Chapitre 39

 

 Comme promis, Erwan revint bien le lendemain matin. Emori était déjà parti au travail. Quant aux garçons, ils se trouvaient dans le salon à se chamailler comme à leur habitude. Shuei et Luce adoraient se titiller mutuellement. Parfois, Shuei songeait qu’avoir un frère aurait été agréable. Alors, à certains moments, il pensait à Ayato. Se serait-il bien entendu avec son frère ? Auraient-ils été inséparables ?

 

 Gaku était dans la cuisine à faire la vaisselle. Emori l’avait supplié de ne jamais laisser le jeune français toucher à la vaisselle sous aucun prétexte. Luce était une catastrophe ambulante et le bougre le savait. De toute façon, il avait horreur du ménage. Quant à Shuei, jouant les capricieux refusa net. Il préférait tenir compagnie à son ami. Alors, avec un soupir, Gaku s’en occupa, mais il jura qu’il se vengerait d’une manière ou d’une autre.

 

 D’après les cris et les rires, les deux garçons jouaient à un jeu vidéo. Quand un coup fut frappé à la porte, aucun des deux jeunes ne se leva pour répondre. Ils abusaient les bougres ! Gaku se chargea d’ouvrir. Il se retrouva devant Erwan. Il tiqua un peu en le voyant habillé en costume. Déjà habituellement, il impressionnait, mais là, il était encore mieux. Erwan fronça les sourcils sous le regard de Gaku qui ne se gêna pas pour le regarder de la tête aux pieds.

 

- Ne te gêne surtout pas, s’exclama le français.

 

 Gaku haussa les épaules avant de le laisser entrer.

 

- J’ai des yeux. Je regarde. Que ça plaise ou non.

 

 Erwan pénétra dans le couloir. Il entendit les rires venant dans le salon. Il jeta un coup d’œil vers le japonais. Celui-ci l’observait amuser. Intrigué, l’héritier se rendit dans la pièce. Il aperçut son Luce assis près de son ami, même un peu trop près d’ailleurs. Il était concentré sur l’écran de télévision. Erwan s’appuya contre le chambranle de la porte et croisa ses bras. Son Luce allait subir sa jalousie en plein nez. La veille, il l’engueulait presque pour l’avoir laissé seul pendant plusieurs jours, et maintenant qu’il était présent, il jouait les indifférents. Gaku rejoignit le français et s’exclama :

 

- Ils ont décidé d’être des plaies depuis ce matin. Alors, si on faisait comme eux ?

 

 Erwan lui jeta un coup d’œil suspicieux. Gaku agrandit son sourire.

 

- Ils veulent jouer les indifférents, faisons pareil.

 

 Les yeux bleus brillèrent. Il jeta un dernier regard à son Ange, avant de suivre le japonais dans la cuisine. Il s’installa à table et accepta avec plaisir la tasse de café. Il devait reconnaitre que de tous les cafés bus dans ce pays, celui de Gaku fut meilleur, mais pas aussi bon que celui de son oncle Renko.

 

 Gaku posa son dos contre le frigo, les mains dans les poches de jean noir. Il garda le silence un long moment, puis il demanda :

 

- Avez-vous des nouvelles concernant Shion ?

 

- Non, toujours rien. C’est même très inquiétant. Mais, je connais assez bien Nathaniel. Il ne baissera pas les bras. Ils ont eu aussi tous les éléments de l’enquête de la mort d’Ayato.

 

- Et ?

 

- La police à l’époque n’a vraiment pas creusé beaucoup. Tous les témoignages montrent pourtant que ce gamin n’avait aucune raison de sauter. Bon, je reconnais que parfois, il n’y a vraiment aucune raison pour certains actes, mais je trouve louche. Nous attendons les analyses maintenant et ils ne sont pas pressés. Nathaniel va péter un câble et ça va faire mal.

 

 Erwan but une gorgée de café. Ils entendaient les deux autres se chamailler. Même dans ce pays, son Ange avait réussi à se trouver des amis. Il était quand même incroyable. Il râlerait ensuite d’être incapable de gérer tout ce petit monde d’ami. Il commença à s’agiter sur son siège. Il mourrait d’envie de le rejoindre dans le salon. Un gloussement se fit entendre. Il jeta un regard noir au japonais.

 

- Vas-tu céder Erwan ? Je te croyais plus solide. Moi, j’aimerais bien voir ce garçon bouder un peu. Cela lui apprendra à se moquer de ma poire à longueur de temps.

 

- T’aurait-il fait des misères ?

 

 Gaku haussa les épaules en riant.

