Bonjour, bonjour ^^
Je voulais juste m'excuser du retard que je prends pour faire les chapitres. Je n'ai aucune excuse valable, juste que je fourmille d'idée et j'arrive pas à les mettre sur papier. Ça m'agace au plus haut point, alors je faisais une petite pause afin de calmer mon cerveau en surchauffe. ^^
D'ailleurs, j'ai trouvé un très bon jeu pour me calmer, même s'il n'est pas fait pour vous rendre calme non plus. En tout cas, ceux ou celles qui peuvent y jouer, n'hésitez pas à jouer Heavy Rain. Certes, il y a peut-être des bugs sans trop de conséquences, d'autres n'aimeront pas du tout le côté interactif, mais personnellement, j'ai plongé dans cette histoire comme on entre dans un film à suspens. Certains de vos choix ou de vos actions modifient vraiment la fin et celle-ci peut être très triste ou plus joyeuse si on peut le dire ainsi, disons plutôt, amène à une nouveau départ.
Il y a de la caricature, mais c'est bien fait quand même. Je me suis attachée à tous ces personnages et certains, je les aurais bien étripé avec plaisir, surtout un, mais je ne dirais pas qui. ^^ Enfin voilà ! Ce jeu m'a bien aidé à me remettre les idées en place.
Pour info, j'ai changé d'avis sur un sujet. Il était hors de question pour moi de faire un tome 5, mais finalement il va peut-être voir le jour et bien sur pour le plaisir de ses fans hystérique ^_^. Ce sera avec Gaku Inamura, l'ex petit ami de Sawako Sanada. Alors, un jour vous finirez par trouver un chapitre le concernant. Pour les autres histoires ne vous inquiétez pas surtout, je ne les ai pas oublié, j'ai juste plus de soucis à écrire la suite, même si je la connais. Je ne suis pas dans une période fantaisy, mais cela reviendra comme toujours. Ils ne sont absolument pas abandonné. Jamais de la vie ! Je les aimes trop mes personnages pour les oublier. ^^ Donc là aussi, vous aurez surement un chapitre qui viendra en temps et en heure. Voilà
Je vais arrêter de vous fatiguer avec mon blablatage. ^^ Je pourrais continuer encore longtemps comme cela à dire n'importe quoi, mais je vais m'arrêter pour aujourd'hui. A bientôt pour de nouvelles aventures de nos héros les plus chéris. ^_^
Bisous à tous et à toutes. Passez une agréable journée.
Daisuke Oda : 03
Chapitre 3
Comme
prévu, Carlin sauta de joie en apprenant la nouvelle. Il en devenait même
impossible. Quand le jour du départ, Daisuke vint chercher Carlin, Eryna en fut
soulagé. Elle adorait son fils, mais parfois il était vraiment intenable. Elle
se demandait souvent d’où il avait pu hériter toute cette énergie. Bien
évidemment, avec un gamin aussi turbulent, Daisuke ne passa pas inaperçu à
l’aéroport.
Certains
voyageurs les observaient amusés, d’autres agacés. Mais pour rien au monde,
Daisuke n’aurait demandé à Carlin de se calmer. Il aimait trop le voir aussi boute-en-train.
C’était quand même mieux que de le voir en pleure ou le regard rempli de
tristesse. D’après Eryna, le garçon n’avait pas d’ami et avait tendance à
revenir de l’école avec des bleus. Apparemment, les autres élèves le
chahutaient souvent et les professeurs ne faisaient rien pour y mettre fin. Il
semblerait bien qu’ils ne supportaient pas le regard fixe et noir du garçon.
Carlin
n’avait certes pas demandé d’hériter des yeux noirs et la manie de fixer les
gens de son père. Il essayait même de changer, mais rien n’y faisait. Les
adultes pouvaient se révéler de vrais hypocrites et des crétins nés. Daisuke
pouvait le confirmer. Il en voyait beaucoup dans son travail.
Daisuke
n’avait pas trop songé au début, mais maintenant il paniquait un peu. Le voyage
jusqu’à Hawaï, enfin plus précisément jusqu’à l’île de Kauai, allait durer maximum
bien quinzaine d’heures. Mon Dieu ! Comment fallait-il occuper l’esprit d’un
enfant aussi turbulent que Carlin pendant tout ce temps ? Ils devront
également changer d’avion deux fois. La première fois, il faisait escale à
Londres, puis ensuite une autre à Los Angeles. Dans quelle galère venait-il de
se fourrer encore une fois ?
Pendant
ce temps, Carlin observait son grand cousin, la tête penchée. Un sourire
esquissait ses lèvres. Il avait juste huit ans à peine, mais il connaissait cet
homme depuis tout petit. Daisuke était son héros, un modèle à suivre, enfin
pour certains côtés. Parfois, il songeait qu’il aurait aimé l’avoir comme père
et non cet autre. Carlin était content que sa mère ait réussi à lui faire
changer son nom. Il n’aurait jamais supporté de continuer à porter celui du
paternel. Maintenant, il portait le même que son idole. La classe !
Le garçon
regarda autour de lui. Il y avait beaucoup de monde à l’aéroport. Son regard se
porta à une boutique. Carlin se mordit les lèvres. Il mourrait d’envie. Sa mère
n’avait pas pu lui en acheter la dernière fois. Il leva les yeux vers son grand
cousin. Celui-ci venait de baisser le regard sur lui. Il affichait un sourire
amusé. Daisuke avait compris rien qu’en observant son jeune cousin. Il prit la petite main de Carlin et l’emmena
vers la boutique en question. Carlin sauta de joie quand l’adulte lui annonça
de faire ses achats et de prendre tout ce qu’il avait besoin.
Daisuke dut
faire un peu la grimace quand il fut l’heure de payer. Mais bon, le sourire de
Carlin valait bien le coup de percer son porte-monnaie avant l’heure. Ensuite,
il fut enfin l’heure de se rendre à l’avion. Ils passèrent sans problème les
services de sécurité. Carlin se trouvait près du hublot. Alors que Daisuke
serrait à s’en faire mal les appuis-bras, le garçon lui observait le décollage
avec grand plaisir. Il ne se gêna pas le moins du monde à se moquer ouvertement
de son cousin.
Le premier
trajet ne dura pas très longtemps. Ils arrivèrent assez rapidement à l’aéroport
Heathrow, à Londres. Ils durent attendre plus de trois heures pour le prochain décollage.
En fait, Daisuke dut s’avouer avoir
craint le pire pour rien. Carlin se révélait être un ange quand il le voulait
bien. Enfin, du moment que vous lui offrait ce qu’il désire par-dessus tout, ce
gosse devenait des plus adorables. Pratiquement
tout le trajet vers la prochaine escale, Carlin ne quitta pas une seule fois
son siège. La seule chose qui l’intéressait était son carnet à dessin.
Parfois,
Daisuke relevait les yeux de son livre de poche pour observer le talent
exceptionnel de son cousin. Le garçon était un peu effrayant quand il
dessinait. Son regard restait fixe sur la feuille et dessinait d’une manière presque
en transe. Daisuke faisait toujours en sorte que Carlin s’installe toujours
près du hublot afin que personne ne vienne le déranger. Il savait ce qu’il en
coutait si Carlin était dérangé quand il dessinait. Il jetait un tel regard que
les personnes blanchissaient à vue d’œil et fuyaient le plus loin possible.
Lors du
dernier trajet les emmenant enfin sur l’île de Kauai, Carlin s’endormit la tête
sur son épaule. Daisuke voulait faire de même, mais n’y arrivait pas. Il essaya
alors de regarder les autres passagers de son siège. Il ne voyait pas grand-chose,
mais il pouvait quand même apercevoir une mère berçant son enfant, un couple
roucoulant dans leur coin, surement des jeunes mariés allant à leur lune de
miel. Un bruit lui fit retourner la tête et l’aperçut. Il l’avait déjà entre aperçu
lors de l’escale à Los Angeles. La personne en question était un homme ayant à
peu près son âge, semble-t-il. Il était plutôt grand, mais très mince. Il était
de type eurasien. Il avait une beauté sauvage, préférant porter ses cheveux auburn
longs attachés en queue de cheval.
L’homme dut
se sentir observer car il redressa la tête quand il se pencha pour ramasser le
livre sur le sol. Il jeta un coup d’œil dans la direction de Daisuke. Il lui
adressa un clin d’œil. Daisuke se sentit rougir comme un adolescent. Il se
détourna pour reprendre contenance. Il avait le cœur qui battait la chamade. N’importe
quoi, lui ! S’émouvoir pour un clin d’œil, il fallait vraiment être un
idiot ou en manque.
À l’arrivée sur
l’île, Daisuke dut se débrouiller à porter Carlin dans ses bras, car monsieur
ne voulait pas se réveiller. L’homme se
demandait sérieusement si son cousin ne le faisait pas exprès de le mettre dans
des situations assez cocasses. Comment jonglait avec un môme de huit ans dans
les bras et les bagages ? Daisuke désespérait y arriver en regardant le
tapis amener les sacs des voyageurs. Un petit rire se fit entendre dans son
dos. Il se retourna et sentit son cœur battre
un peu plus fort. Il se demandait aussi si ses joues ne rougissaient pas à
nouveau.
L’homme face
à lui était celui qui lui avait donné un clin d’œil. Pour une fois Daisuke
était ravi. Le nouvel arrivant était de la même taille que lui. il avait
toujours désespéré de trouver quelqu’un pouvant le regarder droit dans les yeux
sans avoir un torticolis. Les yeux vert marron de l’homme se portèrent sur l’enfant
dans les bras du géant. Il eut un sourire attendri. Il s’exclama alors :
- Voulez-vous un petit coup de
main ? Montrez-moi vos valises, je les sortirais.
- Ah!... Euh… Mer… merci, parvint
à articuler le géant.
Daisuke
indiqua donc leurs sacs. C’est à ce
moment-là que Carlin se réveilla enfin. Il bailla et demanda d’une petite voix
ensommeillée.
- Nous sommes arrivés, Dai ?
- Ah ! Tu te décides quand
même à te réveiller marmotte. Tu vas pouvoir descendre pour que je puisse
aider.
Carlin
secoua la tête et serra plus fort le cou de son cousin et ses jambes. Hors de question de bouger de cette place !
Il était trop bien là ! Un rire amusé lui fit redresser la tête vers le
nouveau venu. Carlin cligna des yeux un instant. Qui était cet homme ? Il
lui semblait l’avoir déjà vu quelque part. L’homme lui rafraichit la mémoire.
- Et tu es le garçon que j’ai
tamponné dans les toilettes que j’ai croisées à Los Angeles.
Carlin,
le reconnaissant, lui adressa un grand sourire. Il hocha la tête.
- Mmmh ! Vous avez dit que
vous aimez bien mon dessin.
L’homme
émit un petit rire.
- Oui, mais c’est la vérité. Ton
dessin représentait bien ton papa, très mignon d’ailleurs.
Daisuke
se sentit à nouveau rougir comme un adolescent. Il corrigea :
- Euh… Je ne suis pas son père,
juste son cousin.
- Ah ! Désolé.
- Non, il n’y a pas de mal.
Parfois, je me dis que je regrette qu’il ne soit pas mon fils.
Carlin
serra plus fort le cou encore une fois. Il était touché. Carlin s’exclama alors :
- Je m’appelle Carlin, monsieur.
Et mon cousin tout rouge, c’est Daisuke.
Daisuke
ne savait plus où se mettre. Mince, celui-là alors ! Il fallait toujours
qu’il se moque de lui. Leur nouvel ami émit un rire. Il les avait vite repérés
et il ne savait pas pourquoi, mais il se sentait soulagé d’apprendre que le
géant n’était pas le père de l’enfant. Il se présenta également.
- Je me nomme Juntsou Fumiya.
Enchanté de te connaitre, Carlin.
L’enfant
lui adressa un charmant sourire avant de cacher à nouveau sa tête dans le cou
de son cousin.
- Carlin ? Tu vas descendre.
- Non, je reste là. J’ai sommeil,
alors dépêche-toi de m’emmener faire dodo.
Daisuke
secoua la tête exaspérée. Ce mioche allait le faire devenir chèvre. Sans vraiment
de raison, Juntsou suivit le géant accompagné de l’enfant. Quand ils furent
enfin à la sortie de l’aéroport, Juntsou demanda où se trouvait leur hôtel. Avec
un peu de chance, il serait au même endroit. Daisuke respira un grand bol d’air
du soir. Quel plaisir d’être en vacances ! Il se tourna vers l’homme. Il
était un peu gauche face à lui.
- Nous avons une réservation au
Grand Hyatt Kauai Resort and Spa. Et vous ?
- Ah ! Nous allons pouvoir
faire le chemin ensemble si cela ne vous dérange pas ? Je vais au même
hôtel.
Bienvenue, Grand frère : 01
Chapitre 1
La nouvelle année venait d’arriver enfin. Pour Inoue Inamura, la cinquantaine, cette année sonnait comme un renouveau dans sa vie. Son incapable d’époux, Kenshiro, avait fini par succomber d’une longue maladie qui l’avait longuement fait souffrir. Elle allait pouvoir enfin souffler une bonne fois pour toutes et refaire sa vie tranquillement.
Beaucoup serait offusqué de la voir se repaitre de l’agonie de Kenshiro. Mais, dite-moi ? Pourquoi serait-elle triste pour un homme qui lui avait gâché les plus belles années de sa vie ? L’avait privé de son seul fils et d’avoir rendu malheureuse la plupart de ses quatre filles ? Elle ne l’avait pas choisi comme époux, ses parents l’avaient décidé à sa place.
