Epilogue : 54

 

 Bunji Sanada profita aisément de la présence de Shin pour l’accaparer. Il lui demanda de l’aide pour sa Société afin également d’introduire sa fille Hanae. Shin ne s’en offusqua pas le moins du monde. Il laissa ainsi son chaton avec Harumi. La mère et le fils apprenaient à se connaitre.

 Harumi avait deux passions, les livres et les fleurs. Elle adorait faire la cuisine aussi ; un bon point pour elle pour se rapprocher facilement de son fils. Le garçon ne savait pas trop comment considérer la jeune femme. Devait-il lui parler avec le même respect dû à une mère ? Mais, comment devait-il s’y prendre ? Il ne le savait pas. Finalement, Harumi l’aida à sa façon. Elle lui conseilla de la considérer comme une amie proche, d’abord.

 D’ailleurs, la mère et le fils aimaient beaucoup aller se promener dans les parcs ou se rendre au Zoo. Ils discutaient de tout et de rien. Ils riaient des pitreries des animaux ou de quelques adultes aussi. Beaucoup les prenaient pour des frères et sœurs à cause de leurs ressemblances.

 Shin affirmait également que leur ressemblance était assez frappante, mais pas au niveau caractère. Son chaton était plus énergique et vorace. Harumi était beaucoup plus calme et sereine. D’après Bunji, Sawako avait hérité du caractère de sa mère étant plus jeune, avant le drame. Harumi avait vu son caractère changé dû à l’internement.

 Mais du moment où la mère et le fils s’étaient finalement rencontrés, ils ne se quittèrent plus. Ils essayaient de rattraper le temps perdu. Shin aimait beaucoup les regarder, surtout quand ils squattaient la cuisine de la grande demeure Sanada. Ils discutaient avec animation et Shin laissait échapper certaines phrases juste pour hérisser son chaton sous le rire d’Harumi.

 Sawako emmena Shin au cimetière dans le milieu du mois. Il voulait présenter son compagnon à Yamamoto sensei. Il raconta sa rencontre avec le couple Yamamoto. Il lui expliqua son attachement pour cet homme qu’il avait considéré comme un père. Pour lui, Yamamoto et sa femme l’avaient empêché de sombrer et de se briser. Il avait promis au couple qu’il ne céderait jamais et qu’il vivrait comme il le désirait.

 Sawako pleura de tout son soul quand Shin s’agenouilla et salua le couple. Shin pria pour l’âme des défunts et leur assura qu’il prendrait désormais soin de ce garçon qu’ils avaient chéri parce que lui-même l’aimait à la folie. C’était le plus beau cadeau que Shin pouvait lui faire et la plus belle déclaration aussi. Shin lui assura qu’il lui en donnerait plein d’autres jusqu’à la fin de ses jours.

 Vers la fin du mois d’aout, Sawako organisa une sortie dans un parc d’attractions. Il y invita toute sa famille et passa son temps à être avec chacun d’eux sans oublier personne. Il ennuya Toshio le traitant d’idiot à tout bout de champ faisant grincer les dents du garçon. Il lui posait plein de questions sur sa petite amie. Toshio ne savait plus où se mettre ensuite, surtout quand Hanae décida de s’y mettre également. Bien évidemment, Sawako s’amusa aux dépens d’Eiji, se moqua ouvertement de son oncle Hisao et de son Emi chou.

 Mais, sa famille se vengea quand le garçon grogna de jalousie quand des jeunes lycéennes parlèrent avec Shin alors que celui-ci s’était arrêté à un stand pour prendre une boisson. Bunji Sanada pensa n’avoir jamais vécu une journée aussi radieuse que celle-ci. Toute sa famille était réunie dans la joie et la bonne humeur, dans les cris et fous rires.

 

 Évidemment, les vacances avaient toujours une fin. Le dernier jour, toute la famille était réunie à l’aéroport pour dire au revoir au garçon qui les avait réunies. Bunji avait un peu de mal à garder un sourire serein. Il était triste de voir partir à nouveau son petit fils. Hanae et Toshio l’entouraient de leur amour. Ils comprenaient très bien la tristesse du vieil homme, puisqu’ils ressentaient la même chose.

