Chapitre 22

 

 Le soleil éclaira une fenêtre du deuxième étage. La luminosité éblouit le corps recroquevillé sur lui-même. À force d’être malmené, Gaku avait fini par perdre à nouveau conscience. Il se souvenait vaguement s’être débattu à un moment donné. Il avait pu cogner assez violemment Kaoku pour l’entendre grogner, mais en récompense les coups avaient été bien plus violents. Le jeune homme toussa et grimaça de douleur.

 

 Tout son corps lui faisait mal, mais ce n’était rien contre l’humiliation qu’il en résultait. Il aimerait rester au fond de ce lit et ne plus en ressortir. Il ferma les yeux à s’en faire mal. Non, il ne pouvait pas se laisser aller. Il avait déjà connu bien pire. Il repoussa finalement la couette et ouvrit les yeux. La luminosité lui fit plisser les yeux. Il se redressa avec lenteur. Son regard se porta alors sur ses poignets. Il soupira. Les marques ne partiraient pas avant un long moment.

 

 D’autres que lui pleureraient de ce qu’il venait de subir, mais pas lui. Il ne pleurerait pas. Ce serait s’humilier encore plus. Il ne ferait pas ce cadeau à ces deux fumiers. Il parvint à se mettre debout, mais dut se tenir au mur pour atteindre la salle de bain. Il dépassa le siège où s’était installé Terrence pendant toute la soirée. Comment avait-il pu aimer cet homme ? Avait-il seulement une once de cervelle ? Comment avait-il pu se laisser berner par cet homme ? Terrence avait regardé jusqu’au bout Kaoku le violer sans réagir une seule fois. Puis, il était parti sans un regard en arrière.

 

 Gaku avait mal. Il souffrait non seulement dans son corps, mais dans son cœur également. Il faillit tomber quand son pied se cogna contre la poubelle. En apercevant les préservatifs, Gaku eut un rire un peu hystérique. Au moins, il était certain de ne pas attraper de maladie. Il devait peut-être remercier le ciel d’avoir envoyé Kaoku plutôt qu’un autre illuminé ? Kaoku aimait le sexe, mais avait la phobie des maladies. Il avait toujours sur lui une boite de préservatif et n’oublier jamais d’en utiliser.

 

 Avec effort, le jeune homme gagna enfin la douche et fit couler sur lui l’eau chaude afin de se purifier. Il se frotta le corps avec frénésie jusqu’à la rendre rouge à certains endroits. Il en sortait quand des coups retentissent. Qui cela pouvait-il être ? Le jeune homme enfila une sortie de bain et d’un pas encore hésitant, il se rendit vers la porte de la chambre. Il hésita jusqu’à qu’il entende une voix reconnaissable, plutôt grondante. Pour x raisons, entendre cette voix le soulagea et le fit sourire.

 

- Bordel ! Gaku ! Ouvre cette porte avant que je ne la fracasse !

 

 Gaku obéit et ouvrit. Il se retrouva devant un chat hystérique et un autre plus grand et beaucoup plus calme et amusé, enfin jusqu’à ce qu’il voit les marques sur le visage de Gaku. Sawako eut une exclamation. Il força le passage et pénétra dans la chambre. Il jeta un regard alentour et grimaça. Il se dirigea directement vers la fenêtre et l’ouvrit en grand. Il se retourna vers son ami, qui venait de se laisser tomber sur le bord du lit en soupirant.

 

 Shin entra à son tour et referma la porte derrière lui. Il s’appuya contre celle-ci, les bras croisés. Ils avaient attendu un long moment au parc, mais Gaku n’arrivait toujours pas. Sawako avait commencé à s’inquiéter. Gaku n’était jamais en retard. Il était la ponctualité née. Il avait dû se passer quelque chose. Shin céda. Il avait demandé à Emi de garder Kaigan et Hans pendant qu’ils iraient à l’hôtel pour avoir des nouvelles de l’ami de Sawako. En voyant celui-ci, Shin songea que son chaton avait eu raison de s’inquiéter.