À l’époque, elle n’avait pas eu le choix. Elle n’avait pas encore son caractère indépendant. Ses parents l’avaient trop endoctriné pour se rebeller et afin qu’elle n’ait aucune ambition, ils l’empêchèrent de continuer ses études après le lycée. D’ailleurs, elle épousa Kenshiro quelques mois plus tard. Elle n’avait jamais éprouvé de l’affection pour cet homme. Elle n’avait jamais compris pourquoi ses parents l’avaient choisi. Cet homme était un incapable, un bon à rien. Il n’avait jamais réussi à monter en grade dans l’entreprise de publicité où il avait réussi à entrer grâce au soutien de son beau père.
Peut-être était-elle aussi fautive ? Elle aurait dû le motiver, mais à l’époque elle n’en voyait pas l’intérêt. Elle était bien trop jeune et trop coincée. Quand elle songeait à son passé, elle en avait honte. Elle n’avait pris le pouvoir dans sa famille que bien plus tard, mais il était déjà trop tard pour son fils. Ses enfants avaient été la seule chose de valable qu’elle avait eue pendant ses trente ans de mariage. La première fois qu’elle avait tenu son fils dans ses bras, elle s’en souviendrait toujours. Elle en avait pleuré toutes les larmes de son corps.
La raison était qu’elle avait bien failli le perdre, comme elle aurait bien pu perdre la vie également. Ce jour-là, elle avait dû se rendre à la banque pour résoudre un petit problème de découvert. C’était un jour assez chaud et étouffant, la banque était bombée de monde et il avait fallu qu’il y ait un braquage. La panique avait eu lieu. Elle avait chuté violemment sur le ventre. Elle avait hurlé de douleur, mais elle avait dû rester sur le sol avec toutes les autres personnes sous la menace d’armes à feu. Elle avait non seulement pleuré de peur et de terreur, mais surtout ne pas savoir si son bébé n’avait pas subi un choc du à la chute.
Le braquage avait duré une bonne dizaine de minutes. Tout s’était passé très rapidement. La police n’avait pas eu le temps d’arriver que les braqueurs étaient repartis les sacs pleins, sans effusion de sang, mais pour Inoue, le temps avait passé dans une lenteur épouvantable. Elle avait fini par perdre connaissance. Quand elle avait repris conscience, son ventre était à nouveau plat et elle pensa avoir perdu son bébé. Comme elle avait pleuré dans les bras de sa meilleure amie, la seule à s’être déplacée pour elle. Mais, finalement, tout allait bien. Son fils se portait en réalité comme un charme. Un beau bébé bien dodu avec ses presque quatre kilos.
Elle avait beaucoup aimé le regarder grandir. Il avait toujours le sourire, un sourire charmeur. Quand il avait appris qu’il aurait une petite sœur. Il avait boudé pendant quelques jours. Tout le monde, autour de lui, c’était légèrement moqué le mettant dans une colère rare et effrayante, mais en même temps très mignonne. Mais quand il vit la petite Lymle, il craqua pour le petit bout de chou et décida qu’il la protégerait toujours.
Puis, il arriva le jour où la grand-mère d’Inoue décéda. Celle-ci légua à sa petite fille un vieux restaurant familial. Inoue hésita un long moment. Elle ne se croyait pas capable de s’occuper d’une telle charge, même si ce travail leur permettrait de gagner un peu plus et d’offrir ainsi à ses enfants une meilleure vie. Son fils l’encouragea à sa façon, du genre qu’elle pouvait tout réussir puisqu’elle était la meilleure des mamans.
Ouvrir ce restaurant avait été bénéfique et en même temps une malédiction. Kenshiro avait commencé à changer à cette période. Il s’était toujours senti inférieur par rapport aux autres, mais au moins se sentait-il maître chez lui, mais dès que sa femme commença à travailler. Elle prit tellement d’assurance qu’il prit peur et devint plus méchant. Au début, ce fut de simples mots, mais ensuite la violence arriva, surtout dû à l’alcool.
Inoue parvint à cacher sa souffrance et la violence physique pendant très longtemps à sa famille, surtout à son fils. Quant à Kenshiro, il commença à faire plus attention à son fils. Celui-ci n’en avait cure. Il n’aimait pas particulièrement son père et ne l’écoutait la plupart du temps que d’une oreille. Si ces notes à l’école étaient excellentes, c’était pour faire plaisir à sa mère et à personne d’autre, même s’il était un peu triste de ne plus l’avoir pour lui tout seul. Il devait la partager avec ses sœurs et les clients du restaurant.
Mais la vie du jeune garçon changea radicalement quand il atteignit le collège. Il commença à en avoir assez d’avoir son père sans arrêt sur son dos, voulant lui régenter la vie, sa façon de penser. Kenshiro voulait endoctriner son fils pour l’accaparer, mais le garçon n’était pas aussi malléable que prévu. Alors, les coups commencèrent à pleuvoir sur le gamin. Celui-ci pleurait chaque nuit à cause des coups de ceintures, mais ne cédait pas pour autant. Sa mère finit par s’en apercevoir. Elle voulut s’en mêler et se fit frapper violemment devant les yeux de son fils. Alors, celui-ci finit par faire ce que son père voulait. Il se laissa manipuler avec la menace que s’il désobéissait, ses sœurs en subiraient les conséquences.
Kenshiro ne se gêna pas le moins du monde à fouetter son fils de temps en temps juste pour lui rappeler qui était le maître dans la maison. Inoue ne vit plus le sourire charmeur de son fils. Il devint renfermer et parfois violent envers les autres. La femme pleurait souvent et maigrissait à vue d’œil. Puis, son fils atteignit ses quinze ans et là les coups devinrent plus réguliers avec encore plus de menaces concernant ses sœurs. La nuit, il pouvait entendre sa mère. Le garçon n’en pouvait plus, mais il tenait toujours le coup.
La nouvelle claqua un soir d’automne. Elle rentrait très fatiguée de sa journée au restaurant. Elle avait entendu les hurlements dans le bureau de son mari. Elle avait tout lâché et ordonné à ses filles de gagner leur chambre. Quand elle était entrée avec fracas dans la pièce, son fils avait le dos en sang, écroulé sur le sol en larme, son mari le dominant avec un sourire de fou. Elle s’était jetée sur son fils. Kenshiro l’avait alors empoigné et éjecté plus loin en lui interdisant de toucher cette merde, cette lopette. Il hurlait sur son fils sur la honte qu’il jetait à sa famille. Qu’il allait se charger de lui remettre les pendules à l’heure !
Après plusieurs heures plus tard, alors qu’elle soignait ses blessures. Son fils lui avait avoué aimer un garçon et qu’il n’avait pas été assez prudent, son père les avait vus. Inoue voulait que tout s’arrête. Elle allait porter plainte à la police contre la violence conjugale, mais son fils refusa. Il lui interdit de détruire la famille. Il accepterait sans broncher les coups. Un jour, le temps se vengera de lui-même de la méchanceté de cet homme.
Peut-être par lâcheté, Inoue accéda aux désirs de son fils. Elle dut supporter de voir son époux détruire son fils à petit feu. Jusqu’au jour où son fils eut ses dix-sept ans. Il subit à nouveau la violence de son père au début sans broncher devant sa mère et ses sœurs complètement effrayer. Habituellement, Kenshiro ne battait pas son fils devant ses filles, mais là il venait de perdre son travail à cause de la conjecture. Il lui fallait se défouler et son bouc émissaire était là pour cela. Mais, son fils n’agit pas comme habituellement. Lymle en larme avait supplié son père d’arrêter.
Pour son intervention, Kenshiro l’avait violemment giflé. Ce geste avait rendu son fils fou de rage. Il s’était redressé et avait foncé sur son père. Il l’avait agrippé et avait porté ses deux mains à la gorge prête à l’étrangler. Kenshiro allait perdre connaissance quand son fils s’était remis debout. Il regardait ses mains avec effroi, puis sans un regard à personne était parti. Inoue avait appelé à l’aide, mais personne ne retrouva son fils. Cette nuit-là, son fils disparut. Elle organisa des recherches et économisa afin d’engager un détective pour rechercher son fils, même s’il y avait peu d’espoir de le retrouver. Quelques mois plus tard, Kenshiro tomba gravement malade et malgré tout le mal qu’il lui avait fait, à elle et à sa petite famille, elle n’eut pas le courage de lui tourner le dos.
Ainsi, sept ans passèrent sans plus aucune nouvelle de son fils adoré, jusqu’à maintenant. Lymle n’avait pas perdu l’espoir qu’un jour, elle finirait par retrouver la trace de son frère. Pendant que sa mère s’occupait de son incapable de père, elle l’aida au restaurant et a élevé ses petites sœurs. Elle refusa d’entrer à l’université afin d'aider au restaurant plus rapidement. Elle économisa également afin de continuer à payer le détective, bien qu’elle le demanda le service à une autre agence. Grâce à son effort, elle avait fini par retrouver sa trace dans un des quartiers de Tokyo.
Elle avait mis du temps avant d’avoir le courage de l’appeler. Elle avait eu peur. Sept ans étaient passés. Il ne voulait peut-être plus avoir affaire avec sa famille. Comme elle avait tremblé de façon incontrôlable quand elle avait fait les numéros de téléphone. Elle avait eu bien du mal à s’empêcher de pleurer quand finalement, elle avait entendu sa voix au bout du fil.
Et maintenant, elles étaient toutes réunies dans le salon. Elles attendaient avec impatience le retour du fils, du frère. Les plus jeunes regardaient leurs aînées avec étonnement. Elles pouvaient apercevoir leur excitation et leur peur. Elles ne comprenaient pas trop, car elles ne se souvenaient plus de ce frère. Elles n’avaient que cinq et deux ans quand il était parti. Elles appréhendaient en même temps. Comment sera-t-il ? Était-il aussi méchant que leur père ? Non, elles ne le pensèrent pas sinon leurs sœurs et leur mère n’agiraient pas de cette manière.
Megumi, du haut de ses quinze ans, se tordait les doigts. Elle avait hâte et en même la peur la tenaillait. Elle lui donnait la nausée et un mal au ventre. Elle avait toujours voulu avoir un frère et pour ainsi dire, elle avait fait en sorte d’en avoir un par la présence de son meilleur ami, Shuei Morita. Mais maintenant, elle allait en avoir un, un vrai en plus. L’accepterait-il sans problème ? Mairu se posait exactement la même chose. Elle en avait assez de vivre qu’avec des filles. Elle aimait bien ses sœurs, mais bon, c’était un peu chiant aussi. Et puis, elle aimait voir le sourire à peine esquissé sur le visage de sa mère. Elle était heureuse et c’était tout ce qui importait à la jeune Mairu.
Kotoro se leva et se dirigea vers la fenêtre aux rideaux beige. Elle ressemblait à une jolie fleur, aussi douce qu’un lys. Elle se souvenait que son frère l’appelait son joli Lys, alors qu’il avait tendance à traiter Lymle de grand-mère juste pour la mettre en colère. Lymle serrait la main de sa mère. Elle avait bien du mal à rester en place. Elle avait tellement remué ciel et terre pour le retrouver et il allait enfin revenir après toutes ses années.
Le bruit d’une moto se fit entendre. Les femmes se redressèrent toutes en même temps. Inoue fut la première à réagir. Elle fonça vers la porte et l’ouvrit en grand. L’engin venait de s’arrêter dans l’allée. Le jeune homme la chevauchant, portait son habituel jean où à certain endroit s’était craqué, une grosse veste de cuir marron et des santiags. Il retira son casque et secoua sa tête décolorée en blond, mais dont certaines mèches gardaient sa couleur naturelle, d’un noir profond.
Il tourna son visage vers les nouvelles arrivantes et leur adressa un sourire, un sourire qu’Inoue n’aurait jamais pensé pouvoir revoir un jour. Des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Le jeune homme descendit de son engin et tendit les bras. La femme ne chercha pas. Dans un cri, elle se jeta dans ses bras. Peu de temps après, il eut bien du mal à tenir entre ses bras deux autres corps tout aussi féminins. Il redressa la tête et croisa le regard des deux plus jeunes, restées à l’arrière. Megumi esquissa un sourire et s’exclama :
- Bienvenue à la maison, onii san.
Bienvenue, Grand frère : 02
Chapitre 2
Un
rayon de soleil traversa avec quelques difficultés la fenêtre voulant illuminer
un peu la pièce. Un sac fut éjecté sur un lit d’une seule personne se trouvant
collé au mur dont la tapisserie fit sourire un peu tristement le nouvel
arrivant. Il frôla le mur d’un geste nostalgique. Il l’avait choisi avec sa
mère lors d’une grande sortie familiale quinze ans auparavant. À l’époque, il
aimait déjà les motos, les grosses cylindrées.
Son
regard fit le tour du reste de la pièce, pas très grande d’ailleurs. Vers sa
gauche se trouvait le vieux bureau, rempli de griffonnages au marqueur. Sur
l’autre mur, une armoire d’où on se demandait comment elle faisait encore pour
tenir debout dominait le reste de la pièce. Sous la fenêtre, une bibliothèque faite
à la main et avec les moyens du bord s’y trouvait. Gaku Inamura soupira et se
laissa tomber lourdement sur un coin du lit, dont la couette bleue avait vu de
meilleurs jours.
