Chapitre 27

 

 Sawako et Shin restèrent encore quelques jours supplémentaires, puis ils se décidèrent à rentrer au pays. Ils promirent à Inoue de revenir la voir à leur prochain passage. Gaku fut triste de voir partir ces amis. Il lui manquerait beaucoup. Il avait été soulagé de s’apercevoir que Shuei et Sawako s’entendaient très bien, même trop bien d’ailleurs. Shin lui avait avoué qu’il n’y avait pas que le chaton à être jaloux dans leur couple, lui aussi la ressentait quand Sawa était avec ses amis, dont les jumeaux.

 

Gaku devait bien reconnaitre qu’il avait ressenti un pincement au cœur en voyant Shuei très proche du chaton. Aurait-il été jaloux de ce début d’amitié entre les deux garçons ? Ce serait un nouveau sentiment pour lui. Il ne l’avait jamais vraiment côtoyé, même avec Sawako. Est-ce à dire qu’il ressentait beaucoup plus pour Shuei que de l’attirance ?

 

 Pendant la semaine, Gaku ramenait Shuei tous les soirs chez lui. Emori-san l’avait ordonné. Il acceptait la relation de son fils avec le jeune homme, mais celui-ci devait comprendre que Shuei était encore lycéen et devait avoir une certaine discipline. Gaku comprenait et trouvait logique. Il ne voulait pas être un fauteur de trouble et être la cause de mauvaises notes.

 

 Il se rendait compte alors que le garçon lui manquait beaucoup plus que prévu. Et quand Shuei était avec lui, il ne voulait pas le partager non plus. Il se savait égoïste, mais c’était ce qu’il ressentait chaque fois où le garçon s’éloignait pour faire ses devoirs avec Megumi. Peut-être devenait-il même jaloux de leur amitié ?

 

 Aymeric Dupontel l’appela une semaine après le départ de Sawako. Il prenait des nouvelles de son employé. Il aimerait bien le voir également afin de parler de son avenir. Il lui avait donné rendez-vous à son bureau. Gaku s’inquiétait beaucoup pour cet entretien, tellement qu’il s’en rongeait les ongles. Alors la veille, il se rendit chez Shuei.

 

 Il fut encore une fois accueilli par Emori-san. Le père de Shuei regardait le jeune homme avec un léger sourire. Il voyait bien qu’il était mal à l’aise en sa présence. Il invita Gaku à pénétrer dans l’appartement, mais lui précisa que Shuei n’était pas encore là. Il était parti rendre visite au vétérinaire du coin.

 

 Gaku fut un peu déçu d’avoir raté le garçon, mais accepta l’invitation à entrer d’Emori-san. L’homme lui offrit une tasse de café et s’installa face au jeune homme. Gaku se sentait vraiment intimidé face au père de son petit ami. Il ne savait pas comment se comporter et il n’osait pas non plus le regarder dans les yeux. Il se souvenait très bien qu’Emori avait vu la photo compromettante.

 

- On dirait bien que vous reprenez figure humaine, Gaku kun.

 

- Euh ! Oui, je me sens beaucoup mieux. Je vais pouvoir reprendre le travail bientôt.

 

 Gaku jouait avec sa tasse à café, très mal à l’aise.

 

- Je ne vais pas vous manger, vous savez.

 

 Gaku rougit et baissa un peu la tête afin de le cacher.

 

- Je le sais, mais…

 

- Je ne suis pas comme votre père, Gaku kun. Je n’ai jamais levé la main sur Shuei et je ne le ferais jamais.

 

 Gaku rougit de plus belle. Il s’en voulait un peu de superposer les deux hommes. Son père et celui de Shuei n’avaient rien en commun. Il soupira.

 

- Je suis désolé. Je n’ai pas l’habitude.

 

- Allons, allons, vous n’avez pas à vous excuser, jeune homme. Si vous me disiez plutôt ce qui vous tracasse ?

 

 De surprise, Gaku leva les yeux et rencontra le regard amical du père de Shuei.

 

- Ne soyez pas si surpris. Je peux lire en vous comme dans un livre ouvert. Shuei est bien plus difficile à déchiffrer à vrai dire, s’exclama Emori, amusé.

 

- Peut-être parce qu’il est votre fils ?

 

- Possible, pourtant j’ai passé ma vie à le regarder grandir, de loin certes. C’en est peut-être la raison, qui sait ?

