Chapitre 3

 

 Comme prévu, Carlin sauta de joie en apprenant la nouvelle. Il en devenait même impossible. Quand le jour du départ, Daisuke vint chercher Carlin, Eryna en fut soulagé. Elle adorait son fils, mais parfois il était vraiment intenable. Elle se demandait souvent d’où il avait pu hériter toute cette énergie. Bien évidemment, avec un gamin aussi turbulent, Daisuke ne passa pas inaperçu à l’aéroport.

 

 Certains voyageurs les observaient amusés, d’autres agacés. Mais pour rien au monde, Daisuke n’aurait demandé à Carlin de se calmer. Il aimait trop le voir aussi boute-en-train. C’était quand même mieux que de le voir en pleure ou le regard rempli de tristesse. D’après Eryna, le garçon n’avait pas d’ami et avait tendance à revenir de l’école avec des bleus. Apparemment, les autres élèves le chahutaient souvent et les professeurs ne faisaient rien pour y mettre fin. Il semblerait bien qu’ils ne supportaient pas le regard fixe et noir du garçon.

 

 Carlin n’avait certes pas demandé d’hériter des yeux noirs et la manie de fixer les gens de son père. Il essayait même de changer, mais rien n’y faisait. Les adultes pouvaient se révéler de vrais hypocrites et des crétins nés. Daisuke pouvait le confirmer. Il en voyait beaucoup dans son travail.

 

 Daisuke n’avait pas trop songé au début, mais maintenant il paniquait un peu. Le voyage jusqu’à Hawaï, enfin plus précisément jusqu’à l’île de Kauai, allait durer maximum bien quinzaine d’heures. Mon Dieu ! Comment fallait-il occuper l’esprit d’un enfant aussi turbulent que Carlin pendant tout ce temps ? Ils devront également changer d’avion deux fois. La première fois, il faisait escale à Londres, puis ensuite une autre à Los Angeles. Dans quelle galère venait-il de se fourrer encore une fois ?

 

 Pendant ce temps, Carlin observait son grand cousin, la tête penchée. Un sourire esquissait ses lèvres. Il avait juste huit ans à peine, mais il connaissait cet homme depuis tout petit. Daisuke était son héros, un modèle à suivre, enfin pour certains côtés. Parfois, il songeait qu’il aurait aimé l’avoir comme père et non cet autre. Carlin était content que sa mère ait réussi à lui faire changer son nom. Il n’aurait jamais supporté de continuer à porter celui du paternel. Maintenant, il portait le même que son idole. La classe !

 

Le garçon regarda autour de lui. Il y avait beaucoup de monde à l’aéroport. Son regard se porta à une boutique. Carlin se mordit les lèvres. Il mourrait d’envie. Sa mère n’avait pas pu lui en acheter la dernière fois. Il leva les yeux vers son grand cousin. Celui-ci venait de baisser le regard sur lui. Il affichait un sourire amusé. Daisuke avait compris rien qu’en observant son jeune cousin. Il prit la petite main de Carlin et l’emmena vers la boutique en question. Carlin sauta de joie quand l’adulte lui annonça de faire ses achats et de prendre tout ce qu’il avait besoin.

 

Daisuke dut faire un peu la grimace quand il fut l’heure de payer. Mais bon, le sourire de Carlin valait bien le coup de percer son porte-monnaie avant l’heure. Ensuite, il fut enfin l’heure de se rendre à l’avion. Ils passèrent sans problème les services de sécurité. Carlin se trouvait près du hublot. Alors que Daisuke serrait à s’en faire mal les appuis-bras, le garçon lui observait le décollage avec grand plaisir. Il ne se gêna pas le moins du monde à se moquer ouvertement de son cousin.

 

Le premier trajet ne dura pas très longtemps. Ils arrivèrent assez rapidement à l’aéroport Heathrow, à Londres. Ils durent attendre plus de trois heures pour le prochain décollage.  En fait, Daisuke dut s’avouer avoir craint le pire pour rien. Carlin se révélait être un ange quand il le voulait bien. Enfin, du moment que vous lui offrait ce qu’il désire par-dessus tout, ce gosse devenait des plus adorables. Pratiquement tout le trajet vers la prochaine escale, Carlin ne quitta pas une seule fois son siège. La seule chose qui l’intéressait était son carnet à dessin.

 

Parfois, Daisuke relevait les yeux de son livre de poche pour observer le talent exceptionnel de son cousin. Le garçon était un peu effrayant quand il dessinait. Son regard restait fixe sur la feuille et dessinait d’une manière presque en transe. Daisuke faisait toujours en sorte que Carlin s’installe toujours près du hublot afin que personne ne vienne le déranger. Il savait ce qu’il en coutait si Carlin était dérangé quand il dessinait. Il jetait un tel regard que les personnes blanchissaient à vue d’œil et fuyaient le plus loin possible.  

