Chapitre 10

 

 Gaku revient de la capitale avec le sourire et de très bonne humeur. Il avait revu le chat sauvage. Il était peut-être stupide, mais les coups violents du garçon lui avaient vraiment manqué. Sawako avait toujours réussi à lui faire oublier ses soucis. Il reconnaissait que le chaton savait bien choisir ses amants. Il trouvait attachant de le voir si amoureux et jaloux. Ça, c’était une nouveauté. Mais, en songeant bien, Sawako était plutôt du genre exclusif.

 

 D’après ses souvenirs, c’était Tooru qui faisait entrer en douce Sawako dans les soirées. Il se souviendrait toujours de sa première rencontre avec le chat sauvage. Mmh ! Kaoku aussi devait s’en souvenir. Gaku frissonna au souvenir de cet homme violent. Tooru lui avait toujours dit qu’il choisissait très mal ses partenaires. C’était toujours des enfoirés. Mettait-il Sawako dans le même panier ?  S’il prenait le temps d’y réfléchir, Gaku se souviendrait que Sawako avait pris les devants avec lui et non l’inverse et en plus, pas en douceur. En tout cas, le garçon avait enfin trouvé son Maître, maintenant.

 

 Dans un sens, il était également triste. Il n’avait pas été l’élu. C’était un peu dommage. Il regrettait également l’absence de Terrence. Enfin, peut-être était-ce mieux ainsi. Certaines personnes n’appréciaient pas de rencontrer les ex de leur compagnon. Enfin, déjà faudrait-il être amant avant.

 

 En rentrant, il eut aussi l’agréable surprise d’apprendre par sa mère que Kotoro avait souvent l’air étrange ses derniers temps. Elle affichait un petit sourire et était souvent dans la lune. Mairu se moquait souvent en criant « Ah l’amour ! » en faisant une énorme grimace dégoutée. Si Kotoro l’entendait, elle rougissait comme un coquelicot et s’échappait en douce.

 

 Kotoro finit par lui rendre visite dans son appartement. Elle était tout intimidée. Gaku la trouvait toute mignonne. Sa sœur incarnait à ses yeux la beauté et la douceur. Mais, comme sa mère et Lymle, elle avait aussi son caractère. Elle était têtue et elle avançait dans la vie malgré les obstacles qui pouvaient parcourir son chemin. Si elle tombait, elle se relevait toujours. Il se trouvait installé dans son canapé à s’ennuyer. Il avait envoyé un texto à Terrence pour savoir s’il se trouvait chez lui, mais celui-ci n’était pas présent pour le moment.

 

 Kotoro s’approcha et s’installa près de son frère. Il était dans ses pensées. Mais quand il sentit sa présence, il lui adressa un large sourire.

 

- Alors, joli Lys. Qu’est-ce qui te rend si souriante ces derniers temps ?

 

 La jeune fille rougit et se triturèrent les doigts. Elle était mal à l’aise. Elle finit par avouer.

 

- J’ai rencontré quelqu’un.

 

- C’est cool. Est-ce un client de ta boutique ?

 

 La jeune fille secoua la tête négativement. Elle eut un drôle de sourire.

 

- Le lieu n’était pas vraiment idéal.

 

- Ah ! Où était-ce ? 

 

- Je l’ai rencontré dans le cimetière.

 

 Gaku eut un air choqué avant de s’exclamer.

 

- Mais, qu’est ce que tu faisais dans ce lieu ?

 

- Shuei m’avait demandé de veiller sur la tombe d’Ayato. L’homme y était quand je suis arrivé. On a un peu discuté et je l’ai revu ensuite. Voilà, toute l’histoire.

 

 Gaku se troubla en entendant le nom de l’adolescent. Il n’avait pas osé parler de ce garçon à Sawako et de son trouble. Il ne savait pas pourquoi d’ailleurs. Enfin si, il refusait cette attirance. Il ne voulait plus une histoire compliquée. Il voulait enfin quelque chose de calme, de reposant. Shuei, par moment, avait le même caractère capricieux de Sawako. Une relation avec lui serait surement volcanique, avec Terrence, c’était différent.

 

- Gaku ?

 

- Oui, ma jolie.

 

- Cet homme, tu le connais.

 

 Gaku, surpris, se tourna vers sa sœur. Celle-ci le regardait avec attention. Elle avait fait exprès de parler de Shuei. Elle avait voulu voir si elle n’avait pas été aveuglée par son désir de voir Shuei avec son frère. Elle n’avait pas été dupe. Son frère avait bel et bien une attirance pour l’adolescent, mais alors pourquoi préférait-il Terrence ? Parce que Shuei avait seize ans à peine ?

- Qu'est-ce qui te fait dire que je le connais ?

 

- Parce qu’il me l’a dit quand il a su qui j’étais. Il a dit qu’il t’avait sorti du caniveau.

