Chapitre 25

 

 Il fallut beaucoup de persuasion à Shin et à Gaku pour faire sortir Lymle de sa chambre et surtout à les accompagner. La jeune femme ne décrocha pas une seule fois la parole tout le long de la route jusqu’au centre commercial le plus proche. Elle se comportait comme une gamine capricieuse qu’elle n’avait jamais été, mais elle ne supportait pas d’être dictée dans sa vie.

 

 Mais si elle parvenait à avoir le dessus avec son frère, elle n’arrivait pas à avoir le dernier mot avec son meilleur ami. Elle se rendit vite compte qu’elle ne pouvait pas gagner contre Sawako Sanada. Cet homme se révélait bien plus têtu que prévu et d’ailleurs, il la baragouina tellement qu’elle se rendit compte d’être dans un salon de coiffure quand il fut trop tard pour faire marche arrière.

 

 Gaku regardait son ami faire de sa sœur sa marionnette avec un sourire ravi que quelqu’un soit parvenu à lui clouer le bec. Shin, lui, se demandait surtout pour quelle raison, il se trouvait présent dans le centre commercial. Sawako se débrouillait très bien tout seul comme il n’avait pas eu besoin de lui pour transformer Buzz l’allemand quelques années plus tôt. Il était surtout là parce qu’il avait la voiture. Il était manipulé par Sawako tout comme lui-même le faisait.

 

 Quand Sawako, tout content de lui d’avoir manipulé la jeune femme sans aide se retourna pour parler à son homme, il se rendit compte que Shin et Gaku en avaient profité du fait qu’il a le dos tourné pour prendre la poudre d’escampette. Il fronça les sourcils. Il n’était pas jaloux ou inquiet, mais il songea à trouver une douce torture pour Shin pour s’être enfui de la sorte. Ensuite, il haussa les épaules. Il les retrouverait surement installés à la terrasse d’un bar hors du centre commercial. Il retourna donc s’occuper de Lymle dont les plis sur le front montraient qu’elle s’inquiétait pour elle-même.

 

 La jeune femme attendait patiemment que l’on s’occupe d’elle tout en jetant de temps en temps un regard vers l’ami de son frère. Le bougre l’avait emmené dans ce lieu, il n’avait pas intérêt à la laisser toute seule dans cette faune humaine. Elle devait bien reconnaitre que la photo ne le mettait pas vraiment en valeur. Il était bien plus séduisant en vrai, mais par contre, c’était un tyran.

 

 La jeune femme finit par accepter son sort. De toute façon, cet homme n’en ferait qu’à sa tête et ne lui laisserait surement pas le choix. Il lui adressa un sourire victorieux. Elle lui tira la langue boudeuse. Il se mit à rire avant de s’éclipser pour répondre au téléphone. Lymle se retourna vers la glace en soupirant. Elle attendait que l’on veuille bien s’occuper d’elle. Quand finalement, une coiffeuse se libéra et la rejoignit, elle eut un véritable choc. Celle-ci aussi eut un temps d’arrêt avant de s’exclamer en souriant :

 

- Lymle Inamura ! Si je m’attendais à te revoir. Ca fait un bail !

 

- Oui, c’est vrai. On ne s’est plus revu depuis ton renvoi au collège. Comment vas-tu Miyuki ?

 

- À merveille ! Comme tu peux le constater avec mon ventre gonflé, j’attends mon troisième gosse et je travaille avec grand plaisir dans cet atelier.

 

 Lymle sourit. Elle avait toujours cru, ne plus jamais revoir sa meilleure amie de l’époque. Miyuki avait été pourtant un sacré cas au collège. Une fille aimant se battre à tout bout de champs, qui fumait dans les toilettes et qui aguichait les professeurs masculins sans aucune pudeur, mais malgré sa mauvaise réputation, Lymle savait que Miyuki était une fille bien et surtout loyale. Quand finalement, Miyuki avait fini par être renvoyé du collège pour avoir provoqué une bagarre et insulté le directeur, les deux filles s’étaient dit au revoir. Les parents de Miyuki ne supportant plus leur fille l’avaient envoyé chez une tante éloignée, habitant sur l’île de Shikoku. Au début, elles s’écrivaient régulièrement et puis les années passantes, les lettres s’estompèrent petit à petit.

 

- Alors que dois-je te faire comme coiffure ?

 

- Euh ! Je n’en ai pas la moindre idée. Je suis venue sous la contrainte.

 

 Lymle jeta un coup d’œil vers la galerie marchande. Sawako était toujours au téléphone. Miyuki y jeta un coup d’œil et sourit.