 

- Qu’est-ce qui t’est arrivé ? Et ne va surtout pas me dire que ce n’est pas mes oignons sinon tu risques fort d’avoir encore quelques bleus supplémentaires, s’écria Sawako, très remonté.

 

 Gaku secoua la tête. Son ami n’avait pas vraiment changé. Las, il repoussa quelques mèches de cheveux, mais raconta ce qui c’était passé, sans entrer dans les détails. Il n’y en avait pas besoin. Sawako se calma aussitôt et se mordit les lèvres. Quant à Shin, il sortit, surprenant Gaku. Il fixa la porte abasourdie. Sawako s’approcha et s’installa à côté de son ami.

 

- Il est en colère. Il préfère que tu ne le voies pas dans cet état. Ça lui a rappelé de mauvais souvenirs.

 

 Gaku baissa la tête.

 

- Je… Je suis désolé.

 

- Pourquoi l’être ? Ne sois pas plus stupide que tu ne l’es ! Je ne trouvais pas sympathique de premier abord Terrence, mais je n’aurais pas imaginé qu’il irait jusqu’à te faire ça.

 

- Moi non plus.

 

- Peut-être devrions-nous t’emmener à l’hôpital ? Pour te faire soigner.

 

- Non ! Je n’en ai pas besoin. Je vais bien, enfin physiquement. J’ai des bleus, mais j’ai un corps conditionné. Même si Kaoku a frappé assez fort, il n’a pas été jusqu’à me casser. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais. Il n’a pas assez de couilles pour ça. Il a juste beaucoup de paroles vides, c’est tout.

 

 Sawako se mordit les doigts. Il ne savait pas quoi faire. Ça le mettait en rogne. Gaku lui prit la main et la serra. Il ne voulait pas non plus que son ami se souvienne de son passé.

 

- Sawa, je vais bien, d’accord ? Si Terrence pensait sérieusement pouvoir me détruire de cette façon, il s’est trompé lourdement. Mon père n’a pas réussi à me briser, ce n’est pas lui qui y arrivera. Tu dois me croire.

 

 Sawako hocha la tête. Il voulait vraiment croire son ami. Il soupira.

 

- Et Shuei ? Que vas-tu dire à ton nouvel ami ?

 

 Gaku n’y avait pas songé. Il ferma les yeux. Devait-il le dire ? Était-il obligé de raconter cette humiliation au garçon ?

 

- Tu dois lui dire, Gaku. Tu dois lui raconter ce que cet homme t’a fait. S’il l’apprend par un intermédiaire, il en souffrira beaucoup plus.

 

 Gaku frissonna.

 

- Par qui veux-tu qu’il l’apprenne ? Il n’y a que Shin et toi qui le savez.

 

- Baka ! Si j’étais à la place de ce Terrence pour te faire du mal, j’enverrais un message étrange à Shuei pour mettre du feu dans votre relation.

 

 Gaku sentit une sueur froide dans la colonne vertébrale. Irait-il jusqu’à là ? Un coup retentit et Shin refit surface. Gaku put remarquer l’ombre de colère dans les yeux verts pailletés d’or. Shin annonça d’une voix froide.

 

- Terrence a quitté l’hôtel très tôt ce matin en compagnie de sa fille en direction de l’aéroport. Il semblerait qu’il est décidé à rentrer dans son pays. Je me suis renseigné, les billets étaient commandés depuis plus deux mois.

 

 Gaku émit un petit rire hystérique. Il porta une main à son visage, las.

 

- Il avait tout préparé, alors. Pourquoi n’ai-je jamais rien vu ?

 

- Parce que c’est un comédien né, Gaku. Tu n’es pas le premier à avoir subi la folie de Terrence Langlet.