 

- Ah lala ! Les misères, j’en ai l’habitude. Tu oublies que je suis sorti avec Sawako.

 

 Erwan grimaça. Ce chat à la langue de vipère ! Parfois, des envies de l’écraser le démangeaient. C’était une vraie plaie quand il le voulait. Un bruit de pas retentit et Shuei fit son apparition. Il fronça les sourcils en voyant Ga-san en compagnie du français. Pourquoi ne les avaient-ils pas rejoints dans le salon ? Il s’approcha de Gaku pour lui faire la morale, quand Luce arriva à son tour et s’exclama :

 

- Wan ? Qu’est-ce que tu fiches dans la cuisine au lieu de me rejoindre ?

 

- Cela se voit, non ? Je déguste un café. Si tu voulais que je te rejoigne, il aurait déjà fallu que tu viennes me saluer d’abord !

 

 Luce enfonça ses mains dans les poches et fit la moue. Ce n’était pas de sa faute. Il ne l’avait pas entendu. Enfin, il avait bien entendu frappé, mais il voulait battre Shuei à ce jeu.

 

- Alors ? Que vas-tu faire pour te faire pardonner, mon Ange ?

 

 Luce jeta un regard assassin à Gaku en l’entendant glousser. Erwan n’avait pas l’air content du tout. Qu’allait-il bien pouvoir inventer pour se faire pardonner ? Il soupira. Il allait se faire dévorer comme d’habitude à en demander grâce. Pris aux pièges, il chuchota :

 

- Tout ce que tu veux.

 

 Erwan eut un sourire triomphant. Il se redressa et souleva son Luce sans effort. Le garçon poussa juste un petit cri de surprise avant de s’accrocher au cou de son homme. Gaku les regarda s’éclipser jusqu’à la chambre d’ami. Shuei posa ses mains à sa taille et se positionna devant le jeune homme.

 

- Que faisiez-vous tous les deux ?

 

 Gaku baissa son regard vers les yeux vairons. Qu’est-ce qu’il les aimait ces deux perles de couleur ! Il se mit à tapoter le bout du nez de son jeune ami avec un sourire.

 

- Va savoir !

 

- Ga-san ! Grogna le garçon de plus belle.

 

 Gaku émit un petit rire et se pencha pour déposer un baiser sur les lèvres. Shuei se sentit fondre. Il jeta aussitôt ses bras autour du cou afin d’accentuer le baiser. Il sursauta comme un malade quand il se retrouva les fesses sur la table de la cuisine, la chemise ouverte et son pantalon au bas des pieds. Gaku l’avait déshabillé sans que le garçon s’en rende compte de suite.  

 

- Ga-san ! Pas dans la cuisine.

 

 Gaku se penchant vers l’endroit où il désirait leva les yeux vers son petit extra-terrestre.

 

- Pourquoi ?

 

- Mais enfin, c’est là où on mange !

 

- Je sais. Qui crois-tu que je vais manger maintenant ?

 

 Shuei vira au rouge coquelicot. Gaku se chargea rapidement de lui faire oublier qu’il se trouvait sur la table de la cuisine et même jusqu’à son nom.

 

 Emori accepta de laisser son fils partir en vacances avec Gaku, avec la condition bien évidemment que Shuei fasse bien ses exercices. Le père avait finalement cédé grâce à l’intervention d’Inoue et de Kahori. L’une voulait qu’Emori comprenne qu’il fallait lâcher un peu la bride avec Shuei et lui faire confiance. L’autre, son instinct maternel lui donnait envie d’étrangler le père pour rendre le fils tristounet. Maintenant que tout allait bien entre la mère et le fils, Kahori cédait à tous les caprices de son fils, souvent au détriment d’Emori.

 

 Shuei avoua à Luce préférer ses parents divorcés que mariés. Ils s’entendaient beaucoup mieux et surtout chacun semblait retrouver un bonheur ailleurs. Depuis un moment, le garçon trouvait sa mère trop rayonnante. Pour Shuei, il ne faisait aucun doute que sa mère avait rencontré quelqu’un. Avec un peu de chance, ce serait une personne agréable.

 

 Gaku demanda à Erwan et à Luce s’ils désiraient venir également à Obihiro. Il en discuta surtout avec l’héritier puisque Luce squattait à nouveau Shuei. Les deux garçons avaient décidé de rendre visite à Megumi au club de danse. Shuei put ainsi revoir ses anciens camarades. Il dut par la même occasion montrer au jeune français son talent en danse. Erwan fut très intéressé par le projet de Gaku. Il accepta de l’accompagner afin de l’aider de son mieux. Luce pourrait ainsi tenir compagnie à Shuei et l’aider dans ses devoirs par la même occasion.

