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Chapitre 1

 

 La nouvelle année venait d’arriver enfin. Pour Inoue Inamura, la cinquantaine, cette année sonnait comme un renouveau dans sa vie. Son incapable d’époux, Kenshiro, avait fini par succomber d’une longue maladie qui l’avait longuement fait souffrir. Elle allait pouvoir enfin souffler une bonne fois pour toutes et refaire sa vie tranquillement.

 

 Beaucoup serait offusqué de la voir se repaitre de l’agonie de Kenshiro. Mais, dite-moi ? Pourquoi serait-elle triste pour un homme qui lui avait gâché les plus belles années de sa vie ? L’avait privé de son seul fils et d’avoir rendu malheureuse la plupart de ses quatre filles ? Elle ne l’avait pas choisi comme époux, ses parents l’avaient décidé à sa place.

 

 À l’époque, elle n’avait pas eu le choix. Elle n’avait pas encore son caractère indépendant. Ses parents l’avaient trop endoctriné pour se rebeller et afin qu’elle n’ait aucune ambition, ils l’empêchèrent de continuer ses études après le lycée. D’ailleurs, elle épousa Kenshiro quelques mois plus tard. Elle n’avait jamais éprouvé de l’affection pour cet homme. Elle n’avait jamais compris pourquoi ses parents l’avaient choisi. Cet homme était un incapable, un bon à rien. Il n’avait jamais réussi à monter en grade dans l’entreprise de publicité où il avait réussi à entrer grâce au soutien de son beau père.

 

 Peut-être était-elle aussi fautive ? Elle aurait dû le motiver, mais à l’époque elle n’en voyait pas l’intérêt. Elle était bien trop jeune et trop coincée. Quand elle songeait à son passé, elle en avait honte. Elle n’avait pris le pouvoir dans sa famille que bien plus tard, mais il était déjà trop tard pour son fils. Ses enfants avaient été la seule chose de valable qu’elle avait eue pendant ses trente ans de mariage. La première fois qu’elle avait tenu son fils dans ses bras, elle s’en souviendrait toujours. Elle en avait pleuré toutes les larmes de son corps.

 

 La raison était qu’elle avait bien failli le perdre, comme elle aurait bien pu perdre la vie également. Ce jour-là, elle avait dû se rendre à la banque pour résoudre un petit problème de découvert. C’était un jour assez chaud et étouffant, la banque était bombée de monde et il avait fallu qu’il y ait un braquage. La panique avait eu lieu. Elle avait chuté violemment sur le ventre. Elle avait hurlé de douleur, mais elle avait dû rester sur le sol avec toutes les autres personnes sous la menace d’armes à feu. Elle avait non seulement pleuré de peur et de terreur, mais surtout ne pas savoir si son bébé n’avait pas subi un choc du à la chute.

 

 Le braquage avait duré une bonne dizaine de minutes. Tout s’était passé très rapidement. La police n’avait pas eu le temps d’arriver que les braqueurs étaient repartis les sacs pleins, sans effusion de sang, mais pour Inoue, le temps avait passé dans une lenteur épouvantable. Elle avait fini par perdre connaissance. Quand elle avait repris conscience, son ventre était à nouveau plat et elle pensa avoir perdu son bébé. Comme elle avait pleuré dans les bras de sa meilleure amie, la seule à s’être déplacée pour elle. Mais, finalement, tout allait bien. Son fils se portait en réalité comme un charme. Un beau bébé bien dodu avec ses presque quatre kilos.

 

 Elle avait beaucoup aimé le regarder grandir. Il avait toujours le sourire, un sourire charmeur. Quand il avait appris qu’il aurait une petite sœur. Il avait boudé pendant quelques jours. Tout le monde, autour de lui, c’était légèrement moqué le mettant dans une colère rare et effrayante, mais en même temps très mignonne. Mais quand il vit la petite Lymle, il craqua pour le petit bout de chou et décida qu’il la protégerait toujours.

 

 Puis, il arriva le jour où la grand-mère d’Inoue décéda. Celle-ci légua à sa petite fille un vieux restaurant familial. Inoue hésita un long moment. Elle ne se croyait pas capable de s’occuper d’une telle charge, même si ce travail leur permettrait de gagner un peu plus et d’offrir ainsi à ses enfants une meilleure vie. Son fils l’encouragea à sa façon, du genre qu’elle pouvait tout réussir puisqu’elle était la meilleure des mamans.