Son
regard se posa sur une tache de brûlure. Il la toucha du doigt. Il s’en
souvenait de celle-ci. Il l’avait brûlé sans le vouloir, alors qu’il fumait et
que cet imbécile d’Ayato lui avait fait peur. NON ! Il s’était promis que
si jamais il revenait ici, dans cette ville, il éviterait de repenser à son
vieil ami. Mais les souvenirs étaient là depuis toutes ses années. Quand le
drame avait eu lieu, il avait maudit à jamais son père. Celui-ci lui avait
refusé d’aller faire ses adieux à son ami d’enfance. Pourquoi personne
n’avait-il remarqué cette soudaine fascination pour la mort ?
Il
avait bien essayé de prévenir les parents d’Ayato, mais personne ne l’avait
cru. Personne n’avait voulu l’entendre. Ensuite, ces abrutis l’avaient presque
accusé d’en être le responsable. Il avait hurlé toutes les horreurs dont il
pouvait. Ce soir-là, son père l’avait lacéré à coup de ceinture, une bonne
partie de la soirée. Seule sa mère avait tenté de l’aider, tout comme elle
avait essayé d’aider Ayato, mais il était déjà trop tard pour son ami. Si les
parents de son ami ne s’étaient pas déchirés devant leur propre fils et s’ils
ne le tenaient pas pour responsable de leur échec, jamais il n’aurait eu de
mauvaise fréquentation, jamais il n’aurait intégré cette secte. Et encore
aujourd’hui, il serait en vie, surement marié avec des enfants.
Gaku
se frotta le visage de rage. Mince ! Il souffla un bon coup. Il aurait
bien besoin d’un bon coup sur la tête. À cette pensée, il eut un sourire.
Maso ! Il était réellement devenu maso à vouloir être frappé. Mouais, frapper,
mais par une seule personne, mais celle-ci devait être parti à l’heure
actuelle. Il se sentait triste. Son chat sauvage lui manquait beaucoup. Quelle
tristesse !
Une
ombre le fit sursauter. Il leva les yeux vers la porte et aperçut sa plus jeune
des sœurs. Mairu devait avoir douze ans maintenant. Il se souvenait d’elle
comme une jolie petite poupée, mais maintenant bien qu’elle était toujours
aussi mignonne, elle avait plutôt une attitude de garçon manqué, avec ses
cheveux noirs coupés à la garçonne. Elle penchait la tête l’observant, les
mains dans les poches de son jean tout aussi troué que le sien.
Apercevant
un léger sourire sur le visage de son frère, Mairu se sentit rassurer et
pénétra plus avant dans la chambre. Un lieu où d’ordinaire, elle n’avait jamais
eu le droit d’entrée. Elle jeta un coup d’œil rapide autour d’elle. C’était
bien la chambre d’un adolescent, pas celle d’un adulte. Elle grimaça. Gaku émit
un petit rire.
- J’ai un peu honte des goûts que j’avais plus jeunes.
- Okaa san nous a dit que tu n’avais pas le droit
d’avoir des meubles neufs. Je crois bien qu’Otou san était un bel égoïste.
Gaku
cligna des yeux. À l’époque, si par malheur, il parlait de son père de cette
façon, il aurait pris une belle raclée. Rien que de l’imaginé, il se souvenait
de l’effet. Finalement, les coups du chat sauvage étaient bien plus doux. La
jeune fille piétinait et se mordait la lèvre. Le jeune homme se leva et
s’agenouilla face à sa petite sœur. Il lui prit une main dans la sienne.
- Tu peux me dire tout, Mairu. Je ne me mettrais
jamais en colère, tu sais.
La
jeune fille le prit par surprise en se glissant entre ses bras. Elle
chuchota :
- Je suis contente que tu aies accepté de revenir
à la maison. J’aime trop voir Okaa san sourire pour rien. Elle est trop belle
ainsi.
- Je regrette de n’être pas revenu de moi-même.
Un
bruit de course s’entendit et Megumi fit son apparition. Elle secoua la tête,
exaspérée. Elle s’exclama :
- Maiiiiruuuuu ! Tu devais dire à Onii san
de venir dîner. T’es lourde !
Mairu
souffla et s’écarta de son frère. Elle tourna son regard vers sa sœur, sans
pour autant quitter les bras de Gaku. Celui-ci se demandait un peu s’il s’en
sortirait avec toutes ses filles. Il se demandait si son cœur allait tenir le
choc.
- Bah ! Au moins, tu fais du sport ainsi,
Meg. Je trouvais que tu étais un peu
trop grosse ces derniers temps.
- Aaaaaaaaaaah ! Lança Megumi, avant de se
jeter sur sa sœur pour l’étrangler.
Bien
évidemment, Gaku reçut son autre sœur dessus. Il grimaça.
- Eh ! Vous allez vous calmer. Si vous
continuez, je vais prendre la poudre d’escampette.
En
réponse, ces deux sœurs stoppèrent nette et elles s’exclamèrent synchro :
- Jamais de la vie !
Lymle
mettait la table avec Kotoro quand elle entendit la cavalcade arriver. Elle
jeta un coup d’œil vers sa mère. Celle-ci n’arrêtait pas d’afficher un sourire
heureux. Kotoro lui fit un clin d’œil amusé. Megumi et Mairu finirent par faire
leur apparition se chamaillant comme à leur habitude.
- Allez vous laver les mains ! Et au
galop ! Lança Lymle.
- Ouais, ouais, Obaa san ! S’écria Megumi, en
pouffant avec sa sœur et en s’enfuyant avant de subir la colère de sa sœur.
Gaku,
faisant son apparition, parvint à éviter de justesse une cuillère jetée par
Lymle. Il se mit à rire. Il avait très bien entendu sa jeune sœur. Il
s’approcha de la plus âgée qui se mordait les doigts de honte. Mon Dieu !
Elle avait failli assommer son frère avec une cuillère.
- On dirait bien que ce surnom te poursuit,
Lymle.
- Mais, je ne ressemble pas à une grand-mère.
Inoue
arriva enfin avec les plats. Elle les déposa sur la table, toujours affichant
son sourire.
- Allons les enfants ! À table !
Gaku
s’installa près de sa sœur Kotoro. En l’observant du coin de l’œil, il remarqua
qu’elle n’avait pas beaucoup changé. Elle ressemblait toujours à un joli
bouquet de fleurs. Elle portait la même odeur de Lys du jardin. Elle avait
également un petit côté gauche. Kotoro était une jeune fille timide et très
douce depuis toute petite. Elle aimait porter des robes longues de couleurs
claires et laissait libres ses longs cheveux noirs lui arrivant au bas du dos.
La jeune fille amena gracieusement une mèche derrière son oreille. Elle aperçut
alors le regard de son frère. Elle se mit à rougir le faisant sourire.
Il ne
se sentait pas très bien. Il était content, même heureux d’être de retour
auprès de sa famille. Il n’avait pas imaginé à quel point ses sœurs lui avaient
autant manqué. Mais, il ne savait pas trop comment agir. Pendant le repas, il
préféra les écouter discuter, ne parlant que quand on lui adressait la parole. Les
filles semblaient très proches l’une de l’autre et s’entraidaient également.
Après
le repas, Inoue donna des ordres à chacune de ses filles afin qu’elle laisse
tranquille leur frère. Inoue n’était pas stupide. Elle voyait bien que son fils
était perturbé. Il avait perdu l’habitude d’être avec autant de monde, d’être
avec sa famille. Il lui faudrait du temps pour s’habituer. Pendant toutes ses
années, elle avait imaginé le pire. Mais, il semblait avoir réussi à s’en
sortir, même si la vie n’avait pas dû être aussi facile pour lui. Comment avait
été sa vie après son départ ? Comment s’en était-il sorti ? Elle
avait toujours eu peur qu’il fasse la même bêtise qu’Ayato, mais en le voyant
maintenant, en si bonne forme, elle se disait qu’elle avait été bien stupide de
le penser.
Son
fils avait plus de caractère que ce jeune garçon trop fragile qu’avait été
Ayato Morita. Comment réagirait-il devant Shuei ? Un an après le décès de
leur fils, Kahori Morita eut un autre enfant, un petit garçon. Elle n’avait pas
supporté la mort de son fils et elle avait tout fait pour le remplacer. Elle
partait en dépression et sa famille n’essaya même pas de l’aider. Elle subit
fausse couche sur fausse couche, jusqu’au jour où Shuei vint au monde. Ce petit
garçon fit sensation en grandissant. Non seulement il se révélait être très
mignon, mais il avait hérité des yeux vairons de son arrière grand-père
maternel. Son œil gauche était marron clair et l’autre bleu ciel. Mais en plus,
sa chevelure ne se révéla pas noire comme celle de ses parents, mais hérita
d’une couleur atypique d’un gris pâle qui lui causa beaucoup de problèmes à
l’école et chez lui aussi avec son père.
Gaku
soupira de soulagement quand il remarqua le manège de sa mère. Il la remercia
silencieusement. Il songea qu’il serait peut-être temps de ranger ses affaires.
Il monta à l’étage et rejoignit sa chambre. En passant devant celle de sa
mère, il ralentit légèrement. La porte était un peu entre ouverte. Son regard
se noircissait à vue d’œil. Comment sa mère pouvait encore dormir dans cette
pièce où son père lui avait fait temps de mal ? Il poussa le battant et
eut une véritable surprise.
La
chambre n’était plus du tout comme celle qu’il avait connue. Elle ressemblait
plus à celle d’une femme avec ses tons plus claire et lumineuse. Il se
souvenait d’une chambre sans âme et froide, mais maintenant, une douce chaleur
dominait la pièce. C’était très agréable.
- Quand Otou san est tombé gravement malade. Okaa
san n’a pas cherché. Elle l’a mis dans un hôpital et allait lui rendre visite
de temps en temps.
Gaku
sursauta comme pris en faute. Il se retourna pour se retrouver devant Lymle. Sa
sœur pourrait être une très jolie femme si seulement, elle arrêtait de mettre
des habits qui la vieillissaient et l’enlaidissaient. Bien maintenant qu’il
était là, il allait se charger de la transformer pour en faire une jolie lady
et non plus une grand-mère.
- Quand est-ce qu’il est tombé malade ?
- Deux mois après ton départ. Mon Dieu ! En
pleine forme, il était épouvantable, mais malade, il était encore pire. Okaa
san en a eu assez et l’a viré dans l’hôpital du coin. Ça a été un soulagement
pour tout le monde. Alors, pour son anniversaire, nous avons transformé sa
chambre.
Le
jeune homme regarda une dernière fois la pièce avant de refermer la porte. Il
caressa la joue de sa sœur. Celle-ci leva les yeux vers son frère. Comme il lui
avait manqué ! Elle sentit des larmes poindre au coin des yeux. Enfant,
elle l’avait toujours suivi partout. Même quand il était avec ses propres amis,
il l’accueillait toujours avec plaisir. Si par malheur, un de ses amis râlait,
il se faisait remettre en place par Gaku ou par Ayato. Elle s’en voulait
également depuis sept ans. Elle se sentait responsable de sa disparition.
- Allez ! Viens m’aider !
S’exclama-t-il au bout d’un moment, en prenant la main de sa sœur dans la
sienne.
Gaku
gagna sa chambre d’adolescent. Il grimaça encore une fois. Il se laissa tomber
sur le lit avec lassitude. Sa sœur se mit à rire et s’exclama :
- Tu es toujours aussi flegmatique, Gaku.
- Je n’y peux rien, je dois être né ainsi.
- Bon, j’ai compris, je me charge de ranger tes
affaires.
Lymle
secoua la tête, amusée. Mais, faire le rangement ne la dérangeait pas trop. Elle
arrivait presque à la fin du sac quand elle tomba sur une photo. Elle l’observa
un long moment avant de la prendre entre ses doigts. Elle jeta un coup d’œil
vers son frère, espiègle. Celui-ci remarqua la photo et rougit aussitôt, mal à
l’aise. Il l’avait complètement oublié. Elle représentait un jeune garçon de dix-sept
ans, installé nonchalamment sur la rembarre d’un pont. Il regardait dans le
vague, les cheveux noirs bleutés très long nattés volant légèrement dans le
vent. C’était une très belle photo et étant donné les rougeurs de son frère,
cette personne avait une certaine importance.
- Il est très beau ce garçon. Un ami à toi ?
Demanda-t-elle innocemment.
Gaku
se sentit un peu mal.
- On peut dire ça, finit-il par dire, pour couper
court. Mais c’était sans compter sur la curiosité de Lymle, assez légendaire
d’ailleurs.
- Onii san étant donné les rougeurs sur tes
joues, je dirais qu’il est bien plus qu’un ami.
- Ah ! Euh!... Pfft ! Non, c’est un
ami, même s’il a été un peu plus. Mais, il reste juste un ami maintenant.
Lymle
se mordit la lèvre. Sa curiosité la perdra un de ces jours.
- Je suis désolée. Je n’aurais pas dû te poser
cette question.
- Pourquoi ? Tu as le droit d’en poser, même
si elles peuvent être un peu gênantes parfois. Je suis sorti avec lui pendant
plus de trois ans, mais j’ai toujours su qu’un jour ça finirait.
Lymle
poussa le sac et s’installa près de son frère. Elle posa sa tête sur son
épaule, tout en observant la photo.
- Il a l’air triste et en même temps colérique.
Gaku
se passa une main dans ses cheveux. Il eut un sourire un peu triste.
- Sa vie n’a pas été facile. Même si sa famille
l’aime beaucoup et le soutient, il n’arrive pas à défaire que, c’est aussi un
membre de sa famille, qui a failli le détruire. Mais, il ne faut pas s’en
faire. C’est un battant, un vrai chat sauvage. Il est plus jeune que moi et
pourtant, c’est grâce à lui et à un autre, si je n’ai pas sombré dans la
déchéance.
