Chapitre 13

 

 La semaine s’écoula à une allure de tortue d’après Mairu. Elle avait tellement hâte d’assister au concours de danse de sa sœur. Elle l’admirait beaucoup, car elle-même était incapable de faire pareil. Shuei avait bien essayé de lui apprendre quelques pas lors de son anniversaire, mais la seule chose qu’elle avait réussie était de se prendre une gamelle et tout le monde avait ri. Bon, grâce à ça, elle avait réussi à dérider son frère.

 

 Elle voyait bien que Gaku était un peu triste. Elle ne savait pas trop quelle en était la raison, mais elle avait quand même remarqué que le compagnon de son frère ne faisait pas l’unanimité. Elle ne lui avouerait jamais, mais il ne lui plaisait pas non plus. Elle le trouvait beaucoup moins beau que Shuei ou Seito. Mais si son frère l’aimait, alors elle l’accepterait. Elle avait trop peur de perdre son frère. Et s’il décidait de les quitter à nouveau pour les punir d’être pas très conciliantes ?

 

 Elle avait une mission en plus aujourd’hui. Kotoro lui avait gentiment demandé de supplier leur frère de venir ce soir au concours. La jeune femme avait déjà tenté, mais il avait refusé. Il devait se rendre chez Terrence. Mairu avait aperçu la colère dans le regard de sa sœur. Il avait fait un exploit son frère. Il avait réussi à mettre Kotoro en colère, il fallait le faire quand même. Mairu avait quatorze ans maintenant et c’était la première fois qu’elle voyait sa sœur en colère.

 

 La jeune fille avait accepté cette tâche semble-t-il très difficile. Elle finit de s’habiller de son éternel jean et tee-shirt et courut jusqu’à la sortie. Elle se fit bien évidemment gronder par sa mère pour avoir couru dans la maison. En réponse, elle envoya un baiser à sa mère adorée. Inoue secoua la tête exaspérée avant de rire. Son bébé grandissait bien trop vite à son gout.

 

 Mairu, toujours en courant, monta les marches menant à l’appartement de son frère. Elle aimait courir. Elle le faisait souvent ces derniers temps. Elle allait concourir pour le collège prochainement. Alors, il fallait s’entraîner dure pour pouvoir battre les autres collèges. Elle frappa d’un coup sec sur la porte avant d’entrée directement sans attendre qu’il l’invite. Son frère se trouvait dans le salon à essuyer ses cheveux mouillés tout en regardant la télévision.

 

 Gaku soupira. Il avait déjà dit à ses sœurs d’attendre qui les invite à entrer, mais elles n’en faisaient qu’à leur tête. Il n’y en avait aucune pour rattraper l’autre. Il jeta un coup d’œil à sa petite sœur. Mazette, cela faisait déjà un an et demi qu’il était revenu et sa sœur devenait déjà une petite femme. Il devrait se faire du mouron. Dernièrement, il s’était rendu compte des changements chez Kotoro et Lymle aussi. Il avait tellement été obnubilé par son travail et par Terrence qu’il avait loupé pas mal de choses.

 

 Il avait même reçu une lettre plutôt cinglante de la part de Sawako. Celui-ci lui reprochait de l’oublier. En lisant, il avait presque cru recevoir les coups sur la tête. Il avait pensé être sorti de cet univers là, mais apparemment ce n’était pas le cas. L’inconvénient, c’est qu’en lisant la lettre de Sawako, il pensait automatiquement à l’autre extra-terrestre du coin. Il ne voulait pas. Il se refusait à avoir des pensées lubriques pour le garçon. Certes, sa vie n’était pas exactement comme il l’aurait voulu avec Terrence.

L’homme refusait toujours avoir des contacts trop personnels si sa fille ou toute autre personne se trouvait dans le champ de vision.

