Chapitre 8

  

 La journée avait été très éprouvante pour Karen. La jeune femme finit par visiter les deux portes closes de la pièce. Elles révélèrent deux chambres munies d’une salle de bain propre. Elle se laissa tenter par une douche relaxante, puis un petit somme. Jeff lui tournait en cage dans cet appartement.

 

 Il n’en revenait pas de toutes ses révélations. La trahison de Tarosa le perturbait également. Pourquoi avait-il fait disparaitre Nash ? Qu’auraient fait les Déjaniras au gamin ? Il se passa une main dans les cheveux, les ébouriffant encore plus. Pauvre Dawn ! Il avait trahi son peuple pour finir dans une prison. C’était vraiment injuste.

 

 Jeff tournoya encore une fois dans l’appartement. Il avait l’impression d’étouffer. Il finit par sortir. Aussitôt un léger vent vint le chatouiller. L’air était doux et agréable. Une bonne odeur de fleur venait parfois le titiller. Agréable était le mot qui lui venait souvent en tête dès que le vent venait lui faire la fête. Les Déjaniras ne faisaient même pas attention à lui. Il avait presque l’impression d’être sur Terre, incognito.

 

 Il hésita un instant puis il finit par se mettre en route, tout en longeant la rembarre. Il se demandait s’il y avait possibilité de rejoindre le sous-sol afin de voir les arbres de plus près. Il en était là de ces réflexions quand il bouscula une jeune fille qui chuta sur les fesses.

 

- Haha, Naya ! Je t’avais prévenu que cela t’arriverait, s’exclama un jeune garçon hilare qui accompagnait la jeune demoiselle.

 

- Espèce d’empoté ! Tu pourrais m’aider au lieu de ricaner.

 

 Elle sursauta en apercevant la main tendue de l’homme qu’elle venait de se prendre de plein fouet. Elle en fut agréablement surprise. La plupart des Déjaniras se fichaient royalement des orphelins dans son genre. Ils lui auraient crié dessus pour la faire déguerpir avec moule menace.

 

- T’es-tu fait mal ? Demanda l’homme en question.

 

 Elle avait dû réellement se faire mal à la tête pour délirer de cette façon. Elle jeta un coup d’œil à son ami. Celui-ci, aussi, regardait l’homme comme un extra-terrestre. Elle finit par déposer sa main dans celle tendue et elle fut remise sur pied sans effort.

 

- Euh ! Merci de votre aide, monsieur.

 

- Il n’y a pas de quoi, jeune demoiselle. Je ne regardais pas devant moi, alors je m’excuse de t’avoir bousculé.

 

 Les deux jeunes gens se regardèrent encore plus surpris. Puis, le garçon finit par demander.

 

- Vous n’êtes pas du coin, je me trompe ? Vous venez d’une autre contrée, c’est pour cela que vous n’agissez pas comme les gens de Médrina ?

 

 Jeff leva un sourcil de stupeur. Il finit par regarder autour de lui. Alors que peu de temps auparavant, les habitants ne le regardaient pas là, ils le fixaient comme s’il avait commis un impair. Il en fut troublé. Il reporta son regard sur les jeunes gens. Quels âges pouvaient-ils avoir ? À vue d'œil, il leur donnerait bien une dizaine d’années. Il leur sourit et expliqua :

 

- Non seulement je ne suis pas de Médrina, mais je ne suis pas non plus de cette planète.

 

- Waouh ! Vous êtes un extra-terrestre ? Bah ! Ca alors, je n’aurais pas imaginé une seule seconde que vous nous ressemblerez, s’exclama le garçon, enthousiasmé.

 

- Veuillez pardonner la délicatesse de mon camarade, répliqua la demoiselle.

 

 Jeff les détailla un peu. La jeune fille portait une tunique vert bouteille courte avec en dessous un pantalon de même couleur. Elle était plus petite que le garçon avec les cheveux blonds, longs attaché en queue de cheval. Le garçon lui portait un pantalon marron vieux et élimé sur les genoux et un haut en toile crème. Ces cheveux châtain étaient fraichement coupés à la base de la nuque et quelques mèches se baladaient sur son front espiègle. Malgré son âge, Jeff put constater qu’il possédait déjà une bonne carrure.

 

- Il n’y a pas de mal, jeune fille. Je m’appelle Jeff Hikory. Puis-je connaitre votre nom, jeunes gens ?

