Nash Dailey, le terrien 09
Chapitre 9
Après
la discussion intéressante et frustrante à la fois avec l’empereur de Sowata,
Jeff décida de rentrer dans ces nouveaux appartements. Il remarqua assez
rapidement le regard triste des deux gosses. Ils essayaient de garder le
sourire, mais le cœur n’y était plus. Depuis combien de temps aucun adulte ne
s’était occupé d’eux ? Jeff n’osait pas le demander. Après une certaine
réflexion, il se décida. Il invita ces nouveaux petits camarades à
l’accompagner. Aussitôt, le sourire revint en force, mais avec un certain recul
tout de même. Patrocle et Naya avaient trop souffert de l’exclusion pour donner
entièrement confiance à un parfait étranger, même sympathique à souhait.
Au
retour, Naya interrogea l’adulte pour savoir s’il était seul. Elle apprit ainsi
qu’une femme l’accompagnait et non, ce n’était pas son épouse ou quoique se
soit d’autre, mais juste une amie. Jeff se demandait bien pourquoi il devait se
justifier, mais il le fit de bonne grâce.
Quand
il entra dans l’appartement avec les deux enfants intimidés, il retrouva Karen,
dans le canapé, se tortillant les mains. Libertia lui tenait compagnie. La
jeune Prêtresse le vit et lui adressa un sourire.
- Ah ! Vous voilà, Maître Hikory.
Votre jeune amie commençait à s’inquiéter. Avez-vous aimé votre promenade.
Jeff
fronça les sourcils. Il avait l’impression que la Prêtresse savait pour sa
rencontre avec l’empereur.
- Pardon Karen, j’aurais dû vous
prévenir et oui, c’était très agréable et puis j’ai fait une agréable
rencontre, dit-il en montrant ces deux camarades.
La
terrienne hocha la tête. Après tout, elle connaissait Jeff que depuis peu, même
si les circonstances avaient fait d’eux des amis d’infortune. Elle baissa son
regard sur les deux enfants. Elle se leva et s’agenouilla devant eux. Patrocle
et Naya se sentaient intimidés devant cette femme blonde, très jolie au goût de
la petite. Karen toucha la joue de chacun avec tendresse. Naya aperçu également
une légère tristesse dans le regard de la femme, comme plutôt avec Jeff. Étrange !
Mais, bien vite, la terrienne reprit un certain masque et s’exclama :
- Et bien, je n’aurais jamais cru, Jeff
que vous attiriez les enfants à ce point.
- Je m’en étais jamais rendu compte
auparavant. Peut-être le fait de n’en avoir jamais vraiment côtoyé.
Patrocle
regardait la Prêtresse. Elle l’effrayait un peu, mais elle ne ressemblait pas
du tout à ce à quoi il s’était imaginé. La rumeur des bas fonds était que les
Prêtres et les Prêtresses agissaient comme des robots sans âme, ni émotion.
Libertia ressentait le mélange de peur, de crainte, de curiosité et
d’admiration venant des deux enfants Déjaniras. Elle scanna rapidement dans
leur esprit pour les connaitre.
Elle
sursauta. Le terrien avait posé une main sur chaque épaule des enfants et la
regardait légèrement contrarier. Il avait compris son manège. Elle se mordit la
lèvre. Cet homme était bien trop perspicace et le fait de les toucher,
l’empêchait de les scanner entièrement. Mais, le peu qu’elle trouva lui suffit.
Elle pencha la tête avec un sourire en coin.
- Vous allez agacer plus d’un, Maître
Hikory.
L’homme
répondit à son sourire sous le regard stupéfait des trois autres protagonistes.
Il haussa les épaules.
- Vous m’en voyez ravi.
Pour
la première fois, ils entendirent Libertia rire. C’était très agréable à
entendre. Libertia avait déjà une voix cristalline, même si elle parlait
souvent de façon atone, sans émotion. Alors, son rire donnait envie d’en faire
autant. Elle se calma et reprit :
- Mon Maître ne s’est pas trompé à votre
sujet. Il a dit exactement : « Si Tarosa lui a donné sa confiance,
alors c’est que cet homme le mérite. Et si en plus, il peut emmerder le
conseil, surtout Sylvanus, alors là, je lui tirerais mon chapeau. »
- Euh ! Votre maître est
Tirésias ? Demanda Jeff, halluciné.
- Et non, tout faux. Je suis la
Prêtresse attitrée de Maître Yakumo, empereur de Tyron. C’est le plus jeune
empereur. Il a tendance à parler toujours crument. Il n’aime pas trop le
blablatage incessant dans les réunions du conseil. Mais, comme pour Sowata, il
ne peut pas toujours aller contre l’avis de Sylvanus.
- Pourquoi ? Interrogea Karen,
après s’être relevé et de nouveau installé dans le canapé, avec les deux
enfants.
- Parce que son royaume est le plus
petit. Il ne veut pas de guerre. Sylvanus détient le plus grand des domaines.
Le terrain où toute la circulation peut se faire. Les trois autres contrées
sont plutôt campagnardes et montagneuses. Les vaisseaux n’ont pas accès dans
ses royaumes à cause du vent, pouvant être puissant, à cause de l’océan
meurtrier. Et surtout, ils n’ont pas les moyens financiers pour combattre
Médrina.
