Chapitre 18

 

 Vivre dans un appartement fit un drôle d’effet pour Shuei. La plupart du temps quand il revenait du lycée, il y avait toujours eu la présence de sa mère à la maison, maintenant, il dut s’habituer au vide. Son père travaillait souvent jusqu’à tard le soir. Le garçon regrettait aussi. Il regrettait d’avoir été aussi cruel envers sa mère. Il n’avait pas été très tendre avec elle. Il avait fini par l’appeler pour s’excuser.

 

 Kahori avait beaucoup pleuré. Elle lui demanda pardon pour le mal qu’elle avait pu commettre. Shuei ne savait pas s’il pouvait tout lui pardonner, mais il l’aimait beaucoup alors il ferait un effort et viendrait de temps en temps la voir. Ils évitèrent juste de parler de l’homosexualité de Shuei et d’Araki, pour le moment. Kahori avait bien réfléchi et surtout elle s’était confiée à sa meilleure amie. Elle avait pu ainsi se remettre en question. Shuei était son fils et quoi qu’il puisse faire ou être, il le sera toujours. Elle ne voulait pas le perdre. Elle ferait en sorte de ne plus le comparer à Ayato.

 

 Elle avait fait son tri également dans sa vie. La première chose qu’elle fit fut de rompre avec son amant habituel. Certes, quand Shuei lui avait balancé que Terrence fréquentait un homme, elle avait été choquée, mais elle rompait avec lui pour remettre de l’ordre dans sa vie et non pas, parce qu’il couchait avec un homme. Elle ne voyait pas pourquoi elle lui ferait une scène. Elle ne valait pas mieux que lui dans ce domaine. En tout cas, Terrence Langlet n’aimait pas du tout être largué. Lui non plus, il ne l’avait pas épargné sur les insultes. Mais contrairement à Shuei, les mots lui glissèrent sur elle sans effet.

 

 Il voulait la traiter de pute, et bien, si cela pouvait lui faire plaisir, il pouvait continuer. Ça ne la dérangeait pas outre mesure. Elle avait pris goût au sexe. Mais ce n’était pas très sain, elle s’en rendait compte. Ça avait détruit son mariage, avait failli perdre son deuxième fils. Elle avait pris rendez-vous avec un psychologue pour se faire soigner. Et puis, il y avait Shion. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris de céder à ce garçon lors de l’anniversaire de son fils. Mais, elle le regrettait amèrement maintenant.

 

 Elle n’était pas la seule responsable de la folie de Shion Morita. Depuis, tout petit Shion avait des crises d’angoisse. Il se faisait soigner tout en restant un enfant sans problème en apparence. Même ces propres parents ne se rendaient pas compte du danger que leur fils pouvait représenter pour les autres. Tout leur malheur, ils le rejetaient sur leur jeune fils Araki. Kahori avait pensé que sa folie passée serait oubliée n’ayant pas revu Shion depuis un peu plus de quatre ans. Mais, elle s’était trompée. Le garçon était revenu et la harcelait à nouveau. Depuis tout petit, il lui vouait une adoration sans borne. Kahori en avait peur et il savait comment la faire céder.

 

 À l’arrivée d’un week-end, Shuei prit une décision. Par Megumi, il apprit que Gaku ne rentrait pas encore. Son travail à Kyoto n’était toujours pas terminé et la personne qui devait prendre sa place après le délai d’un mois, ne pouvait venir. Alors, le jeune homme devait continuer. Dupontel avait reçu de bons résultants sur le travail de son jeune protégé. Il décida finalement de lui laisser le chantier jusqu’au bout. Gaku en était très content, mais en même temps, sa famille lui manquait.

 

 Depuis son arrivée à Kyoto, il n’avait pas réussi une seule fois à s’échapper un week-end pour rentrer et allait les voir. Il avait pu constater également que l’absence de Terrence ne le perturbait pas outre mesure. Il s’en étonnait un peu. Quelques mois plus tôt, ne pas voir Terrence toute une semaine lui faisait mal et il s’ennuyait de l’homme, mais à l’instant présent, il ne ressentait plus cet ennui. Pourquoi ? Parfois, la nuit, il revoyait en rêve le baiser donné par Shuei avant son départ. Son corps s’allumait en un feu ardant et il avait bien du mal à le calmer. Pourquoi ce garçon le perturbait-il ainsi même sans sa présence ?

 

 Heureusement que son travail lui permettait d’oublier ses incessantes interrogations. Il ne regrettait pas sa relation avec Terrence, mais peut-être était-elle en train de fondre ? Il n’y avait jamais eu de vraies passions entre eux, mais le jeune homme avait aimé être avec lui quand il le pouvait évidemment. Peut-être ce côté neuf lui avait plu ? Après tout, ces compagnons avaient toujours eu un côté soit très violent comme Kaoku, ou soit c’était une passion très dévastatrice comme avec Sawako. La raison d’avoir toujours rejeté Shuei était surtout parce que les sensations perçues étaient comme celle et même plus forte qu’il avait eue avec Sawako.

