Chapitre 23

 

 Après le coup de téléphone à Shuei, Gaku rejoint Sawako et Shin l’attendant dans le hall de l’hôtel. Ils remarquèrent assez vite que leur ami avait un problème. Shin avait loué une voiture en arrivant au Japon afin d’être libre de tout mouvement. Alors pendant le trajet jusqu’à l’hôpital le plus proche, Sawako tira les vers du nez à son ami.

 

 Bien qu’il l’ait pressenti, Sawako fut quand même choqué d’apprendre le mauvais coup de Terrence Langlet. Cet homme était une vraie pourriture. Il mériterait d’avoir les pires ennuis possible, mais comme toujours, ce genre d’individu s’en sortait facilement sans égratignure et ce n’était vraiment pas juste. Et Kaoku ? Où était-il passé ? Sawako songea qu’il n’aurait pas intérêt à apparaitre devant lui s’il voulait vivre.

 

 À l’hôpital, Gaku se laissa examiner entièrement. Il n’en voyait pas l’intérêt, mais Sawako l’avait ordonné et hors de question de désobéir. Le médecin lui conseilla de porter plainte contre les deux hommes. Gaku ne voyait pas en quoi cela pourrait le soulager en quoi que ce soit. Avec beaucoup de patience et de pratique surement, le médecin parvint à le convaincre de son bien-fondé.

 

 Donc Shin l’emmena ensuite au commissariat. Gaku se sentait encore plus humilier d’être obligé de raconter sa soirée à de parfait inconnu, même si l’inspecteur qui le reçut ne le jugea pas et gardait un air très professionnel. Finalement, l’homme lui assura qu’il se chargerait de retrouver Kaoku Manuma. Il annonça également à Gaku que le jeune homme était recherché par la police depuis plusieurs mois pour violence envers des hommes et des femmes, particulièrement sur des touristes. En ce qui concernait Terrence Langlet, le problème était plus délicat étant sa nationalité anglaise. Il enverrait tout de même la plainte à la police d’Angleterre, mais il ne pouvait pas faire grand-chose.

 

- Vous avez eu raison de venir porter plainte. Je sais bien que ce n’est pas très agréable, mais c’est nécessaire pour arrêter ces hommes ou ces femmes.

 

 Gaku remercia l’inspecteur et retourna auprès de ses amis. Il se sentait beaucoup mieux finalement. Il avait eu raison d’écouter le médecin. Maintenant, il devait rentrer pour avoir une discussion avec Shuei. C’était tout ce qui comptait à présent.

 

 Shin les emmena d’abord chez Hisao Sanada, afin de récupérer les deux asticots. Gaku dut se mettre entre les jumeaux qui se chamaillaient pour un oui ou pour un non. Il avait un peu de mal à suivre leur dispute, car il devait bien reconnaitre n’être pas doué en français. D’ailleurs, les deux garçons se firent remonter les bretelles par Shin. Il leur ordonna de parler dans la langue courante du pays. Gaku fut stupéfait de les entendre parler sa langue sans accent et sans faute.

 

 Kaigan lui répliqua qu’il parlait avec son frère au moins quatre langues différentes. L’anglais et le Japonais n’avaient plus aucun secret pour eux. Charlie leur parlait souvent dans sa langue et Sawako avait tendance à les houspiller dans sa langue maternelle. Il avait bien fallu qu’ils comprennent s’ils ne voulaient pas en subir les conséquences. Depuis quelque temps, Buzz leur apprenait l’allemand et Juan, l’italien avec son frère, mais Vincenzo était trop casse-pied pour être un bon professeur.

 

 Gaku était halluciné. Ces gosses étaient des petits génies. Shin lui assura que les jumeaux n’étaient rien en comparaison à Erwan Miori. Kaigan lui avoua que son plus grand rêve serait de détrôner son cousin Erwan. Il le battrait à plate couture. Hans répliqua qu’il aurait beaucoup de travail à faire et que de toute façon, il mangerait la poussière. Gaku, un peu paumée, demanda ce que cet homme, Erwan avait de si exceptionnel.

