Chapitre 32

 

 Gaku se sentait vraiment mal. Que s’était-il passé ? Pourquoi Shuei était-il à l’hôpital ? Il n’arrêtait pas de se poser cette question. Dans quel état était-il ? Reverrait-il son sourire ? Il en avait assez de se poser des questions. Il jeta un coup d’œil vers le couloir de la salle d’attente.

 

 Emori Morita discutait avec les deux policiers arrivés entre temps. Il était plutôt agité. C’était assez étrange pour une personne aussi calme habituellement. De quoi parlaient-ils pour réussir à déshabiliter cet homme ? Il soupira. Il posa à nouveau sa tête entre ses mains. Il en avait assez d’attendre. Il voulait voir Shuei. Il voulait savoir si tout allait bien. Il finit par se lever et sortit de la salle d’attente. Il voulait prendre l’air. Il ne pouvait plus respirer ici.

 

- Vous commencez sérieusement à me chauffer, inspecteur Kamaya. Mon fils n’avait rien d’un suicidaire. Il allait très bien.

 

- Écoutez, Morita san. Nous comprenons très bien… .

 

- Ah lala ! Je vois que notre cher inspecteur Kamaya est toujours aussi perspicace à ce que je vois.

 

 Toute la troupe se tourna vers le nouvel arrivant. Gaku resta un instant interdit. Cet homme ressemblait aux illustrations sur les viking, sans la barbe. Près de lui se tenait un homme qu’il avait déjà vu quelques années plus tôt, mais bien plus jeune. Gaku était tout de même impressionné. Cet homme était plus jeune que lui et pourtant il se dégageait une présence à faire trembler n’importe qui. Celui-ci d’ailleurs tourna son regard très bleu vers lui.

 

- Vous ? J’espérais ne plus jamais vous revoir, Nathaniel Facter.

 

 Le viking aux yeux gris lui adressa un grand sourire, moqueur. Il approcha son visage de l’inspecteur faisant reculer celui-ci mal à l’aise.

 

- Vous aurais-je manqué, mon chou ?

 

- Allez au diable !

 

- Cruel. Mon cœur est tout triste, maintenant.

 

 Emori regardait les deux nouveaux arrivants un peu hallucinés. Qui étaient-ils pour mettre mal à l’aise la police à ce point. L’autre inspecteur prit enfin la parole et demanda :

 

- Mais enfin qui êtes-vous ?

 

 Nathaniel se tourna vers lui et renifla. Celui-là n’était pas à son gout. Il haussa les épaules. Il prit la parole, reprenant un air sérieux.

 

- Vous vous êtes nouveau. Bon, je me présente, je suis Nathaniel Facter et l’homme présent près de moi est Erwan Miori, de la Miori corporation. Vous pigez maintenant où êtes-vous si insignifiant que vos supérieurs ne vous enseignent pas grand-chose ?

 

 Gaku n’aurait jamais pensé revoir un jour ce garçon aux yeux bleus. Mais que faisait-il ici ? Erwan se retourna vers l’entrée de la salle d’attente. Il s’exclama :

 

- Gaku Inamura, n’est-ce pas ? Il semble que nous ayons deux amis en commun.

 

 Gaku cligna des yeux, un moment. Nathaniel s’exclama alors :

 

- Hein ? C’est ce canon le meilleur ami du chaton ?

 

 Erwan secoua la tête, exaspérée. Pourquoi Luka n’était-il pas là ? Gaku ne fit pas cas de la réflexion du Viking. Il s’inquiétait trop pour Shuei. Emori finit par se remettre de cette intervention pour reprendre la parole.

 

- Je peux savoir à quoi rythme tout ce cirque ? Je n’ai pas le temps d’entendre encore une fois les inepties de la police.

 

- Ce ne sont pas des inepties, Morita san.

 

- Ah oui ? Vous me fatiguez. Je vous dis et redis que mon fils n’est pas suicidaire, un point c’est tout ! Vous avez déjà sali la mémoire d’Ayato, je vous interdis de recommencer.

 

 L’inspecteur Kamaya, offusqué, allait répliquer, mais fut interrompu par Nathaniel.

 

- Inspecteur Kamaya et votre collègue vous pouvez rentrer chez vous. L’enquête vous a été retirée. Elle appartient maintenant à l’unité d’élite dont je fais partie provisoirement.

 

 Gaku aurait bien continué les écouter, très intrigué maintenant, mais il aperçut un médecin se dirigeant vers eux. Sans plus cas des inspecteurs, il s’approcha d’Emori et lui indiqua le médecin. Les deux hommes s’éclipsèrent sans état d’âme, seul Erwan remarqua leur départ.

