Chapitre 30

 

 Depuis tout petit, Mugen Kana désirait devenir avocat. Ces parents s’étaient sacrifiés beaucoup afin qu’il atteigne son objectif. Il leur en était des plus reconnaissants. Ces parents s’étaient rencontrés sur le tard. Son père, Hibiki, était veuf quand il avait rencontré sa femme actuelle, Seiko. Celle-ci, divorcée, n’avait pas été facile à séduire. Son père aimait beaucoup lui raconter ces mésaventures amoureuses. Il lui avait fallu énormément de patience pour la faire céder à son charme.

 

 Parfois, Mugen songeait que sa relation avec Lymle Inamura ressemblait à celle de son père. Il la connaissait depuis plus de deux ans maintenant. Il lui tournait autour sans arrêt, faisait son possible pour se faire remarquer. Il avait même accepté de travailler quelques soirs et weekends dans le restaurant de la jeune fille. Mais celle-ci refusait.

 

 Au début, il avait pensé abandonner avant d’y perdre la raison ou son cœur, mais il avait vite repéré toutes les fois où elle se mettait en colère quand une autre femme lui adressait la parole. Il pouvait voir son regard s’assombrir. Et puis, il y avait ce loustic qui lui disait de ne pas céder. Il sourit. Ce garçon n’avait pas sa langue dans sa poche, parfois.

 

 Il lui disait souvent que la famille Inamura avait souvent des œillères et qu’il leur fallait beaucoup plus de temps pour s’apercevoir de quelque chose d’essentiel. Pour réussir, il ne fallait surtout pas lâcher prise, bien au contraire. Depuis quelque temps, il le voyait souvent avec le frère aîné de Lymle. Et comme par miracle, la jeune femme semblait retrouver le sourire et son regard briller plus. Étrange !

 

 Enfin le plus étrange selon lui, c’était sa transformation. Quand elle était apparue devant lui avec sa nouvelle coupe, il avait failli avoir une crise cardiaque. Elle était magnifique. Il avait toujours su qu’il se cachait sous ses vêtements peu féminins et cette coupe horrible, une femme sublime. Il était réellement retombé amoureux d’elle. Le coup de foudre lui était tombé dessus par surprise.

 

 Alors malgré tous les rejets qu’elle lui faisait subir. Il restait à son écoute. Parfois, il arrivait à la déstabiliser, mais ce n’était pas souvent. Par contre, il prenait de plus en plus plaisir à ses crises de jalousies, très flagrantes. Le pire fut quand son frère vint les aider au restaurant. D’après ce qu’il avait compris, c’était Inoue-san, la mère Inamura qui avait décidé que tous les serveurs de son restaurant seraient des hommes jeunes, le midi.

 

 Mon Dieu ! Il n’avait jamais pensé que le simple fait d’être que des serveurs amènerait autant de femmes dans le restaurant. Inoue avait voulu faire la journée de la femme. Elle avait réussi, mais Mugen et Gaku d’ailleurs, avaient bien cru leur fin arrivée avec le regard meurtrier des maris. Lymle se trouvait en cuisine. Elle remplaçait le cuisinier attitré, ce midi-là. Elle n’avait pas décroché un seul mot gentil de toute la journée.

 Inoue trouvait sa fille exaspérante. Elle avait toujours pensé que c’était son fils le plus atteint de la bêtise, concernant ses relations amoureuses, mais finalement sa fille ne valait pas mieux. Elle n’arrêtait pas de rejeter tous les hommes qui lui tournaient autour. Elle allait finir vieille fille si elle continuait. Pour son fils, elle avait laissé agir Shuei comme il l’entendait. Son instinct de mère ne lui avait pas fait défaut. Ce garçon qu’elle adorait comme si c’était le sien, avait réussi à mettre quelque chose dans le crâne de son fils.

