Chapitre 24


 Ce fut dans un sursaut que Shuei se réveilla le lendemain matin. Il se rendit vite compte d’être couché sur Gaku de tout son long. Il s’en voulut un peu, mais il ne pouvait pas vraiment faire autrement étant donné que son lit était bien trop petit pour deux personnes. Il se redressa et s’installa du mieux possible sans trop écraser les jambes de son ami.

 

 La couverture s’était entortillée autour de lui sans trop savoir comment. Il se mit à observer Gaku endormi sur le dos, avec un léger sourire. Il avait encore l’impression de rêver. Imaginé être enfin avec l’homme qu’il aimait depuis deux ans, c’était trop beau pour être vrai. Et pourtant, il était bien là. Il avait des bleus partout, mais il était bien là.

 

 La veille au matin, quand il avait eu cette photo, il avait bien cru que son monde allait s’écrouler. Heureusement, son père avait été là pour lui remonter le moral et lui ordonner d’appeler pour avoir une explication de Gaku.

 

 D’un doigt, Shuei frôla une côte où apparaissait un bleu jaunâtre. Il grimaça et soupira. S’il attrapait celui qui avait fait du mal à Gaku, il lui ferait manger la poussière. Enfin, il savait aussi que ce n’était que des paroles étant donné le spécimen sur la photo, il ne ferait surement pas le poids. Nouveau soupir !

 

 Le regard de Shuei tomba alors sur son portable sur la table de chevet. Il eut un sourire. Il se pencha tout en faisant attention à ne pas réveiller la marmotte et l’attrapa. Il entendit du bruit dans le couloir. Il jeta un coup d’œil au réveil. Il allait bientôt être l’heure de se lever. Il n’était pas en arrêt pour coup et blessure comme monsieur. Il serait bientôt obligé de se rendre au lycée. Son sourire s’agrandit.

 

 Il leva son portable et le positionna. Gaku se réveilla au moment même où un clic retentit. Il sursauta et observa le démon sagement installé sur ses jambes et à moitié nu, tenant un portable reconverti en appareil photo.

 

- Qu’est-ce que tu fabriques ?

 

- Mmmm ! Je te prends en photo. T’es trop mignon quand tu dors.

 

 Gaku observa le garçon et glissa son regard sur le torse, puis plus bas. Shuei émit un petit rire et se pencha posant ses deux mains de chaque côté du visage de son aimé. Sa bouche à quelques centimètres de celle de Gaku.

 

- Pas touche ! Je bosse moi !

 

 Le jeune homme posa une main sur une cuisse et la remonta. Shuei se troubla et mordit sa lèvre afin de ne pas laisser échapper un son. Gaku mordilla doucement le menton avant de remonter vers les lèvres. Shuei se laissa attraper sans trop se défendre. Ils sursautèrent tous les deux quand un coup retentit à la porte de la chambre.

 

- Shuei ? N’oublie pas d’aller en cours !

 

- Otou-san ! Je n’ai pas oublié.

 

 Un bruit de pas annonça l’éloignement de son père. Les deux jeunes se regardèrent un long moment en silence avant d’attraper un fou rire. Peu après, Shuei se leva rapidement pour prendre une douche rapide afin de pouvoir discuter un peu avec son père dans la cuisine, avant que celui-ci ne s’en aille à son travail. Gaku lui prit tout son temps. Il n’osait pas rencontrer à nouveau le père de son petit ami.

 

 Emori Morita ne semblait pas à priori un mauvais homme, ni un mauvais père, mais la seule chose dont le jeune homme avait retenu était que le père l’avait vu sur cette photo. Il ne pourrait plus le regarder dans les yeux sans s’en souvenir. Il en avait un peu honte. Quand il se décida enfin à se lever et à rejoindre la salle de bain, il entendit le rire de Shuei.

 Il en fut assez étonné. Ce n’était pas le rire habituel, celui-ci était plus doux, plus cristallin comme si un énorme poids avait fini par sortie et avait enfin libéré le garçon. Est-ce réellement grâce à lui si Shuei semblait plus joyeux et plus serein ? Le simple fait d’être à ses côtés pouvait vraiment être si bénéfique ? Pouvait-il espérer que Shuei était la bonne personne ? Ou finira-t-il par être déçu comme d’habitude ?

 

Il ne connaissait pas l’avenir. Parfois, cela était frustrant, mais en même temps, c’était ce qui mettait le piment dans une vie. Il savait bien que les changements dans une vie étaient souvent en rapport avec les choix choisis dans le quotidien. Maintenant, il savait avoir commis pas mal d’erreurs avec ses anciens compagnons. S’il avait eu plus de mordant avec Kaoku, peut-être aurait-il eu moins de coups ? Kaoku aurait peut-être changé, ne serait pas devenu un être méprisant. Bon, il est vrai aussi qu’il n’était pour rien sur son caractère et sa méchanceté gratuite.