 

 Gaku ouvrit les yeux en grand. Ce n’était pas possible. Tooru ? Tooru était ici ?

 

- Tooru ? Où… où est-il ? Pourquoi ne vient-il pas à la maison ?

 

 Sa sœur se mit à rire. Elle se pencha et lui donna un baiser sur la joue. Elle déposa ensuite un bout de papier dans sa paume avant de se lever pour partir. Elle lui annonça :

 

- C’est son adresse si tu veux le revoir. Et s’il n’est pas venu, c’est parce qu’il ne voulait pas te déranger dans ta nouvelle vie. Mais, je sais qu’il meurt d’envie de te revoir.

 

 Son ami était dans sa ville. Il aurait enfin des nouvelles de lui. À Tokyo, il s’était rendu dans leur ancien quartier. Il avait revu ses anciens camarades pour essayer de glaner des informations, mais aucun d’eux n’avait revu Tooru depuis sa sortie de prison. Il s’était même rendu au cimetière où était enterré le fils de Tooru. Étant donné, le nettoyage complet et garnison de fleurs, Tooru s’y était rendu, mais où était-il ?

 

 Gaku regarda un instant le bout de papier. Il se releva aussitôt et attrapa sa veste et son casque. Il allait lui rendre visite de suite. À cet instant, son portable se mit à sonner. Le jeune homme hésita en observant la porte. Il finit par céder par l’insistance du téléphone. Il décrocha et il fut content finalement d’avoir céder. Terrence l’invitait à dîner chez lui et il était attendu de suite. Gaku regarda son bout de papier. Son ami l’attendrait un peu, les invitations de Terrence étaient très rares. Et Gaku s’était décidé à lui avouer ses sentiments. Il ne pouvait plus retarder. Il devait faire taire son attirance pour Shuei aussi et le mieux serait de tout éclaircir.

 

 Il sortit enfin du domicile et s’approchait de sa moto quand il entendit des voix. Peu de temps après, il vit arriver sa sœur en compagnie de son petit ami et de Shuei. Celui-ci semblait en forme. Megumi salua son frère d’un geste, mais ne s’arrêta pas. Gaku espéra un instant que l’adolescent ferait pareil, mais il n’eut pas cette chance.

 

 Shuei s’arrêta à quelques pas de l’engin. Il fixait de son regard vairon le jeune homme. Pourquoi avait-il fallu qu’il tombe amoureux de cet homme précisément ? Il n’avait jamais rien demandé, n’avait jamais rien désiré, alors pourquoi avait-il si mal ? L’adolescent prit une grande inspiration et finit par s’exclamer, prenant Gaku par surprise.

 

- Vous avez fait votre choix, pas vrai ? J’espère pour vous que vous ne le regretterez pas. Vous devez surement être du genre maso pour aimer souffrir.

 

- Pourquoi es-tu ainsi Shuei ? Qu’est-ce que Terrence t’a fait pour le détester ainsi ?

 

 Le regard du garçon se noircit et devint dur comme de la pierre.

 

- Il ne le sait pas lui-même. Mais, je sais, c’est tout. Quand vous le saurez, comment réagirez-vous, Ga-san ? Vous connaissant, vous allez fermer les yeux pendant très longtemps. C’est vrai, pour vous Terrence incarne la perfection. Il est loin d’être comme tous les gars qui vous ont choisi. Vous êtes pathétique, tellement naïf. C’est mignon, mais parfois, ça vous rend vraiment con.

 

 Offusqué, Gaku allait répliquer, mais un seul regard du garçon le cloua sur place. Shuei poussa un soupir de lassitude. Il se détourna et commença à se diriger vers la maison de sa meilleure amie. Il s’arrêta en arrivant devant les marches et se retourna vers Gaku, toujours à la même place. Il lança encore une pique :

 

- Qu’est-ce que vous attendez ? Allez-vous faire sauter par ce looser ! Il n’attend que ça de toute façon ! Je vous souhaite tout le malheur du monde. Sur ceux, à une prochaine !

 

 Gaku n’en revenait pas. Mais pourquoi avait-il une attirance pour ce garçon ? L’insolent ! Ce gosse méritait une bonne raclée. Parler ainsi de Terrence ! Serrant un peu les dents de colère, il se décida enfin à se mettre en route. Il jeta un dernier regard vers la maison. Il vit un mouvement à la fenêtre de la porte. Il lui montrerait à ce gosse qu’il avait tort au sujet de Terrence. Oui, il avait choisi. Il préférait être avec un adulte plutôt qu’avec un mioche insolent et à la langue bien pendue. Il allait profiter de cette soirée dans tous les sens du terme.