 

 La dernière lubie de Terrence était de faire l’amour dans les love hôtel plutôt que chez lui. Gaku ne comprenait pas la raison. Mais bon, s’il préférait ainsi, il accepterait également. La seule chose qui perturbait le jeune homme dans son couple, c’est qu’il était le passif. Il n’avait jamais trop aimé cette position, mais il ferait avec également. Peut-être était-ce cette raison qu’il avait toujours Shuei dans les pensées ? Pourtant, le garçon ne faisait rien pour attirer son regard sur lui. Il s’effaçait de plus en plus. Sa mère s’en inquiétait sérieusement, ces derniers temps.

 

 Mairu observa un instant son frère, puis elle lui fonça dessus. Gaku la rattrapa en riant. Elle lui fit un énorme baiser sur la joue avant de s’asseoir à ces côtés. Gaku soupira. Il avait deviné la raison de sa présence.

 

- J’ai déjà dit à Kotoro que je ne pouvais pas y aller.

 

- Mais pourquoi ? Tu peux bien te passer de Terrence pour quelques heures. Megumi serait si heureuse si tu venais. Tu n’étais pas là non plus l’année dernière. S’il te plait, onii san ?

 

 Gaku craqua pour les yeux de chien battu de sa sœur. Il se leva et envoya un message à son compagnon. Son intuition lui disait qu’il allait regretter d’avoir cédé. Terrence n’appréciait pas beaucoup de passer en deuxième position. Mairu sauta de joie. Elle n’avait pas pensé qu’elle y arriverait aussi vite. Puis d’un coup, elle se calma surprenant son frère. Il la vit un peu gauche et se mordre les lèvres. Intrigué, il s’approcha et s’agenouilla :

 

- Me cacherais-tu quelque chose, petit monstre ?

 

- Monstre ? T’es méchant, onii san.

 

- Haha ! Un gentil et mignon petit monstre.

 

 La jeune fille posa ses mains sur chaque joue de frère et déposa un petit baiser sur son nez le faisant rire.

 

- Je t’aime, onii san.

 

- Moi aussi. Alors, avoue-moi tout !

 

- Je… je ne sais pas comment le dire. Euh ! Comment as-tu su que tu aimais les hommes plutôt que les femmes ?

 

 Gaku cligna des yeux de stupeur. Il ne s’attendait pas à cette question. Il observa les joues très rouges de sa sœur. Elle se triturait les doigts. Il hésita un instant, puis haussant les épaules, répondit simplement :

 

- Quand j’ai remarqué que je regardais les fesses des hommes, plutôt que celles des femmes. Pourquoi as-tu eu subitement une envie irrésistible de me poser ce genre de question ?

 

 La jeune fille rougit encore plus. Gaku lui ébouriffa les cheveux.

 

- Tu ressembles à une écrevisse.

 

 Mairu éclata de rire et donna un coup de poing dans la poitrine de son frère.

 

- Ne te moque pas. Est-ce que c’est grave si je préfère la compagnie des filles plutôt que des garçons ?

 

 Gaku se mit à rire.

 

- Ce n’est surement pas moi qui vais te jeter la pierre, ma belle. Okaa san ne dira rien, ma chérie. Elle t’aime beaucoup. Alors, as-tu une amoureuse ?

 

 Mairu lui adressa un grand sourire et secoua la tête affirmativement.

 

- Oui, c’est aussi ma meilleure amie. Elle s’appelle Reika.

 

- Ah ! Alors, tu as déjà reçu ton premier baiser.

 

 Mairu vira à nouveau tout rouge. Elle sauta sur son frère pour le battre. Gaku l’en empêcha en l’emprisonnant et il se releva en la gardant dans les bras. Il finit par s’exclamer.

 

- Ça te dit d’aller à ce concours en moto.

 

- Trop cool ! Je vais en faire des envieuses.

 

 

  Gaku et Mairu arrivèrent justes à temps pour le spectacle. Inoue accueillit son fils avec un sourire ravi. Elle l’invita à venir s’asseoir près d’elle. Elle embrassa sa jeune fille pour avoir réussi le miracle. Gaku jeta un coup d’œil autour de lui. Tous les sièges étaient pris maintenant. Il n’aurait pas pensé que le concours aurait un réel succès. Sa mère lui expliqua que les concours de danse et sportif étaient très prisés depuis cinq ans. Une façon pour les parents de montrer leur fierté envers leur progéniture !

