Chapitre 29

 

 Gaku examina les documents remis par Dupontel avec grande attention avant de se décider finalement à essayer. Il les montra également à Lymle. La jeune femme accepta de les regarder. Elle devait réfléchir. Kotoro ne réfléchit même pas. Elle n’en voulait pas. Elle se sentait très bien comme elle l’était. Elle ne regrettait pas d’avoir arrêté ses études, mais elle fit tout de même des recherches sur les plantes et les fleurs.

 

 Il discuta avec Aymeric. Celui-ci le rassura et lui donna un nouveau chantier par la même occasion. Ce n’était pas un très grand chantier, mais serait assez long quand même. Il lui donna des employés qualifiés qui seraient aptes à se débrouiller seul sans leur chef quand celui-ci serait absent.

 

 Shuei lui donnait un coup de main au niveau des études. Parfois, Gaku songeait qu’il ne devait vraiment pas avoir de cerveau. Et si le garçon n’était pas là pour l’encourager à continuer, il aurait abandonné dès la première semaine. Mairu venait aussi l’aider. La jeune fille, malgré ses quinze ans, était plutôt une très bonne élève, souvent première de sa classe. Contrairement à ses sœurs et à son frère, Mairu aimait beaucoup l’école. Elle avait déjà décidé qu’elle serait professeure de langue plus tard. Shuei partait souvent en fou rire quand Mairu était présente. Elle ne se gênait pas le moins du monde, de traiter son frère d’imbécile ou de stupide quand Gaku se prenait la tête avec elle ou son exercice. Gaku ne lui en voulait jamais. Beaucoup se sentiraient humilier d’être traités ainsi par une gamine. Mais, il n’avait jamais agi comme les autres, il n’allait pas commencer maintenant.

 

 La seule qui semblait indifférente était Megumi. Elle avait toujours la tête dans les nuages et parlait très peu. Même Seito ne savait pas vraiment ce qu’elle avait, précisa-t-il quand Shuei lui posa la question. Le garçon secoua la tête. Il songeait à l’étriper ou l’étrangler. Pourquoi ne venait-elle pas en discuter avec lui comme avant ?

 

 Il s’en voulait un peu. Depuis qu’il fréquentait Gaku, il n’avait pas passé une seule journée avec sa meilleure amie en tête à tête. Peut-être devrait-il prendre une journée avec elle ? La veille d’un nouveau weekend, il annonça à Gaku qu’il ne serait pas lire le samedi, car il avait décidé de s’occuper de Megumi. Il voulait la faire parler. Gaku fut un peu déçu, mais il songea qu’ainsi il pourrait aller ennuyer son ami Tooru. Il n’en eut pas l’occasion.

 

 Sa mère décida de l’embaucher au restaurant. Il voulut refuser, mais sa mère lui fit son regard qui tue. Une serveuse était malade alors elle avait besoin de main. Il ferait très bien l’affaire. Lymle se moqua de lui. Elle savait bien qu’il avait horreur de porter l’uniforme de serveur. Pourtant, il lui allait comme un gant, mais c’était justement à cause de cela. Tout comme Mugen, Gaku remportait haut la main au niveau pourboire, surtout envers les femmes, rendant souvent leur mari jaloux au possible.

 

 Pour Shuei, la première tâche fut de convaincre sa meilleure amie à se changer pour sortir. Il était hors de question qu’elle sorte avec lui en jogging. Elle était une fille, jolie en prime, elle devait se faire belle. Megumi râla comme pas possible. Son ami pouvait vraiment être des plus agaçant quand il voulait bien s’y mettre. Kotoro restait à la maison pour s’occuper du jardin avant de rendre visite à Tooru, pouvait les entendre se disputer de bon matin. Elle souriait. Megumi retrouvait aussitôt sa pêche.

 

 Depuis qu’ils étaient amis ces deux-là, il ne passait pas une journée sans se disputer, comme un frère et une sœur. C’était tellement devenu courant que Kotoro commençait sérieusement à se poser des questions sur sa sœur trop silencieuse ces temps-ci.

 

 Shuei ne se gêna pas à fouiller dans l’armoire de Megumi et sortit des vêtements qu’il lui plaisait. La jeune fille les regarda en faisant la grimace. Pourquoi voulait-il qu’elle s’habille en jupe courte ? Elle leva les yeux vers lui, appuyée négligemment comme la commode. Il avait son sourire de loup. Elle détestait quand il souriait comme cela. Ça signifiait qu’il ne changerait pas d’avis. En soupirant à fendre l’âme, elle prit ses nouveaux vêtements et se rendit dans la salle de bain.

 

 Quand elle revint dans la chambre, monsieur était sagement installé dans son lit lisant un magazine musical. Elle attrapa une peluche et lui balança dans la figure. Shuei sursauta et se tourna vers l’entrée de la chambre. Il sourit. Et voilà, Megumi ressemblait enfin à une fille.

 

- Je peux savoir pourquoi je dois m’affubler de cette façon.

 

- Parce que je veux sortir avec une jolie fille, pas avec un sac de pommes de terre.