 

Lors du dernier trajet les emmenant enfin sur l’île de Kauai, Carlin s’endormit la tête sur son épaule. Daisuke voulait faire de même, mais n’y arrivait pas. Il essaya alors de regarder les autres passagers de son siège. Il ne voyait pas grand-chose, mais il pouvait quand même apercevoir une mère berçant son enfant, un couple roucoulant dans leur coin, surement des jeunes mariés allant à leur lune de miel. Un bruit lui fit retourner la tête et l’aperçut. Il l’avait déjà entre aperçu lors de l’escale à Los Angeles. La personne en question était un homme ayant à peu près son âge, semble-t-il. Il était plutôt grand, mais très mince. Il était de type eurasien. Il avait une beauté sauvage, préférant porter ses cheveux auburn longs attachés en queue de cheval.

 

L’homme dut se sentir observer car il redressa la tête quand il se pencha pour ramasser le livre sur le sol. Il jeta un coup d’œil dans la direction de Daisuke. Il lui adressa un clin d’œil. Daisuke se sentit rougir comme un adolescent. Il se détourna pour reprendre contenance. Il avait le cœur qui battait la chamade. N’importe quoi, lui ! S’émouvoir pour un clin d’œil, il fallait vraiment être un idiot ou en manque. 

 

À l’arrivée sur l’île, Daisuke dut se débrouiller à porter Carlin dans ses bras, car monsieur ne voulait pas se réveiller.  L’homme se demandait sérieusement si son cousin ne le faisait pas exprès de le mettre dans des situations assez cocasses. Comment jonglait avec un môme de huit ans dans les bras et les bagages ? Daisuke désespérait y arriver en regardant le tapis amener les sacs des voyageurs. Un petit rire se fit entendre dans son dos.  Il se retourna et sentit son cœur battre un peu plus fort. Il se demandait aussi si ses joues ne rougissaient pas à nouveau.

 

L’homme face à lui était celui qui lui avait donné un clin d’œil. Pour une fois Daisuke était ravi. Le nouvel arrivant était de la même taille que lui. il avait toujours désespéré de trouver quelqu’un pouvant le regarder droit dans les yeux sans avoir un torticolis. Les yeux vert marron de l’homme se portèrent sur l’enfant dans les bras du géant. Il eut un sourire attendri. Il s’exclama alors :

 

- Voulez-vous un petit coup de main ? Montrez-moi vos valises, je les sortirais.

 

- Ah!... Euh… Mer… merci, parvint à articuler le géant.

 

 Daisuke indiqua donc leurs sacs.  C’est à ce moment-là que Carlin se réveilla enfin. Il bailla et demanda d’une petite voix ensommeillée.

 

- Nous sommes arrivés, Dai ?

 

- Ah ! Tu te décides quand même à te réveiller marmotte. Tu vas pouvoir descendre pour que je puisse aider.

 

 Carlin secoua la tête et serra plus fort le cou de son cousin et ses jambes.  Hors de question de bouger de cette place ! Il était trop bien là ! Un rire amusé lui fit redresser la tête vers le nouveau venu. Carlin cligna des yeux un instant. Qui était cet homme ? Il lui semblait l’avoir déjà vu quelque part. L’homme lui rafraichit la mémoire.

 

- Et tu es le garçon que j’ai tamponné dans les toilettes que j’ai croisées à Los Angeles.

 

 Carlin, le reconnaissant, lui adressa un grand sourire. Il hocha la tête.

 

- Mmmh ! Vous avez dit que vous aimez bien mon dessin.

 

 L’homme émit un petit rire.

 

- Oui, mais c’est la vérité. Ton dessin représentait bien ton papa, très mignon d’ailleurs.

 

 Daisuke se sentit à nouveau rougir comme un adolescent.  Il corrigea :

 

- Euh… Je ne suis pas son père, juste son cousin.

 

- Ah ! Désolé.

 

- Non, il n’y a pas de mal. Parfois, je me dis que je regrette qu’il ne soit pas mon fils.

 

 Carlin serra plus fort le cou encore une fois. Il était touché. Carlin s’exclama alors :

 

- Je m’appelle Carlin, monsieur. Et mon cousin tout rouge, c’est Daisuke.

 

 Daisuke ne savait plus où se mettre. Mince, celui-là alors ! Il fallait toujours qu’il se moque de lui. Leur nouvel ami émit un rire. Il les avait vite repérés et il ne savait pas pourquoi, mais il se sentait soulagé d’apprendre que le géant n’était pas le père de l’enfant. Il se présenta également.

 

- Je me nomme Juntsou Fumiya. Enchanté de te connaitre, Carlin.

 

 L’enfant lui adressa un charmant sourire avant de cacher à nouveau sa tête dans le cou de son cousin.

 

- Carlin ? Tu vas descendre.

 

- Non, je reste là. J’ai sommeil, alors dépêche-toi de m’emmener faire dodo.

 

 Daisuke secoua la tête exaspérée. Ce mioche allait le faire devenir chèvre. Sans vraiment de raison, Juntsou suivit le géant accompagné de l’enfant. Quand ils furent enfin à la sortie de l’aéroport, Juntsou demanda où se trouvait leur hôtel. Avec un peu de chance, il serait au même endroit. Daisuke respira un grand bol d’air du soir. Quel plaisir d’être en vacances ! Il se tourna vers l’homme. Il était un peu gauche face à lui.

 

- Nous avons une réservation au Grand Hyatt Kauai Resort and Spa. Et vous ?

 

- Ah ! Nous allons pouvoir faire le chemin ensemble si cela ne vous dérange pas ? Je vais au même hôtel.