 

 Gaku grimaça. Il aurait dû deviner que Shuei y ferait allusion. Il aimait bien lui rappeler ces petites erreurs.

 

- C’est vrai ? Tu te vois habiter ici ?

 

 Shuei se recula, tout en croisant ses doigts à ceux de son partenaire, regarda encore une fois autour de lui. Il affichait un sourire rayonnant. Il adorerait vivre ici.

 

- Oui, surtout si c’est avec toi.

 

 Gaku en fut soulagé. Un bruit de pas retentit. Erwan fit son apparition et s’exclama :

 

- Désolé de vous déranger vous deux, mais les livreurs viennent d’arriver.

 

 Shuei jeta un coup d’œil surpris à l’héritier Miori. Que racontait-il ? Les livreurs ? Quel livreur ? Erwan eut un drôle de sourire.

 

- Merci, j’arrive. Shuei ? Tu retournes auprès de Luce. Je t’appellerais quand tout sera vraiment fini.

 

- Hein ? Mais, je peux aider maintenant. J’ai fini mes cours.

 

 Gaku se pencha et embrassa les lèvres tentantes du garçon avant de reprendre.

 

- Non, je ne te veux pas ici. Je veux te faire la surprise. Allez oust !

 

 Shuei bouda un peu, mais il rejoignit tout de même Luce qui l’attendait dehors sagement en discutant avec le plus ancien employé de Dupontel. Le garçon aperçut les deux camions, mais il ne put voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Les portes étaient toujours fermées. Il soupira. Ce n’était pas juste.

 

- Allez viens, Shuei, s’exclama Luce. Nous allons rendre visite à Hana. Il a dû faire de nouveaux vêtements.

 

 Luce insista un peu plus avant que son ami finisse par lui obéir. C’était toujours agréable de pénétrer dans le hangar d’Hana. Il y faisait toujours très frais. Les deux garçons pénétrèrent dans la grande pièce, où diverses mannequins artificielles se côtoyaient, habiller des créations de styliste. Il n’y avait pas trace d’Hana dans les parages. Pourtant, ils leur semblaient entendre du bruit vers l’étage dans l’atelier de couture.

 

 Arrivé vers les escaliers, le bruit se fit plus intense. Les deux garçons stoppèrent net. Luce eut même les joues rougissantes. Ils n’étaient pas assez stupides pour ne pas savoir à quoi les bruits faisaient allusion. Ils se regardèrent avant de faire marche arrière.

 

 À cet instant, Shuei, en se retournant, se retrouva dans les bras de Gaku. Celui-ci semblait amusé de voir leurs joues rouges. Il se moqua légèrement de son compagnon. Les yeux vairons s’éclairèrent de colère. Pour le calmer, il reçut un baiser à faire perdre la tête. Shuei perdit la parole. Gaku s’écarta du garçon et posa les poings sur sa taille. Il observait l’étage pensivement.

 

- Que fais-tu ici, Ga-san ?

 

- Mmmmh ? Je suis venu chercher Gez. J’ai besoin de bras.

 

- On peut aider, tu sais.

 

- Non ! Toi, tu es en vacances. Vous allez vous promener pendant qu’on s’occupe du reste, mon ange.

 

- Mais, Ga-san… .

 

- J’ai dit non, Shuei. Gez suffira amplement. Bon, ils n’ont pas encore fini leurs petites affaires, ces deux – là ? Bon, puisque c’est comme cela, et bien, tant pis pour eux !

 

 Gaku commença à monter les escaliers. Shuei le regarda un instant interdit avant de s’élancer pour l’arrêter.

 

- Mais enfin, Ga-san, tu ne vas pas les déranger, quand même !

 

 Gaku posa ses yeux marron brillants vers sa moitié. Il souriait comme s’il était très content de ce qu’il allait faire.

 

- Je vais me gêner peut-être ! Tu m’accompagnes ?

 

 Shuei sentit ses joues s’enflammer encore plus. Hana ne dirait surement rien le connaissant, mais Gez ? C’était une autre histoire, mais en même temps, il devait bien s’avouer qu’il aimerait bien voir la tête qu’il ferait.

 

 Étant donné les commentaires assez crus d’Hana, il était évident qu’il appréciait vraiment ce qu’ils étaient en train de faire. Gaku n’hésita pas une seule seconde. Il pénétra dans la salle de couture. D’un seul regard, il les repéra. Hana avait les coudes posés sur le bureau dont les poignets étaient solidement attachés avec une cravate, la chemise ouverte laissant apparaitre un torse pâle. Il avait les yeux fermés, la bouche légèrement entre ouverte, les joues rosâtres et il laissait échapper quelques sons de plaisir évident.