 

 Des sensations qu’il lui faisait peur, car quand elle rompait nette, elles faisaient très mal, vraiment très mal. C’était bien pire que tout ce que son père lui avait balancé en pleine figure. Il avait pensé qu’une relation plus calme lui irait, le changerait un peu, mais il devait bien s’avouer maintenant, il voulait retrouver la passion dans une relation. Il voulait pouvoir désirer une personne comme jamais, et surtout ressentir à nouveau ce pincement de jalousie qui jalonnait automatiquement ce genre de relation. Comme quoi, Sawako avait tort pour une fois. Il lui avait dit de choisir un autre genre, mais il n’y arrivait pas. Automatiquement, il revenait au genre « chat sauvage ». Il n’y pouvait rien, c’était dans sa nature d’être attiré par eux.

 

 Pour une fois, ce week-end, il aurait pu rentrer chez lui, mais contre toute attente, Gaku se rendrait dans l’après-midi du samedi à Tokyo. Dans le courant de la semaine, il avait reçu un appel venant de France. Il avait ainsi discuté un long moment avec Sawako. Le jeune homme lui annonçait sa venue prochaine au Japon pour le mariage de sa jeune tante Hanae. Sawako lui avait annoncé qu’il viendrait lui rendre visite avec Shin chez lui. Gaku refusa gentiment, puisqu’il n’était pas chez lui. Gaku préférait se rendre à Tokyo. Par contre, il se fit réprimander par ses sœurs. Elles avaient espéré le voir ce week-end et il les faisait passer en dernier. Il put entendre sa mère rouscailler après ses filles avant de lui dire qu’elle comprenait et elle lui souhaitait de passer un bon week-end avec ses amis.

 

 Ensuite, il appela Terrence pour lui annoncer son intention de se rendre à Tokyo. Il eut un long moment de silence au bout du fil. Gaku grimaça et finalement, Terrence lui déclara qu’il le rejoindrait à la capitale avec Kimi. Le jeune homme en fut extrêmement surpris. Devait-il s’en réjouir ou non ? Il ne savait plus du tout comment réagir face à cet homme qui était son amant depuis plus d’un an et demi. Il sursauta quand un des employés du chantier l’interpella. Ce n’était pas le moment de réfléchir, il y avait encore beaucoup de travail avant la fin de la journée.

 

 Vers sept heures du soir, il salua tous les gars qui travaillaient avec lui et leur souhaita un bon repos bien mérité. Certains d’entre eux l’invitèrent à venir boire un verre dans un des bars du coin. Gaku hésita un long moment, c’était assez tentant. Il le faisait bien les autres soirs. Ils discutaient de tout et de rien permettant ainsi de se détendre après une très longue journée de travail. Mais, il finit par refuser gentiment. Il rentra doucement dans l’appartement de fonction qu’il avait reçu en arrivant à Kyoto.

 

 L’avantage était qu’il ne se trouvait pas très loin du chantier. L’immeuble composait huit étages. Les trois premiers étages comportaient des studios, les trois suivants des appartements à deux pièces et les deux derniers des appartements familiaux. Il monta dans l’ascenseur et appuya sur le cinquième étage. Il s’appuya contre le battant et regarda défiler les chiffres. Arrivé, il sortit sans trop regarder et attrapa ses clés dans sa poche arrière de son jean. C’est en stoppant devant sa porte qu’il le vit enfin. Il attendait appuyer contre le mur.

 

 Les deux hommes se regardèrent un long moment en silence. Puis, Gaku reprit son occupation. Il ouvrit la porte de son appartement. Il l’ouvrit assez grande afin d’inviter le nouvel arrivant à entrer. Celui-ci le suivit ne disant toujours aucun mot. Il se déchaussa et suivit l’hôte jusqu’à la cuisine américaine. Gaku jeta sa veste légère sur une chaise et prépara la cafetière afin d’avoir du café tout frais. Il se tourna ensuite et resta contre le meuble. Il croisa ses bras et attendit tout en observant l’intrus.

 

 Le nouvel arrivant s’arrêta près du comptoir. Il hésitait. Il se demandait s’il avait eu raison de venir ou pas. Peut-être perdait-il son temps ? Mal à l’aise et troublé, il enfonça ses mains dans les poches et fixa le sol carrelé de la cuisine avec insistance. Gaku finit par en avoir assez d’attendre, finit par demander.

 

- As-tu attendu longtemps ?

 

- Non, juste une petite demi-heure.

 

- Comment as-tu su où j’habitais ?

 

- Euh… J’ai demandé directement à Dupontel-san.

 

 Gaku fut stupéfait.

 

- Aymeric te l’a dit ?

 

- Ben oui ! Pourquoi sembles-tu surpris ? Aux dernières nouvelles, c’est grâce à moi si tu travailles avec Dupontel.

 

 Gaku porta une main à sa tête et se gratta le crâne. Sa surprise était assez grande et il ne savait pas trop comment agir face à Shuei. En un peu plus d’un mois, le garçon avait encore embelli et il semblait avoir le regard moins triste. Sa mère lui avait parlé du déménagement et du divorce prochain des parents du garçon. Elle ne lui avait pas parlé de la raison, même quand il lui avait demandé des détails. Sa mère avait délibérément caché quelque chose, mais il ne savait pas ce que cela pouvait être.