 

- C’est ton petit ami ?

 

- Hein ? Non, pas du tout ! C’est un ami de mon frère.

 

- Haha ! Pourquoi je n’en suis pas étonnée ? Ton frère a toujours eu le toupet de piquer les plus beaux mecs.

 

 Lymle eut un hoquet. Elle n’avait jamais dit à qui que ce soit sur les penchants de son frère, surtout à cette époque. Miyuki émit un rire en comprenant.

 

- Haha ! Tu vas m’achever Lymle. Ton frère ne s’est jamais caché. D’ailleurs parmi ces potes, c’est le seul que je ne me suis pas tapé.

 

- Miyuki ! S’exclama Lymle, rougissante.

 

- Quoi, Miyuki ! C’est vrai quoi ! Ton frère était à tomber par terre à l’époque et je suis sur qu’il l’est toujours autant. Alors, ne sois pas si étonnée. Tu verrais le nombre de filles qui fantasmaient sur lui ! Je ne te dis pas la chute qu’elles ont eue quand elles ont compris qu’il préférait les mecs.

 

 Toujours aussi rougissante, Lymle s’agita sur son siège. C’est à cet instant que Sawako décida de revenir. Il s’entendit aussitôt avec Miyuki. Celle-ci a parlé souvent un peu trop crument ne faisait qu’empirer les rougeurs de Lymle. Sawako ne semblait pas le moins du monde choquer et avait même tendance à en faire autant. Au moins, à vouloir essayer de reprendre contenance, elle en oublia qu’on lui triturait les cheveux. Alors, elle sursauta quand enfin, Miyuki lui indiqua que le travail était terminé.

 

 La coiffeuse tourna sa cliente devant le miroir et là, gros temps mort. Lymle n’arrivait pas du tout à reconnaitre la personne face à elle. Pourtant, Miyuki n’avait rien fait d’extraordinaire. Elle avait lissé ses cheveux, les avait coupés afin qu’ils encadrent à la perfection son visage rond. Une frange lui retombait sur le front faisant ressortir ses yeux marron clair. Lymle n’en revenait pas pour la première fois, elle se trouvait jolie. Un sourire apparut sur ses lèvres. Miyuki se sentit rassurer. Étant donné, le soupir près d’elle, Sawako s’inquiétait lui aussi. Aussitôt, Sawako s’écria :

 

- Bon la première étape est faite, maintenant au tour de l’habillage !

 

- Hein ? S’exclama Lymle, retrouvant la parole et se retournant vers le garçon.

 

- Quoi hein ? Tu crois que la coiffure suffit à faire de toi une belle femme séduisante pour séduire Mugen.

 

- Mais enfin, je me contrefiche de Mugen. Qu’est-ce que vous avez à vouloir me caser avec lui ?

 

 Sawako fronça les sourcils et répliqua aussitôt :

 

- Parce que c’est décidé ainsi ! Tu n’as rien à dire. Et puis, d’après ta mère, tu fais toujours une de ces têtes quand tu le vois parlé avec d’autres femmes. Si tu n’es pas jalouse, c’est quoi alors ? Qu’est-ce que tu peux être crétine comme ton frère parfois !

 

 Miyuki éclata de rire devant la tête de sa meilleure amie. Elle répliqua :

 

- Cet homme Mugen doit être vraiment quelqu’un si Lymle l’a repéré. Je me souviens qu’elle trouvait tous les mecs ennuyeux à l’époque sauf son frère. Je me suis souvent demandé si tu n’avais pas le béguin pour ton frère.

 

- Miyuki !

 

- Haha ! Allez va te faire bichonner. Ce n’est pas tous les jours que cela arrive. Et surtout, file-moi ton numéro de téléphone. Maintenant que je t’ai revue, il est hors de question que tu m’oublies à nouveau.

 

 Lymle, secouant la tête exaspérée, mais obéit tout de même à l’ordre. Après un dernier au revoir à son amie d’enfance, Lymle se laissa guider par Sawako à travers les magasins. Finalement, le jeune homme ne la conduisit pas tout de suite dans les rayonnages. Il avait décidé de retrouver les deux fugueurs et comme prévu, Gaku et Shin se trouvaient bien installés à une terrasse de café. Elle eut droit à plein de compliments par les deux hommes, la faisant rougir à nouveau.