 

- Et alors ? Ce n’est pas comme si cela te ferait le moindre effet.

 

- Meggy, Meggy, ce n’est pas parce que je sors avec un homme que je ne peux pas trouver les filles jolies. Et puis, pourquoi veux-tu cacher tes jolies jambes ? Seito en tomberait encore plus amoureux.

 

- Baka ! S’exclama-t-elle en rougissant.

 

 Shuei éclata de rire, puis il se dirigea vers la sortie. Il lui attrapa la main au passage et la tira.

 

- Shuei ? Si une fille du lycée te voit me tenir la main, elle va s’empresser d’aller faire des racontars à Seito.

 

 Loin de l’écouter comme à son habitude, Shuei garda la main de sa meilleure amie et la força à avancer jusqu’à l’arrêt de bus. Il se tourna légèrement vers elle et lança :

 

- Laisse-les dire, Meggy. Seito sait très bien qu’il n’y a rien. Je devrais m’excuser Meggy. Je te laisse de côté depuis quelque temps.

 

 La jeune fille baissa la tête. Elle soupira.

 

- Ce n’est pas grave. Je peux très bien comprendre que tu veux rester avec mon frère, le plus souvent possible. Mais, parfois, je suis triste de ne plus t’avoir pour moi toute seule. C’est égoïste. Tu as attendu tellement longtemps pour être avec lui. Aaaah ! Je suis trop nulle !

 

- Mais c’est un peu fini, se fâcha Shuei. Vous n’en avez pas marre de vous dénigrer à tout bout de champs. C’est vraiment énervant.

 

 Megumi rougit et se mordit la lèvre. Ce n’était pas la première fois que Shuei le lui disait. Seito aussi lui avait fait la remarque.

 

- Faudrait peut-être penser à arrêter. Ga-san commence à s’améliorer à ce niveau. Tant mieux, car je me demandais sérieusement si je ne devais pas prendre exemple sur Sawa et lui mettre des coups sur la tête chaque fois où il se dénigrait. Lymle, si elle continue dans cette voie, risque fort de faire fuir Mugen. Il va finir par se lasser à force. Et toi aussi ma grande !

 

- Moi ? Mais… .

 

- Oui, toi. Seito est la patience même, mais il ne faudrait peut-être pas abuser non plus.

 

 Megumi voulut répliquer, mais le bus choisit ce moment pour arriver. Elle ne savait même pas où Shuei l’emmenait. Elle n’avait pas pensé à lui demander, mais maintenant elle n’osait pas lui poser la question. Il avait fait exprès de prendre sa journée pour être avec elle. C’était tout ce qui était important, non ?

 

 Les deux jeunes gens trouvèrent une place dans le bus. Ils gardèrent le silence le long du trajet. Megumi aimait bien parfois le silence entre eux. Ce n’était pas que Shuei ne faisait plus cas d’elle. Elle était certaine qu’il devait se demander ce que pouvait faire Gaku. Elle se mit à regarder par la vitre. Elle sourit. Il l’emmenait vers le parc d’attraction. Elle adorait. La mère de Shuei les emmenait souvent là bas plus jeune.

 

 Ils s’amusaient alors comme des fous. Ils voulaient monter dans tous les manèges et ils se gavaient de barbes à papa. La jeune fille esquissa un sourire nostalgique. Parfois, elle aimerait pouvoir revenir enfant. Elle soupira. Shuei lui jeta un coup d’œil. Megumi était mélancolique. Elle avait peur de grandir, de devenir adulte.

 

 A leur arrêt, le garçon reprit la main de sa meilleure amie. Il allait lui changer les idées moroses. Étant donné le beau ciel bleu et la bonne chaleur, les parents avec leurs progénitures étaient également présents. Les deux jeunes les observèrent en silence. Les plus petits commençaient à faire des caprices. Megumi et Shuei se mirent à rire. Eux aussi, ils en avaient fait à faire grailler leurs mères désespérément.

 

 Shuei se chargea de payer l’entrée. Puis, ils s’engloutirent dans la foule. Leurs pas les dirigeaient à peu partout. Ils s’arrêtèrent à des stands. Ils firent celui du tir à carabine. Shuei rata presque toute. Il se fit charrier par Meggy. Elle le traita de gros nul. Il en fit autant ensuite pour le tir de balle. Ils firent des tours de voitures tamponneuses. Ils firent les fous, jouèrent comme des gosses d’une dizaine d’années seulement. Megumi songea que cela faisait trop longtemps qu’elle ne s’était pas aussi bien amusée.

 

 Ils allèrent se nourrir dans un fast-food du coin. Ils se goinfrèrent plus qu’ils ne mangèrent. Megumi se plaignit ensuite qu’elle allait ressembler à une grosse dinde. Pour dépenser leur surplus, ils reprirent la marche et les attractions. Shuei l’emmena dans le train fantôme et attrapa un fou rire incontrôlable à cause des hurlements de Megumi. Elle le frappa à la sortie pour s’être foutue d’elle.