 Mais ce n’était qu’un au revoir, Sawako leur avait déjà annoncé qu’il reviendrait et il les invitait également à venir lui rendre visite en France. Bunji, même Hisao, avait déjà réservé pour les prochaines vacances. Le vieil homme observa les trois silhouettes disparaitre dans l’allée pour l’embarquement. Il laissa couler ses larmes surprenant son fils, sa fille et tout le reste. Il ne s’en rendait pas compte, car un magnifique sourire éclairait également son visage. Hisao et Hanae en étaient sous le charme. Leur père ne montrait pas souvent ses émotions. Il leur faisait un beau cadeau.

 Sawako avait demandé à sa mère de l’accompagner en France. Harumi avait longuement hésité. Elle voulait être avec son fils, mais en même temps, elle ne voulait pas laisser son père tout seul. Mais, Bunji lui avait conseillé d’écouter son cœur. Il voulait son bonheur et si celui-ci se trouvait être avec son fils. Il ne lui en voudrait pas.

 Harumi avait un peu peur. Elle se rendait dans un lieu inconnu. Depuis leur départ, elle serrait la main de son fils, craintive. Elle avait eu tout le temps à l’internement pour étudier. Elle avait ainsi appris plusieurs langues, dont le français. Shin avait été ravi de pouvoir discuter avec quelqu’un parlant correctement sa langue pendant les vacances, sous le regard attentif de son chaton. Elle avait été très surprise de voir la jalousie dans le regard de son fils. Elle ne connaissait pas ce sentiment, mais elle trouva son fils très mignon.

 Sawako lui était aux anges. Il tenait la main de deux êtres qu’il aimait. Il allait pouvoir parader comme un pinson dans l’eau maintenant. Il allait pouvoir narguer ses amis. Il espérait juste que les amis de Shin ne dévorent pas tout cru sa mère. Il devrait même faire très attention aux mains baladeuses de Nathaniel ou de Vincenzo. À vrai dire, Sawako avait eu peur que la présence d’Harumi gêne Shin. Mais, celui-ci réfuta. Il appréciait bien la jeune femme.

 Il trouvait même parfois qu’elle ressemblait de plus en plus à son chaton, surtout quand elle prenait confiance en elle. Sawako avait bien ri quand Harumi avait fait la morale à Shin et à Hisao comme s’ils étaient des enfants. Elle était plus calme et timide, mais elle avait quand même du caractère.

 Le plus grand plaisir de Sawako fut quand ils arrivèrent enfin à destination. Tous ses amis étaient là à l’attendre dans la salle d’attente. Les jumeaux italiens lui sautèrent au cou, suivi de près par Luce. Shin remarqua également la présence de son frère. Il en fut surpris. Akira lui indiqua alors que Kaigan et Hans l’avaient supplié pour venir les attendre. Et là surprise pour Shin, les jumeaux n’étaient pas venus pour retrouver leur ami Sawako, mais ils étaient là pour lui.

 Kaigan et Hans sautèrent au cou de leur vrai père avec un réel plaisir. Pour la première fois, Shin en fut troublé plus que de raison. Il adressa un sourire de remerciement à son frère. Sawako fit la présentation de sa mère à ses amis avec une certaine fierté, d’ailleurs. Harumi faillit avoir les larmes aux yeux quand son fils expliqua à ses amis qu’elle était sa mère à lui, en accentuant bien sur les mots « à lui ».

 Évidemment, le retour ne se fit pas en silence. Les plus jeunes étaient bien trop excités pour se calmer. Ils squattèrent chez Shin pour faire la fête jusqu’au petit matin.

 

 Ainsi, les jours reprirent le cours normal. Les cours reprirent. Vincenzo, Juan et Sawako entrèrent dans l’école hôtelière. Pendant ce temps, Shin s’installait tranquillement dans leur nouvelle maison en compagnie de trois chats. La vipère sembla apprécier sa nouvelle demeure et trouva rapidement la chambre des maîtres des lieux afin d’y squatter comme d’habitude. Les deux autres chatons eurent un peu de mal. Irrécupérable et Catastrophe n’avaient pas trop apprécié le changement et le firent vite savoir en commettant pas mal d’ânerie.