 

 Le soir avec un Emori absent, les deux hommes annoncèrent la nouvelle aux deux autres. Shuei fut content de rester encore un peu plus longtemps avec son nouvel ami. Erwan en profita également pour appeler son grand-père, August Miori. Il lui annonça sans préambule qu’il prenait des vacances. Bien évidemment, August joua les casse-pieds. Alors remarquant que son compagnon n’arrivait pas à se défaire de leur grand-père, Luce piqua le portable. Il manipula à sa manière le grand August Miori. Le PDG de la Miori Corporation n’avait jamais réussi à avoir le dernier mot avec le garçon. Il l’adorait et il n’arrivait donc jamais à lui dire non.

 

 En moins de temps pour le dire, un Luce satisfait raccrocha le téléphone avec le consentement de son grand-père. Celui-ci ne s’amusera pas à appeler son petit-fils Erwan tous les jours. Il lui concédait ses vacances. Après cet appel, Gaku et Erwan eurent bien du mal à calmer leurs petits amis, trop excité. L’héritier était tout de même assez étonné de l’attitude de Luce. Peut-être le fait qu’il y est un seul garçon de son âge, au lieu d’une ribambelle ? Ici, il pouvait se consacrer qu’à un seul ami. Il n’était pas obligé de se couper en plusieurs morceaux pour satisfaire tout le monde.

 

 Ils décidèrent de partir très tôt le lundi matin afin de rester tout le week-end avec leur famille. Inoue invita les Morita le samedi midi en compagnie d’Erwan et de Luce. Elle avait quand même demandé d’abord à Emori si cela ne le dérangeait pas si Kahori était présente également. Shuei lui fut ravi de pouvoir rester un peu sa mère. Elle avait eu l’autorisation d’emmener Blinto et Blinta. Les deux chiens firent la fête au garçon. Bien sûr, le mâle s’amusa à faire quelques bêtises. Il sauta sur Tooru, content de le voir, lui salissant au passage son haut blanc. Mugen eut le droit de chuter dans la piscine, toujours à cause de Blinto.

 

 Emori éternua quelques fois surtout quand cet idiot de mâle décida de dormir juste à côté du père de son jeune maître. Shuei essaya bien de le faire bouger, mais rien n’y fit. Le chien ne voulait rien entendre.

 

 Le dimanche, les garçons restèrent à l’appartement. Ils invitèrent Nathaniel à venir déjeuner. Tout le temps que le père de Shuei resta, le Viking resta sage comme une image, mais dès l’après-midi, il se transforma en casse-pied. Il s’amusa à faire crier Luce et Shuei. Pendant ce temps, Gaku et Erwan discutaient tranquillement, assis dans le salon. Les deux hommes se firent remonter les bretelles par leurs petits amis. Ils n’étaient pas contents du tout de n’avoir reçu aucune aide. Nathaniel s’attaqua ensuite à Gaku et Erwan.

 

 Il le faisait un peu moins avec le démoniaque Erwan. Il connaissait le caractère sadique de l’héritier. Nathaniel trouvait réjouissant de pouvoir les ennuyer, après tout, il n’avait pas son homme avec lui. Il fallait bien qu’il se défoule comme il pouvait. Il devait quand même s’avouer que son Luka commençait sérieusement à lui manquer. Surtout que Shin avait tendance à laisser entendre des sous-entendus, tout faux bien évidemment.

 

Mais, même s’il le savait, cela ne l’empêchait pas d’être vertement jaloux et le bougre de Luka ne faisait rien pour contredire. Il le traitait juste d’imbécile heureux. Et maintenant, Ludwig prenait le relais. Il se demandait sérieusement s’il ne finirait pas par étrangler ses amis en rentrant et par la même occasion, il étriperait ce chaton à la langue de vipère. Celui-ci ne valait pas mieux que son compagnon.

 

Le lundi arriva enfin et les deux couples partirent pour l’aéroport. Shuei se sentait très excité. Il avait hâte de voir la surprise de Gaku. Celui-ci ne voulait rien lui dire. Il se renseigna à Luce, lui non plus ne savait rien. Il n’avait pas réussi à tirer les vers du nez à Erwan. Les deux garçons ressentaient chacun une certaine jalousie. Ils n’appréciaient pas beaucoup la connivence qu’ils sentaient entre leurs petits amis. Pendant le voyage, Shuei et Luce firent donc en sorte de rester chacun avec le sien. Erwan et Gaku n’en demandaient pas mieux, mais ils ne le signalèrent pas le moins du monde. Bien au contraire, ils s’en amusaient beaucoup au détriment des garçons.