 

Avec Sawako, il avait aussi commis des erreurs. S’il avait pu éviter de se dénigrer comme il le faisait encore, il se serait dit être un gars bien pour lui et se serait alors battu pour le garder, mais il l’avait laissé partir comme un idiot. Sans parler de Terrence ! Là aussi, il y avait des erreurs. Il aurait dû voir que quelque chose clochait chez cet homme. Maintenant, il se rendait bien compte, à quel point il avait été aveugle. Terrence était une bombe à retardement. Il espérait que Kimi n’en subirait pas les conséquences.

 

 Quand il fit enfin son apparition dans la cuisine, Shuei se trouvait seul finissant son petit déjeuner gastronomique. Son visage s’éclaira d’un sourire quand il le vit apparaitre.

 

- Dépêche-toi, Ga-san, de prendre ton déjeuner. Je ne veux pas être en retard.

 

- Oui, monsieur. Je fais aussi vite que je peux. Veux-tu que je t’y emmène en moto ?

 Le regard vairon brilla de mille feux.

 

- Vrai ? Trop cool ! Meggy va être verte de jalousie.

 

 Gaku éclata de rire, en secouant la tête.

 

- Pourquoi serait-elle jalouse ?

 

- Parce qu’elle meurt d’envoie de se balader en moto avec son frère adoré, mais elle n’ose pas lui demander. Quand elle veut, elle est très timide.

 

 Gaku se servit un café et s’appuya contre le meuble. Il pouvait ainsi observer à loisir le garçon mettre ses baskets.

 

- Tu sais la patience et l’imagination que j’ai dû avoir pour la décider à attraper Seito. En tout cas, les filles Inamura sont bel et bien tes sœurs, il n’y a pas photo. Vous avez tous ce même défaut.

 

- Ah ? Lequel ?

 

 Shuei se releva et s’approcha de Gaku. Il se laissa harper par les grands bras. Il posa son front contre le torse. Il avoua d’une voix légèrement amusée.

 

- Vous avez beaucoup trop tendance à vous dénigrer, à vous rabaisser par rapport aux autres. Je sais à vous observer pendant des années à quel point, Lymle, Kotoro et toi aussi, je le sais maintenant, vous regrettez de n’être pas allé à l’université. Vous croyez que parce que vous n’y êtes pas allé, vous êtes des bons à rien. Vous êtes vraiment stupide.

 

- Tu as une haute opinion de nous, à ce que je vois.

 

 Shuei redressa la tête, inquiet. Il ne disait pas cela pour être blessant.

 

- Ne le prends pas mal, Ga-san. Je ne veux pas… .

 

 Gaku amena ses mains sur chaque joue de Shuei et amena son visage à quelques centimètres du sien. Il l’embrassa avec douceur et tendresse. Gaku se trouvait assez étrange avec Shuei. Il se rendait bien compte que ses gestes avec lui étaient bien différents qu’avec les autres. C’était très troublant.

 

- Je ne le prends pas mal, Shuei. Tu as surement raison. Je me sens souvent largué face à toi, face à Sawako aussi et son compagnon. Je crois bien que Lymle doit être pareille face à Mugen.

 

- Même avec moi ? Pourquoi ? Je suis banal. J’ai des notes plutôt moyennes parce que je ne me donne pas assez dans les études. Je ne suis pas plus intelligent que toi. Et puis, je trouve que tu es extraordinaire.

 

- Ah bon ! Et qu’est-ce que j’ai de si extraordinaire ?

 

- Tu es un enfant battu, Ga-san. Tu t’es enfui alors que tu avais à peine dix-sept ans. Tu as dû survivre dans la misère pour t’en sortir.

 

- Je m’en suis sorti grâce à l’aide de Tooru.

 

- Non, certes, il t’a aidé, mais si par toi-même tu ne voulais pas être aidé, jamais, il n’aurait pu. Tu voulais vivre, tu voulais changer ton destin, sinon, à l’heure actuelle, tu serais surement six pieds sous terre, mort d’une quelconque maladie ou en train de chercher une dose mortelle pour t’envoyer dans les vapes.

 

 Gaku se troubla.

 

- Tu peux être dur parfois, Shuei.

 

- J’en suis fort désolé.

 

- Non, tu n’a pas à l’être, voyons. Tu as de toute façon raison. Allez, en route. Je ne voudrais pas que tu sois en retard par ma faute.

 

 Gaku eut l’obligeance bien évidemment de remettre le casque à Shuei. Il songea alors qu’il devrait remettre le deuxième dans le coffre de sa fifille, pour les prochaines fois. Il espérait également ne pas être arrêté par les flics. Il ne manquerait plus que cela. Là, il se ferait surement lyncher par le père du garçon.

 

 Mais contre toute attente, ils arrivèrent à l’heure et même bien à l’avance. Gaku aurait aimé garder le garçon un peu plus longtemps, mais il devait aussi accepter de partager Shuei avec ses amis, en l’occurrence Seito. Sa surprise fut totale quand Shuei ne se gêna pas le moins du monde à l’embrasser en public. Même si les mœurs avaient beaucoup évolué depuis des années, il y avait toujours des a priori sur les couples homosexuels ou autres.