 

- Erwan est l’héritier de la Miori Corporation. Ojii san travaille avec lui parfois. C’est un génie. Il savait lire à trois ans déjà et parlait couramment plusieurs langues avant d’avoir cinq ans.

 

- Euh ! Attends une minute, il n’est pas venu ici, il y a quelques années ?

 

- Oui avec Luce Oda, son compagnon actuel.  

 

- Tu charries ? Quand on me parle d’un génie, je le vois plus avec des lunettes et un air très très sérieux et pas du tout à l’énergumène que j’ai entre aperçu un jour avec toi.

 

- Eh ben ! Erwan est une exception. À vrai dire, j’aimerai bien voir un jour Kaoku ou ce Terrence face à face avec Erwan. Ce serait jouissif.

 

- Sawa ! Tu vas trop souvent chez Carlin. Tu deviens pire que lui.

 

- Nada, mon chou ! Jamais personne ne pourra battre Carlin, il est unique en son genre. Il n’en ferait qu’une bouchée de toi, Gaku. Il faudra venir une fois en France.

 

- Tu veux vraiment que je vienne te voir en France ?

 

 Sawako se tourna légèrement de son siège pour regarder vers l’arrière du véhicule. Hans avait décidé de se servir du bras de Gaku comme oreiller. Le jeune homme ne semblait pas très à l’aise avec les loustics.

 

- Tu as tout intérêt à faire des économies pour venir, répondit Shin, à la place de son chaton.

 

 Gaku en fut content d’être accepté par ces êtres un peu à part. Parfois, il se sentait un peu inférieur face à Sawako, Shin et même avec Shuei. Après tout, il n’avait pas fait beaucoup d’étude, alors il était moins que rien par rapport à eux. Il ne leur dirait pas. Il se ferait surement frapper pour avoir osé penser de cette manière.

 

 Tout le long du trajet jusqu’à sa ville natale se passa dans les chamailleries continuelles des jumeaux avec parfois Shin qui essayait tant bien que mal à les calmer. Si Hans avait tendance à obéir facilement à l’homme, ce n’était pas le cas de Kaigan. Ce sacripant voulait tenir tête à son géniteur, mais il savait aussi quand il fallait arrêter. Si Sawako était une vraie terreur quand il était en colère, Shin était bien pire. Kaigan le savait à ses dépens bien évidemment.

 

 Il affirmait vouloir battre son cousin Erwan le démoniaque, mais il avait encore beaucoup de chemin à faire. Il savait aussi que même Erwan connaissait assez bien Shin Soba pour ne pas s’en faire un ennemi. En fait, il ne l’avouera jamais, mais il était content d’être avec Shin et Sawako. Il adorait Akira. Pour lui, il n’y avait pas meilleur père, enfin peut-être oncle Carlin, mais être traité comme un petit frère par des grands lui plaisaient tout autant.

 

 Inoue Inamura était dans sa cuisine quand tout ce petit monde arriva. Elle fut assez choquée en apercevant les bleus sur le visage de son fils. Elle voulait en connaitre les raisons, mais elle ne perdit pas pour autant son sens de l’hospitalité. Elle put ainsi faire la connaissance du garçon sur la photo. Elle le trouva encore plus magnifique que sur la photo. Elle tomba également sous le charme des jumeaux. Ils savaient bien s’y prendre pour se faire adopter ces deux-là. Elle fut extrêmement ravie et surprise de les voir lui parler dans sa langue également avec tout le respect en plus.

 

 Quand ils se rendirent dans l’appartement de Gaku. Sawako regarda autour de lui avec plaisir. Il ne se gêna pas de féliciter son ami du bon travail occasionné. Évidemment, Gaku se disgracia comme à l’accoutumée. Shin donna un léger coup sur la tête du jeune homme, à la place du chaton.

 

- Arrête de te disgracier ainsi. Regarde le travail que tu as fait tout seul, baka. Il n’y a pas beaucoup de monde qui est doué de leurs mains. Et puis, Aymeric Dupontel est une pointure dans son métier. Il ne donne pas des chantiers à des jeunes sans expériences sans bonne raison. Alors, aie un peu plus confiance en toi, crétin.

 

 Gaku baissa la tête. Ses amis avaient lu en lui comme dans un livre ouvert. Il se gratta la tête.