 

 Vers la fin d’après midi, ils allèrent se reposer sur un banc près d’un lac artificiel. Megumi s’éclipsa pour acheter des boissons. Quand elle revient, elle vit Shuei lire un message sur son portable. Il affichait un sourire si doux qu’elle en resta un instant interdite. Elle ne l’avait jamais vu sourire de cette façon. Elle se remua et se laissa tomber près de lui. Le garçon se tourna vers elle. Elle lui tendit une canette de coca.

 

- Arigato.

 

- C’est mon frère qui t’a envoyé un message, demanda-t-elle, très curieuse.

 

 Elle le vit rougir. C’était une première.

 

- Oui, il m’informait être rentré en un seul morceau. Et qu’il refusait de porter à nouveau ce satané uniforme.

 

- Ah ! Pourquoi ?

 

- Parce qu’il a toujours l’impression que les femmes veulent le violer. Mmh ! C’est dommage qu’il ne veuille plus le porter. Il est sexy avec.

 

- Haha ! Je suis sûr que si tu lui demandes gentiment, il le mettra juste pour toi.

 

 Un sourire apparut.

 

- Tu crois ? Je t’enterrais bien.

 

 Megumi émit un nouveau petit rire avant de reprendre son sérieux.

 

- Merci pour cette journée, Shuei.

 

- De rien, ma belle. Je me suis bien amusé aussi.

 

- Oui, j’ai vu. Tu t’es bien moqué de ma poire. Je m’en souviendrais. Tu crois qu’on en aura d’autres quand tu iras à Hokkaido.

 

- Baka ! Bien sûr, Meggy. Ce n’est pas parce que je vais dans une université éloignée que je vais vous oublier. Est-ce la raison de la tête d’enterrement que nous fait depuis quelque temps ?

 

- Oui et non. Tu sais ce que tu veux faire dans la vie, Seito également. Mais, chaque fois que je tombe sur cette feuille d’orientation, je ne sais pas quoi mettre.

 

- Pourquoi n’en parles-tu pas avec le professeur principal ? Et puis, sinon prends un simple cursus. L’idée te viendra peut-être toute seule.

 

 Shuei se tut un instant, puis il s’exclama :

 

- Il y a trois ans, tu disais vouloir entrer dans une école de danse. Pourquoi ne veux-tu plus y aller ? Tu aimes toujours autant la danse, non ?

 

 La jeune fille baissa la tête et elle se tritura les doigts.

 

- C’est juste que l’école se trouve à Tokyo. C’est loin. Je me vois mal y aller là-bas. Je me sentirais tellement seule sans Okaa san et mes sœurs.

 

- Il faudrait peut-être penser à couper le cordon ombilical, Meggy. Ta mère et tes sœurs ne vont pas s’envoler. Ton frère non plus d’ailleurs ! Tu dois faire ta vie avant toute chose, Meggy. Si tu ne le fais pas, tu risques d’avoir des regrets. Regarde Ga-san ou Lymle ? Ils se mordent les doigts maintenant. Lymle a bien du mal à remonter. Il faudrait être aveugle pour ne pas s’apercevoir, à quel point elle est amoureuse de Mugen. Elle ne supporte pas quand une femme lui parle. Mais, elle se sent tellement minable qu’elle refuse tout net. Je ne veux pas que tu deviennes aussi stupide, Meggy.

 

- Ce n’est pas très gentil pour ma sœur, Shuei.

 

- Je m’en fiche.

 

- Mais Shuei, que dois-je faire pour Seito ? Je l’aime, mais si je vais à Tokyo, pourrais-je continuer avec lui quand même ?

 

 Shuei se laissa aller contre le dossier. Il se mit à rire.

 

- Baka ! Pourquoi tu ne pourrais pas continuer avec lui ? Parles-en avec lui si ça te tracasse ? Je suis sûr qu’il fera en sorte d’aller dans une université près de ton école.

 

 Megumi hocha la tête. Parler avec son ami lui avait fait un bien fou. Elle se sentait beaucoup plus sereine. Elle se pencha et embrassa la joue de Shuei. Il lui jeta un coup d’œil surpris.

 

- Merci d’avoir autant de patience avec moi, Shuei.

 

- Les amis, c’est fait pour ça ma Meggy. Allez viens, on doit nous attendre à la sortie.

 

- Pardon ?

 

 Shuei reprit la main de Megumi sans rien dire de plus. Que voulait-il dire ? Ils prirent le chemin vers la sortie du parc. Malgré l’heure, la foule était toujours présente. Megumi se souvient avoir lu qu’il devait avoir un feu d’artifice ce soir même. Quand ils arrivèrent près du grand portail, elle comprit alors le sens de la phrase de son camarade. Gaku, habillé de nouveau avec son éternel jean et un sweat, les attendait sagement en compagnie de Seito, Mairu et Reika. Mairu les aperçut en premier et leur fit de grands signes.

 

 Megumi sourit toute contente. Non seulement elle avait passé une excellente journée, mais elle allait passer une soirée magnifique en compagnie de son meilleur ami et de son amoureux. Que demandait de plus ?