 

 Le médecin regarda un instant la police aux prises avec deux autres individus étrangers au pays. Il haussa les épaules. Ce n’était pas son problème. Il s’arrêta en apercevant le père du garçon s’approcher. Il les salua.

 

- Morita-san, je présume ?

 

- Oui, comment va mon fils ?

 

- Plutôt bien étant donné les circonstances. Je peux déjà vous informer qu’il n’a pas fait de chute, mais les coups sur le corps montrent clairement qu’il a été malmené. Il y a également une substance étrange dans le corps qui disparaitra assez rapidement.

 

- Une substance ? Mon fils ne se drogue pas, Mayu Sensei.

 

- Calmez-vous. Loin de moi l’idée d’accuser votre fils. Je croyais cette drogue disparue de la circulation alors la trouver dans le sang de votre fils, m’inquiète.

 

- Alors, nous avons vu juste. La drogue du Dragon refait surface, s’exclama Nathaniel, faisant sursauter les trois hommes. Morita-san, je vous annonce que l’enquête sur la mort de votre fils Ayato va être rouverte.

 

 Emori blanchit. Si l’enquête était rouverte, alors cela signifiait que son fils aurait pu être tué, n’est-ce pas ? Mais, pourquoi ? Et par qui ?

 

- Est-ce que Shuei s’est réveillé ? Demanda Gaku, la seule chose qui l’intéressait vraiment pour l’instant.

 

 Le médecin regarda le jeune homme qui venait de lui parler. Il secoua la tête.

 

- Non pas encore. Nous espérons qu’il ne tombe pas dans un coma prolongé.

 

- Certaines personnes sont aptes à rejeter la drogue. Il semble que ce garçon fait partie de ces cas.

 

 Gaku et Emori se tournèrent vers le jeune homme aux yeux bleus.

 

- La drogue est une sorte de stimulante agissant sur le système nerveux. Elle permet de contrôler le sujet. Ainsi, celui qui contrôle peut faire faire n’importe quoi à sa victime. Celle-ci, souvent, ne se souvient plus ensuite. À mon avis, Mayu sensei vous devriez faire des analyses de sang sur Kahori Morita.

 

- Quoi ? Vous pensez que mon ex-femme aurait été droguée, elle aussi ?

 

- Possible.

 

- Pouvons-nous voir Shuei, s’il vous plaît ? Demanda Gaku au médecin.

 

 L’homme donna son autorisation. Gaku, soulagé, fonça vers la chambre indiquée par le médecin. Il n’attendit pas après le père du garçon pour une fois. Il resta un instant interdit en voyant Shuei allongé dans un lit d’hôpital, plus pâle qu’à l’accoutumée. Le cœur serré, il s’approcha et il s’installa juste à côté du lit. Il prit la main inerte dans la sienne. Il tremblait un peu. Une main se posa sur son épaule. Il sursauta. En levant les yeux, il croisa les perles bleues. Elles avaient perdu leur dureté pour une certaine douceur. Assez perturbant ce changement !

 

- Ne t’inquiète pas trop. Il va se réveiller. Toutes les personnes qui rejettent la drogue passent par une sorte de sommeil. Ensuite, elles en sont complètement immunisées. C’est très étrange, n’est-ce pas ? Le corps humain peut receler de vraies merveilles parfois.

 

- Mais qui a pu lui faire une chose pareille ? Shuei n’a jamais fait de mal à personne. Alors, pourquoi ?

 

- Nous pensons qu’il s’agit d’un membre de sa famille qui soit coupable.

 

 Les yeux d’horreurs, Gaku serra la main de garçon, un peu plus.

 

- Shion ?

 

 Erwan eut un sourire. Sawako avait raison. Son ami pouvait se traiter de nullité, il ne l’était absolument pas. Il pouvait très bien réfléchir s’il se donnait la peine.

 

- Aurais-tu une idée, Gaku ? Je peux t’appeler ainsi, n’est-ce pas ?