 

 Shin soupira à fendre l’âme. Il avait cru échapper à la corvée des magasins, mais son fripon de compagnon en avait décidé autrement, prétextant avoir besoin de bras pour porter les paquets. En tout cas, Gaku et Shin assistèrent à l’efficacité de Sawako pour habiller une personne récalcitrante. Gaku n’avait jamais vu sa sœur aussi rouge. Étant donné les regards assassins qu’elle lui lançait souvent quand il riait à ses dépens, il comprit qu’elle finirait par se venger. Mais au moins à la fin de l’après-midi, Lymle Inamura fut une autre femme, plus belle, plus jeune, mais toujours aussi rouge.

 

 Le retour se fit dans les rires aux dépens de la jeune demoiselle, bien évidemment. Elle songea plus d’une fois à commettre des meurtres. Mais en même temps, elle devait bien reconnaitre se sentir très femme et à l’aise dans ses nouveaux vêtements. Elle n’avait pas imaginé une seule seconde que son frère avait aussi bons goûts en matière d’habillage et de l’harmonie des couleurs. Comment aurait-elle pu le deviner ? Alors qu’il s’habillait toujours en jean, teeshirt et botte en cuir. Elle lui raconta aussi sa rencontre avec Miyuki et sa joie de la revoir. Elle ne regrettait pas d’avoir servi de marionnette. Elle s’était bien amusée souvent à ses dépens.

 

 Inoue se trouvait dans la cuisine à préparer le repas du soir quand ils arrivèrent. Elle tomba des nues en voyant apparaitre sa fille. Elle savait bien qu’elle l’aurait retrouvé changé, mais à ce point-là, c’était fabuleux. Mairu arriva aussi et trouva sa sœur trop jolie. Mais elle devint très timide face aux deux amis de son grand frère. C’était des plus étonnants venant de la plus jeune de la famille qui n’avait pas sa langue dans sa poche habituellement.

 

 Shin lui fut cloué sur place en apprenant que les jumeaux se trouvaient dans le jardin avec Kotoro. Ils l’aidaient à planter des fleurs. Il n’en revenait pas d’avoir trouvé dans le pays de son chaton une autre Mili Miori, la seule femme à l’origine à avoir réussi à dompter les jumeaux Soba. Sawako s’extasia et voulut voir cela de plus près.

 

Gaku resta à l’arrière afin de surveiller la cuisson pendant que sa mère accompagne ses amis jusqu’au jardin. Il s’installa à la table et s’amusa à continuer les mots croisés de sa mère. La porte d’entrée s’ouvrit laissant apparaitre Megumi et Shuei. Gaku redressa la tête et adressa un sourire à sa sœur et la salua tout en fixant le garçon derrière elle. Megumi ne s’en offusqua pas le moins du monde. Elle embrassa son frère avant de s’éclipser pour les laisser seul à seul.

 

Shuei se sentait intimidé tout d’un coup. Gaku se trouvait dans le même état. Le garçon s’approcha et il finit par émettre un petit rire permettant ainsi à Gaku de reprendre contenance. C’était bien la première fois où il se sentait aussi gauche avec quelqu’un. Il attrapa le bras de Shuei et le tira à lui. Le garçon se laissa faire. Il noua ses doigts à ceux de Gaku. En entrant, il avait laissé tomber son sac afin d’être libre de tout mouvement.

 

Shuei fut rassuré. Il avait cru un instant qu’il s’était tout imaginé, que ce n’était qu’un rêve. Il avait vraiment eu peur de tomber bien bas. Mais tout était vrai, heureusement. Gaku attira le garçon contre lui, fixant son regard dans les yeux vairons, avant de les glisser sur les lèvres pleines, très tentantes. Il céda à la tentation en s’en emparant.

 

Ils se séparaient quand Sawako fit son apparition dans la cuisine. Shuei, légèrement troublé, se tourna vers l’ex-petit ami de Gaku. Il l’avait déjà vu en photo, dans la chambre de Gaku, mais le voir en vrai était une tout autre chose. Sawako eut un temps d’arrêt. Il ne se gêna pas le moins du monde à détailler le garçon dans les bras de son ami. Sawako le trouvait vraiment atypique avec ses cheveux gris pâle et ses yeux vairons. Shin fit son apparition à ce moment et s’exclama :

 

- Tient un autre chaton.

 

- Shin ? Gronda aussitôt Sawako, jaloux d’office, faisant sourire Gaku.

 

 Shin se tourna vers son chaton et lui pinça le nez. Il reçut pour l’occasion un regard foudroyant. Shin émit un rire. Il adorait son chaton quand il se hérissait pour rien.

 

- Chaton, toi tu es dans la catégorie chat de gouttière, alors que celui-ci, indiqua-t-il en montrant Shuei, est dans la catégorie chat angora, chat domestique.

 

- Ouais, c’est ça ! Et toi dans la catégorie chat stupide !