Chapitre 14

 

  Le soir commençait à tomber dans la chambre. Terrence se redressa du lit et alluma la lampe de chevet. Il attrapa également son paquet de cigarettes. Il en porta une à sa bouche et se l’alluma avec délectation. Il jeta un regard sur son compagnon. Il dormait nu. Il n’y avait pas à dire tout de même Gaku Inamura était bel homme. Le travail sur un chantier lui avait permis de retrouver un corps sans graisse superflue.

 

 Les yeux bleus ciel glissèrent sur l’omoplate où il vit le nouveau tatouage, un Lys. Pourquoi gâchait une si belle peau avec ce genre de truc horrible. Personnellement, Terrence n’aimait pas particulièrement les tatouages ou les piercings. Il avait bien essayé de forcer son compagnon à retirer au moins les boucles d’oreilles à l’oreille droite et le piercing à l’arcade sourcilière, nouveauté datant de six mois à peine, mais, contrairement à ce qu’il avait pensé au début de leur relation, Gaku n’était pas aussi malléable que prévu. Enfin, surtout si ça concernait son physique.

 

 Terrence songeait souvent qu’il avait eu raison de prendre un homme comme amant finalement. Gaku n’était pas chiant. Il ne posait jamais question sur ses absences. Il acceptait ses conditions sans rechigner. Et quand il le punissait de l’avoir ignoré, comme le jour du concours de danse, il devenait un bon chien obéissant.

 

 Il avait pris plaisir à le frustrer pendant trois semaines d’affiler. Terrence prétendait souvent un rendez d’affaire. En réalité, il se rendait dans la ville voisine et prenait du bon temps avec une de ses maîtresses. Après tout, son travail dans le journal local n’était pas très important. Il avait beaucoup de temps libre. Mais, Gaku ne le savait pas et il n’était pas prêt de le savoir d’ailleurs.

 

 Gaku se réveilla et se redressa en grognant. Il avait mal aux fesses. Terrence n’était pas vraiment tendre. Il pourrait accepter d’inverser les rôles de temps en temps. Il soupira. Terrence se retourna vers le jeune homme.

 

- Allez debout, marmotte ! Je dois rendre la chambre.

 

- Tu pourrais être plus tendre et m’embrasser pour me dire bonsoir.

 

 En lieu de réponse, il eut droit à une claque sur les fesses avant que l’homme se lève rapidement avant que son compagnon ait eu le temps de réagir. Il attrapa ses affaires et commença à s’habiller. Après un autre soupir, Gaku se décida de se lever également. Il eut un instant les jambes tremblotantes. Cela fit rire Terrence, bien évidemment. Gaku lui jeta un regard noir.

 Il parvint quand même à se rendre dans la salle de bain et prit une douche rapide. Il sortit en enfilant son sweat. Terrence l’attendait déjà avec sa veste sur le dos. Il commençait même à s’impatienter. Il enfila ses bottes et attrapa sa veste. Les deux hommes sortirent en silence. En arrivant dans la rue, Gaku leva les yeux au ciel d’un bleu limpide. Il remarqua le regard de Terrence. Il regardait vers la droite avec insistance et colère. Gaku regarda à son tour dans cette direction. Il ne vit personne sur le coup, puis son regard captiva un mouvement.

 

 En y regardant un peu mieux, il reconnut la femme. Elle se trouvait dans un bar à l’autre bout de la rue. Elle était assez reconnaissable. Gaku s’était souvent dit que pour une femme d’une quarantaine d’années, elle avait gardé sa fraicheur. Elle était en compagnie d’un homme jeune dont l’apparence lui disait vaguement quelqu'un, mais ne voyait pas qui cela pouvait être. En tout cas, ce n’était absolument pas le père de Shuei. Leur conversation semblait assez houleuse.

 

 Terrence avait pensé trouver le jeune impertinent à sa place habituelle. Il avait espéré le narguer en sortant de ce love hôtel avec Gaku, mais pour une fois, Shuei Morita n’était pas là. À la place, il voyait quelque chose qui ne lui plaisait pas du tout. Qu’est-ce que c’était que cette histoire ? Sa maîtresse le tromperait-elle avec ce garçon ? Il allait lui apprendre ce qu’il en coûtait de lui faire ce coup en douce.