 

 Les deux enfants se regardèrent un instant, puis avec un grand sourire, la jeune fille se présenta, ainsi que son compagnon.

 

- Je m’appelle Naya et lui, c’est Patrocle. Nous n’avons plus de nom. Il a été retiré lorsque nous sommes devenus orphelins.

 

 Jeff tiqua. Pourquoi enlevaient les noms des orphelins ? La plupart du temps, c’était la seule chose qui pouvait les rendre humains et valables à leurs yeux. L’homme resta pensif un instant, puis il demanda :

 

- Dites-moi, les enfants. Y-a-t-il un moyen de descendre pour voir le sol ? Ou bien, est-ce interdit ?

 

 Les deux enfants s’extasièrent. Naya attrapa la main de l’étranger et le força à la suivre. Patrocle expliqua :

 

- Les Déjaniras trouvent stupide de vouloir descendre. En fait, ici, plus tu montes, plus tu es une personne d’importance. Pfft ! Pour moi, les personnes les plus importantes sont les Espaciens. J’aimerais tant pouvoir en devenir un.

 

- Ne rêve pas, Patrocle. Avec notre héritage, nous ne serions jamais admis.

 

- Ce n’est pas juste. Nous ne sommes pas responsables des dérapages de nos parents. Pourquoi devrions-nous en subir les conséquences ?

 

- Parce que la loi est ainsi faite !

 

- Elle est nulle cette loi !

 

- Patrocle, ferme-là ! S’exclama Naya, craintive.

 

 La jeune fille observa les alentours et fut soulagée au bout d’un certain temps. Elle jeta un regard noir à son ami. Quel empoté, celui-là ! Il allait finir par les faire enfermés pour de bon à dire des choses pareilles. Jeff écoutait calmement les jeunes gens. Il apprenait plus facilement la loi en les écoutant qu’en lisant des papiers interminables. Naya l’emmenait tout le long du pont suspendu jusqu’à une nouvelle tour. Puis, elle se dirigea vers le centre pour rejoindre un ascenseur.

 

- Voilà, vous appuyez ensuite sur le bouton ressemblant à un totem. Si vous appuyez sur celui ressemblant à un oiseau, il vous emmènera jusqu’au dernier étage. Mais c’est assez risqué, vous risquerez de vous retrouver face à face avec les gardes de la royauté. Ils ne sont pas tendres, surtout ceux de Sylvanus, expliqua Patrocle.

 

- Mais tu es impossible aujourd’hui, s’écria Naya. Veux-tu vraiment finir tes jours sur Hadès comme nos parents ?

 

- Euh ! Vous êtes frère et sœur ? Finis par demander Jeff.

 

- Hein ? Ça ne va pas la tête. Hors de question de faire partie de la famille à cet empoté !

 

- Ah ! Tu es cruelle Naya !

 

- Non, juste la vérité, pure et simple.

 

 Jeff éclata de rire devant la tête boudeuse du garçon. Il n’avait jamais été autant avec des enfants que depuis quelque temps. Finalement, c’était rafraichissant à souhait et leur compagnie n’était pas aussi désagréable qu’il avait toujours pensé. Son sourire se figea au souvenir du petit Nash. Où était-il ? Allait-il bien ? Finalement le peu qu’il l’avait connu, le garçon l’avait conquis. La jeune fille serra plus fort sa main dans celle de l’humain. Elle avait aperçu son regard s’assombrir. Quelque chose l’avait rendu triste.

 

 En réponse, Jeff lui ébouriffa ces cheveux blonds. Elle lui adressa un franc sourire, ravi. L’ascenseur arriva enfin à terme et dès la porte s’ouvrit, la jeune fille força l’homme à la suivre presque en courant. Patrocle les suivait plus lentement. Ils arrivèrent près d’une autre porte. Naya appuya sur une touche. La porte s’ouvrit.

 

 Jeff passa l’ouverture et resta scotché, complètement subjugué par la beauté du lieu. Naya l’avait emmené dans une sorte de parc. Le Terrien s’amusa à marcher dans l’herbe bien verdoyante, jusqu’au petit lac dominant le centre. Un pont de bois le traversait. Jeff s’y aventura et observa l’eau cristalline. Comment ne pas tomber sous le charme de ce parc ? C’était magique. Il observa les immenses troncs. Il ne pourrait en faire le tour de ses bras. Il leva les yeux vers les branches. Les arbres ressemblaient aux saules pleureurs. Ils étaient majestueux.