 Ils eurent droit à un terrible sermon de tous les diables par Sawako, sous le rire moqueur des jumeaux. Par vengeance, Sawako leur ordonna de faire le nettoyage. Ils avaient été ravis de pouvoir vivre auprès de leur meilleur ami, mais ils avaient oublié à quel point celui-ci était maniaque. Les deux derniers chatons, O’Maley et Duchesse étaient resté dans l’autre maison où Harumi s’y était installé.

 Au début, elle voulait refuser, mais Shin lui assura qu’elle ne gênait pas le moins du monde et qu’il était content de savoir cette maison habitée pendant que lui et Sawa étaient absents. Elle ne se sentait jamais seule. Elle voyait son fils chaque week-end et ses amis venaient souvent la voir également.

 Elle avait fini par ouvrir une petite boutique de fleur par très loin du centre-ville. Parfois, elle voyait arriver en courant un jeune garçon affichant toujours un sourire d’ange aux lèvres. Il venait discuter avec elle après être passé à la bibliothèque. Ensuite, il s’en allait dès qu’une moto s’arrêtait juste devant la boutique. Le pilote dont les yeux bleus l’éblouissaient chaque fois qu’elle les voyait lui faisait signe avant d’emmener son ange.

 Parfois, un géant timide venait la voir pour lui acheter des fleurs. Il rougissait toujours en sa présence. Quand il était accompagné par son compagnon, il avait le droit d’être traité d’empoté. Le pauvre rougissait alors de plus belle. C’était très mignon.

 Quand Sawako était présent, il emmenait sa mère dans le restaurant de Tabitha. Elle y fit, non seulement, connaissance avec la propriétaire, mais également avec Lina Miori, l’ex-femme de Shin. Elles devinrent amies, toutes les trois.

 Finalement, le fait de la naissance de sa petite Sara, Tabitha récupéra son mari. Celui-ci tomba fol amoureux de sa fille. Il comprit son erreur et demanda pardon à sa femme. Tabitha refusa au début, mais elle se rendit vite compte qu’elle aimait toujours cet homme, alors elle décida de lui donner une nouvelle chance.

 Lina Miori reçut un jour un coup de téléphone. C’était l’appel de la femme avec qui elle avait eu une liaison lors de la fin de son mariage avec Shin. Quand ils avaient décidé de quitter l’Australie pour revenir en France, Lina avait coupé les ponts par peur et lâcheté également. Elles parlèrent longuement et à cœur ouvert. Lina ne savait plus quoi faire, alors elle en discuta avec ses nouvelles amies. Elle trouvait étrange de discuter avec des femmes de son âge. Habituellement, elle se tournait toujours vers ses vieux amis, Shin, Nathaniel et Luka.

 Finalement, c’était agréable d’avoir des amis féminins. Elles ne pensaient pas de la même manière qu’un homme. Elles étaient beaucoup plus sensibles et parfois bien plus intransigeantes. Un beau matin, Lina s’envola à nouveau pour l’Australie, pour revenir quelques mois plus tard en compagnie d’une superbe jeune femme rousse. Loreleï, telle était son prénom, avait un caractère bien à elle, d’apparence plutôt froide, mais qui cachait un vrai cœur d’artichaut. Tabitha et Harumi l’adoptèrent aussitôt.

 

 Deux ans après l’arrivée de Sawako en France, le garçon, Shin et Harumi se rendirent au Japon pour assister au mariage d’Hanae et d’Eiji. Ce fut un magnifique moment rempli de joie et de larme. Sawako rencontra par la même occasion la petite amie de Toshio, une jeune fille douce, mais entière. Bien sûr, Sawako râla comme pas possible quand Hisao lui demanda de poser sur l’album de la famille. Mais, évidemment, il en fut comblé, surtout quand son grand-père ordonna que Shin y soit également. Il gardait toujours contact avec Gaku et le rencontra même à l’occasion. Il fit même connaissance avec ce fameux Terrence et de sa fille. Il était content pour son ami. Lui aussi méritait d’être heureux dans la vie.