 

- Il y a un problème, Terrence ?

 

 L’homme sursauta. Il en avait oublié son camarade. Il se secoua.

 

- Non, j’ai cru voir une connaissance, mais je me suis trompé.

 

 Sceptique, Gaku fit comme s’il le croyait. Il avait Terrence pour lui seul, alors il n’allait pas commettre un impair.

 

- As-tu encore un peu de temps à me consacrer ?

 

- Le temps de m’inviter au restaurant !

 

 Gaku en fut tout content. Il était rare que Terrence accepte de dîner à l’extérieur. Bien sûr, l’homme le rappela à l’ordre. Hors de question d’avoir un seul geste tendre envers lui, sinon il lui en couterait. Gaku n’en demandait pas tant. Le simple fait d’être en sa présence lui suffisait. Il monta dans la voiture de sport de Terrence. Il aurait aimé prendre sa moto avec l’homme derrière lui. Mais, Terrence lui avait clairement dit qu’il ne monterait jamais sur cet engin, même pour lui faire plaisir.

 

 L’anglais l’emmena dans un restaurant italien dans la ville voisine. Gaku passa une bonne soirée, même si Terrence n’avait pas beaucoup de conversation. A ce moment-là, le jeune homme se souvint à temps d’un sujet important.

 

- Ah ! J’allais oublier. Je vais être en déplacement pendant plus d’un mois.

 

 Terrence arrêta sa fourchette à quelques centimètres de sa bouche. Qu’est-ce que c’était que cette histoire ?

 

- En quel honneur ?

 

- Aymeric m’a donné la charge d’un petit chantier sur Kyoto. Je dois y faire mes preuves.

 

- Pourquoi as-tu accepté ? Tu n’as pas de diplôme adéquat pour ce genre de travail.

 

- C’est vexant ! Aymeric affirme que j’en suis capable. C’est une opportunité de faire mes preuves, de voir mon potentiel. Je ne peux pas refuser.

 

 Terrence fronça les sourcils. Ça ne lui plaisait absolument pas. Il voulait garder sa marionnette sous la main. Que devait-il faire ? Il ne pouvait pas se permettre de l’accompagner. Ce serait lui donner trop d’importance, ce qu’il n’avait pas. Il était juste utile et agréable, mais facilement remplaçable. Le souvenir de la femme dans le bar, près du love hôtel lui revint en mémoire. Finalement, ce n’était pas plus mal ce départ, il pourrait s’occuper d’elle pendant ce temps là, lui rappelait les règles de conduite.

 

- Oui, désolé. Tu me manqueras un peu.

 

- Juste un peu ? Demanda Gaku, boudant comme un gosse.

 

 Terrence émit un petit rire. Il pouvait bien mentir un petit peu, n’est-ce pas ? Il n’était pas à un mensonge près de toute façon.

 

- Bon, j’avoue un petit peu plus.

 

 Gaku garda le sourire tout le long du reste de la soirée. Ensuite, il fut quand même l’heure de se séparer. Terrence se rendit chez lui, afin que Gaku puisse récupérer sa moto. L’anglais se laissa embrasser dans la voiture, mais y mit vite son véto. Il descendit suivi du décoloré. Gaku monta sur son engin et mit le moteur. Il souffla.

 

- Je ne peux pas rester dormir chez toi ? Même dans la chambre d’ami m’irait.

 

- Non ! Je n’aime pas me répéter, Gaku.

 

- Ok ! Je n’insiste pas, mais bon, on ne se verra pas pendant un moment et je ne sais pas si je pourrais rentrer les week-ends.

 

 Terrence porta une main à sa tête. Il commençait à avoir mal au crâne. Il grimaça et commença à se diriger vers la porte d’entrée. Gaku se gratta la joue. Mouais, il connaissait la réponse. C’était toujours non. Pfft ! Il enfila son casque. Il s’écria :

 

- Passe une bonne nuit sans moi pour te réchauffer.