 

- Pourquoi es-tu ici, Shuei ? Ton père, le sait-il ?

 

 Le garçon eut un geste agacé.

 

- Je ne suis plus un gosse, Ga-san ! J’ai dix-huit ans pour ta gouverne. Je n’ai plus besoin de demander l’autorisation pour sortir. Mais si tu veux savoir, mon père est au courant. Je lui dis tout maintenant. Et sa réponse fut juste que je devrais arrêter de fuir et d’aller de l’avant.

 

- Et en quoi cela me concerne ?

 

 Shuei hésita à nouveau et pénétra plus avant dans la cuisine toujours suivie par le regard de Gaku. Il n’osait pas lever les yeux sur lui.

 

- Cela te concerne depuis plus de deux ans, Ga-san. J’en peux plus. J’ai envie de vivre tranquille, mais tu n’arrêtes pas d’être dans mon esprit. Chaque fois où je ne suis pas occupé, tu apparais et je n’arrive plus ensuite à te sortir de ma tête. Merde, qu’est-ce que tu m’as faite ! Fais quelque chose pour que tout s’arrête.

 

 Shuei s’arrêta à quelques centimètres du jeune homme. Gaku était troublé, comme jamais il ne l’avait été. Même à cette distance, il pouvait sentir la chaleur du garçon. Mince alors ! Il avait plus d’un mois d’abstinence et il commençait à le ressentir. Pourquoi avait-il fallu que ce chat apparaisse subitement ? Ses mains le démangeaient d’attirer ce corps contre lui. Il essaya de reprendre contenance.

 

- Shuei ? Il n’est pas question que je trompe Terrence.

 

 Le garçon eut un sourire ironique. Il leva les yeux et Gaku fut étonné d’y trouver de la colère.

 

- Parce que tu crois qu’il s’est privé, lui ? Ouvre les yeux ! Merde ! Pourquoi cet homme a-t-il le droit de t’avoir et pas moi ? Ne me dis pas que tu es si aveugle, Ga-san !

 

 Gaku se mordit la lèvre inférieure et détourna légèrement les yeux. Il n’était pas assez stupide pour ne pas le savoir, mais il avait fermé les yeux. Être trompé était continuelle dans sa vie, alors pourquoi cela changerait-il ? Sawako avait été l’exception. Shuei se rapprocha. Son corps frôlait presque celui de Gaku. Il agrippa la chemise et s’exclama d’une voix suppliante.

 

- Fais-moi l’amour, Ga-san ! Je ne te demanderais plus rien ensuite. Je ne t’ennuierai plus si tu le désires. Je te laisserais te bercer des illusions avec Terrence.

 

 La chaleur du corps prit possession de celui de Gaku. Il pouvait sentir une partie de son anatomie se durcir. C’était si tentant. Ne le voyant pas réagir, Shuei déposa sa tête contre la poitrine de Gaku. Le jeune homme pouvait voir des soubresauts. Est-ce qu’il pleurait ? Gardant la tête toujours baissée, Shuei s’écarta violemment. Il eut un rire presque hystérique.

 

- Je vois. Finalement, Terrence semble avoir gagné. Je suis vraiment stupide d’avoir espéré juste un instant que je parviendrais à t’ouvrir les yeux. Je ne t’ennuierais plus comme promis.

 

 Le garçon recula encore un pas avant de tourner les talons prêts à s’en aller. Gaku réagit enfin et attrapa le bras.

 

- Shuei, attends ! Où vas-tu ? Il commence à se faire tard.

 

 Avec rage, Shuei se débattit pour se libérer. Gaku eut bien du mal à garder fermement emprisonner le bras.

 

- Aaaah Lâche moï ! Bon sang ! Où je vais ? Je vais aller me faire mettre par un autre gars qui ne me refusera pas, lui ! Pour sur, il sera vraiment moins crétin que toi !

 

 Gaku fronça les sourcils. Le garçon parvint à se dégager après une violence secousse, mais avant qu’il ne puisse partir, il fut de nouveau harpé par Gaku. Les deux hommes se battirent. Gaku eut bien du mal à éviter les coups violents du garçon. Merde ! Ce loustic était pire qu’un chat enragé ! Ils finirent par chuter violemment sur le sol, le garçon en califourchon. Gaku se cogna la tête contre un meuble. Il hurla sous la douleur permettant à Shuei de se calmer aussitôt.

 

- Gaku ? Où est-ce que tu as mal ?

 

 Au lieu de répondre, le jeune homme se redressa un peu et se frotta le crâne foudroyant le coupable.

 

- Merde ! Qu’est-ce que j’ai fait au monde pour être traiter de la sorte ? J’en ai ma claque de recevoir des coups.

 

 Shuei, toujours installé sur les jambes de Gaku, porta ses mains à son visage en larme. Il se mit à sangloter prenant Gaku par surprise. Il fut étonné de cette réaction. Il hésita un instant et le prit dans ses bras. Shuei déposa sa tête dans le creux de l’épaule.