Lymle
porta un doigt à sa bouche comme pour réfléchir. Puis, elle se leva. Gaku,
surpris, la regarda quitter la pièce en courant. Qu’est qui lui prenait ?
Elle revint quelques minutes après avec un cadre. Elle le tendit à son frère.
- Cette photo sera bien plus protégée ainsi. Et
si un jour, tu baisses les bras, tu n’auras qu’à la regarder pour retrouver ta
pêche.
Gaku
regarda la photo un long moment interdite avant de s’esclaffer. Il attrapa le
bras de sa sœur et lui donna un tendre baiser sur la joue.
- Merci !
La
jeune fille rougit et se tordit les doigts, toute intimidée d’un seul coup.
Elle finit par demander.
- Il a un nom, je suppose, ce chat sauvage ?
- Évidemment, il s’appelle Sawako Sanada.
- Ce n’est pas un prénom pour fille,
Sawako ?
- Peut-être bien, mais il lui va comme un gant.
- Est-ce qu’un jour, tu me raconteras comment était
ta vie depuis ton départ ?
- Avec toi, ce sera avec un grand plaisir.
La
jeune fille esquissa un grand sourire de plaisir. Gaku regarda autour de lui et
finit par déposer le cadre sur la table de nuit. Si un jour, Sawa apprenait
qu’il avait fait une photo de lui sans sa permission, il risquait fort de s’en
prendre une comme d’habitude. Il s’étira avant de se lever. Il agrippa le cou
de sa sœur et s’exclama :
- Bon il va falloir me mettre à jour.
- Euh ! Comme quoi ?
- Et bien, est-ce que l’une d’entre vous a un
petit ami ?
Bienvenue, Grand frère : 03
Chapitre 3
La
musique commença tout d’abord avec une certaine douceur et légèreté pour finir
par prendre un rythme beaucoup plus soutenu et de plus en plus rapide. La
légèreté s’y trouvait toujours en harmonie avec la violence du son. Sur la
scène, les huit danseurs exécutaient avec synchronisations tous les mouvements
que leur professeur de danse, Okimi-sensei leur avait montré.
Ils
faisaient depuis plus d’une heure et demie déjà les mêmes mouvements afin de
bien les imprégner pour le prochain concours. Certains avaient bien du mal à
rester concentrer. Okimi-sensei leur avait ordonné de suivre son meilleur
élève. Mais, cet élève, parfois, pouvait se révéler têtu et casse-pied. À
l’origine, il ne voulait pas s’inscrire dans ce club de danse. Il n’en voyait
pas l’intérêt, mais sa meilleure amie l’avait supplié tellement qu’il avait
fini par céder.
Alors,
depuis un an déjà, il dansait dans ce club avec Megumi. Parfois, il y avait des
duos. À ce moment-là, il devenait impossible. Il refusait catégoriquement de
danser si ce n’était pas avec Megumi. Okimi-sensei avait souvent pensé
l’étriper plus d’une fois. Bon, heureusement pour elle, Megumi Inamura dansait
plutôt bien, mais pas aussi bien que Ayaka. Mais rien à faire, quand celui-ci
décidait quelque chose, impossible ensuite de lui faire changer d’avis. En tout
cas, depuis un an qu’elle le connaissait, elle ne l’avait jamais vu cédé une
seule fois, même si c’était sa meilleure amie qu’il lui demandait.
Okimi-sensei
se leva pour éteindre le poste de radio. Les danseurs s’écroulèrent, essoufflés.
Ils avaient bien mérité un peu de repos. Elle se mit à les observer. En premier
les filles, chacune avait leur petit charme personnel. Megumi et Nana étaient
très bonnes amies et se trouvaient dans le même collège. Ayaka venait d’un
collège privé et son père était patron d’une entreprise de chaussures. Elle se
savait plus privilégier par rapport aux autres et elle le faisait voir par son
attitude. Rizu était adorable et s’entendait avec tout le monde.
Chez
les garçons, il y avait Daiki et Bunka, les coureurs de jupons, mais qui se
faisaient à chaque fois rembarrer. Seito était un nouvel élément. Le genre de
garçon riche et populaire, mais qui en réalité ne se prenait pas la tête. Il
était avec le dernier, Shuei, un beau garçon et aussi le plus grand de la
troupe. Et puis, il y avait son petit extra-terrestre, Shuei. Avec ses cheveux
gris pâle et ses yeux vairons, ce garçon ne passait pas inaperçu et en plus,
était un excellent danseur, enfin quand il voulait bien s’en donner la peine
évidemment.
-
Okimi-sensei ? On
en a encore pour longtemps, finit par demander son jeune insolent.
- T’as rendez-vous, Shuei ? Lança Daiki, de
sa voix un peu grinçante.
- Ouaip !
- Hein ? C’est vrai ? S’écria,
halluciner, Bunka.
- Bah ouais, j’ai un superbe rendez-vous avec mon
cours du soir, s’exclama Shuei, très sérieusement.
Megumi
et Nana éclatèrent de rire devant la tête d’ahurie des deux garçons. Okimi-sensei
secoua la tête, exaspérée.
- Bon, pour ce soir, ce sera tout. Essayez de
vous rappeler les mouvements pour le prochain cours. Passez une bonne soirée,
les mioches.
- Nous aussi, on vous adore, Sensei, renchérit
Bunka, en filant comme une flèche vers les vestiaires des garçons.
Les autres le suivirent
plus lentement. Ayaka se rapprocha de Shuei et lui susurra :
- Si tu es si pressé, je pourrais demander à mon
chauffeur de te déposer.
Le
garçon se leva et aida Nana et Megumi à se remettre debout. Il daigna tout de
même répondre.
- Non, sans façon.
Il fit
signe à ses deux amies et se détourna pour rejoindre le vestiaire en compagnie
de Seito, toujours aussi silencieux. Ayaka soupira et jeta un regard noir aux
autres filles avant de joindre le vestiaire des filles. Rizu la regarda un
moment, avant de s’exclamer.
-
Mazette ! Elle est tenace comme fille. Elle n’a pas encore compris qu’elle
ne l’intéresse absolument pas. Je ne sais pas le nombre de fois déjà où il l’a
rembarré.
- Que veux-tu ? Elle croit que parce qu’elle
est riche, elle peut tout posséder. Mais, je la plains. Avec Shuei, elle est
mal barrée, s’exclama Megumi. Tu verras dans quelque temps, elle s’attaquera à
Seito.
- Je crois bien qu’elle se fera jeter aussi,
reprit Nana.
- Hein ? Et pourquoi tu dis ça, Nana ?
Tu sais quelque chose que nous ne savons pas ?
La
jeune fille eut un drôle de sourire et jeta un coup d’œil à sa meilleure amie.
Elle connaissait Megumi et Shuei depuis l’école maternelle. Elle n’était pas
aussi proche du garçon comme l’était Megumi, mais cela ne l’empêchait pas de
savoir certaines choses et surtout en ce qui concernait la jeune demoiselle.
Elle lui fit un clin d’œil. Megumi lui tira la langue avant de s’enfuir à son
tour vers le vestiaire. Nana se faisait des idées. Seito n’avait aucune vue sur
elle.
Quand
elle ressortit, ses amies étaient déjà parties. Elle salua Okimi-sensei et s’en
alla. En jetant un coup d’œil à sa montre, elle s’aperçut qu’il était déjà plus
de six heures et demie passées. Elle soupira et inspira un bon coup pour
prendre un grand bol d’air frais.
- T’en as mis du temps, Meggy !
- Waaaaaah S’écria-t-elle, en portant une main à
son cœur.
Elle
se tourna vers celui qui venait de l’interpeller. Shuei et Seito l’attendaient,
appuyés contre le mur de brique.
- Ça ne va pas ! Tu m’as fait peur, abruti.
Shuei
attrapa le cou de son amie et lui fit un bon shampooinnage en s’écriant :
- C’est qui que tu traites d’abruti ?
La
jeune fille se débattit pour s’échapper en riant.
- Je croyais que tu avais cours du soir.
- Hein ? J’ai dit ça, moi ?
- Oui, tu l’as dit. Je confirme.
- Baka ! Et tu l’as cru. T’es nulle,
Meggy !
- Espèce de démon !
- Bon, les enfants vous arrêtez de vous
chamailler !
- Tu nous cherches, Seito ?
Le
grand garçon s’étira de tout son long. Shuei soupira. Il enviait la grande
taille de son ami. Megumi s’exclama :
- Shu, tu ressembles à pygmée à côté.
- Megumi Inamura continue dans cette voie et je
te préviens que je te donne la fessée devant Seito.
- Tu n’oseras pas.
Le
garçon sourit et répliqua :
- Tu crois ?
Seito
secoua la tête. Quand ses deux amis avaient décidé de se jeter des mots d’amour
dans la figure, ils en avaient pour un bon moment. Posant ses mains croisées
derrière la nuque, il commença à avancer. Il finit par demander après un
moment.
- Alors, Megumi ? Comment cela se passe avec
ton grand frère ?
La
jeune fille enfonça ses mains dans les poches. Elle soupira.
- Bien. Il est cool. Il cherche encore quelques
repères, mais il semble s’être un peu adapté à notre présence.
Shuei
s’esclaffa.
- J’ai l’impression que tu parles d’un chien
abandonné, Meggy.
- Et moi, je me demande quand tu vas venir à la
maison pour le voir. Si mes souvenirs sont justes, tu le suivais partout quand
tu venais avec Kahori-san.
- Je viendrais, ben quand je viendrais.
- Ah ! Qu’est-ce que tu peux être chiant,
parfois !
- Ouaip ! Je prends ça pour un compliment.
Seito
se mit à rire. Il s’était tout de suite entendu avec Shuei et Megumi, les
inséparables, ainsi étaient-ils surnommés. Au début, il croyait qu’ils
sortaient ensemble, mais quand il en avait fait la réflexion, les deux
l’avaient regardé comme s’il venait de dire la plus grosse bêtise du siècle,
avant d’éclater de rire comme des idiots.
Étant
donné qu’il s’entendait bien avec eux, il avait supplié son père de l’intégrer
prochainement dans le lycée public où ses deux amis allaient. Sa mère avait été
offusquée. Quoi le fils de Naruhiko Otani, le grand patron de l’Agence Méridional
Publication, refuse d’intégrer une école prestigieuse pour aller dans un lycée
de bas de gamme ! Bah ! Sa mère allait s’en remettre quand son père
lui fournira une carte bleue pour dépenser quelques sous.
Seito
quitta ses deux amis à un détour. Évidemment, il vivait dans un des quartiers
les plus riches. Megumi regarda un instant son nouvel ami s’éloigner. Quand
elle se retourna, elle remarqua le regard amusé de Shuei. Elle rougit aussitôt
et lui passa devant sans plus le regarder.
- Haha ! Je t’ai surpris, Meggy. Serais-tu
tombée amoureuse ?
- Va te faire voir, Shu !
- Aaah ! Trop cruelle !
Ils
continuèrent ainsi jusqu’à l’arrivée devant la maison de son amie. À cet
instant, la porte s’ouvrit livrant le passage à un adulte. Shuei le vit et
resta un instant saisi. Malgré les sept années passées, le garçon pouvait quand
même reconnaitre le frère de son ami dans les traits de cet adulte. Gaku jeta
le sac près de la poubelle et tourna son regard vers les nouveaux arrivants. Il
sourit en voyant sa sœur. Il jeta un coup d’œil vers le garçon qui
l’accompagnait.
Il ne
pouvait pas se tromper sur son compte. Ce garçon était le petit frère de son
défunt ami Ayato. Gaku ne put s’empêcher de le regarder de la tête aux pieds.
C’était un beau mâle. Dommage qu’il avait quinze ans à peine !
- Salut beauté, finit-il par dire à sa sœur.
Megumi
se sentit rougir. Elle adorait les compliments venant de son frère. Elle
s’exclama :
- Coucou, onii-san. Te souviens-tu de
Shuei ?
- Bien sûr ! Tu as bien grandi, Shuei.
Le
garçon hocha la tête au lieu de répondre. Megumi lui jeta un coup d’œil avant
de secouer sa tête. Son ami faisait son timide. Ça lui arrivait parfois et
c’était toujours très drôle.
- Je vais y aller, Meggy. À demain !
La
jeune fille regarda son ami prendre la poudre d’escampette avant de
s’esclaffer. Elle s’approcha de son frère qui se grattait la tête, pensif. Elle
lui avoua :
-
Haha ! Onii-san,
tu intimides Shu. Il était tout rouge.
Gaku
lança un rapide regard dans la direction où l’adolescent était parti. Il secoua
la tête. Il en avait assez des adolescents. Maintenant, il devait se trouver un
adulte de son âge, enfin si ça existait toujours évidemment.
- Qu’est-ce que tu as fait, aujourd’hui,
onii-san ?
- Rien du tout ! Mais, bon, il va falloir
que je me trouve une occupation parce que je vais finir par m’encrouter sinon.
- Pourquoi ne m’aiderais-tu pas à faire mes
devoirs ? Je suis sûr que Mairu en sera verte de jalousie.
- Méchante fille ! S’exclama-t-il amusé.
- Moi méchante, non, juste un peu ! Allez
dépêche-toi !
Gaku
leva les yeux au ciel. Il eut une petite pensée pour un certain chat sauvage.