 

 Rien que de voir la position fit monter le rose aux joues de Shuei. Il fut vraiment mal à l’aise de les déranger. Il recula vers la sortir. Il jeta un coup d’œil vers Gaku. Celui-ci observait en silence, avec un sourire. Gez n’apparaissait pas dans leur vision étant cachée par une bibliothèque. Gaku pénétra plus avant dans la pièce et se rendit du côté du couple.

 

 Dès qu’il dépassa le meuble gênant, il aperçut Gez à l’arrière d’Hana. Il tenait fermement la taille de son compagnon et s’activait à lui donner tout le plaisir qu’il désirait. Sa tenue ne valait pas mieux que celle d’Hana. Il ne portait plus son tee-shirt noir. Gaku put ainsi voir le « H » ailé tatoué à la place du cœur. Le jeune homme se positionna contre la bibliothèque et croisa les bras, tout en ne perdant rien du spectacle.

 

 Ce n’était pas la première fois où il assisterait à une scène de sexe. Pour l’instant, les protagonistes ne l’avaient pas encore aperçu. Il put donc assister à toute la scène. Shuei avait préféré prendre la poudre d’escampette. Il rejoignit Luce, plus rouge qu’auparavant. Erwan se moqua ouvertement de lui.

 

 Hana s’écroula sur le bureau après la jouissance. Ismaël n’y avait pas été en douceur, mais qu’est-ce que cela était bon. À cet instant, il entendit une exclamation de son compagnon. Il redressa la tête et aperçut alors Gaku Inamura sagement appuyé contre la bibliothèque. Gez grogna :

 

- Qu’est-ce que tu fiches ici ?

 

 Nullement intimidé par le ton, Gaku lui adressa un sourire agaçant. Il ne bougea pas pour autant. Gez sentit la colère monter en lui. Il détestait par-dessus tout être vu ou dérangé quand il se trouvait avec Hana. Même s’il commençait à apprécier ce nouveau Gaku, il n’était pas question qu’il accepte ce genre d’attitude.

 

 Hana, nullement pudique, se redressa afin de reprendre une apparence plus normale, bien qu’il ait eu un peu de mal à faire réagir son compagnon pour qu’il lui retire la cravate. Gaku ne perdit rien du spectacle offert. Il aperçut le « G » ailé à la position du cœur sur le torse d’Hana. Gez grogna une nouvelle fois agrandissant encore plus le sourire de Gaku. Finalement, c’était assez agréable d’ennuyer un homme comme Gez. Il risquait, à force de tellement l’énerver, de s’en prendre une, mais c’était trop tentant.

 

- Que veux-tu, Gaku ?

 

- J’ai besoin de bras supplémentaire. Donc tu t’amènes !

 

- Hors de question ! s’exclama Gez. Débrouille-toi avec les autres. Je ne viendrais pas t’aider.

 

- Bon, ce n’est pas grave. Je voulais en profiter pour parler du prix de la location en même temps. Mais, il semblerait que le prix du loyer te convienne finalement.

 

 Gez rétrécit les yeux. Il se demandait si Gaku ne le cherchait pas. Il savait ce qu’il en coûtait de venir le déranger quand il s’amusait avec Hana. Le dernier type qui avait osé avait perdu deux dents, à l’époque. Il allait réfuter une dernière fois de façon expéditive, mais Hana le prit au dépourvu.

 

- Je vais venir t’aider, Gaku. Je ne suis pas aussi costaud que mon Ismaël, mais je peux t’être utile.

 

 Il le dit tellement sur un ton suave que Gez le regarda avec insistance un long moment les yeux rétrécis et brillants de jalousie. Gaku éclata de rire devant la figure du jeune homme. Il répondit au tac au tac.

 

- J’accepterai volontiers ta sollicitude, Hana.

 

 Le styliste abandonna son homme pour rejoindre Gaku et ils sortirent tout en discutant de telle façon que Gez sentit la moutarde lui monter au nez. Il fourragea ses cheveux. Habituellement, c’était lui qui menait la barque avec les autres. C’était lui qui manipulait pour avoir ce qu’il désire, mais depuis qu’il avait fait connaissance avec ce nouveau Gaku Inamura, il n’y arrivait plus. Il n’arrivait pas à avoir le dessus et c’était doublement déstabilisant. Après avoir tourné sur lui-même deux trois fois, il fonça vers la sortir. Il ne fut même pas étonné de les voir l’attendre calmement à la sortir affichant un sourire de connivence qui le rendit encore plus jaloux. Il se vengerait. Peut-être pas sur Gaku, mais Hana en subira les conséquences pour deux. Non, mais !