Chapitre 35

 

 Comme convenu, Luce vint squatter chez Shuei, tout le temps qu’Erwan fut absent. Il fit même en sorte de pouvoir aller au lycée en compagnie de Shuei. Le garçon finit tout de même par se poser des questions. Si Gaku n’était pas dans les parages ou son père, Shuei ne se trouvait jamais seul. La raison serait que sa famille avait peur qu’il se refasse attaquer.

 

 La présence de Luce ne le gênait pas vraiment. Il put aussi se moquer de lui. Luce à peine arriver dans le lycée de son nouvel ami devint la coqueluche. Mais qu’est-ce que ces filles avaient à dire qu’il était trop mignon ? Shuei put l’entendre hurler plus d’une fois. Il n’avait jamais autant ri de sa vie. Son ami français était un vrai comique avec ses petits cris hystériques.

 

 Bien évidemment, Luce se vengea en appelant Shuei avec son surnom devant Megumi et ses autres amis. Maintenant, Meggy s’amusait ouvertement à l’appeler Shu chan à tout bout de champ, sous le rire hilare de Luce. Pour couronner le tout, son professeur principal, pour l’avoir mis encore en rogne contre lui, l’appela gentiment au tableau en le surnommant Shu chan devant toute la classe. Il avait piqué un fard sous les fous rires.

 

 Gaku, lui, aimerait rendre visite plus souvent à Shuei, mais son travail la semaine, l’épuiser beaucoup trop. Le garçon ne voulait pas le fatiguer encore plus et il lui avait ordonné de venir que les week-ends. Il ne voulait pas être la cause d’un accident. Gaku avait consenti, mais il s’ennuyait beaucoup. Il prit l’habitude d’aller manger avec sa mère et ses sœurs à nouveau. Celles-ci ne s’en plaignirent pas le moins du monde.

 

 La police n’avait toujours pas mis la main sur Shion Morita. Il semblait avoir disparu de la circulation. Si, d’après Shuei, il connaissait quelque chose sur la drogue, il risquait fort d’être attaqué lui aussi. Peut-être était-il déjà trop tard ? Gaku n’en savait rien, mais il s’inquiétait quand même. Shuei pouvait être de nouveau attaqué, non ? Il se laissa tomber sur une chaise de la cuisine de la maison de sa mère. Il posa son front contre la table, les bras nonchalamment étirer sur celle-ci. Inoue le trouva installé de cette façon. Elle eut un petit sourire.

 

 Dans toute la maison, elle pouvait entendre les hurlements de colère de Lymle. Mairu et Megumi avaient décidé d’un commun accord de l’ennuyer avec des sous-entendus sur sa relation avec Mugen. Kotoro s’occupait tranquillement de son jardin, le regard rêveur comme à son habitude. Elle passa devant son fils et lui passa une main dans sa chevelure décolorée, avant de commencer à préparer le dîner.

 

 Gaku se redressa un peu et posa sa tête sur une main. Il observa sa mère. Il la trouvait bien joyeuse ces temps-ci. D’après Lymle, leur mère sortait souvent le samedi soir et se faisait très jolie. Il y avait anguille sous roche. Inoue jeta un coup d’œil à son fils. Elle s’exclama :

 

- Pourquoi es-tu encore ici ?

 

- Hein ?

 

- Pourquoi ne vas-tu pas voir Shuei ?

 

 Gaku joua avec une cuillère qui se trouvait sur la table.

 

- Parce qu’il m’a interdit de venir.

 

- Ah ! Et ne crois-tu pas qu’il espère que tu lui désobéis ?

 

 Gaku regarda sa mère, hallucinée. Il n’y avait même pas songé. Il soupira. Il se mit à gémir et cacha à nouveau son visage dans ses bras.

 

- Je suis une calamité. Je ne suis vraiment pas doué dans les relations.

 

 Sa mère sourit tristement. Elle essuya ses mains. Elle rejoignit son fils. Elle s’installa sur la chaise près de lui. Elle posa à nouveau sa main sur sa tête.

 

- Les relations ne sont jamais faciles. Il faut savoir faire des compromis, mais il ne faut pas non plus laisser son partenaire faire ce qu’il veut de toi. Tu dois aussi agir à ta façon.

 

- Aaaaaaaaaah ! Mais, vous allez me lâcher, les pestes ! Entendirent-ils de la part d’une Lymle hors d’elle.

 

 Plus loin, les rires reconnaissables de Megumi et de Mairu se firent entendre. Lymle traversa la cuisine et sortit en claquant la porte sans un regard pour sa mère et son frère. Ceux-ci fixaient la porte avant de s’esclaffer comme deux gamins. Pour une raison inconnue, Gaku se sentit beaucoup mieux. Il se pencha et embrassa la joue de sa mère. Inoue caressa la joue de son fils et le regarda ensuite s’éclipser à son tour. L’ayant vu prendre son casque, elle sourit. Elle se leva et appela à grand cri les deux friponnes. Elle devait les remettre un peu à leur place, ces deux petites casse-pieds.