 

 Sawako regarda son homme avec stupeur. Comment faisait-il pour tout savoir, celui-là ? Shin lui adressa un sourire énigmatique. Sawako se renfrogna. Il le ferait parler dans l’intimité. Il savait comme s’y prendre maintenant. à la place, il s’exclama :

 

- Shin ? Dis-lui d’aller à l’hôpital se faire examiner !

 

- Sawako ! Je t’ai dit que j’allais bien.

 

 Shin s’approcha et sans prévenir, il attrapa Gaku par le poignet. Celui-ci grimaça.

 

- Tu vas bien, hein ? Demanda Shin. Habille-toi sans discuter et on y va. Ne me force pas à t’y emmener de force.

 

 Gaku récupéra sa main et tout en lançant des imprécations sur ces deux amis, se rendit à nouveau dans la salle de bain afin de s’habiller. Sawako en profita pour agripper la chemise de son homme pour l’approcher. Il l’embrassa en pleine bouche.

 

- Vous pourriez éviter de vous embrasser en ma présence, s’il vous plaît.

 

- Je fais ce que je veux d’abord ! Répliqua Sawako. Et puis, tu n’avais pas à regarder.

 

- Ben, voyons !

 

 Pour toute réponse, Sawako lui lança qu’ils l’attendraient en bas et qu’il avait intérêt à ne pas traîner. Gaku regarda la porte fermée un long moment. Il se sentait un peu mieux d’être avec ses amis. Il enfilait ses éternelles santiags quand son portable sonna. Il en fut surpris. Qui cela pouvait-il être ? Il le chercha un peu du regard et le retrouva sur la petite table près de la fenêtre. Que faisait-il là ? Il regarda le nom de celui qui essayait de l’appeler. Il eut une exclamation. Il rappela la personne aussitôt, tout en se laissant tomber sur un fauteuil. Il grimaça quand il se rendit compte que c’était celui où Terrence s’était assis. A la troisième sonnerie, il entendit enfin la voix, une voix chaude et agréable.

 

- Ga-san ? C’est toi ?

 

- Oui, c’est moi. Qui y a-t-il Shuei ? Ta voix est étrange.

 

 Il y eut un long silence, puis le garçon s’exclama, d’une voix ténue et inquiète comme s’il ne savait pas comment prendre ce qu’il allait dire.

 

- Ga-san, j’ai reçu un message de toi. Il n’y avait rien d’écrit, mais juste une photo.

 

 Gaku ferma les yeux d’horreur. Sawako avait raison. Terrence voulait détruire la relation fragile qu’il avait commencée avec Shuei.

 

- Quelle photo ?

 

- Où tu couches avec un autre homme. Qu’est-ce que cela signifie, Ga-san ? Je sais bien que tu es incapable de m’envoyer ce genre de photo, mais c’est avec ton portable. Et… et pourquoi… .

 

- Non ! Shuei, crois-moi ! Ce n’est pas ce que tu crois.

 

- Ah ! Et qu’est-ce que je dois croire, alors ? Que c’est une photo truquée ? Comment veux-tu que je le sache, Ga-san ! J’ai eu un vrai choc en recevant ce message. Je ne sais plus quoi penser.

 

- Shuei ? Je ne peux pas te raconter cela par téléphone. Fais-moi confiance, d’accord ? Je vais rentrer. Je vais prévenir Dupontel que je ne suis pas en état de continuer mon travail. Je te dirais tout à ce moment-là.

 

 Il entendit un reniflement. Gaku ferma les yeux. Il aimerait pouvoir prendre le garçon dans les bras.

 

- Tu vas bien, hein, Ga-san ? Es-tu blessé ?

 

- Ma fierté en a pris un sacré coup, mais je ne vais pas en mourir. Shuei… .

 

- D’accord, je vais patienter, Ga-san. Je me doute déjà de qui m’a envoyé ce message. Je le déteste encore plus, maintenant. Je le maudis.