Il se demandait s’il allait bien et s’il lui manquait un petit peu, juste un
petit peu. Il se secoua un bon coup et rejoignit sa jeune sœur qui l’appelait à
grand cri.
Bienvenue, Grand frère : 04
Chapitre 4
Depuis
combien de temps se trouvait-il chez lui, auprès de sa mère et de ses
sœurs ? Les jours passaient tellement à une rapidité qu’il ne les avait
pas vu passer. En réfléchissant un peu, cela faisait bien un mois et quelques
semaines. En tout cas, la Saint-Valentin était passée et Gaku s’était enfermé
dans sa chambre ce jour-là.
Auparavant,
ce jour-là, il le passait avec Sawako. Son chat sauvage n’aimait pas cette
date, c’était celle de sa naissance. Ce jour-là, le garçon devenait infernal,
intenable. Il fallait s’occuper à lui faire oublier. Gaku ne s’en plaignait
jamais. Pourquoi l’aurait-il fait d’ailleurs ? Il pouvait ainsi dévorer
son chat sauvage à loisir sans oublier d’éviter de l’embrasser. Malheureusement
pour lui, il avait toujours tendance à oublier. Il en avait reçu des coups.
Ce
jour le rendait nostalgique et souffrait un peu plus la séparation avec Sawako.
Avec son caractère, Gaku était certain que le garçon lui trouverait vite un
remplaçant, surtout s’il était avec ses amis français. Il s’en souvenait quand
ils étaient venus au Japon. Sawako n’était pas venu une seule fois le voir,
mais il avait eu la chance de l’apercevoir au loin avec eux. Il avait vu son
regard et sa joie d’être avec eux. À ce moment-là, il avait bien compris qu’il
n’aurait aucune chance d’être l’heureux élu de Sawako.
Le
jeune homme se laissa tomber sur son lit. Il fixa le plafond blanc. Il devait
bien reconnaitre d’être assez mal à l’aise dans cette chambre. Il aimait être
avec sa famille, mais il se sentait trop étouffer dans cette pièce. Elle lui
rappelait peut-être trop de mauvais souvenirs. Peut-être devrait-il se trouver
un appartement ou un studio ? Mais, cela attristerait sa mère et ses
sœurs. Il le savait bien. Il pouvait apercevoir le regard de sa mère sur lui. Il
remarquait bien ses soupirs de soulagement quand il rentrait. Elle avait peur
qu’il décide de s’en aller à nouveau. Il ne savait pas quoi faire. Il
s’ennuyait également.
Il
avait bien cherché du travail, mais les seuls endroits où il avait pu trouver
ne le satisfaisaient pas. À Tokyo, il avait pu travailler dans un bar, le soir.
C’était assez cool, mais il voulait changer. Il ne voulait plus être confiné
dans une salle pleine de senteurs d’alcool. L’autre raison était surtout que
les seuls bars valables dans le coin se trouvaient dans la ville voisine. Il
aurait au moins une bonne heure de route à faire à chaque trajet. Pour le
moment, il avait trouvé un job à mi-temps dans un magasin alimentaire. Il
détestait ça, mais il devrait s’en contenter pour le moment.
Il
fourragea ses cheveux. Il en avait assez de ressasser toujours la même chose.
Il souffla et se redressa pour appuyer son dos contre le dossier du lit. Il
entendit une porte claquée et la voix de ses deux sœurs. Megumi et Mairu
venaient de rentrer du collège. En avril, Megumi entrerait au lycée. D’ailleurs,
il devrait penser à lui acheter un cadeau d’anniversaire. Elle aurait seize ans
le mois de mars.
Par la
porte, il vit les deux jeunes filles passées en coup de vent tout en le saluant
au passage. C’était de vraies tornades. Une ombre apparut quelques minutes plus
tard. Gaku reconnut le meilleur ami de Megumi. Il se troubla à nouveau. Shuei
le salua de la tête, les joues un peu rouges comme chaque fois. Pourtant quand
il parla, il avait une voix sereine et normale.
- Konnichi wa, Ga-san !
Le
garçon avait repris le surnom qu’il lui donnait enfant. Cela ne dérangeait pas
du tout Gaku. Shuei s’appuya contre le chambranle de la porte et croisa les
bras.
- Je t’ai vu au magasin en début d’après-midi,
Ga-san. Tu avais l’air de t’ennuyer à mourir.
Gaku
se redressa et s’installa normalement sur le lit. Il jeta un regard noir au
garçon qui souriait, légèrement moqueur.
- Shuei, tu es un sale gosse.
- J’en suis fort désolé. Je suis peut-être né
ainsi.
- Comment Megumi fait-elle pour te supporter tous
les jours ?
- Haha ! Tu devrais le lui demander. Tiens,
j’ai pensé que cela t’intéresserait mieux.
Shuei
s’approcha du frère de sa meilleure amie et lui tendit un papier. Gaku le prit
et y lut un numéro de téléphone et un nom. Il jeta un coup d’oeil surpris au
garçon.
- Le père d’un ami recherche du personnel pour un
chantier à la sortie de la ville. J’ai pensé que tu aimerais mieux être en plein
air qu’être enfermé en quatre murs.
Shuei
rougit et se gratta le crâne. Il recula pour reprendre sa place à la porte. Il
était mal à l’aise. Gaku déposa le papier sur la table de chevet.
- Merci, Shuei. C’est sympa de ta part.
- Euh !… De rien.
Pour
reprendre contenance, le garçon s’exclama :
- Tu avais vraiment des goûts pourris plus jeunes.
- Sympa ! Désolé si mes goûts ne te
reviennent pas, insolent.
Shuei
se mit à rire devant la bouderie de son ainé. Le garçon s’exclama à
nouveau :
- Megumi m’a dit que tu ne te sentais pas bien
dans cette pièce, alors pourquoi ne changes-tu pas ? Je veux dire, cette
maison a le mérite d’avoir un grenier avec une entrée à l’extérieure.
Gaku
ouvrit les yeux en grand. Il n’y avait pas songé du tout. Il devrait aller y
jeter un œil pour voir les travaux à faire. C’est sûr qu’il s’y sentirait
beaucoup mieux et aurait un endroit calme quand il voudrait être seul.
- Décidément, tu peux être un génie quand tu
veux.
- Ce n’est pas quand je veux, je suis un génie,
c’est tout.
- Shuei ! Au lieu de dire des âneries plus
grosses que ta tête, si tu venais bosser pour changer ! S’écria Megumi, en
sortant sa tête hors de sa chambre.
- Comment ça pour changer ? Tu vas voir
comment je m’appelle, Meggy ! Ce n’est pas moi qui ai eu un huit sur vingt
en anglais.
Gaku
regarda le garçon rejoindre sa sœur tout en la massacrant de ses pires défauts.
Ils s’entendaient à merveille ces deux-là ! Il s’étira et descendit. Il
rejoignit sa mère dans la cuisine. Elle le salua avec un large sourire de
bienvenue.
- Où sont Lymle et Kotoro ? Demanda-t-il.
- Mmh ! Kotoro ne va surement plus tarder à
rentrer de son travail. Quant à Lymle, c’est son tour de s’occuper du
restaurant.
- Pourquoi ne sont-elles pas allées à
l’université ?
Inoue
se tendit un peu. Puis, elle servit deux tasses de café. Elle tendit une tasse
à son fils et s’installa à table face à lui. Elle se perdit dans ses pensées.
- Lymle ne voulait pas me laisser gérer toute
seule le restaurant. J’ai tenté de la raisonner, mais rien à faire. Elle
voulait gagner au plus vite de l’argent pour continuer les recherches.
Gaku
stoppa net sa tasse à quelques centimètres de sa bouche. Il la reposa aussitôt
quand elle se mit à trembler.
- Tu veux dire que c’est à cause de moi qu’elle
n’y est pas allée ?
- Non, ne le pense surtout pas, Gaku. Tu es juste
une excuse. Ma fille n’a jamais aimé les études et c’est la seule vérité.
D’accord ?
La
croyant juste un peu, le jeune homme hocha la tête.
- Et Kotoro ?
- Elle avait commencé, mais elle ne s’y sentait
pas à l’aise. Elle n’aime pas trop être entourée par le monde. Elle préfère
l’univers des fleurs.
- Oui, je m’en suis aperçu. Tu as un magnifique
jardin fleuri grâce à ses bons soins.
Des
pas retentirent et Shuei fit son apparition. Il portait son sac à dos.
- Tu t’en vas déjà, Shuei ?
- Oui, merci pour le goûter. À bientôt Ga-san,
Inoue-san.
Le
garçon s’approchait de la porte quand Inoue demanda :
- Est-ce que tout va bien chez toi, Shuei ?
Le
garçon resta silencieux un moment, puis il se retourna et adressa un sourire à
la mère de son amie. Gaku le trouvait faux.
- Oui, bien sûr. Ne vous inquiétez pas,
Inoue-san ! Ne vous ai-je pas promis de vous le dire si quelque chose
n’allait pas ?
- Oui, c’est vrai. Je suis désolée de t’avoir
posé la question.
- Ja ! Dit-il, avec un geste de la main.
Gaku
regarda sa mère un long moment. Elle regardait la porte où venait de partir le
garçon. Elle avait le front plissé, d’inquiétude.
- Quelque chose ne va pas avec les Morita ?
Inoue
tourna la tasse entre ses mains. Elle soupira :
- Kahori est trop possessif avec son fils. Elle
l’étouffe et le traite encore comme un enfant, alors qu’il va bientôt avoir
seize ans. Elle ne se rend pas compte, à quel point elle lui fait du mal. Elle
n’arrête pas de le comparer à Ayato. Mais, Shuei ne dit rien, ne montre rien.
- Et son père ?
- Emori-san ? Je crois qu’il se fiche
éperdument de son fils. Il a tendance à dire qu’il n’a plus de fils. Pour lui,
Shuei n’est pas le sien.
- Est-ce qu’il est violent avec lui ?
Inoue
serra la tasse à s’en faire mal. Gaku posa tendrement sa main sur celle de sa
mère. Elle lui adressa un petit sourire.
- Je ne sais pas et Megumi non plus. Parfois, je
la questionne à lui en donner mal à la tête. Elle m’a promis que si c’était le
cas et qu’elle le savait, elle agirait en conséquence, même si cela devait lui
faire perdre l’amitié de Shuei.
- Ma petite sœur est un Ange.
- Oui, elle sait à quel point je me suis attaché
à ce garçon.
- Tu étais proche d’Ayato aussi. Il t’aimait
bien.
- Oui, c’était un adorable gamin. Mais, je n’ai
pas pu le sauver pour autant.
Gaku
se leva et s’agenouilla près de sa mère. Il la prit dans ses bras. Elle se
laissa bercer. Elle était trop heureuse de sentir à nouveau la chaleur de son
fils.
- Tu resteras toujours avec nous, n’est-ce pas,
Gaku ? Tu ne retourneras plus là-bas, hein ?
Le
jeune homme embrassa le front de sa mère, avec tendresse.
- Je suis désolé de t’avoir fait souffrir toutes
ses années, Okaa-san.
Elle
lui caressa la joue.
- Ce n’est rien. La seule chose qui importe est
que tu vas bien. C’est tout ce qui compte à mes yeux. Je veux juste voir mes
enfants être bien dans leur corps et être heureux.
Quelques
minutes plus tard, Gaku se trouvait sur la route pour se rendre au restaurant,
« Le Goéland ». Il avait décidé d’aller rendre visite à sa sœur dans
son travail. Le restaurant se trouvait à vingt minutes à moto de la maison. Quand
il y entra, il aperçut le monde. Lymle prenait les commandes. Quand elle le
vit, son visage se transforma en joie.
Gaku
eut tout à coup très peur. Ce visage n’était pas bon signe. Et il eut raison.
Elle l’attrapa et le fit entrer dans les vestiaires. Elle fouilla dans les
casiers à la recherche d’un uniforme de serveur. Quand elle trouva enfin, elle
se tourna vers lui avec toujours affiché sur son visage le sourire diabolique.
- Un de mes serveurs est tombé malade. Je suis en
plein boom et je ne sais plus où donnait de la tête. Veux-tu bien me donner un
petit coup de main, Onii san ?
Fataliste,
le jeune homme accéda à sa demande. Par contre, il la jeta dehors. Hors de
question qu’elle s’amuse à le regarder se changer, cette friponne ! Il
enfila le pantalon noir et la chemise blanche. Heureusement, il avait enfilé
des baskets noirs. Il aurait moins mal aux pieds qu’avec ses santiags. Quand il
sortit, sa sœur siffla.
Rien
qu’un changement de vêtement et son frère était sublime. Gaku renifla de
dégout. Il préférait mille fois ses jeans et ses tee-shirts. Mais bon, pour sa
sœur, il ferait un effort pour ce soir. Pour son compliment, elle eut droit à
une bise de sa part, rendant par la même occasion les autres serveuses jalouses.
Gaku se félicita d’avoir quelques notions de service. Dans la prochaine lettre
qu’il enverrait à son ami Tooru, il devrait le remercier pour son enseignement.
Tooru, le pauvre ! Cela faisait un moment où il n’avait pas songé à son
malheureux ami. Il s’en voulait un peu. C’était grâce à lui s’il avait pu s’en
sortir. Maintenant, Tooru se trouvait en prison pour une chose qu’il n’avait
pas commise.
Voilà
ce qui arrivait quand vous vous retrouvez au mauvais endroit au mauvais moment.