 

- Je vois que vous appréciez la beauté naturelle, S’exclama alors une voix masculine, très grave.

 

 Jeff sursauta, tout comme les deux enfants. Ceux-ci se positionnèrent automatiquement derrière le Terrien, comme si celui-ci pouvait les défendre en cas de coup dur. Jeff se tourna vers la voix et aperçut un homme de grande prestance, les cheveux grisonnants, le visage triangulaire légèrement ridé, mais dont le regard mauve brillait d’intelligence et de chaleur.

 

- Désolé de vous avoir effrayé les enfants.

 

 Naya et Patrocle furent à nouveau surpris. Voilà la deuxième personne de la journée à leur parler correctement. Quel drôle de coïncidence !

 

- Qui êtes-vous ? Demanda Patrocle. Vous n’êtes pas des sous-sols.

 

 L’homme se mit à rire. Il semblait de bonne humeur.

 

- Il est vrai que je ne suis pas du coin. Je ne suis pas de cette région non plus. Médrina pourrait être une ville charmante si elle n’était pas gouvernée par un débile pareil.

 

 Patrocle et Naya en furent bouche bée sous le coup. Un adulte parlait comme ça de l’empereur risquer fort bien d’aller direct sur Hadès.

 

- Vous n’avez pas froid aux yeux pour parler ainsi de l’empereur, murmura Jeff, circonspect.

 

- Mmmh ! Vous avez raison, Jeff Hikory.

 

 Le Terrien sursauta. Comment connaissait-il son nom ? Le nouvel arrivant émit un petit rire. Il s’expliqua :

 

- Je voulais vous parler seul à seul, alors je vous ai suivi. Vous ne l’aviez pas remarqué, n’est-ce pas ?

 

 Voyant la surprise sur les traits de l’homme comme pour ceux des enfants, il se mit à nouveau à rire.

 

- Il est facile de paraitre autre chose que ce que l’on est réellement. Mon nom vous mettra peut-être la puce à l’oreille. Je suis Tirésias Sowata.

 

- Quoi ? Vous êtes l’empereur de Sowata ? Waouh ! La classe ! S’écria Patrocle, légèrement excité.

 

 Tirésias éclata de rire de l’enthousiasme de l’enfant.

 

- Il y a quelques années, j’ai rencontré un gamin qui avait ta pêche mon garçon. Il était aussi jovial et enthousiasme. C’est agréable de voir que d’autres enfants le sont encore.

 

- Cet enfant, c’était Tarosa, n’est-ce pas ?

 

- Ah ! Vous êtes au courant. Oui, j’ai même voulu l’adopté, mais il a préféré la liberté de l’espace. Je le comprends aisément.

 

 Jeff haussa les épaules. Pour finir en prison, drôle de liberté !

 

- Je n’aurais pas cru qu’il irait jusque-là. J’ai pu lui sauver la mise quelques années plus tôt avec la fuite d’Erianisa, mais là, je ne peux plus rien faire. J’en suis fort triste. Il est comme un fils.

 

- Pourquoi vouliez-vous Nash ?

 

- Est-ce le nom de l’enfant ?

 

- Pourquoi en avez-vous après ses pouvoirs ?

 

 Tirésias fixa le Terrien pendant un long moment dans les yeux. puis, il répondit :

 

- Nous lui aurons appris à se servir correctement de ses pouvoirs. Nous lui aurions donné une nouvelle famille.

 

- Un Prêtre ? Auriez-vous fait de lui un Prêtre ? Alors, dites-moi pourquoi Tarosa affirmait qu’il serait devenu le pantin des empereurs.

 

 Tirésias en resta bouche bée. Tarosa avait donné une sacrée confiance à cet humain. Pour quelle raison ? Il hésita un instant, puis Tirésias renchérit :

 

- Écoutez, je ne peux rien vous dire maintenant. Mais, je vous promets de vous montrer un vrai Prêtre. Vous comprendrez alors l’acte de désespoir de Tarosa. Ne lui en veuillez pas de son acte, il le paie assez chèrement maintenant. Mais, sachez juste que j’aurais surement fait pareil à sa place.

 

- Mais justement, vous ne l’avez pas fait.

 

- Vous me plaisez bien, terrien. Non, je ne pourrais le faire. J’ai un peuple à gouverner et il est hors de question pour moi de mettre mes sujets en danger.