 

 Elle devrait songer aussi à remercier Dupontel-san et Emori-san. Ces deux hommes avaient semble-t-il été pour beaucoup pour le changement d’esprit de Gaku. Avec tout le mal que son mari avait fait à son fils, elle avait vraiment désespéré de le voir un jour retrouver un sourire d’enfant. Mais, parfois elle le voyait. Elle en était soulagée. Mais maintenant, son nouveau souci était sa stupide fille. Elle aimerait bien donner un petit coup de main à ce jeune homme. À force de travailler avec lui, elle avait fini par bien l’apprécier.

 

 Alors, elle envoya sa fille à Tokyo pour chercher des ingrédients que seule la ville de Tokyo possédait. Mais dit-elle, elle ne voulait pas que sa fille y ailles seule alors elle demanda gentiment à Mugen Kana s’il était libre pour accompagner sa chère fille. Bien évidemment, Lymle fit un scandale. Affirmant qu’elle était apte à s’y rendre seule sans problème. Sa mère refusa nette. Alors, Lymle supplia son frère de venir. Mais contre toute attente, Gaku rentra dans le jeu de sa mère, sans le savoir.

 

 Non, il ne pouvait pas venir avec elle, car il avait déjà des projets avec Shuei. Mais, il était hors de question que sa sœur aille à Tokyo seule. C’était une grande ville où il était facile de se perdre. Alors, le mieux pour elle serait qu’elle demande à son ami Mugen de l’accompagner.

 

 Lymle enrageait intérieurement. Elle se sentait prise au piège sous le regard vairon moqueur d’un loustic, présent avec son frère. Elle finit pourtant par céder, mais elle ordonna à Mugen de garder le silence. Celui-ci soupira et en même temps, ravi. La jeune femme se croyait prise au piège, mais si elle avait réellement voulu y aller seule, personne n’aurait pu lui dire quoique se soit. Finalement, Lymle Inamura avait vraiment peur d’aller dans cette ville toute seule comme une grande.

 

 Pendant tout le trajet dans le train, Mugen préféra garder le silence comme convenu. Il avait emporté son ordinateur portable. Il put ainsi faire avancer ses devoirs. Lymle assise, près de lui, se mit à l’observer. Elle fronçait souvent les sourcils. Elle finit par soupirer. Elle se mordit la lèvre et prit la parole.

 

- Est-ce si intéressant d’aller à l’université ?

 

- Mmmh !

 

- Vous pourriez répondre. Enfin si je vous ennuie, dites-le !

 

 Mugen soupira et secoua la tête.

 

- Je vous rappelle que vous m’aviez ordonné de garder le silence.

 

- Ah ! Euh …. . Désolée, j’étais juste en colère. Pfft !

 

 Mugen s’adoucit et lui adressa un sourire. La jeune femme faillit rougir. Le jeune homme répliqua :

 

- Je commence à être habitué. Vous êtes souvent en colère, sans raison parfois. Mais pour répondre à votre question, oui et non. Il y a des choses intéressantes et d’autres un peu moins. Je vous admire, Lymle.

 

 La jeune femme releva la tête de surprise, les yeux grands ouverts.

 

- En quoi ?

 

- Vous êtes parvenu à faire du restaurant de votre mère un endroit où il fait bon de s’y rendre. Où les familles viennent pour se restaurer dans une ambiance chaleureuse. Ce n’est pas donné à tout le monde. Je vous l’ai déjà dit, je sais la charge de travail que cela vous donne. Mes parents s’occupent d’un hôtel-restaurant. Vous êtes si jeune et pourtant si compétente. Votre mère a beaucoup de chance de vous avoir avec elle.

 

 Lymle rougit pour de bon sous le compliment. Elle n’était pas habituée à recevoir des compliments. Pourtant, Mugen lui en avait déjà fait, mais pour une étrange raison, elle le croyait plus sincère maintenant qu’auparavant.

 

- Merci. Je me suis souvent demandé si je n’étais pas un poids pour ma mère. J’ai souvent affirmé que j’avais arrêté les études pour me faire de l’argent afin de faire rechercher mon frère. C’est en partie vrai, mais en même temps, je sais très bien que l’université n’est pas gratuite. Okaa-san n’aurait jamais pu payer à nous quatre l’université.