 

 Gaku hésita un long moment. Emori observait le petit ami de son fils tranquillement, tout en buvant son thé. Il ne voulait pas le forcer. Il voulait apprendre à connaitre cet homme que son fils aimait. Après tout, il semblait bien parti à rester dans leur vie pour un très long moment. Emori se souvenait de Gaku plus jeune. Il respirait de violence contenue, de haine. Un garçon qui cherchait de l’aide, mais en même temps la refusait.

 

 Déjà enfant, Shuei rebattait les oreilles de sa mère avec Ga-san par-ci, Ga-san par là. Kahori avait dû user des trésors de tendresse pour calmer Shuei quand son Ga-san avait fini par fuir la violence de son père. Amusant comme le destin pouvait jouer des tours. Finalement, son fils avait bel et bien retrouvé son Ga-san. Au moins, un de ses rêves avait été exaucé. Maintenant, est-ce que son autre rêve serait compatible avec sa relation avec le jeune homme ? Shuei rêvait de devenir vétérinaire, mais la seule université se trouvait sur l’île d’Hokkaido. Avait-il mis Gaku au courant de ses projets d’avenir ? Emori ne le pensait pas, mais il connaissait assez son fils pour savoir qu’il le ferait prochainement.

 

- Je dois avoir un entretien avec Dupontel-san demain. Je suis juste un peu inquiet, finit par avouer Gaku.

 

 Il s’agitait un peu sur le siège, pas très l’aise. Il se trouvait idiot de s’inquiéter de la sorte.

 

- Ah ! Dupontel-san est votre patron, je suppose ? Shuei m’a raconté qu’il vous avez donné un chantier. C’est un grand privilège pour un jeune de votre âge et une grande confiance en vos capacités.

 

 Gaku hocha la tête.

 

- J’ai été vraiment surpris. Je n’ai aucune expérience. Je n’ai jamais fini le lycée, alors… .

 

- Oui, c’est vrai, Shuei m’a aussi dit que vous vous dénigrez beaucoup trop. Il va falloir arrêter, Gaku kun. Vous devez avoir confiance en vos capacités et aux jugements de vos interlocuteurs. Si Dupontel-san a pensé que vous étiez apte à faire ce chantier, c’est qu’il doit avoir ses raisons. Vous devez simplement les accepter.

 

 Gaku ouvrit la bouche comme pour réfuter, mais un seul regard vers Emori-san lui fit changer d’avis. Il n’avait vraiment pas l’habitude de recevoir une réprimande. La porte d’entrée claqua et la voix de Shuei se fit entendre. Gaku se sentit aussitôt soulagé. Emori n’était pas content. Son fils aurait pu attendre avant de revenir. Il aurait aimé parler encore un peu en tête à tête avec ce jeune homme afin de lui remettre le cerveau en place.

 

 Shuei retira ses chaussures rapidement et rejoignit son père dans la cuisine. Il avait reconnu les bottes de Gaku. Il était content de le voir et il s’en voulait de n’avoir pas été présent à son arrivée. Peu de temps après, Emori informa son fils qu’il rendait visite à des amis et qu’il mangerait dehors. Shuei remercia silencieusement son père de cette initiative.

 

 Après le départ de son père, Shuei resta un instant devant la porte de la cuisine pensive. Il voyait bien que quelque chose perturbait son ami. Comment pourrait-il l’aider ? Gaku tourna les yeux vers le garçon. Son cœur battit la chamade et ressentit à travers son corps un désir immense. Shuei sursauta quand Gaku le harpa dans ses bras. Le garçon ne l’avait pas entendu, ni vu, se lever.

 

 Gaku se pencha aussitôt vers la bouche très attirante pour la sceller d’un embrassement torride. Shuei perdit toute notion du temps et de l’heure. Il se laissa manipuler par Gaku comme une marionnette. Gaku souleva le garçon et se dirigea presque d’instinct vers la bonne chambre.

 

 Il déposa avec toute la douceur possible le garçon sur le lit, sans pour autant arrêter de l’embrasser. Il se mit en devoir de déboutonner la chemise encombrante, puis de retirer ce fichu pantalon très gênant, sans jamais quitter une seule fois cette bouche exquise. Il allait prendre son temps pour le dévorer enfin seulement s’il arrivait à délier sa langue de celle de Shuei, si chaude et sensuelle.

 

 Shuei glissa ses mains le long du grand torse donnant des frissons à Gaku qui s’enhardit encore plus en caressant le corps offert. Le garçon enfonça ses mains sous le tee-shirt pour les laisser courir le long du torse et du dos avant de vouloir déboutonner le jean trop serrer.