 

 Gaku enfila son casque. Entendant à nouveau un cri, il se tourna vers le jardin. Il faillit rire à nouveau. Lymle pensant avec la paix en rejoignant la plus calme de la famille venait de se rendre compte qu’elle pouvait être bien pire. Kotoro lui adressa un signe de la main, affichant un sourire amusé. Tooru avait dévergondé son petit lys.

 

 Shuei faisait ses devoirs dans la cuisine en compagnie de Luce, replongé dans son cahier bleu. Shuei n’avait pas vraiment envie de faire quoi que ce soit. Son père l’avait prévenu qu’il serait absent pour quelques jours pour le travail. Il soupira en jetant un coup d’œil à l’horloge, vingt heures. Il n’allait pas encore venir aujourd’hui. Mais pourquoi suivait-il toujours ce qu’on lui disait ? Le portable du français se mit à sonner. Luce s’arrêta net et l’attrapa. Il sourit en voyant le nom de la personne. Shuei sut d’office qui c’était au bout du fil. Luce parlait français, cela voulait simplement dire qu’il discutait avec un de ces pères.

 

 Pour ne pas ennuyer son ami, le français disparut dans sa chambre. Il en avait pour au moins deux heures au téléphone. Shuei soupira à nouveau. Il se mit à gribouiller sur son cahier, avant de lâcher son crayon et de gommer ses bêtises. Il sursauta en entendant la sonnette. Qui cela pouvait-il être à cette heure-là ?

 

 Il se leva en traînant les pieds. Il entrouvrit la porte et eut une exclamation en reconnaissant la personne. Il la referma pour l’ouvrir en grand et se jeta presque littéralement sur le jeune homme en face de lui. Gaku referma ses bras sur le corps mince de Shuei. Il lui avait vraiment manqué.

 

- Tu me manquais Ga-san.

 

- Alors, pourquoi m’avoir dit de ne pas venir la semaine ?

 

 Shuei se recula pour laissez-passer le jeune homme. Il se mordit la lèvre inférieure.

 

- Pour savoir si tu tiendrais. Mais, je suis trop nul. On ne s’est pas vu depuis seulement trois jours et je tiens déjà plus.

 

 Gaku fut rassuré. Il attrapa le bras du garçon et le tira à lui pour l’embrasser en pleine bouche. Shuei jeta ses bras autour du cou de son partenaire pour approfondir. Ils finirent par s’écarter à bout de souffle. Gaku regarda autour de lui, inquiet. Il manquerait plus qu’il se donne en spectacle. Shuei secoua la tête, exaspéré et émit un petit rire. Bon, il n’allait pas changer en si peu de temps.

 

- Mon père est absent et Luce est au téléphone.

 

 Shuei prit la large main entre là sienne et la tira. Gaku suivit le garçon sans broncher. Le garçon l’emmenait dans sa chambre, plus précisément jusqu’à son lit où il le fit tomber. Gaku n’eut pas le temps de se redresser que Shuei lui avait déjà grimpé dessus en califourchon. Il avait posé ses paumes sur son torse. Il affichait un sourire carnivore. Shuei commença à déboutonner les boutons de la chemise de Gaku. C’était une nouveauté aussi. Shuei l’avait remarqué.

 

 Ce n’était pas grand-chose, mais son Ga-san commençait à s’habiller différemment. Peut-être est-ce dû à son travail ? Mais, parfois, il pouvait le voir habiller plus chiquement et c’était un régal pour les yeux. Lymle lui avait fait un cadeau dernièrement. Il le gardait jalousement dans le tiroir de chevet. Lymle avait photographié son frère en tenue de serveur en cachette. Elle lui avait ensuite refilé la photo en échange de quelques renseignements et de conseils. Il avait eu raison de dire que son Ga-san était véritablement sexy en tenue de serveur. Dommage qu’il ne voulait pas travailler dans ce secteur, mais dans un sens, Shuei se sentait plus rassuré dans ce cas. Il aurait été toujours jaloux des clients qui pouvaient le regarder dans cette tenue toute la journée.

 

 Gaku posa ses mains à plat sur les cuisses du garçon. Il se laissait faire. Après tout, c’était la première fois que Shuei prenait vraiment l’initiative. Il était un peu gauche, mais tellement adorable. Il se laissa emporter par le plaisir que le garçon voulait lui donner. Tous ses actes étaient emplis d’amour pur. Gaku ne pourrait jamais nier l’amour que lui donnait Shuei sans retenue et inconditionnellement.