 Les deux amoureux vivaient ensemble depuis plus deux ans. Ils avaient leurs querelles habituelles et adoraient se réconcilier sur l’oreiller. Sawako bénissait chaque jour présent maintenant. Il avait tout pour être heureux. Il avait Shin, son amour, des amis sincères et fidèles. Et puis, maintenant, il avait également la meilleure des mères.

 Ce jour-là, en compagnie de Luce, discutant avec son ami de son nouveau livre. Luce avait décidé d’écrire un thriller parlant d’un meurtre commis dans une école d’hôtellerie. Il avait demandé de l’aide à Sawako. Vincenzo et Juan auraient très bien pu faire l’affaire, mais ces deux-là n’étaient jamais sérieux plus de deux secondes. Sawako les réprimandait souvent à coup de pied pour les remettre dans le droit chemin.

- Au fait, as-tu appris les nouvelles ? Demanda Luce.

 Le japonais regarda autour de lui. Il sourit en apercevant la boutique de fleur de sa mère. Il attrapa la main de son ami et le tira dans cette direction. Luce songea que si Erwan les apercevait se tenant la main, il en deviendrait jaloux. Il eut un sourire en haussant les épaules. Les états d’âme de son petit ami, il n’en avait cure. Il savait comment le calmer de toute façon. Et Shin ? Comment réagirait-il en les voyant ? Luce n’osa pas le demander.

- Non, je viens juste de rentrer, Luce. Shin m’a empêché d’appeler pendant toute la semaine. Il a dit : « Nous sommes en vacances, les amis ? Tu les oublies ».

- Haha ! Je suis sure qu’il t’a occupé pour que tu puisses nous oublier.

 Le japonais rougit aussitôt. Il ne lui avait même pas laissé une occasion de se reposer. C’était des vacances, mais il avait l’impression d’avoir fait le marathon.

- Alors, c’est quoi ces nouvelles ? Répliqua-t-il pour changer de sujet.

- Nous allons assister à un mariage dans quelques mois. Cody a réussi enfin à demander Thalia en mariage.

- Ah ! Quel boulet, celui-là ! Il en a mis du temps à se décider. Et l’autre nouvelle ?

- Asia est amoureuse.

- Hein ? Comment se fait-il que je ne sois pas au courant ? Elle me dit tout. Quand je la verrai, elle va m’entendre.

 Luce grimaça. Il plaignait la pauvre Asia.

- D’abord comment le sais-tu ?

 Luce adressa un sourire à son ami.

- Parce que je l’ai surprise au téléphone. Tu aurais vu ces rougeurs quand elle m’a vu. Trop mignon.

 Ils arrivèrent devant la boutique. Sawako regarda à l’intérieur et aperçut sa mère. Elle s’occupait d’un client. Quelque chose l’interpela. Sa mère agissait différemment que d’habitude. Un sourire commença à esquisser les lèvres du japonais. Sa mère avait les yeux brillants, les joues légèrement rosâtres, et son attitude était intimidée. Sawako s’exclama alors ;

- Mmmh ! Il semble bien qu’il n’y a pas qu’Asia qui soit amoureuse.

 Luce arqua les sourcils sans comprendre, puis il se tourna vers la vitrine. Il comprit en voyant la mère de son ami. Il sourit à son tour.

- C’est le printemps. C’est le mois idéal pour les amours naissants.

 Sawako s’éloigna légèrement de la vitre et attrapa à nouveau la main de Luce et s’exclama :

- Et si nous allions voir nos amoureux. Si je me souviens bien, ils sont ensemble, non ?

 Luce agrandit son sourire.

- Oui, Erwan m’a dit qu’il devait parler avec Shin sur certains dossiers importants. Pourquoi ?

- Nous allons aller les ennuyer. Je meurs d’envie de voir leurs têtes en nous voyant arrivé, les mains liées.

 Sawako jeta un dernier regard par la vitrine. Apercevant le sourire radieux de sa mère, il respira une bonne bouffée d’air printanier. Il leva les yeux vers les cieux. «  Yamamoto sensei, je suis heureux de vivre, vraiment très heureux ! »

 

Fin