 

- La ferme, Gaku ! Ah ! Quand est-ce que tu pars au fait ?

 

 Gaku émit un petit rire.

 

- Demain, à la première heure.

 

- Fais attention sur la route, alors.

 

- Thanks.

 

 Gaku démarra et s’en alla sans un regard en arrière. Cela ne servirait à rien puisque Terrence serait déjà entré dans la maison. Le trajet jusqu’à chez lui n’était pas énorme. Il se gara et attacha solidement sa fifille. Il fronça les sourcils. Pourquoi avait-il de la lumière dans son appartement ? Il monta les marches quatre par quatre et ouvrit la porte assez violemment faisant sursauter les intrus, installer sur la table de la cuisine, transformée en bureau.

 

 Megumi se leva et vint embrasser son frère. Avec tendresse, il lui ébouriffa les cheveux. Il n’osait pas regarder vers la table où se trouvait Shuei. Sa jeune sœur s’excusa de son intrusion.

 

- Sorry, onii san d’être entré chez toi sans permission. Mais, Mairu et Lymle n’arrêtaient pas de se prendre la tête. Impossible de se concentrer sur nos devoirs, alors j’ai pensé que puisque tu n’étais pas là, tu n’y verras pas d’objection à ce que nous fassions nos devoirs ici.

 

- Ah ! Pas de problème, ma puce. Je ne reste pas avec vous. Je vais me coucher. Je dois me lever tôt demain.

 

- On va essayer de ne pas faire trop de bruit.

 

 A ce moment, le portable de la jeune fille se mit à sonner. Elle devint rouge. Elle s’excusa et sortit de l’appartement. Son frère la regarda s’échapper, amusé. Quand il se retourna finalement vers la cuisine, Shuei l’observait.

 

- Vous avez un air de vous être bien amusé, aujourd’hui.

 

- C’est le cas, merci.

 

 Le garçon haussa les épaules, avec lassitude.

 

- Lui avez-vous dit que vous seriez absent pendant plus d’un mois ?

 

- Évidemment et il l’a très bien pris.

 

- C’est drôle, mais je n’en suis même pas étonné.

 

 Gaku se rendit vers sa chambre.

 

- Shuei ! Tu recommences à être très agaçant.

 

 Gaku ouvrit son armoire et rangea sa veste. Il sortit également son linge pour le lendemain. Il se retourna et sursauta en se retrouvant juste devant l’adolescent. Il ne l’avait pas entendu arriver. Le garçon semblait en colère.

 

- Je vais vous donner quelque chose à mijoter pendant votre absence.

 

- Pardon ?

 

 Avant qu’il ne puisse réagir ou voit quelque chose d’ailleurs, Gaku se retrouva coller contre l’armoire la bouche scellée par celle de Shuei. Gaku dut bien se rendre à l’évidence que malgré son petit gabarit, Shuei Morita avait de la force. La langue de l’adolescent le fouillait et titillait la sienne. Gaku répondit à l’invite sans vraiment s’en rendre compte. Finalement, le garçon s’écarta avec violence et recula stupéfait de l’audace dont il venait de faire preuve. Il se retourna et s’enfuit, attrapant son sac au passage. Gaku resta scotché jusqu’à ce qu’il entende la porte claquée. Il porta une main à sa bouche. Qu'est-ce qui lui avait pris de répondre au baiser ? Et en plus, son corps avait également répondu à l’appel au désir. Il s’enferma dans la salle de bain. Une bonne douche froide lui ferait le plus grand bien.

 

 Les jets d’eau s’écoulèrent sur son corps. Il en frissonna, mais l’eau froide n’atténua pas du tout son désir. Il était enflammé. Alors en dernier recours, il se caressa. Comment un seul baiser pouvait-il l’enflammer ainsi ? Il avait désiré ne plus avoir ce genre de désir. C’était toujours une impression de n’en être jamais satisfait. Il l’avait eu avec Sawako. Il avait eu du mal à s’en remettre à son départ ensuite. Il voulait la stabilité. Merde !