 

 Gaku finit par quitter les lèvres tentantes pour les faire parcourir sur tout le corps juste en le frôlant faisant tortiller le garçon de frustration. Il finit même par attraper les poignets de Shuei et les remonta au dessus de sa tête. Il lia ses doigts au garçon et continua ses petites tortures avec seulement la bouche.

 

 Shuei ne savait plus qui il était tellement les sensations fortes, exquises qu’ils recevaient lui faisaient tourner la tête. La bouche et les mains de Gaku étaient partout à la fois, sur son torse, sur son ventre, entre les cuisses, ou à un endroit bien précis qui ne demandait pas mieux à être léché ou sucé à volonté. Shuei jouit plusieurs fois avant de sentir enfin Gaku en lui, dans son intimité où il était le seul à avoir la permission d’y être.

 

 Gaku ne perdit aucune expression sur le visage rougissant de Shuei tout le temps qu’il remuait en lui. Gaku était doublement troublé ce jour. Shuei lui avait dit et redit des « je t’aime Ga-san » à longueur de temps. Gaku songeait que son cœur n’allait jamais tenir. Méritait-il vraiment l’amour inconditionné de cet ange ?

 

En tout cas, il ferait son possible pour ne pas être un poids pour le garçon. Être chéri de la sorte était nouveau et si attrayant. Il savait aussi que le garçon aimerait l’entendre dire également ses mots. Gaku n’en était pas encore capable. Il devait apprendre d’abord à s’aimer avant de pouvoir s’avouer aimer Shuei.

 

Quelques heures plus tard, Shuei se réveilla dans les bras d’un Gaku horrifié et qui semblait s’en vouloir pour quelque chose. Dans un sens, Shuei appréciait bien son lit. Il lui permettait de rester très coller au jeune homme. Il se redressa légèrement en posant sa tête sur sa main dont le coude reposer contre le matelas. Il demanda :

 

- Qui a-t-il Ga-san ? Pourquoi fais-tu cette tête ?

 

- Je suis désolé, Shuei.

 

- Hein ? De quoi parles-tu ?

 

 Gaku, le dos reposé contre le dossier du lit, fourragea dans ses cheveux et grimaça :

 

- Mais enfin, Shuei ! Tu devrais être fâché. Je n’ai pas pris de précaution.

 

 Le garçon le regarda un instant interdit avant d’éclater de rire. Qu’est-ce qu’il était trop mignon ! Gaku râla en l’entendant rire. Il lui fit la morale. Pour le faire taire une bonne fois pour toutes, Shuei glissa une de ses mains sous les draps et frôla l’entre-jambes de son compagnon. Gaku se tut aussitôt en poussant un petit cri bizarre, mais tout à fait charmant.

 

- Shuei ? Qu’est-ce que tu fais ? Parvint-il à murmurer avant de déglutir avec difficulté.

 

 Le garçon se mit à rire de plus belle. Gaku grogna à nouveau avant d’attraper la main vadrouilleuse et de changer les positions en replaçant le garçon sous lui. Technique des plus spectaculaires où il faillit chuter du lit avec Shuei en prime. Le garçon entoura le cou de son petit ami tout en riant toujours, tout en ayant le corps qui chauffait à nouveau en sentant ce corps aimé sur le sien.

 

- Tu n’as pas un peu fini de te moquer de moi, petit démon ?

 

- Mais, enfin Ga-san ! Ce n’est pas si grave. Il faudra juste changer les draps avant de dormir, c’est tout. Haha ! Tu es vraiment trop drôle, Ga-san !

 

 Gaku grailla pour la forme. Il se sentait envouter par le rire joyeux de Shuei. Il aimait bien l’entendre ce rire. Sentant bizarre d’un coup, Gaku cacha son visage dans le coup du garçon. Shuei s’arrêta aussitôt et se mit à gémir dès qu’il ressentit les mains chaudes reprendre possession de son corps. Il chuchota :

 

- Tu triches Ga-san.

 

- Cela apprendra à monsieur, de se moquer de moi impunément.

 

- Aaah ! Mais… c’est parrrcee que c’essst trop drôleee ! Mmmh !

 

 Gaku émit un petit rire.

 

- On dirait bien que tu as un problème d’élocution.

 

 Shuei rougit aussitôt et se débattit pour se venger. Mais la seule chose dont il réussit, c’est d’exciter encore plus Gaku. Le jeune homme se vengea en le frustrant au possible afin de le forcer à le supplier. Tant pis si le père de Shuei était rentré et pouvait les entendre. Il faudra juste éviter de le croiser pendant un petit moment pour ne pas rougir en le voyant, songea Gaku entre temps.