 

 Mais, apparemment, Shuei ne se posait pas de question inutile. Il aimait un homme et si ça ne plaisait pas à quelqu’un et ben, tant pis pour lui. Gaku jeta un dernier regard vers le garçon discutant joyeusement avec son camarade. Il se sentait étrange et serein. Il n’avait jamais été dans cet état, auparavant. Il avait toujours pensé bêtement qu’il serait trop chamboulé avec Shuei étant donné l’attirance dévastatrice qu’il ressentait pour le garçon, mais il se trompait.

 

 Quand il arriva chez sa mère, il se rendit vite compte de l’ambiance un peu morose. Shin et Sawako, présent dans la cuisine, ne savaient pas trop quoi faire pour remonter le moral d’Inoue. Alors, l’arrivée de Gaku fut un soulagement. Quand il demanda la raison des soupirs découragés de sa mère, Sawako lui expliqua que Lymle semblait avoir encore une fois rembarré Mugen pour la millième fois. Ensuite, elle avait une crise de jalousie parce qu’il discutait avec une très jolie femme et ainsi de suite.

 

 Inoue essayait de remettre les idées en place à sa fille, mais celle-ci trop têtue, ne voulait rien entendre et elle était partie s’enfermer dans sa chambre. Il apprit par la même occasion que Kotoro avait pris en charge les jumeaux depuis ce matin. Les garçons étaient tombés sous son charme et ne voulaient pas la quitter. Gaku trouva cette anecdote très amusante, contrairement à celle de Lymle. Le jeune homme embrassa la joue de sa mère. Celle-ci lui adressa un sourire plein d’amour.

 

- As-tu passé une bonne soirée, Gaku ? Demanda Sawako, amusé et voulant voir son ami mal à l’aise.

 

- Oui, merci bien. Mais, tu n’en sauras pas plus, monsieur le curieux.

 

- Ah ! T’es vraiment pas drôle ! Je veux les détails.

 

- Tu peux toujours courir, Chaton !

 

- Mais tu as fini ! Je ne suis pas ton chaton.

 

- Oui, oui, une bonne caresse et tu ronronne, chaton.

 

 Sawako se pencha et attrapa son ami. Il lui frotta le crâne de son poing. Inoue se mit à rire.

 

- Ils sont impossibles, ces deux-là, laissa échapper Shin.

 

- Cela ne vous gêne pas, Shin ?

 

 L’homme se tourna vers la mère de l’ex-petit ami de son chaton. Il lui adressa un sourire amusé.

 

- Non, leur chamaillerie ne porte pas à conséquence. Et puis, je ne peux pas me le permettre étant donné que mes amis sont bien pires, surtout l’un d’eux.

 

- Ah non ! Ne parle pas de Nathaniel ! Tu risques fort de le faire apparaitre et j’aurais encore des envies de meurtre.

 

- Vous voyez.

 

 Inoue rit de plus belle. Elle se sentait beaucoup mieux.

 

- Bon, il faut faire quelque chose pour remettre du plomb dans la cervelle de ma petite sœur.

 

- Gaku ! Comment tu parles de ta sœur ?

 

- Okaa-san ne me fait pas la morale. Je suis sûr que tu le penses aussi.

 

- Chaton, tu vas bien m’aider, n’est-ce pas ?

 

- Si tu continues à m’appeler chaton, ce n’est pas certain que tu finisses la journée en entier.

 

 Gaku haussa les épaules, nullement intimidé. Il continua :

 

- Tu vas m’aider à relooker Lymle. Et Shin va venir aussi parce qu’il sait être très persuasif quand il le faut.

 

- Euh ! Surement pas ! Ne comptait pas sur mon aide. Vous êtes assez grands pour y aller tous les deux. Hors de question que vous m’emmenez à travers les magasins.

 

 Sawako se souvenant très bien de la phobie de son homme eut un petit sourire. Shin lui jeta un coup d’œil suspicieux. Sawako se tourna vers son homme et s’exclama d’une voix un peu boudeuse :

 

- Tu veux me laisser seul à seul avec cet énergumène pas capable de se débrouiller tout seul pour relooker sa propre sœur ? Tu veux vraiment me laisser aller dans ces magasins où il y a plein de très beaux mecs à la main super baladeuse ?

 

 Gaku et sa mère se regardèrent, stupéfaits et surtout très amusés. Shin soupira. Il connaissait très bien Sawako pour savoir qu’il ne le lâchera pas tant qu’il n’acceptera pas de les accompagner. Il suffisait de croiser ses yeux marron vert pour le savoir. Le chaton esquissa un sourire de victoire.

 

- Allez, au boulot, S’exclama-t-il. Gaku va me chercher mon esclave de la journée. Plus vite, voyons !