 

 Shuei embrassa chaque partie de peau découverte, amenant Gaku au paradis du plaisir. Pourtant, cela ne gêna pas Gaku de le caresser également et surtout de lui baisser le pantalon afin de pouvoir se connecter. Shuei s’emboita et remua aussitôt. Les mains posées sur les joues, Gaku emmena le visage de son partenaire vers le sien. Leurs corps étaient connectés tout comme leurs bouches ne se quittèrent pas jusqu’à la jouissance et la plénitude totale des corps.

 

 Essoufflé, mais repu, Shuei bougea légèrement pour s’allonger de tout son long sur le corps de son partenaire. Gaku lui entoura la taille de ses bras. Shuei avait posé sa tête contre l’épaule droite et frôlé d’un doigt la joue râpeuse de son compagnon. Il redressa un peu la tête et déposa ses lèvres sur le menton en une caresse sensuelle.

 

- Tu devrais la laisser pousser.

 

 Retrouvant un peu ses esprits, Gaku arqua un sourcil, interrogatif.

 

- Hein ?

 

- Je disais que tu devrais laisser pousser un peu la barbe, sur le coin des joues avec un petit bouc. Tu serais super canon.

 

 Gaku porta une main à son visage et frotta sa joue.

 

- Je l’avais déjà fait une fois avant ma rencontre avec Sawa, je crois.

 

- Pourquoi l’avoir rasé ?

 

- Ma tête me plaisait plus. À la place, je me suis décoloré une partie des cheveux.

 

 Shuei se redressa encore plus et amena son visage juste au dessus de celui de Gaku et il s’exclama :

 

- Bon, alors c’est décidé. Je veux te voir avec ce bouc.

 

- Et si je n’en ai pas envie ?

 

- J’irai dormir dans le lit de Luce pour toute la durée de son séjour.

 

 Gaku ouvrit les yeux en grand, bouche bée.

 

- Tu n’oseras pas ?

 

- Tu veux tenter le coup ?

 

 Gaku glissa ses mains sages jusque-là vers les fesses dans une caresse lascive. Shuei gémit sous la caresse et il cacha son visage dans le creux du cou.

 

- Non, je ne tenterais pas le coup. Tu serais bien capable de le faire juste pour me rendre jaloux.

 

 Shuei se figea un peu. Il murmura toujours le visage enfoui dans le cou.

 

- Es-tu jaloux de me voir si proche de Luce, Ga-san ?

 

- Oui, je le suis. Je sais bien que c’est stupide, mais je le suis.

 

 Shuei émit un petit rire tout en se serrant encore plus.

 

- Je suis content. Ça veut dire que tu tiens quand même à moi.

 

- Évidemment.

 

 Gaku serra le corps de son amant fortement, et dans un geste assez acrobatique, il changea les positions. Il colla son nez contre celui de Shuei afin de se noyer dans les magnifiques yeux vairons. Shuei avait posé ses mains sur les épaules. Il pouvait lire, dans les yeux marron, une tendresse et bien autre chose.

 

- Je t’aime, Shuei.

 

 Le garçon ouvrit en grand les yeux de stupeur. Les larmes lui montèrent aux yeux. Il avait attendu tellement longtemps pour entendre enfin ces mots. Il jeta ses bras autour du cou de Gaku et l’embrassa à perdre haleine. C’était magique. Shuei avait l’impression de rêver.

 

 Plus tard, de nouveau serré dans les bras l’un de l’autre, Shuei murmura :

 

- Dis-le moi encore une fois, Ga-san ?

 

 Gaku détourna le regard, les joues rosâtres. Il ne savait pas comment il avait réussi à sortir ces mots. Ils étaient venus tout seul. Maintenant, il n’y arrivait plus. Il se sentait trop embarrassé.

 

- Ne peut pas.

 

- Ga-san, s’il te plait. La première fois, c’est le plus difficile, ensuite c’est plus facile.

 

 Shuei se redressa et s’installa à nouveau à califourchon au risque d’allumer à nouveau son compagnon, insatiable.

 

- Je t’aime Ga-san, chuchota Shuei, d’une petite voix boudeuse.

 

 Gaku leva les yeux au ciel. Il pouvait être agaçant quand il voulait bien s’y mettre.

 

- Je… euh t’aime, finit-il par dire, rougissant encore plus.

 

 Shuei se mit à rire devant la gêne de son partenaire. Il était trop mignon rouge comme un coquelicot. Le garçon grimaça de douleur quand il reçut une claque sur sa fesse. Il fit les gros yeux au coupable.

 

- Ça t’apprendra à te moquer de ma poire.

 

- Mais, c’est trop drôle. Tu es tout rouge, c’est trognon.

 

 Une nouvelle claque retentit. Shuei poussa un petit cri. Il se débattit réveillant la bête pour un troisième round le mettant hors service.