 

 Elle était pourtant surprise cette année. Kahori Morita n’était pas présente. Elle avait toujours été là pour soutenir son fils. Aurait-elle des ennuis ? Un mouvement derrière lui fit jeter un coup d’œil. Elle en resta scotcher. Emori Morita serait présent. Pour une surprise s’en était une. Shuei serait surement très content de voir pour la première son père dans les gradins. Lymle donna sa place au père de Shuei. Afin que les deux parents puissent se parler tranquillement.

 

- Ca fait plaisir de vous voir, Emori san.

 

- Ah euh ! Oui, je me suis dit que je pouvais venir cette fois-ci.

 

- Où est votre femme ?

 

 Emori haussa les épaules. Son regard était tourné vers les vestiaires. Il y voyait son fils riant avec ses amis. Comment faisait-il pour ne pas stresser, celui-là ? Il l’avait toujours remarqué. Shuei semblait n’être jamais perturbé par ce genre de concours ou par ses examens. C’était assez déstabilisant.

 

- Elle a prétendu un empêchement de dernières minutes. Je ne sais pas ce qu’ils ont en ce moment tous les deux. Mais, ils se font la guerre. Shuei ne lui adresse même plus la parole et s’il doit le faire, c’est plutôt cinglant. En connaitriez-vous la raison, Inoue san ?

 

- Non, Shuei est plutôt discret. Mais je m’inquiète un peu pour lui. Megumi me dit souvent qu’il va trop souvent sur la tombe d’Ayato et sur le pont.

 

 Emori se troubla. Le pont ! Ce maudit pont qui lui avait pris son premier fils. Il aimerait tellement savoir pourquoi Ayato s’était donné la mort. Ça le tracassait depuis plus de dix ans. Comment un enfant de neuf ans aurait-il l’idée de sauter d’un pont ? Ayato avait été tellement choyé par sa mère. Au moindre coup reçu, Kahori était derrière à le cajoler, à le pourrir. Lui-même avait toujours passé son fils avant tout. Pourtant, le drame avait eu lieu. Quand Shuei était né, il avait eu peur que le même scénario se refasse, alors il s’était éloigné.

 

 Il ne voulait pas s’attacher à ce garçon. Il l’avait toujours renié. Mais, malgré ça, Shuei ne passait pas inaperçu. Emori l’avait regardé grandi en silence et de loin. Maintenant, il se rendait bien compte que son fils n’était pas comme Ayato. Shuei avait reçu plusieurs coups, mais il n’avait pas eu besoin d’être cajolé pour se remettre debout. Peut-être parce qu’il était bien entouré avec les sœurs Inamura ? Elles veillaient sur lui comme s’il faisait partie intégrante de leur famille. Et puis, Araki était là aussi. Ce côté un peu suicidaire était peut-être une gêne familiale. Après tout, son grand-père s’était pendu à quarante ans, une de ses sœurs avait fait une tentative de suicide à seize ans pour dépression. Araki avait bien failli en venir à cette éventualité si son compagnon Ikkeï n’avait pas été là pour le soutenir.

 

 La voix d’Okimi sensei se fit entendre. Elle remercia tous les parents d’être venus soutenir leurs enfants pour ce concours. Cette année, la compétition se déroulait en deux étapes. La première serait une composition en groupe, ensuite ce serait en couple.

 

 En groupe, les danseurs devront montrer leur compétence artistique sur deux genres de musiques, l’un sur de la Dance music et l’autre sur du hip hop. En couple, également deux genres, ils devront danser sur un rock endiablé avec possibilité d’acrobatie et ensuite, sur une musique plus douce et sensuelle. Le premier groupe a passé fut le club de la ville voisine.

 

 Gaku, malgré le fait qu’il ne voulait pas venir sur le coup, ne regretta pas d’avoir cédé finalement. Quand sa sœur Megumi l’avait vu, elle avait été folle de joie. Bon, son seul problème fut Shuei. Observé le garçon danser l’avait un peu chamboulé. Il devait quand même admettre qu’il s’en sortait très bien, même trop bien. Mais, le pire était de le regarder danser en couple avec Megumi. En tout cas, sa petite sœur avait une confiance totale à son partenaire pour accepter d’être éjectée de la sorte pour être rattrapée aussitôt. Un mauvais calcul et c’était la chute garantie.