 

- Comment connais-tu Dupontel-san ?

 

- Mmmh ? Ah, j’ai déjà travaillé avec cet homme. Il y a quatre ans, il se trouvait en Australie. Il travaillait depuis quelques années sur un grand chantier. J’ai enquêté pour le compte d’une entreprise privée. C’était au sujet de pot de vin entre le contremaître et une entreprise rivale.

 

 Entendant une énième dispute entre les jumeaux, Shin gronda :

 

- Ce n’est pas un peu fini, vous deux ! Vous êtes insupportable.

 

- Mais je n’ai rien fait, c’est Hans qui m’ennuie.

 

- Bien sûr ! Kaigan Soba, tu es d’une mauvaise foi. Amène-toi de suite ! Je vais te calmer.

 

 Le petit garçon s’approcha et attendit. Shin eut un sourire jubilatoire. Il montra la sortie. Kaigan soupira et sortit suivie de près par Shin. Gaku les observa un moment, ne sachant pas comment agir. Il sursauta en entendant la voix de Sawako.

 

- Ne t’inquiète pas. Shin ne va pas le martyriser. Il va juste le faire travailler. Kaigan déteste par-dessus tout travailler dans un jardin.

 

- Euh ! Je ne suis pas sûr que Kotoro va être d’accord qui lui touche son jardin.

 

- Gaku, tu ne connais pas Shin. Quand il veut quelque chose, il arrive toujours à ses fins. Il va en faire qu’une seule bouchée de ta petite sœur.

 

- Je dois me sentir rassuré ?

 

 Sawako secoua la tête, amusée. Puis, il s’approcha et donna une grosse claque dans le dos de son ami. Gaku eut un hoquet de surprise. Hans émit un petit rire moqueur.

 

- Gaku, tu devrais déjà être partie. Dépêche-toi avant qu’il ne fasse trop sombre.

 

 Cette simple phrase le réveilla. C’est vrai, il devait aller voir Shuei. Il lui devait une explication. Il inspira un bon coup avant de filer rapidement avant de changer d’avis. Il attrapa son casque en passant. Dans le jardin, il entendit la voix de Kotoro discuté calmement avec Kaigan. Pour une fois, celui-ci restait bouche bée, sous le charme envoutant de la jeune femme.

 

 Il mit moins d’une heure pour arriver dans la ville voisine. Megumi lui avait donné la nouvelle adresse. Shuei et son père vivaient dans un immeuble de trois étages dans le centre-ville. Gaku maudit la malchance. L’ascenseur était en panne et pour comblé, le garçon vivait au dernier étage. Gaku n’attendit pas longtemps quand il frappa à la porte. Il se retrouva face à Emori Morita. Il en resta un instant interdit.

 

 L’homme l’observa un long moment en silence. Il ne semblait pas vraiment de bonne humeur. En tout cas, il ne semblait pas vraiment ravi de le voir. Emori prit enfin la parole d’une voix plutôt froide.

 

- Je suppose que vous venez pour Shuei ? Il est dans sa chambre. Je vous préviens, je ne veux pas le voir malheureux à cause de vous, Inamura.

 

- Loin de moi l’idée de lui faire du mal, Morita-san.

 

- Alors, faites en sorte que je ne revois pas le visage de ce matin quand il a reçu cette photo.

 

 Après ce sermon, Emori se recula et laissa entrer le jeune homme. Le visage radouci, tout comme sa voix, il lui indiqua où se trouvait la chambre de son fils. Quelques minutes plus tôt, Gaku avait bien cru que le père du garçon le virerait aussitôt presto, mais il s’était trompé et il se sentait soulagé. Gaku passa près de la cuisine et du salon avant de longer un couloir l’emmenant face à la porte de Shuei. Il frappa avec hésitation.

 

 Quand il reçut l’invitation, Gaku ouvrit et pénétra dans une chambre lumineuse. La pièce avait été décorée en blanc et noir et les murs recouverts de posters d’animaux de toutes sortes. Shuei était installé à son bureau. Il se retourna pensant voir apparaitre son père. À la place, il y trouva Gaku. Il lâcha son stylo et se leva aussitôt. Comment devait-il agir, maintenant ?