La police n’avait pas cherché et l’avait embarqué avec les autres. Il avait été
accusé à tort de coup et blessures apportant la mort. Il avait plaidé son
innocence, personne ne réagissait. Mais, l’enquête venait d’être rouverte grâce
à l’intervention de Sawako. Il avait demandé à son grand-père s’il pouvait
intervenir. Peut-être ainsi cela fonctionnerait-il ?
Gaku
ne vit pas le temps passer. Le restaurant de sa mère marchait vraiment très
bien. La nourriture était excellente également. Il arrivait presque à la fin du
service quand il le vit pour la première fois. L’homme en question était typé
eurasien et devait avoir la trentaine. Il avait dans son apparence des origines
japonaises et une origine européenne. Gaku ne savait pas pourquoi il
l’attirait, mais ce n’était pas la même attirance qu’il avait ressentie pour
Sawako ou même pour Shuei. Il n’arrivait pas à savoir à quoi elle était due.
Elle avait un goût d’interdit et cela lui plaisait.
Il eut
bien du mal à parler à l’homme. Celui-ci le regardait droit dans les yeux, des
yeux bleus ciel. L’homme lui adressa un sourire et demanda :
- Alors, c’est vous le frère ainé de Lymle ?
Gaku
en fut fort surpris. L’homme continua :
- Je viens souvent dîner dans ce restaurant après
le travail. J’ai fini par discuter avec la patronne et sa fille. J’ai appris
depuis peu que vous étiez revenu. Vous avez fait des heureuses.
Gaku
rougit comme un adolescent. Il était stupide. Il avait toujours été gauche avec
les gens qu’il lui plaisait. L’homme lui tendit la main. Gaku la regarda un peu
halluciner, mais la prit dans la sienne. Il avait le cœur qui battait la
chamade. Sawako lui disait qu’il choisissait très mal ses partenaires.
Peut-être que son ancien amour avait raison, mais ce n’était pas grave
finalement. L’important était le présent et la vie était bien trop courte pour
se priver de belle chose.
- Je m’appelle Terrence Langlet.
- Gaku Inamura
Bienvenue, Grand frère : 05
Chapitre 5
La moto
roula sur la route pratiquement déserte pour une fois. Elle filait à une allure
très peu recommander, mais le pilote semblait ne pas se soucier le moins du
monde le risque d’être arrêté par la police. Il se mit à ralentir seulement
quand il arriva aux alentours de la sortie de la ville. Il pouvait apercevoir
le chantier à quelques minutes.
Il
s’arrêta et enleva son casque. Il observa les alentours. La seule chose qu’il
pouvait voir pour l’instant était les bulldozers et les cabanes qui servaient
de salle de repos et de bureau, ainsi que les bois entourant tout le site. Il
sortit de la poche de sa veste le bout de papier où se trouvait l’adresse. Il
se trouvait au bon endroit. Il soupira et fourragea ses cheveux.
Il se
perdit dans ses pensées. Depuis quelques jours, il était troublé, surtout
depuis sa rencontre avec Terrence Langlet. L’homme lui avait fait beaucoup
d’effet, mais il n’y avait pas que lui. Il se sentait attiré également par
Shuei. Il s’en était rendu compte en accompagnant sa sœur Megumi à son club de
danse. Il était resté à l’arrière dans l’ombre pour ne pas gêner et il n’avait
pas pu empêcher son regard de rester fixer sur le jeune corps de l’ami de sa
sœur. Et puis, ensuite, il avait aperçu le torse nu de Shuei dans les
vestiaires.
Il en
avait été très troublé. Mais, il se refusait à céder. Shuei avait quinze ans à
peine. Pour lui, ce n’était encore qu’un gosse. Il devrait faire attention que
le garçon ne s’entiche pas de lui non plus. Enfin, il verrait bien à ce
moment-là, n’est-ce pas ? Si cela continuait, il risquait fort de se
compliquer encore une fois la vie. Il soupira en se secouant un bon coup. Il
descendit et se rendit sur le site.
Il
crut un instant être tout seul, mais il aperçut du mouvement dans une des
cabanes. Il s’en approcha et frappa à la porte. Une voix grave à fort accent
l’invita à entrer. Gaku inspira un bon coup et pénétra dans la pièce. Un homme
corpulent était installé derrière un bureau métallique couvert de paperasses.
- Salut à toi, jeune homme. Tu peux t’asseoir, je
ne vais te manger, tu sais ? S’exclama, alors, l’homme en riant.
Gaku
faillit rougir comme un gamin. Il se laissa tomber sur un siège en bois.
L’homme, au crâne dégarni, retira ses lunettes et se frotta les yeux un
instant. Il se mit à observait le jeune face à lui. Il le voyait mal à l’aise
et surtout inquiet. L’homme se présenta :
- Je suis Aymeric Dupontel, le grand patron. J’ai
cru comprendre que tu cherchais du travail.
Le
jeune homme hocha la tête, silencieux.
- As-tu déjà travaillé sur un chantier ?
- Oui, j’en ai fait quelques-uns sur Tokyo, mais
je ne peux pas vous donner de preuve.
Aymeric
tritura son stylo angoissant un peu plus Gaku.
- Du travail au black ? Mmmh ! Tu ne
devais pas être majeur à l’époque, je me trompe ?
- Euh ! Non, vous avez raison.
- Bien, ne t’inquiète pas. Je ne veux pas dans
mon chantier des jeunes sortis de l’université. Je les trouve bien trop
coincés. Je veux des gens avec leur potentiel pur, mais en qui je peux faire
confiance. Tu vas faire un essai de quelques jours, je vais vite me faire une
idée. Si tout va bien, tu signeras un contrat pour la durée de ton travail et
si par chance, je te trouve doué, je te prendrais pour tous mes futurs
chantiers. Ça te convient ?
- Si ça me convient ? Bien sûr que cela me
conviens, je serais assez fou de refuser, Dupontel-san.
L’homme
grimaça et s’exclama alors :
- Alors déjà, tu vas arrêter avec Dupontel. OK ? C’est Aymeric tout court, compris ?
- Euh… Comme vous le voudrez, Aymeric.
L’homme
se leva et serra la main de Gaku. Il le libéra ensuite, en lui précisant de
venir sur le chantier dès lundi à huit heures précises. Le jeune homme sortit
et retourna auprès de sa moto. Il laissa échapper un « Yes » de
contentement. Il avait toujours apprécié de travailler sur les chantiers.
C’était bien plus motivant. Quelques minutes plus tard, il reprit la route. Il
devrait peut-être remercier Shuei. Ah ! Qu’est-ce qu’il racontait encore
celui-là ! Il n’avait pas pensé prendre ses distances avec le gamin. Mais
quel idiot, il pouvait être des fois !
À un
carrefour, il se rendit compte qu’il venait de se tromper de route. Et bien
voilà, maintenant, il n’était même plus capable de rentrer chez lui sans se
perdre. Il était vraiment un cas. En arrivant près d’un pont, il reconnut
l’endroit. Alors, il ralentit et s’arrêta sur ce pont. Il jeta un coup d’œil
par-dessus. Il vit le ruisseau où il s’y rendait enfant avec Ayato. Pourquoi
son jeune ami avait-il décidé de se suicider justement à cet endroit ? Il
avait sauté du pont et s’était écrasé contre les pierres entourant le ruisseau.
Un mouvement près de l’eau le fit se pencher un peu plus. Un jeune garçon s’y
trouvait jetant des cailloux. Les cheveux gris pâle étaient reconnaissables.
Que faisait Shuei sur ce lieu de drame ? Il avait le corps recroquevillé
sur lui-même, le regard perdu.
Gaku
se demandait ce qu’il devrait faire. Devait-il aller le voir ? Lui
parler ? Il en était là dans ses pensées quand une main se posa sur son
épaule le faisant sursauter comme un malade. Il se retourna et se retrouva
devant l’autre homme de ses pensées. Il en fut assez surpris et en même temps
ravi. Gaku repéra pourtant l’enfant qui accompagnait l’homme. Il n’en était pas
vraiment étonné. Sa sœur Lymle lui avait parlé de Terrence après le service. Il
apprit ainsi qu’il était veuf depuis cinq ans. Sa femme serait morte en couche
le laissant seul élevée sa fille. Gaku l’observa rapidement. La petite fille
était rousse et la peau bien blanche. Une jolie poupée, pensa Gaku. Elle était
bien plus anglaise que son père dont les yeux bleus étaient bridés pour montrer
son ascendance japonaise.
- Bonjour Gaku. Quelle coïncidence !
Qu’est-ce qui vous amène dans le coin ?
- Ah ! Euh... Je me suis trompé de chemin.
Ma mère me disait souvent que je n’avais aucun sens de l’orientation, je crois
bien qu’elle avait raison.
L’homme
sourit amusé. La petite fille fixait Gaku. Elle finit par demander.
- C’est un ami à toi, papa ?
- Oui, il s’appelle Gaku. Gaku voici ma fille
Kimi.
Le
jeune homme s’agenouilla devant la jolie frimousse et serra la petite main.
- Enchanté de te connaitre, mademoiselle Kimi.
La
petite fille se mit à rire. Elle pencha la tête et s’écria :
- Je l’aime bien ton ami, papa.
- Ma fille vous a adopté. Vous en avez de la
chance.
Gaku
en fut tout content. Son regard s’égara de nouveau vers le ruisseau. Il croisa
le regard de Shuei. Son cœur faillit faire un arrêt cardiaque. Décidément, il
était vraiment un cas désespéré. Le garçon eut un léger sourire triste avant de
se détourner et de partir dans le sens opposé à la sienne. Gaku fronça les
sourcils. Il avait dû louper un épisode.
- Avez-vous un problème, Gaku ?
Le
jeune homme se sentit pris en faute. Mais, il secoua la tête. Il se tourna de
nouveau vers l’anglais et sa fille.
- Elle est à vous la moto ? Demanda la
petite fille.
- Oui, j’ai économisé longtemps pour pouvoir me
l’offrir. Aimez-vous les motos, Terrence ?
- Ce sont de beaux engins. Mais, je ne sais
absolument pas en faire.
- Vous ne savez pas ce que vous perdez.
Terrence
se mit à rire. Il finit par dire.
- Voulez-vous nous accompagner ? Ma fille
meurt d’envie de manger une glace alors qu’il fait froid.
Gaku
accepta avec plaisir. Il n’allait quand même pas refuser, n’est-ce pas ?
Il serait fort stupide. La petite fille sauta de joie et demanda à son nouvel
ami si elle pouvait monter sur sa moto. Avec l’autorisation de son père, Gaku
la fit monter. Pendant qu’il poussait son engin tout en discutant avec Kimi.
Terrence posa son regard à son tour vers le ruisseau et en longeant aperçut à
nouveau le garçon aux cheveux gris.
Il le
connaissait bien. Ce garçon habitait à deux maisons plus loin de chez lui. Il
croisa les yeux vairons. Même de loin, il pouvait lire l’animosité dans ce
regard. Il eut un étrange sourire. Depuis la première fois où il l’avait
rencontré un matin, ce garçon le regardait toujours avec une certaine
animosité. Il ne savait pas d’où elle venait, mais elle l’amusait. Mais, cette
animosité était assez réciproque. Shuei Morita le mettait mal à l’aise. Il le
jugeait par un simple regard. Et Terrence avait toujours eu horreur d’être jugé
pour ses actes.
L’homme
retourna son regard vers sa fille et son nouvel ami. Son sourire s’agrandit. Sa
venue tombait à pique. Il commençait à s’ennuyer. Il allait bien s’amuser à
nouveau. Il jeta à nouveau son regard vers le ruisseau, mais le garçon avait disparu.
Il haussa les épaules. Il ne le craignait absolument pas. Pourquoi aurait-il peur
d’un gosse de quinze ans ? Il se secoua et rejoignit les deux autres.
- Vous avez l’air de bien vous amuser tous les deux.
- Votre fille est très amusante, Terrence.
- Oui, une vraie boute en train. Je ne risque pas
de m’ennuyer.
- Haha ! Vous avez de la chance, vous en avez
qu’une, moi il y en a deux à la maison. Megumi et Mairu faut savoir les tenir. Elles
m’épuisent souvent.
- Certes, mais vous les aimez bien vos petites sœurs,
je me trompe ?
Gaku eut
un sourire attendrissant. C’est vrai qu’il les aimait bien ces demoiselles. Il avait
eu raison de revenir. Il devrait l’annoncer à Sawako quand il lui écrirait.
Bienvenue, Grand frère : 06
Chapitre 6
Plus
d’un mois plus tard, Gaku passa ses samedis et ses dimanches dans le grenier de
la maison. Avec l’aide de ses sœurs, il l’avait vidé complètement. Grâce à son
nouveau travail dont il avait réussi le test sans aucun problème, il avait pu
facilement trouver tout le matériel pour l’isolation, pour l’électricité et
tout le reste à moitié prix.
Entre
temps, il avait reçu deux lettres. L’une venait de Sawako. Apparemment, comme
il l’avait deviné, son chat sauvage avait trouvé quelqu’un. Il en était plutôt
content pour lui. Après tout, même lui, son cœur battait pour deux personnes.
Il voyait assez régulièrement Terrence et sa fille, quant à Shuei, presque chaque
jour, car il venait souvent à la maison avec Megumi. Gaku ne savait comment
gérer avec eux deux, mais Shuei semblait l’avoir fait pour lui. Le garçon ne
faisait rien, ne faisait aucune allusion. Il lui parlait normalement. Ce simple
fait perturbait beaucoup Gaku. Il n’arrivait pas à vraiment cerner le garçon et
ça l’énervait assez.