 

 Shuei était bien plus fort que son corps mince le laissait supposer. Mais, Gaku se sentit assez mal quand ce fut la danse plus calme, mais tellement sensuelle. Cette Okimi sensei l’avait peut-être déclarée comme sensuelle, Gaku la trouvait plutôt érotique comme danse. S’il ne savait pas que sa sœur était amoureuse de Seito Otani, il se serait sérieusement posé des questions à son sujet concernant Shuei. Il était certain qu’il ne devait pas être le seul à se poser la question. Mince, pourquoi ce garçon était-il aussi sexy ?

 

 A la fin du spectacle, l’animatrice invita les spectateurs à se rendre au buffet afin que le jury puisse délibérer. Gaku s’appuya contre un pilier et regarda sa montre. Il soupira. Étant donné l’heure, c’était plus la peine de rejoindre Terrence. Il aurait droit à la porte close. Il sursauta en apercevant une ombre devant lui. Il releva les yeux et croisa les yeux vairons.

 

- Si vous vous ennuyez, pourquoi être venu ? S’exclama Shuei, d’une voix plus mordante qu’il ne l’avait voulu.

 

 Il avait été content de le voir dans le public. Mais, cette joie venait de partie en fumée. Il enfonça ses poings dans les poches de son jean. Gaku répliqua :

 

- Je ne me suis pas ennuyé, Shuei. C’était très bien. Vous êtes en harmonie Megumi et toi.

 

 Le garçon haussa les épaules.

 

- Je danse avec Meggy depuis tout petit. Mais, la danse me soule. C’était ma dernière prestation. J’ai déjà dit à Okimi sensei que je quittais le club.

 

- Pourquoi ? Tu es plutôt doué.

 

- Merci, c’est gentil. Mais, je n’ai plus le temps. Je vais travailler dans un cabinet de vétérinaire pendant les vacances.

 

- Tu sembles avoir trouvé ta voie.

 

 Gaku se sentait un peu soulagé. Il pouvait à nouveau discuter avec le garçon sans problème. Shuei n’était plus agressif comme au début, mais peut-être parce que Terrence n’était pas présent ? Shuei sourit. Gaku eut aussitôt le cœur qui battit la chamade. Enfin, tout n’était pas résolu. Il ne comprenait pas pourquoi il continuait à avoir de l’attirance pour le garçon. Il aimait Terrence. Il devait faire taire ce sentiment. Une autre ombre s’approcha. Shuei se tourna vers celle-ci. Il avait été stupéfait de voir son père parmi les spectateurs.

 

- Tu t’es très bien débrouillé, Shuei.

 

 Le sourire du garçon s’agrandit et ses yeux pétillèrent. Il venait d’avoir un compliment de son père et c’était le premier. Shuei allait répondre, mais Megumi l’appela. Il devait regagner leur place. Le garçon s’échappa. Emori regarda son fils s’éloigner vers ses amis.

 

- Vous venez de lui faire plaisir, s’enquit Gaku, observant également la petite troupe.

 

- Oui, on dirait. Je ne pensais pas que ma seule présence lui ferait tant plaisir. Je n’ai jamais été présent. Peut-être devrais-je arrêter de le fuir ? Vous devriez peut-être faire de même, Inamura kun.

 

 Gaku sursauta, ébahi. Avait-il bel et bien entendu ? Le jeune homme se gratta la tête, pensive. Okimi sensei invita à nouveau les spectateurs à regagner leur siège afin de discerner les prix. Le groupe gagnant fut pour le club de la ville voisine, mais la troupe de Megumi reçut un prix pour la danse hip-hop. Et à la surprise des deux protagonistes, Megumi et Shuei reçurent également deux coupes et une médaille pour leur danse sensuelle et pour leur rock endiablé.