 

 Il ne mit pas très longtemps pour arriver devant la maison des Langlet. La première chose qu’il remarqua fut l’absence de Kimi. Chaque fois où il venait, la petite fille venait le saluer à grand cri, mais là, c’était silence radio. Terrence l’invita à entrer et à se mettre à l’aise. L’homme se trouvait dans son bureau et semblait avoir une conversation plutôt houleuse. Gaku le laissa donc tranquille et s’installa sur le canapé de cuir beige.

 

 Terrence fit taire son interlocuteur et lui raccrocha presque au nez. Les conversations avec sa sœur étaient toujours chaotiques. Elle le suppliait de lui envoyer Kimi. S’il n’avait pas fait la connaissance de Gaku Inamura, il lui aurait envoyé sans aucun problème. Sa fille l’encombrait un peu trop et l’empêchait souvent d’assouvir ses pêchés. Mais, maintenant, elle lui servait bien. Non seulement elle lui permettait de garder cet homme, mais en même temps, elle lui servait un peu de bouclier.

 

 Mais aujourd’hui, il allait faire de cet homme sa marionnette. Ce serait plaisant de lui faire croire tant de choses pendant un long moment avant de lui briser ses rêves. Il l’avait déjà fait quand il était encore étudiant et puis il l’avait refait avec la mère de sa fille. Mais c’était plus amusant de briser un homme, plutôt qu’une femme. C’était vraiment plus jouissif. Il avait demandé à la mère d’une amie de Kimi de la garder pour la nuit. Au début, il avait songé se rendre ailleurs, dans un autre lieu, mais il avait eu peur de tomber nez à nez avec Shuei Morita.

 

 Il allait faire deux pierres deux coups. Au lieu de briser un seul homme, il en briserait deux. C’était un vrai coup de génie. Ce garçon le haïssait pour une raison qu’il ne savait pas, mais ce n’était pas très grave. Il savait après renseignement que son frère ainé s’était suicidé sans raison valable apparemment. Alors, ce Shuei devait être fragile intérieurement. Il parviendrait surement à le briser en mille morceaux et si Gaku en était le déclencheur, il n’allait pas s’en priver. De toute façon, il était déjà clair qu’il quitterait le Japon dans un an et demi maintenant. Personne ne pourra l’arrêter. Il allait bien s’amuser avant de redevenir un homme comme il faut.

 

 Il rejoignit son invité dans le salon. Il sentit le regard de braise de Gaku sur lui. Terrence se rendit vers le bar et servit deux verres de vodka avant de s’installer également dans le canapé. Il fit exprès de frôler la jambe de son voisin. Il le vit ainsi se troubler. Il lui tendit un verre. Gaku le prit d’une main tremblante. Il se sentait tout gauche. Terrence n’agissait pas comme d’habitude. Est-ce que son vœu se réaliserait ? Sur le coup, il chavira un peu de vodka sur la chemise de son hôte.

 

- Ah ! Je suis désolé.

 

 Il fouilla du regard et prit un mouchoir en papier dans la boite posée sur la table de salon. Il essuya la tache sans grand succès. Son cœur battait la chamade, mais en même temps, il avait encore les paroles cinglantes de Shuei dans les oreilles. Un gloussement lui fit relever les yeux. Il fut captivé par les yeux bleus ciel. Qu’il aille aux diables, cet insolent ! Il faisait ce qu’il voulait de sa vie et s’il devait souffrir, il en serait le seul responsable.

 

 Gaku n’hésita plus. Il posa ses lèvres sur celle de Terrence. L’homme ne le repoussa pas, bien au contraire, il lui céda le passage de ses lèvres. Gaku envoya paitre toute pensée cohérente. Il avait décidé que l’histoire se passerait ainsi, il ne changerait pas d’avis.

 

 Plus loin, chez les Inamura, un adolescent regardait par la fenêtre de la chambre de sa meilleure amie. Celle-ci était assise au centre de son lit à faire ses devoirs en retard. Les cours allaient bientôt reprendre et elle n’avait presque rien fait. Seito lui avait fait un terrible sermon sous le rire de son camarade. Maintenant, elle observait son dos tendu. Elle jeta un coup d’œil vers Seito. Celui-ci haussa les épaules. Elle soupira.

 

- Est-ce que c’est vraiment ce que tu veux, Shuei ?

 

- Ne t’en mêle pas, Meggy ! Répliqua Shuei, d’une voix calme. J’ai fait ce que je devais faire. Maintenant, je vais me consacrer à mes études et j’agirais quand ça sera le moment, enfin si je ne suis pas brisé avant.

 

- Shuei ! Arrête de dire ce genre de truc. Tu me fais flipper. Tu promets que tu ne feras jamais rien comme connerie.

 

- Meggy ! Je ne me détruirais pas pour un mec. Jamais, tu m’entends. Cet homme n’aura pas le loisir de me détruire comme il le désire, ni lui, ni elle.