Par
contre, il avait vite remarqué l’animosité entre Terrence et Shuei. Il se
demandait bien la raison, mais aucun d’eux ne semblait vouloir le dire. Cela
n’empêchait pas le garçon d’être correct et poli avec l’homme. Alors, Gaku
pensa qu’il avait dû rêver. Shuei ne s’intéressait pas à lui comme il l’avait
cru. Pourtant parfois, il sentait son regard sur lui, un regard chaud, très
brûlant.
La
deuxième lettre était celle qu’il avait envoyée à Tooru avec un simple reçu
affirmant que le jeune homme n’était plus interné depuis quelques semaines.
Est-ce que cela voulait dire que Tooru était libre enfin ? Mais, où se
trouvait-il alors ? Est-ce qu’un jour, il le reverrait ? Il s’inquiétait
pour lui comme celui-ci s’était inquiété pour lui. Gaku, après s’être enfui,
avait longé l’autoroute à pied. Il se cachait quand il apercevait la police,
puis reprenait sa route. Parfois, un automobiliste le prenait au passage. Le
plus souvent, il n’y avait aucune arrière-pensée, mais certains voulaient autre
chose. À l’époque, Gaku se fichait royalement de lui-même et leur donnait ce
qu’il voulait.
Quand
enfin, il était arrivé dans Tokyo, il avait longtemps erré sans but précis. Il
ne savait même pas pourquoi il avait voulu aller dans cette ville. Il s’était
mis à voler pour se nourrir, s’était quelquefois vendu aussi sans aucune
émotion. Et puis, un jour, Tooru s’était retrouvé devant lui. Il était
accompagné par un enfant de trois ans à peine. Tooru avait le même âge que lui.
Il lui avait ordonné de le suivre. Gaku l’avait suivi en silence. Ce jour-là,
Tooru lui avait donné un toit et de la nourriture. Il lui avait dit qu’il
pouvait rester ici s’il voulait à la seule condition qu’il ne se vende plus.
Gaku
se souvient également que son ami lui avait mis les points sur « I »
aussitôt. Il lui avait balancé à la figure de ne pas tomber amoureux de lui,
car il n’était pas intéressé par les mecs. Il apprit également que l’enfant
était celui de Tooru. Il lui avoua que la mère du petit était partie en le
laissant seul avec le petit. À dix-neuf ans à peine, Tooru se chargeait
d’élever son fils seul. Il travaillait dans un bar comme barman. Il y fit
engager son ami ensuite.
Combien
de temps vécut-il avec Tooru en colocation ? Si c’est souvenir était
juste, il y vécut deux ans avant de pouvoir s’offrir ce hangar dont il s’était
amusé à transformer en loft. Tooru venait souvent squatter jusqu’à que Gaku
commence à fréquenter Kaoku. Les deux hommes se détestaient cordialement.
Ensuite, le drame avait eu lieu. Le jeune fils de Tooru mourut dans un accident
de la route. Gaku avait soutenu son ami dans sa douleur. C’est aussi dans cette
période que Gaku rencontra Sawako. Sa vie prit un autre tournant avec ses deux
amis.
Puis, un jour dans le
bar, une rixe avait eu lieu. Un homme avait été tué et tous les protagonistes
furent accusés pour coup entrainant la mort. Tooru était parmi les suspects,
alors qu’il n’avait jamais touché la victime. Au contraire, il avait tenté
d’arrêter toute cette violence. Personne n’avait voulu l’entendre sauf Gaku et
Sawako. Le chat sauvage avait avalé sa fierté pour demander de l’aide à son grand-père.
Celui-ci avait promis de faire son nécessaire. Peut-être avait-il réussi ?
Si c’était le cas, Gaku le bénirait à tout jamais. Son ami avait déjà trop
souffert en perdant son fils.
Gaku en était là dans ses
pensées quand il entendit du bruit derrière lui. Il y aperçut sa sœur cadette
en compagnie d’un grand jeune homme. Gaku fronça les sourcils. Qui était ce
garçon déjà ? L’illumination se fit enfin. C’était un des jeunes du
club de danse. Par contre, son nom lui échappait. Il fut un peu désappointé de
ne pas voir Shuei avec eux.
- Coucou, onii san ! Je me suis dit que tu
aurais besoin d’aide.
- Toute main-d’œuvre serait la bienvenue en
effet, répondit-il en souriant devant son enthousiasme.
- Haha ! Je me le disais bien, c’est pour
cela que je t’ai amené Seito à la rescousse. Shuei, le traitre, a pris la
poudre d’escampette. Il a dit qu’il était hors de question qu’il s’épuise à
faire des travaux.
- Mmmh ! Ce n’est pas grave. Seito fera très
bien l’affaire avec toi, ma jolie.
Megumi
regarda autour d’elle. La pièce était très grande étant donné qu’elle faisait
toute la maison. Son frère avait même créé deux pièces supplémentaires, une
salle d’eau et une chambre. Le reste de la pièce servait de salon et de
cuisine. Il n’y avait pas à dire, son frère était très doué. En peu de temps et
de son temps libre, il avait transformé le grenier en petit appartement.
Maintenant, il n’y avait plus qu’à placer les meubles.
Pendant
plus d’une heure, la jeune fille et son ami aidèrent son frère à tout ranger et
installer. Elle passa un très bon après-midi avec les deux hommes. Sa mère et
sa sœur Lymle devaient s’occuper du restaurant, Mairu se trouvait depuis le
début du weekend chez sa meilleure amie et Kotoro était parti voir une
exposition florale. Habituellement, elle était en compagnie de son meilleur ami
à discuter de tout et de rien, à flâner dans les rues avec lui. Mais, Shuei
était assez renfermé ces derniers temps. Elle n’aimait pas non plus le fait
qu’il aille trop souvent sur le pont où Ayato avait perdu la vie.
Il
l’énervait aussi. Il lui disait tout avant, mais là, il lui cachait quelque
chose, elle en était sûre. Elle était certaine que si elle partait à sa
recherche, elle le retrouverait soit près du ruisseau, soit au cimetière. Elle
lui avait déjà dit que cette manie était très morbide, mais il ne l’écoutait
pas. Il se fâchait même. Il avait décidé de s’occuper de la tombe de son frère
défunt parce que personne ne s’en occupait et il trouvait cela très triste.
Elle l’aimait bien, même beaucoup son ami d’enfance.
Alors, elle s’inquiétait
beaucoup pour lui. Elle le connaissait tellement, alors elle avait vite deviné
la fascination qu’il avait envers Gaku. Elle se demandait si son frère l’avait
remarqué. Elle ne le pensait pas vraiment. Son frère était tellement simple.
Elle rangeait les livres parlant de maçonneries, quand finalement, elle
demanda :
- J’aurais pensé que Terrence serait venu te
donner un coup de main. Vous êtes très proches, tous les deux.
Gaku
faillit rougir. C’était si flagrant qu’il appréciait bien cet homme ?
- Il est absent pour quelques jours, finit-il par
dire, d’une voix à peu près normale.
- Ah ! Et Kimi ?
Pour
reprendre contenance, Gaku s’occupa à ranger la vaisselle.
- Meg, tu es trop curieuse, s’exclama, alors son
ami.
- Mais euh ! Je demande juste.
- J’ai fini par m’habituer à sa curiosité, Seito
kun. Merci quand même ! Pour te répondre, Kimi est gardé par leur voisine.
L’homme
s’étira et sortit du lit. Il se sentait en pleine forme. Rien de plus qu’une
partie de jambes en l’air pour trouver la forme ! C’était tellement facile
de les faire tomber dans ses bras. Il regarda un instant le corps avachi entre
les draps. La femme dormait sur le dos et le soleil illuminait l’alliance à son
annulaire. Il eut un sourire. Les femmes mariées étaient les proies les plus
faciles. Apparemment, leurs maris n’arrivaient pas à les satisfaire
convenablement.
Il se
rhabilla. Il vérifia une dernière fois pour voir s’il n’oubliait rien et sortit
de la chambre. Il sortit de l’hôtel avec nonchalance. Dès qu’il fut dehors, il
boutonna sa veste. Certes, le printemps faisait son apparition, mais il faisait
encore un peu frais. Il s’arrêta et s’alluma une cigarette. Il ne regrettait
pas sa décision de venir pendant un temps au Japon. Il avait promis à son père
de rester deux ans seulement et de rentrer ensuite. Il voulait s’amuser. Il en
avait le droit quand même. Il ne pouvait le faire en Angleterre au risque de discréditer
sa famille.
Il
tenait à son héritage après tout. Pourquoi refuserait-il quelque chose qui lui
était dû ? Ce serait vraiment stupide de sa part. Il laissa échapper de la
fumée. Il devrait rentrer. Parfois, il se demandait pourquoi il s’était
encombré de sa fille, mais bon, elle lui tenait compagnie. Et puis, grâce à
elle, il était facile de s’approcher de cet homme. Il avait déjà eu des relations
avec des hommes dans sa jeunesse, mais il le cachait. Il ne fallait surtout pas
que son entourage le sache. Combien de temps mettrait-il a le faire tomber sous
son charme ? Il eut un étrange sourire. Il y arriverait facilement et le
ferait mijoter un bon moment.
À cet
instant, son regard se porta vers le tournant. Une certaine colère monta en
lui. Le faisait-il exprès ce garçon ? Pourquoi le trouvait-il souvent sur
sa route quand il faisait des escapades ? Il avait presque l’impression
que le garçon le suivait afin de le juger. Il avait quand même le droit de
faire ce qu’il voulait. Pourquoi s’acharnait-il contre lui ? Il allait lui
dire sa façon de parler. L’homme s’approcha. Le garçon ne bougea pas. Il le
fixait droit dans les yeux. L’homme haïssait ces yeux vairons au plus haut
point.
- Vas-tu me foutre la paix ? S’écria
l’homme, d’une voix grondante.
- Pourquoi ? Répondit calmement le garçon.
Auriez-vous peur que je crie sur les toits à quel point vous êtes
médiocres ? N’ayez crainte, je ne vais pas user ma salive pour vous.
- Tu me détestes pour quelle raison ?
- Réfléchissez un peu, enfin si vous le pouvez. Je
n’ai pas l’impression que vos parents vous ont donnée beaucoup d’intelligence, répliqua
le garçon, d’une voix calme et froide.
L’homme
enfonça ses poings dans les poches de sa veste. Il mourait d’envie de cogner ce
gosse insolent. Il respira un bon coup et s’écria :
- Je crois savoir. Tu es jaloux parce que cet homme
m’a choisi plutôt que toi. Pas vrai ?
Le garçon
porta une main à son visage et repoussa une de ses mèches grises. Il eut un sourire
mauvais et fixa à nouveau l’homme.
- Vous vous trompez. Vous pouvez jouer avec lui si
cela vous chante. Un jour, vous le regretterez.
- Pourquoi donc ?
Au lieu
de répondre, le garçon fit demi-tour. Il s’apprêtait à traverser. Il se retourna
avant.
- Vous verrez bien. Mais sachez qu’un jour, il sera
avec moi et vous n’aurez que vos larmes pour pleurer.
Du blablatages
Pour informations se qui est dit en dessous risquent de spoiler un peu l'histoire donc ceux qui ne veulent pas savoir ne lisent pas. ^^ Vous êtes prévenus.
Je sais bien que vous finiriez bien par le savoir aux fils des chapitres de Bienvenue Grand frère, mais juste par petite précision, l'histoire se déroule sur deux ans et demi à peu près. Quant à une certaine ressemblance de Shuei avec Carlin, c'est fait exprès. J'ai commencé avec Carlin, je finis avec un clone, enfin presqu'un clone. Car Carlin est unique et le restera à jamais. ^____^
Bienvenue, Grand frère : 07
Chapitre 7
Les
jours défilèrent à une allure hallucinante de l’avis de Gaku. Avec son travail
sur le chantier, la transformation du grenier en appartement, aider sa mère et
sa sœur au restaurant et surtout garder du temps libre afin de profiter de
Terrence et de sa fille, Gaku n’avait plus le temps de réfléchir et de voir les
jours passés.
Megumi
et Shuei étaient au lycée et avaient retrouvé la plupart de leurs amis du club
de danse. Il finit tout de même par s’apercevoir que sa jeune sœur sortait avec
le grand gaillard du nom de Seito. Étrange couple d’ailleurs ! Seito était
le genre de gars très calme, d’une patience d’ange. Il le fallait pour être
avec Megumi. Par contre, Shuei ne venait plus si souvent à la maison. Il se
demandait parfois s’il en était le motif ou sa sœur. Le garçon le chamboulait
toujours et dans un sens, il préférait ne pas être trop souvent en sa présence.
Il s’inquiétait pour lui également. Il se trouvait toujours en contradiction
avec Shuei alors qu’avec Terrence, c’était plus calme donc plus facile.
Bon,
certes, sa relation avec l’anglais n’avait pas vraiment avancé. Il remarquait
bien qu’il ne le laissait pas indifférent, mais en même temps, Terrence gardait
ses distances surtout en public ou même quand il était en présence de la
famille de Gaku et surtout quand il était avec Kimi. Le jeune homme avait
un peu de mal à comprendre cette attitude distante. Il n’avait pas peur d’être
ce qu’il était et ce que les gens pensaient de lui, il s’en fichait royalement.
Mais, il fit avec, il accepterait de prendre ce que cet homme lui donnerait
sans rien dire.