 

- Vous vous êtes sacrifiée pour le bien de votre famille, pour le bonheur de vos sœurs. C’est généreux de votre part, Lymle. Mais, maintenant vos sœurs sont aptes à prendre soin d’elles même.

 

- Non, elles sont encore trop jeunes. Je dois m’occuper de Megumi et de Mairu.

 

- Non, ce n’est pas votre rôle, Lymle. C’est à votre mère de le faire. Elle le fait déjà très bien d’ailleurs. Votre petite sœur, Mairu, semble avoir les pieds sur terre. En tout cas, ce n’est en rien une idiote. Elle sait très bien ce qu’elle veut faire dans sa vie future. Vous devriez la laisser faire. Quant à Megumi, il me semble qu’elle soit déjà bien entourée par des personnes qui lui veulent que son bien aussi.

 

 Lymle se tritura les doigts, tout en baissant la tête.

 

- Mais que ferais-je alors ? J’ai toujours passé ma famille avant moi, je ne serais pas quoi faire maintenant.

 

 Mugen se mit à observer son ordinateur un moment, puis il se lança :

 

- Maintenant, vous devriez vous occuper de vous. Que voudriez-vous faire ? Voulez-vous continuer à travailler dans le restaurant ou alors changer d’orientation ? Votre mère ne vous en voudra jamais.

 

 Lymle joua avec un fil de sa robe. Changer d’orientation ? Ce serait si tentant, mais en serait-elle vraiment capable ? Elle resta silencieuse un long moment avant de se mettre à rire. Mugen se tourna vers elle, très étonné. Il ne l’avait jamais vraiment vu rire. Un sourire esquissa ses lèvres. Elle devrait se relâcher plus souvent. Elle finit par se calmer et s’exclama :

 

- Vous n’allez pas rire, hein ?

 

- Non, promis.

 

- J’étais en train de songer à ce que je désirais faire quand j’étais enfant.

 

- Ah ? Et alors ?

 

- Enfant, je criais sans arrêt qu’un jour je m’occuperais d’un restaurant.

 

 Mugen resta sans voix un moment, avant d’amener un nouveau sourire. Il se mordait la langue pour ne pas rire. La jeune femme lui lança un regard noir et lui donna un coup sur la tête.

 

- Aïeee ! Pourquoi m’avoir frappé ?

 

- Je t’ai dit de ne pas rire.

 

- Hein ? Mais, je n’ai pas ri du tout. Vous êtes sadique, Lymle.

 

 La jeune femme sourit à son tour en montrant bien ses dents blanches.

 

- C’est de ta faute. Tu me donnes toujours une raison pour te frapper. Je n’ai pas raison ?

 

- N’importe quoi ! Laissa-t-il échapper, en se frottant le crâne.

 

 Il n’arrivait pas à enlever son sourire de ses lèvres. Ce voyage se promettait d’être bien plus amusant et joyeux que prévu. Et puis, se rendait-elle compte que depuis quelques minutes, elle le tutoyait ? Il fut encore plus surpris en entendant la suite.

 

- Mugen ? Je crois que je vais faire comme mon frère. Je vais faire des cours par correspondance. Je pense en avoir besoin. Pourras-tu m’aider quand tu es libre ?

 

 Le jeune homme se tourna vers Lymle, stupéfait. Elle avait appuyé sa tête contre le dossier de devant et le regardait en attente de sa réponse. Il était troublé. Il hocha la tête.

 

- Bien sûr. Pas de problème, mais à une seule condition.

 

 Lymle fronça les sourcils. Que voulait-il ?

 

- Tu évites de me frapper en cas où tu n’arrives pas sur un sujet. Je tiens à ma santé mentale.

 

- Hein ? T’es vraiment pas drôle comme mec. Je prenais plaisir à te martyriser.

 

- En plus, elle avoue, je rêve !