 

 Le nouveau venu bougea et s’avança plus à la lumière. Ainsi, Shuei aperçut les coups sur le visage. Il porta une main à sa bouche de stupeur. Il s’approcha et resta à quelques centimètres du jeune homme. Il leva une main et frôla le bleu sur la joue. Il demanda d’une voix tremblotante :

 

- Qui t’a fait ça ? Cet homme sur la photo ?

 

 Gaku dévora des yeux Shuei. Le garçon était plus pâle que d’habitude. Il hocha la tête en réponse à la question. Troublé plus que de raison, Gaku se tendit. Il ébouriffa ses cheveux. Certes, il avait dit qu’il lui dirait tout, mais comment le faire ? Il recula et se laissa choir sur le lit.

 

 Shuei se tordit les doigts avant de se décider à se rapprocher à nouveau du jeune homme. Il hésita un instant, puis prenant courage, il posa ses mains de chaque côté du visage de Gaku. Il se pencha et déposa un baiser léger sur les lèvres, dont une des lèvres était un peu fendue. La réaction se fit aussitôt. Gaku entoura le corps mince de ses bras et enfouit son visage contre le garçon.

 

- Je suis désolé, Shuei. Si je n’avais pas baissé ma garde en trouvant Terrence dans ma chambre, tout cela ne se serait pas produit. Je suis vraiment stupide. Je croyais réellement qu’il voulait qu’on discute.

 

 Shuei ferma les yeux. Il avait mal d’entendre la souffrance dans la voix de Gaku.

 

- Ga-san ? Raconte-moi, s’il te plait.

 

- Que je te raconte quoi, Shuei ! Que je me suis fait avoir comme un bleu ? Que je me suis fait démonter le derrière par un autre homme sous le regard d’un homme que j’ai aimé pendant deux ans ? Que celui-ci a pris une photo pour te l’envoyer juste pour m’humilier encore plus ?

 

 Shuei laissa les larmes coulées le long de ses joues. Gaku était en colère et vidait son sac.

 

- Que veux-tu que je dise, Shuei ? Que je suis désolé ? Que je n’y suis pour rien ? Que j’aurais dû savoir ? Que j’aurais dû me battre avec plus d’acharnement ?

 

- Ga-san, arrête ! Arrête de te faire du mal ! Sanglota le garçon.

 

 Gaku sursauta. Il redressa la tête et vit le visage en larme de Shuei. Il se traita d’imbécile. Il prit le garçon sur lui et le serra tout en le cajolant. Pour détendre l’atmosphère, il s’exclama :

 

- Tu ne devrais pas traîner avec un type comme moi, Shuei. Je suis une vraie calamité.

 

 Shuei serra ses bras plus fortement autour du cou et chuchota contre le cou du jeune homme.

 

- Je sais, mais je ne peux rien y faire. Je suis tombé amoureux de cette calamité.

 

 Gaku se troubla. C’était sa première déclaration. Il n’avait jamais dit les mots « Je t’aime » trouvant cela trop ringard. Il s’était déjà avoué être amoureux, mais ne l’avait jamais clairement dit non plus. Alors, l’entendre lui faisait un drôle d’effet, presque aphrodisiaque.

 

- Alors, même si je suis une calamité, que je suis stupide, complètement aveugle et j’en passe, étant donné tous les défauts que je puisse avoir, tu accepterais de faire un bout de chemin avec moi, Shuei ?

 

 Le garçon redressa aussitôt la tête et fixa son regard à celui de Gaku. Il n’osait pas croire à ce qu’il venait d’entendre.

 

- J’ai bien entendu, hein ? Ga-san ? Tu veux bien de moi ?

 

 Gaku émit un petit rire et chavira le garçon sur le lit. Le dominant, Gaku resta fixer au regard vairon. Il voulait que le garçon le croie.

 

- Shuei, j’ai été aveugle assez longtemps. Maintenant, je ne te laisserais plus partir.

 

 Shuei sourit et entoura le cou de Gaku.

 

- Loin de moi l’envie d’aller autre part que dans tes bras, Ga-san.