 

 Ouvrir ce restaurant avait été bénéfique et en même temps une malédiction. Kenshiro avait commencé à changer à cette période. Il s’était toujours senti inférieur par rapport aux autres, mais au moins se sentait-il maître chez lui, mais dès que sa femme commença à travailler. Elle prit tellement d’assurance qu’il prit peur et devint plus méchant. Au début, ce fut de simples mots, mais ensuite la violence arriva, surtout dû à l’alcool.

 

 Inoue parvint à cacher sa souffrance et la violence physique pendant très longtemps à sa famille, surtout à son fils. Quant à Kenshiro, il commença à faire plus attention à son fils. Celui-ci n’en avait cure. Il n’aimait pas particulièrement son père et ne l’écoutait la plupart du temps que d’une oreille. Si ces notes à l’école étaient excellentes, c’était pour faire plaisir à sa mère et à personne d’autre, même s’il était un peu triste de ne plus l’avoir pour lui tout seul. Il devait la partager avec ses sœurs et les clients du restaurant.

 

 Mais la vie du jeune garçon changea radicalement quand il atteignit le collège. Il commença à en avoir assez d’avoir son père sans arrêt sur son dos, voulant lui régenter la vie, sa façon de penser. Kenshiro voulait endoctriner son fils pour l’accaparer, mais le garçon n’était pas aussi malléable que prévu. Alors, les coups commencèrent à pleuvoir sur le gamin. Celui-ci pleurait chaque nuit à cause des coups de ceintures, mais ne cédait pas pour autant. Sa mère finit par s’en apercevoir. Elle voulut s’en mêler et se fit frapper violemment devant les yeux de son fils. Alors, celui-ci finit par faire ce que son père voulait. Il se laissa manipuler avec la menace que s’il désobéissait, ses sœurs en subiraient les conséquences.

 

 Kenshiro ne se gêna pas le moins du monde à fouetter son fils de temps en temps juste pour lui rappeler qui était le maître dans la maison. Inoue ne vit plus le sourire charmeur de son fils. Il devint renfermer et parfois violent envers les autres. La femme pleurait souvent et maigrissait à vue d’œil. Puis, son fils atteignit ses quinze ans et là les coups devinrent plus réguliers avec encore plus de menaces concernant ses sœurs. La nuit, il pouvait entendre sa mère. Le garçon n’en pouvait plus, mais il tenait toujours le coup.

 

 La nouvelle claqua un soir d’automne. Elle rentrait très fatiguée de sa journée au restaurant. Elle avait entendu les hurlements dans le bureau de son mari. Elle avait tout lâché et ordonné à ses filles de gagner leur chambre. Quand elle était entrée avec fracas dans la pièce, son fils avait le dos en sang, écroulé sur le sol en larme, son mari le dominant avec un sourire de fou. Elle s’était jetée sur son fils. Kenshiro l’avait alors empoigné et éjecté plus loin en lui interdisant de toucher cette merde, cette lopette. Il hurlait sur son fils sur la honte qu’il jetait à sa famille. Qu’il allait se charger de lui remettre les pendules à l’heure !

 

 Après plusieurs heures plus tard, alors qu’elle soignait ses blessures. Son fils lui avait avoué aimer un garçon et qu’il n’avait pas été assez prudent, son père les avait vus. Inoue voulait que tout s’arrête. Elle allait porter plainte à la police contre la violence conjugale, mais son fils refusa. Il lui interdit de détruire la famille. Il accepterait sans broncher les coups. Un jour, le temps se vengera de lui-même de la méchanceté de cet homme.

 

 Peut-être par lâcheté, Inoue accéda aux désirs de son fils. Elle dut supporter de voir son époux détruire son fils à petit feu. Jusqu’au jour où son fils eut ses dix-sept ans. Il subit à nouveau la violence de son père au début sans broncher devant sa mère et ses sœurs complètement effrayer. Habituellement, Kenshiro ne battait pas son fils devant ses filles, mais là il venait de perdre son travail à cause de la conjecture. Il lui fallait se défouler et son bouc émissaire était là pour cela. Mais, son fils n’agit pas comme habituellement. Lymle en larme avait supplié son père d’arrêter.

