Chapitre 8

 

 Le mois d’août arriva sous sa chaleur d’été. Les lycéens se retrouvèrent en vacances. Certains partirent d’autres restèrent avec des cours de rattrapage. Megumi se sentit très seule, non seulement Seito avait dû suivre ses parents à l’étranger, mais Shuei avait décidé d’aller rendre visite à son cousin à Tokyo. Elle se demandait même comment il avait réussi à avoir l’autorisation d’y aller. Kahori, la mère de Shuei, ne supportait pas Araki Morita, le neveu de son époux.

 

 D’après ce qu’elle avait appris par Shuei, son cousin avait attendu d’avoir dix-huit ans, l’âge majeur au Japon depuis cinq années maintenant, pour annoncer à ses parents qu’il les abandonnait pour rejoindre son amant vivant à la Capitale. Le choc fut très rude pour la famille très religieuse. Araki ne garda contact qu’avec son jeune cousin et son oncle Emori, le seul à ne pas l’avoir jugé et renié. L’histoire, c’était produit, il y avait de cela trois ans à peu près.

 

 Elle était certaine que son ami avait dû trouver une astuce pour pouvoir s’y rendre. Elle avait également remarqué qu’il disparaissait plus souvent maintenant. Apparemment, il s’était trouvé un nouvel ami. Il lui avait promis de l’emmener la prochaine fois avec Seito. Elle avait eu un peu peur qu’il lui en veuille pour leur discussion au lycée, mais le garçon ne lui en tenait pas rigueur. Shuei lui avait juste demandé de ne pas se mêler de son histoire. Il était assez grand pour s’en débrouiller. Il agirait en temps et en heure, mais ce n’était pas pour tout de suite.

 

 Gaku demanda quelques jours de repos à son travail. Dupontel en fut fort étonné. Très curieux, il voulut en connaitre la raison. Gaku, très simple, lui avoua la vérité. Il voulait se rendre à Tokyo pour rendre visite à son ex-petit ami. Aymeric Dupontel n’en fut même pas choqué d’apprendre que son employé était gay. Celui-ci lui annonça que ce n’était pas la préférence sexuelle qui faisait un bon travailleur. Alors, cet aspect de la vie intime ne le concernait en rien. Et puis, son jeune employé était le seul responsable de ses fesses. Après tout, elles lui appartenaient, alors il en faisait ce qu’il voulait.

 

 Gaku ressortit de son entretien rouge comme une pivoine sous le rire tonitruant de son employeur. Le reste de l’après-midi, il se fit charrier par ces collègues sur ces joues rouges. Le jeune homme avait même demandé à Terrence s’il voulait l’accompagner, mais l’homme refusa gentiment, prétextant du travail. En fait, il allait en profiter surtout pour s’amuser avec quelques femmes. Il adorait jouer avec le jeune homme si naïf. Il ne voyait rien, ne réclamait rien non plus. Il patientait comme un bon chien qui attend de l’attention de son maître.

 

 Il allait bientôt s’en servir pour assouvir ses désirs, sans pour autant arrêter les autres. Mais, il se disait souvent que c’était risqué de le laisser dans la frustration trop longtemps. Il pourrait quand même se lasser et ce jeune insolent risquerait de lui prendre son jouet. Il ferait tout en sorte de le garder pendant ces deux années de présence au Japon. Et quand il devrait rentrer, il le briserait afin de ne rien laisser derrière lui à part une loque.

 

 Quelques jours après le départ de son frère, Kotoro se rendit au cimetière. Elle avait promis à Shuei de venir régulièrement sur la tombe d’Ayato voir si aucune mauvaise herbe n’aurait poussé pendant son absence. Elle n’aimait pas trop se rendre en ces lieux, mais pour son jeune ami, elle ferait n’importe quoi. Il était pour elle comme un second frère. Arrivant devant les grilles, elle lissa sa longue robe d’une main tremblante. Son autre main tenait un bouquet de fleurs.

 

 Elle trouvait normal d’amener des fleurs dans ce genre d’endroit. Elle ne savait pas trop ce qu’Ayato aimait comme fleurs, mais elle songea qu’il s’en fichait un peu là où il se trouvait. Un peu gauchement, elle s’avança. Elle salua d’un signe de tête les personnes croisées. Elle se rendit comme convenu à la troisième rangée et quatrième tombe. Elle s’arrêta nette. Que devait-elle faire ? Il y avait déjà quelqu’un présent. Était-ce un membre de la famille ? Pourtant, Shuei lui avait assuré que personne ne venait sur la tombe d’Ayato.

 

 L’homme agenouillé se releva. Et Kotoro dut lever la tête. Mon Dieu ! Mais, cet homme était immense. Bon, certes, elle n’était pas très grande pour son malheur. Même, son frère Gaku la dépassait bien d’une tête et demie. Kotoro observa la chevelure de l’homme. Elle était presque aussi longue que la sienne, mais celles-là formaient des rastas. L’homme se gratta la tête, l’air de réfléchir avant de sursauter et de se tourner vers la jeune femme. Que devait-elle faire ? Elle n’avait jamais été très à l’aise avec les hommes.

 

- Ohayo ! S’exclama-t-il.

 

- O… Oha…yo ! Parvint-elle à formuler, en rougissant.