 

 Gaku hocha affirmativement la tête. Pourquoi pensait-il que le coupable serait Shion. Il ne pouvait pas dire qu’il le connaissait vraiment. Il ne l’avait plus revu depuis plusieurs années. Le jeune homme ferma les yeux. Pas facile de se souvenir de cette époque lointaine où Ayato Morita était encore en vie. À l’époque, Shion et Araki venaient souvent chez son cousin. Gaku s’en souvenait. Il ennuyait souvent Araki qui se mettait très souvent en colère. Comme quoi, il était déjà maso à l’époque. Shion passait le plus clair de son temps avec Ayato. Souvent, ils étaient comparés à l’ombre et la lumière. Shion était toujours silencieux, froid, ne souriant presque jamais alors qu’Ayato était tout le contraire. C’était un rayon de soleil, plein de vie.

 

- Shion était souvent avec Ayato. En fait, quand j’ai appris comment il traitait son frère Araki parce qu’il était homosexuel. J’ai été choqué.

 

- Pourquoi ? Il y a toujours eu des homophobes.

 

 Gaku secoua la tête.

 

- Parce que Shion Morita n’en est pas un justement. Il le fait croire, mais il ne l’est absolument pas. J’ai beau être très stupide par moment, je sais quand même reconnaitre les sentiments chez les autres. Sais-tu pourquoi Shion déteste Shuei ?

 

- Non, je ne le connais pas. Alors, je ne peux le savoir, mais j’ai ma petite idée.

 

 Gaku caressa du pouce la paume de Shuei. Il se mordit la lèvre.

 

- Il ne supporte pas que Shuei ait pris la place d’Ayato. C’est une des raisons à mon avis qu’il s’est mis à ennuyer Kahori-san, pour la punir d’avoir remplacé Ayato.

 

 Erwan croisa les bras et s’exclama :

 

- Ah ! Ça ne va pas. Nous avons pensé que peut-être il serait également le coupable pour Ayato.

 

- Impossible, affirma Gaku catégorique. Je ne dis pas cela parce que nous étions jeunes. Il n’y a pas d’âge pour devenir un monstre, mais il le vénérait. Il était toujours là pour protéger Ayato. Son mental a beaucoup été touché quand il a appris sa mort. Il s’en voulait de n’avoir pas été là alors qu’il aurait dû.

 

- Eh ! Mais comment peux-tu savoir tout ça ?

 

 Gaku cligna des yeux.

 

- Shion a appris la nouvelle alors qu’il se trouvait à l’école. Tout le monde a pu l’entendre hurler à mort.

 

 Gaku posa son front contre le lit. Il soupira.

 

 - Je n’aurais jamais pensé qu’il finirait par s’attaquer à Shuei.

 

 Erwan posa son regard sur le corps endormi sur le lit. Il eut un frisson lui parcourir l’échine. Il avait toujours eu peur de voir un jour son Ange dans un lit d’hôpital. Quand ils avaient enfin arrêté Allan Harnett, le créateur de la drogue rouge, ils avaient pensé en être définitivement débarrassés. Mais apparemment, cela aurait été trop beau. Il restait encore quelques substances en vente. Heureusement, personne n’avait encore réussi à la refaire.

 

- Une chose a dû se passer et a déclenché l’attaque.

 

- Mon frère l’a jeté à la rue.

 

 Gaku et Erwan se tournèrent vers le nouvel arrivant. Emori s’approcha de l’autre côté du lit. Il frôla les cheveux gris de son fils. Il semblait paisible.

 

- Fûto l’a renié comme il a renié quelques années plus tôt Araki. Je me suis toujours demandé comment j’ai pu survivre dans cette famille. Ils sont tous avec une case en moins.

 

 Un mouvement attira leur regard. Shuei grimaça à cause de la luminosité. Où était-il ? Il avait du mal à retrouver ses souvenirs. Bah ! Ils finiront par revenir tout seuls. Il gémit de douleur en voulant soulever son bras gauche.

 

- Shuei ? Appela une voix inquiète.

 

 Le garçon ouvrit de nouveau les yeux plus doucement. Sa vue d’abord brouillée retrouva son état normal au bout d’un temps. Il fut rassuré en reconnaissant la personne. Il referma les yeux de confiance. Ga-san était présent, il n’y avait plus de danger. Gaku se laissa à nouveau retomber sur son siège, accablé. Erwan sourit. Il se redressa et annonça :

 

- Je vous laisse. Je vais rejoindre Nathaniel. Je vais prévenir le médecin qu’il a repris un temps conscience.

 

- Attendez-moi, Miori kun. Je vais vous accompagner. Je veux en savoir plus.

 

-Vous ne voulez pas rester avec votre fils ?

 

 Emori sourit et jeta un coup d’œil vers le lit. Gaku serrait toujours la main de Shuei et l’observait avec insistance.

 

- Shuei est entre de bonnes mains.