Mais
même si Terrence prenait de l’importance dans sa vie, Gaku savait que Shuei
restait présent dans son esprit. Ça l’énervait parce qu’il ne comprenait
pas pourquoi ! Ne pas voir l’adolescent pendant un long moment, et
aussitôt il commençait à s’inquiéter. Évidemment, il devait cacher cette
inquiétude à Terrence. L’homme et l’adolescent se détestaient toujours autant.
Il avait fini par demander la raison, une fois. Pour la première fois, Terrence
lui avait répliqué que ça ne le concernait pas, d’une voix plutôt coupante. Quant
à Shuei, il ne valait pas mieux. En gros, la réponse fut :
« - Sa tête ne me revient pas ! »
Il
avait une fois réussi à inviter Terrence et Kimi chez lui, enfin chez sa mère.
C’était un dimanche après midi, dans le courant du mois de juin. C’était un
temps magnifique et ils purent prendre le déjeuner dehors sous les senteurs des
jardins de sa sœur Kotoro. Tout avait bien commencé, mais dans le courant de l’après-midi,
Shuei et Seito étaient arrivés. Tout le monde avait senti la tension entre
Shuei et Terrence. C’est à ce moment-là également que Gaku apprit que Kotoro,
non plus, n’appréciait pas vraiment l’homme. Il en avait été choqué. Kotoro, la
douce, n’était pas du genre à dire du mal d’autrui. Elle ne le fit pas, mais
elle lui avoua juste que l’homme ne lui inspirait pas confiance.
Pourquoi ? Qu’elle
en était la raison ? Elle n’avait pas su lui expliquer, mais elle le
rassura en affirmant qu’elle ne cherchait pas à détruire leur relation. Si son
frère était bien avec cet homme alors elle l’accepterait. Qui d’autre dans sa
famille n’aimait pas Terrence ? Il en était triste, mais il songea
également que ce devait être normal. Tout le monde ne pouvait pas plaire à tout
le monde, n’est-ce pas ?
Après ce jour-là,
Terrence refusa ses autres invitations. Si Gaku désirait le voir, il devrait se
déplacer jusque chez lui. Il ne voulait pas se retrouver à nouveau face à ce
gamin insolent. Que devait-il faire ? Il ne pouvait quand même pas demander
à Shuei de ne plus venir chez eux. Sa mère lui en voudrait beaucoup s’il le
faisait. Pourquoi se tracassait ? Il avait toujours accepté les lubies de
Sawako, alors il ferait pareil avec eux. Voilà ce qu’il devait faire, il
arrêtait de se prendre la tête et être lui-même.
Il commençait à faire
très chaud dans la salle de classe. Le professeur autorisa l’ouverture des
fenêtres avant de reprendre son cours là où il s’était arrêté. Shuei fut
content d’être au fond de la salle. Le coude posé sur le bureau, il griffonnait
des notes sur son cahier. Il écoutait sans écouter vraiment. Bah ! Du
moment que ses notes ne baissaient pas trop, sa mère lui ficherait la paix.
Elle l’énervait de plus en plus.
La veille, elle lui avait
fait la morale sur le fait d’être trop différent des autres. Comme s’il pouvait
quelque chose d’être né avec les cheveux gris ? Elle lui suggéra de les
teindre pour son bien. Il avait bien évidemment refusé net. Hors de question de
faire subir à ses cheveux ce traitement ! Elle avait beau être sa mère,
elle n’avait pas à lui donner des ordres aussi stupides. Il avait des photos de
son frère défunt. Il savait bien que s’il teintait ses cheveux, il
ressemblerait beaucoup plus à Ayato sauf les yeux. Mais, il ne lui ferait pas
ce plaisir. Il était Shuei, pas Ayato.
La sonnerie du cours
retentit sans qu’il s’en aperçoive vraiment. Il le remarqua juste quand Megumi
vint à sa rencontre. Elle s’installa aussitôt à califourchon sur la chaise
voisine à la sienne. Elle l’observa en silence pendant un long moment avant de
demander.
- Est-ce que tout va bien, Shuei ?
- Pourquoi n’irais-je pas bien, Meggy ?
La
jeune fille prit une grande inspiration et avoua :
- À cause de mon frère.
Elle
le vit se crisper. Elle reprit rapidement.
- Ne me prend pas pour une idiote, veux-tu ?
Je sais très bien que tu en pinces pour lui.
- Et alors ? De toute façon, à ses yeux je
ne suis qu’un gamin. Il en a décidé ainsi alors j’accepterais ce fait.
- Tu ne vas rien tenter, je parie.
Pourquoi ?
Shuei
eut un geste agaçant. Il jeta un coup d’œil autour de lui. La salle de classe
était vide de tous ces occupants à part eux. Il soupira. Il ferma un instant
les yeux de fatigue.
- Parce qu’il n’a pas tort. Je suis encore un
gosse. Je ne peux pas me battre contre un adulte, enfin pas encore.
Megumi
souffla et posa sa tête contre ses bras sur le dossier. Elle murmura :
- Et si tu laissais tomber. Il doit bien avoir un
autre homme sur cette planète qui te conviendra beaucoup mieux.
Pour
toute réponse, Shuei se redressa violemment de sa chaise. Megumi en fut très
surpris. En croisant le regard de son ami, elle s’en voulut. Il semblait
vraiment souffrir de cette situation. Il lui cracha au visage, plutôt
sèchement.
- Parce que tu crois que c’est si facile de
tourner une page ? Crois-tu que je n’y ai pas songé ? Ça fait des
mois que cela me turlupine dans la tête sans arrêt. Je n’y arrive pas. J’ai ton
frère dans la peau et je n’arrive pas à l’enlever.
Sur
ces paroles, son ami quitta la pièce en bousculant violemment les chaises pour
passer. Megumi sentait les larmes couler sur ses joues. Elle n’avait jamais
pensé que son meilleur ami souffrait autant. Mais, le pire était qu’elle ne
pouvait rien pour lui. Seito la retrouva toujours recroqueviller sur elle-même.
Il s’approcha et s’agenouilla.
- Megumi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
- Je suis inutile, Seito. Je suis nulle comme
amie.
- Que racontes-tu comme bêtise ?
- Ce n’est pas des bêtises. Je ne peux pas
l’aider. Je ne sais pas comment faire.
Le
garçon lui caressa la joue pour essuyer les larmes et répondit
simplement :
- Si tu peux l’aider, Meggy. Sois présente quand
il a besoin de toi. Écoute-le quand il a besoin de parler. Ne le juge pas. Il
n’a besoin que de cela pour l’instant. Shuei doit se débrouiller tout seul.
Parfois, il n’y a pas d’autres solutions.
Shuei
rentra directement chez lui. Par malheur sa mère était déjà rentrée. Il
soupira, las. Il fonça dans sa chambre et jeta son sac sur le lit. Il retira
son uniforme et enfila rapidement un jean troué aux genoux, et un tee-shirt blanc.
Il redescendit aussitôt et évita de faire trop de bruit afin de ne pas attirer
l’attention de sa mère. Quand il ouvrit la porte, il se retrouva nez à nez avec
son père. Pour une fois, le père et le fils se fixèrent un long moment.
- Emori ? C’est toi ? Entendirent-ils
depuis le couloir.
Shuei
se tendit. Il ne voulait pas voir sa mère. Son père observa toujours en silence
son fils. Il bougea légèrement pour lui laisser la place pour passer. Le garçon
en fut surpris, mais n’attendit pas une seconde. Il s’éclipsa. Étrange !
Son père l’avait aidé, non ? Il devait se tromper. Il reprit la course.
Courir lui avait toujours fait du bien.
L’homme
se promenait tranquillement dans le quartier. Il n’habitait pas loin. Il avait
hérité d’un terrain constructible. Il avait acheté un mobil home et depuis un
mois, il vivait dans cette ville. La vie y était beaucoup plus calme que dans
la capitale. Il avait déjà un surnom. Ça le faisait marrer. Les vieux du
quartier l’appelaient le bon samaritain. Tout cela parce qu’il ramassait les
animaux abandonnés.
Enfin,
il devait reconnaitre qu’il devait l’être un peu. Il regarda à nouveau le
carton dans ses bras. Deux minuscules créatures y dormaient paisiblement. Il
sourit attendrie. Ils étaient trop mignons. Il arrivait à l’abord du pont quand
il le vit. Il s’arrêta net. Que devait-il faire ? Il regarda autour de
lui, mais personne n’était présent.
Shuei
arriva sur le pont. Il s’appuya un instant pour reprendre son souffle. Pourquoi
revenait-il toujours ici ? Ou au cimetière également ? Il ne savait
pas, mais il avait ainsi l’impression d’être avec son frère. Comme à son
habitude, il passa ses jambes au-dessus de la rembarre et s’y assis du côté du
vide. Il coinçait ses chevilles aux barres. Il se mit à observer le contrebas
avec fascination. Est-ce que son frère avait eu peur avant de sauter ?
Shuei
se pencha dangereusement vers le vide. C’était si facile de perdre la vie. Il
suffisait de se laisser tombée et boom, plus de Shuei. Qui le pleurerait ?
Il le savait. Megumi en serait très triste. Seito le serait également. Mais
lui ? Le serait-il ? Possible, Gaku Inamura était un homme simple,
bien trop simple et facile à berner. Il soupira et se redressa. Il entendit
alors le son d’un soulagement. Il en fut surpris. Habituellement, il ne voyait
personne dans les parages à cette heure-là.
Il
tourna son visage vers le son. Il y aperçut un homme plutôt grand, très maigre,
habillé d’un pantalon de cuir avec des bottes de motard, d’une chemise rouge
entrouverte sur le devant. Il portait une longue tignasse de rastas brun et
rouge. Shuei cligna des yeux. Apparemment, il n’était plus le seul
extra-terrestre du coin. L’homme prit la parole. Il avait une voix un peu cassée
par moment.
- Ouh lala ! Tu m’as fait une sacrée peur.
Je croyais que tu allais sauter.
Pour
toute réponse, le garçon fit le geste de se pencher à nouveau vers l’avant.
L’homme poussa un cri de surprise et d’effroi. Shuei émit un petit rire. Il
songea que cela faisait longtemps qu’il n’avait pas ri. Ça faisait du bien.
- S'il te plait, fais-moi plaisir de descendre.
Je serais plus rassuré.
Shuei
observa l’homme un long moment en silence, mais il finit par obéir. Aussitôt,
le nouvel arrivant se sentit beaucoup mieux. Il s’approcha avec son chargement
vers l’adolescent. Shuei dut lever la tête pour le regarder. Ce type était un
géant.
- Je ne vous ai jamais vu dans le coin.
- Normal, je suis nouveau. J’suis arrivé, il y a
un mois à peine. Tu viens souvent ici. Je crois t’avoir déjà aperçu, mais près
du ruisseau.
- Ouaip, j’aime cet endroit. Ici, je me calme.
- C’est étrange. Les vieux du quartier disent que
ce pont est maudit, car il y a eu un drame à cet endroit précis.
De
petits couinements les prirent par surprise. L’homme regarda dans le carton. L’une
des créatures s’était réveillée. Il sourit. Il craquait. Ils étaient vraiment
trop mignons. Voyant la stupeur dans le regard vairon de son interlocuteur, il
déposa le carton sur le sol. Shuei, assez curieux, regarda et trouva deux
adorables petits chiots, le dormeur était tout noir alors que son frère était
noir et beige.
Il se
baissa à son tour. Il hésita un instant. Mais le petit chiot réveillait, se mit
à japper. Shuei le trouvait trop adorable. Il le prit dans ses bras. Aussitôt,
l’animal se mit à lui lécher le visage. Il se mit à rire. L’homme sourit. Il
avait toujours pu constater que les animaux pouvaient faire des miracles.
- On dirait bien qu’il t’a adopté.
Shuei
adressa un sourire à l’homme. Il avoua :
- J’aurais aimé avoir un chien à la maison. Mais,
mon père est allergique.
- Ah ! Ce n’est pas de chance.
- Ils sont à vous ?
- Non, je les ai trouvés dans le caniveau. Je
vais les faire examiner par le vétérinaire et ensuite, je leur chercherais une
famille.
- Ah ! Laissa échapper le garçon, perdant
son sourire.
L’homme
se gratta la tête. Il soupira et s’exclama :
- Enfin, peut-être les garderai-je ces deux
morpions. Et si tu te présentais, jeune homme ?
- Shuei Morita, répondit le garçon, tout en
continuant à jouer avec le chiot.
- Enchanté de te connaitre, Shuei kun. Je
m’appelle Tooru Otani. Si tu veux voir le chiot, tu n’auras qu’à venir lui
rendre visite chez moi. J’habite juste à côté.
Shuei
reposa l’animal dans le carton. Il se releva, fronçant les sourcils. Tooru se
gratta à nouveau la tête, puis s’exclama aussitôt, comprenant enfin l’attitude
du garçon.
- Je n’ai aucun arrière pensé. Je t’assure. Je ne
suis pas branché mec. Mince, est-ce que tu reçois souvent ce genre d’invite ?
- Assez fréquemment, surtout par des automobilistes,
hommes ou femmes, d’ailleurs.
- Ok ! Je comprends ton hésitation, mais tu ne
crains absolument rien avec moi.
Shuei haussa
les épaules. Il s’exclama :
- Ne vous inquiétez pas. Vous ne m’intéressez pas
non plus. Personne ne m’intéresse sauf une, mais celle-ci a tellement d’œillères
devant les yeux qu’elle ne s’en aperçoit même pas.
- Mmh ! Intéressant ! Il faudra que tu me
racontes un de ces jours.