 

 Pour son intervention, Kenshiro l’avait violemment giflé. Ce geste avait rendu son fils fou de rage. Il s’était redressé et avait foncé sur son père. Il l’avait agrippé et avait porté ses deux mains à la gorge prête à l’étrangler. Kenshiro allait perdre connaissance quand son fils s’était remis debout. Il regardait ses mains avec effroi, puis sans un regard à personne était parti. Inoue avait appelé à l’aide, mais personne ne retrouva son fils. Cette nuit-là, son fils disparut. Elle organisa des recherches et économisa afin d’engager un détective pour rechercher son fils, même s’il y avait peu d’espoir de le retrouver. Quelques mois plus tard, Kenshiro tomba gravement malade et malgré tout le mal qu’il lui avait fait, à elle et à sa petite famille, elle n’eut pas le courage de lui tourner le dos.

 

 Ainsi, sept ans passèrent sans plus aucune nouvelle de son fils adoré, jusqu’à maintenant. Lymle n’avait pas perdu l’espoir qu’un jour, elle finirait par retrouver la trace de son frère. Pendant que sa mère s’occupait de son incapable de père, elle l’aida au restaurant et a élevé ses petites sœurs. Elle refusa d’entrer à l’université afin d'aider au restaurant plus rapidement. Elle économisa également afin de continuer à payer le détective, bien qu’elle le demanda le service à une autre agence. Grâce à son effort, elle avait fini par retrouver sa trace dans un des quartiers de Tokyo.

 

 Elle avait mis du temps avant d’avoir le courage de l’appeler. Elle avait eu peur. Sept ans étaient passés. Il ne voulait peut-être plus avoir affaire avec sa famille. Comme elle avait tremblé de façon incontrôlable quand elle avait fait les numéros de téléphone. Elle avait eu bien du mal à s’empêcher de pleurer quand finalement, elle avait entendu sa voix au bout du fil.

 

 Et maintenant, elles étaient toutes réunies dans le salon. Elles attendaient avec impatience le retour du fils, du frère. Les plus jeunes regardaient leurs aînées avec étonnement. Elles pouvaient apercevoir leur excitation et leur peur. Elles ne comprenaient pas trop, car elles ne se souvenaient plus de ce frère. Elles n’avaient que cinq et deux ans quand il était parti. Elles appréhendaient en même temps. Comment sera-t-il ? Était-il aussi méchant que leur père ? Non, elles ne le pensèrent pas sinon leurs sœurs et leur mère n’agiraient pas de cette manière.

 

 Megumi, du haut de ses quinze ans, se tordait les doigts. Elle avait hâte et en même la peur la tenaillait. Elle lui donnait la nausée et un mal au ventre. Elle avait toujours voulu avoir un frère et pour ainsi dire, elle avait fait en sorte d’en avoir un par la présence de son meilleur ami, Shuei Morita. Mais maintenant, elle allait en avoir un, un vrai en plus. L’accepterait-il sans problème ? Mairu se posait exactement la même chose. Elle en avait assez de vivre qu’avec des filles. Elle aimait bien ses sœurs, mais bon, c’était un peu chiant aussi. Et puis, elle aimait voir le sourire à peine esquissé sur le visage de sa mère. Elle était heureuse et c’était tout ce qui importait à la jeune Mairu.

 

 Kotoro se leva et se dirigea vers la fenêtre aux rideaux beige. Elle ressemblait à une jolie fleur, aussi douce qu’un lys. Elle se souvenait que son frère l’appelait son joli Lys, alors qu’il avait tendance à traiter Lymle de grand-mère juste pour la mettre en colère. Lymle serrait la main de sa mère. Elle avait bien du mal à rester en place. Elle avait tellement remué ciel et terre pour le retrouver et il allait enfin revenir après toutes ses années.

 

 Le bruit d’une moto se fit entendre. Les femmes se redressèrent toutes en même temps. Inoue fut la première à réagir. Elle fonça vers la porte et l’ouvrit en grand. L’engin venait de s’arrêter dans l’allée. Le jeune homme la chevauchant, portait son habituel jean où à certain endroit s’était craqué, une grosse veste de cuir marron et des santiags. Il retira son casque et secoua sa tête décolorée en blond, mais dont certaines mèches gardaient sa couleur naturelle, d’un noir profond.

 

Il tourna son visage vers les nouvelles arrivantes et leur adressa un sourire, un sourire qu’Inoue n’aurait jamais pensé pouvoir revoir un jour. Des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Le jeune homme descendit de son engin et tendit les bras. La femme ne chercha pas. Dans un cri, elle se jeta dans ses bras. Peu de temps après, il eut bien du mal à tenir entre ses bras deux autres corps tout aussi féminins. Il redressa la tête et croisa le regard des deux plus jeunes, restées à l’arrière. Megumi esquissa un sourire et s’exclama :

 

- Bienvenue à la maison, onii san.