 

- Vous êtes de la famille ? Demanda-t-il en montrant le bouquet et la tombe.

 

 La jeune fille secoua la tête. Elle parvint à expliquer.

 

- Non, je viens juste pour la nettoyer.

 

 L’homme fronça les sourcils avant de s’esclaffer. Kotoro regarda autour d’elle. Ce n’était pas un lieu pour rire de cette façon. L’homme pencha la tête et murmura :

 

- Avouez, c’est ce petit sacripant qui vous a demandé de passer, pas vrai ?

 

- Sacripant ? Vous parlez de Shuei ?

 

- Bien évidemment. Depuis que je le connais, j’ai l’impression de devenir chèvre. Il a une de ses langues de vipères quand il s’y met. Ce garçon quand il a décidé quelque chose, il ne l’a pas ailleurs.

 

 Tooru tomba sous le charme du sourire de la jeune fille. Déjà, elle resplendissait comme une rose et en plus son sourire était aussi lumineux que le soleil.

 

- C’est le charme de Shuei. Depuis qu’il est petit, il est ainsi. Il change de caractère, mordant, gentil, curieux, têtu, adorable et j’en passe. Mais sa meilleure qualité, c’est peut-être sa ténacité face à l’adversité. Il se bat pour toujours garder la tête hors de l’eau quoiqu’il arrive.

 

-Eh ben, vous le connaissez bien.

 

- Oui, il est le meilleur ami de ma petite sœur. Il vient souvent à la maison.

 

- C’est bien d’avoir un endroit où on est accepté tel qu’on est. Donnez moi votre bouquet, je vais le mettre dans un vase.

 

 Kotoro tendit le bouquet. Tooru frôla la main de la jeune fille. Kotoro rougit aussitôt. Elle observa en silence l’homme s’occuper de son bouquet. Elle n’eut rien à redire. Il s’en tira avec les honneurs. L’homme se releva et s’exclama alors :

 

- Mais je suis vraiment malhonnête. Je ne me suis pas présenté. Je m’appelle Tooru. Et vous, jolie fleur ?

 

 La jeune fille rougit de plus belle, mais accepta la main tendue, une main très chaude qui engloba la sienne.

 

- Kotoro.

 

- C’est très jolie comme prénom, Kotoro. Oups, je ne devrais pas vous appeler ainsi.

 

- Mmh ! Non, ce n’est pas grave. Cela ne me gêne pas.

 

 Tooru se détendit et se mit à rire. Il enfonça ses mains dans les poches et reprit :

 

- Aimez-vous les animaux, Kotoro ?

 

- Oui, beaucoup même s’ils font beaucoup de dégâts dans les jardins.

 

- Haha ! Oui, c’est bien vrai, surtout les jeunes chiens. En parlant d’eux, je devrais y aller. J’ai attaché deux d’entre eux à la grille du nord. Vous voulez m’accompagner ?

 

 Kotoro ne savait pas vraiment ce qu’elle devait faire, mais l’homme lui était sympathique. Et puis, si Shuei lui faisait confiance, c’est qu’il devait être quelqu’un de bien. La jeune fille le suivit, un peu en retrait. Tooru se dépêcha et eut tout à fait raison. Ces deux petits chenapans commençaient à s’ennuyer et tiraient sur leurs laisses. L’un des deux chiots tira tellement fort sur sa laisse qu’il parvint à se libérer et aussitôt sauta sur la jeune fille.

 

 Kotoro prit par surpris, chuta sur les fesses. Elle grimaça avant de rire sous les assauts de l’animal qui s’amusait à lui laver le visage. Tooru offusqué de l’attitude de l’animal le récupéra et lui fit la morale.

 

- Mais tu es impossible, Blinto. On ne se jette pas ainsi sur les gens. Espèce d’empoté !

 

 Le petit chien noir et beige penchait la tête tristement en couinant. Kotoro observant la scène attrapa un fou rire. C’était vraiment trop drôle. Et pour une raison qu’elle ne comprenait pas, le chien lui faisait penser à son frère. Idiot, mais tellement mignon. Tooru se tourna vers la jeune fille et sourit. Il était prêt à rire également. Au lieu de cela, il aida Kotoro à se remettre debout.

 

- Je suis désolée pour la bêtise de Blinto. Mazette ! Shuei m’avait déjà dit que ce chien était stupide, mais maintenant je le crois.

 

- Shuei ?

 

- Oui, il vient régulièrement les voir. Il aime bien les animaux et ceux-ci lui rendent bien d’ailleurs. Ces deux-là sont ces chouchous, surtout ce stupide clébard.

 

- Je n’en suis pas étonnée.

 

- Pardon ?

 

- Non rien. Si celui-ci, c’est Blinto, l’autre comment s’appelle-t-il ?

 

- Ah ! Euh ! C’est elle. C’est une fifille, elle s’appelle, ben, Blinta.

 

 Kotoro arqua un sourcil de stupeur.

 

- Blinto et Blinta ? Vous vous êtes vraiment décarcassé pour leur trouver des noms.

 

- Euh ! Je rêve ou vous êtes sarcastique ? Mmh ! Vous êtes un chat, mademoiselle Kotoro. Vous avez plusieurs facettes, très mignonne d’ailleurs.