- En gros, il laisse les rebelles faire
le boulot à leur place, répliqua alors Patrocle, de sa voix enfantine, mais
pourtant très mature à cet instant là.
Un
son retentit. Libertia regarda la porte d’entrée un long moment avant d’avoir
un hoquet de surprise. Les deux adultes l’observèrent surpris. Que se
passait-il ? Libertia se tourna vers eux et s’exclama :
- Je ne sais pas si cela va vous plaire
ou non, mais nous venons d’apprendre que le vaisseau emportant Tarosa et le
mandralore n’est jamais arrivé à l’arche d’Hadès. Il a été retrouvé vide de
tout occupant.
La
surprise était de taille. Jeff ne savait pas s’il devait s’en réjouir ou non.
Le fait que les deux prisonniers n’aient pas atteint la prison était une bonne
chose, surtout pour Dawn. Mais où étaient-ils, maintenant ? Comment
avaient-ils fait pour disparaître ? Et l’équipage ? Libertia porta
une main à sa tête comme si elle souffrait.
- Je dois vous quitter. Vous devriez
rester dans cet appartement jusqu’à nouvel ordre. Apparemment, les gardes sont
assez agités par la disparition totale de l’équipage du vaisseau. Alors, pour
votre sécurité, s’il vous plait, restez tranquille. Je….
Elle
se tut, puis dans un geste rapide, elle se rendit vers la sortie. La porte se
referma sans qu’elle ne prononce un autre mot. Qu’allait-elle voulu dire ?
Peut-être le sauront-ils quand elle reviendra ? Naya baissa la tête,
légèrement gênée.
- Nous sommes désolés d’accaparer votre
maison.
- Ne t’en fait pas, Naya. Vous ne nous
dérangez pas le moins du monde.
- C’est bien vrai ? Demanda-t-elle,
anxieuse, levant son visage enfantin vers la jeune femme.
Karen
sourit et lui caressa la tête. La jeune fille avait de très beaux cheveux, très
doux.
- Non, vous pouvez rester ici. Nous
serons peut-être à l’étroit, mais nous ferons avec pendant quelque temps.
Elle
se tut un instant, puis elle s’exclama :
- Je sais qu’e Tarosa est responsable de
la disparition de Nash, mais je suis quand même contente d’apprendre qu’il n’a
pas atteint la prison.
Jeff
se passa une main rapide dans les cheveux. Il en était satisfait également.
Mais, ils devront le garder pour eux, semble-t-il. Il releva les yeux et
observa les deux enfants. La jeune fille profita agréablement de la tendresse
de Karen. Patrocle se trouvait près de la fenêtre. Il observait le dehors en
silence.
- Connaissiez-vous Tarosa Medrill ?
Patrocle
se retourna et hocha la tête.
- Évidemment ! Tous les gens des
sous-sols le connaissent et puis, c’est un Espacien et avant il a été orphelin
comme nous. Il a grandi dans la rue avec sa sœur jusqu’à ce qu’il se fasse
ramasser par les gardes après un vol. ils l’ont envoyé dans un orphelinat
spatial avec sa sœur.
- Alors, il a une sœur ?
Patrocle
regarda Naya un moment. Celle-ci hocha la tête comme pour donner son accord. Le
garçon hésita un instant.
- Logiquement, nous ne devrions pas
connaitre ce détail, mais je suis plutôt doué pour trafiquer les ordinateurs. En
fait, non je suis un véritable génie.
Le
gamin semblait très content de lui. Naya leva les yeux au ciel. Incorrigible,
celui-là ! C’était surtout illégal et dangereux.
- Dans un dossier confidentiel, il est
précisé que la hors-la-loi Erianisa serait en réalité la sœur de Tarosa
Medrill. Qui selon le dossier, elle se serait évadée après avoir massacré
tout l’équipage qui devait l’emmener pour devenir une grande Prêtresse. Aucune
preuve n’a été fournie pour inculper le frère de complicité. Il s’est battu
ensuite comme un forcené pour devenir un Espacien et bien plus encore, mais
Sylvanus lui a toujours barré la route.
- Et bien, je n’aurais jamais pensé
avoir autant de données sur quelqu’un. Tu es un redoutable informateur, mon
petit. C’est intéressant !
- Alors, je vous serais très utile,
n’est-ce pas ?
Karen
se mit à rire devant la tête de Jeff. Elle s’exclama joyeusement :
- Voilà, comment devenir
indispensable ! Vous venez de vous récolter un deuxième fils, Jeff.
- Deuxième ? Aux dernières
nouvelles, je suis une fille, moi !
Karen
pouffa encore plus en voyant Jeff se décomposer encore plus. Il gémit. La jeune
femme s’excusa :
- Bon, je corrige. Il vient de récolter
deux fils et une fille.
- Karen, je n’ai pas de fils.
- Bien sûr que si, vous oubliez
Nash ! Tout le temps qu’il était avec nous, il vous suivait comme votre
ombre, avec sa nounou. C’était trop chou.
- Allez-y, continue à vous foutre de ma
poire !
- Comme si je vais me gêner.

