Chapitre 6

 

 Le Système Oméga était composé par son soleil de son nom Séléné, au centre, une énorme boule de feu dont les statistiques l’affirmaient très jeune. Cette étoile lumineuse et brûlante était entourée par cinq planètes, dont deux d’entre elles, Setha et Matra, étaient inhospitalières, faite seulement de gaz. Les autres par contre étaient peuplés. Athénaïs, planète paradisiaque, était pour les fortunés. Une planète où il était bon de vivre sa fin de vie, où les indigènes n’étaient que des femelles, le plus souvent en chaleur pour le plus grand plaisir des visiteurs masculins ou féminins, d’ailleurs.

Les immenses forêts permettaient également la chasse animale ou homme aussi. Les mercenaires aimaient bien lâcher des prisonniers pour mieux apprécier de les traquer ensuite. Les prisonniers devaient, non seulement, fuir leurs bourreaux, mais également les faunes locales dès plus carnivores. Ensuite venait la planète Ifrit, la plus proche du soleil. Habitable, mais dans des abris construits. Risque grave de brûlure si le corps était exposé hors de la combinaison spéciale. Elle ressemblait plus à un dépotoir qu’à un lieu habitable, mais les usines métallurgiques y poussaient comme des champignons. La dernière était la planète Shiva, la planète froide, glaciale. Un nez dehors sans combinaison et vous gelez en joli statut. La planète idéale pour les recherches scientifiques.

Et entre ces trois planètes, il existait une immense tour, appelées également le Dôme ou par d’autres races, la citadelle, entièrement construite par des ancêtres disparus depuis fort longtemps sans laisser de traces à part leur technologie. Maintenant, ce Dôme s’appelait Adonis, un lieu de transit où toutes les races galactiques pouvaient se côtoyer et s’adonnaient à tous les plaisirs pouvant leur plaire.

Les vaisseaux s’y arrêtaient pour acheter leur carburant, pour faire des achats de nourritures ou juste pour se détendre avant un long voyage. Ils avaient le choix entre le bordel du coin, la maison close comme certaine le surnommaient. Ceux qui y entraient par contre payaient une fortune pour prendre leur plaisir avec les locataires de cette maison. Sinon, il y avait la boite de nuit, le Cyclone envoutant, où des danseuses pouvaient danser pour le client si celui-ci y mettait de la bonne volonté. Où le voyageur pouvait perdre une énorme fortune en jouant dans le casino, Le Fantassin.

Les voyageurs pouvaient également se rendre dans l’arène de combat, soit animal ou entre guerrier. Ils avaient le droit de parier pour le vainqueur. La plus grande distraction de ce lieu était surtout le combat contre Kromas et prisonnier. Mais, il y avait également le combat entre gosses. D’ailleurs, un spectacle qui ravissait particulièrement les Kromas ou les Mandralores, mais les races humaines, Déjaniras, Vargas et bien d’autres aussi appréciaient également, à part quelque exception évidemment. La dernière distraction du lieu était bien évidemment le marché d’esclaves. La vente d’esclaves était un marché très lucratif.

Ce marché se faisait dans les derniers sous-sols où se côtoyaient la plupart des pauvres âmes. Parfois, certains parents très pauvres vendaient leurs progénitures aux marchands d’esclaves pour quelques souverains. Adrid Nothinger ne s’était pas gêné de vendre ses quatre fils et ses cinq filles de cette façon. Maintenant, il craignait pour sa vie. Le dernier qu’il avait vendu était son dernier fils. Il avait toujours haï celui-ci. C’était un sale gosse très fort et à la langue bien pendue.

En le vendant, il avait espéré qu’il disparaisse à jamais du Dôme, mais voilà Erianisa l’avait acheté. Il ne savait pas ce que cette femme, dont le nom lui donnait la chair de poule, allait en faire de son fils. Mais si par malheur, Alone survivait, Adrid craignait pour sa vie. Beaucoup affirmaient les Vargas comme de pauvres créatures sans planètes, donc sans ressources. Pourtant, les Mandralores hésitaient maintenant de se mettre à dos les Vargas. Certes, son peuple se retrouvait maintenant sans leur planète d’origine, mais ils avaient colonisé plusieurs planètes avant que le drame n’arrive. Les Vargas n’étaient pas à la rue comme beaucoup le pensaient, mais seuls les méritants pouvait avoir le luxe de vivre dans une de ses planètes colonisées.

Pour son malheur, Adrid n’avait rien d’un guerrier comme ses ancêtres. Certains l’appelaient la chiffe molle. Un être tellement misérable qu’il aurait été capable de vendre sa propre mère si elle avait été encore en vie. Adrid tremblait de tout son corps de trouille. Il s’était caché derrière un pilier et de là où il se trouvait, il pouvait le voir. Que faisait-il ici ? Que manigançait-il ?

Adrid regardait un jeune Vargas, très mince, et en même tout en muscle fin. Les prostituées du coin reconnaissaient très bien la qualité guerrière dans ce corps vif et souple. Ces femmes ne diraient surement pas non si celui –ci demandait quelque faveur. La plupart adoraient avoir les Vargas comme clients, tout comme les hommes appréciaient avoir les femmes Vargas comme partenaires. Mais pour cela, il fallait réussir à attirer leur attention et surtout supporter leurs mauvais caractères.

Le jeune Vargas ne semblait pas remarquer le regard sur lui. Pas que cela le laissait indifférent, après tout, il était jeune et vaillant. Il avait déjà eu quelques partenaires maintenant, mais pour l’instant, il recherchait quelqu’un. Il se promit d’ailleurs de l’étrangler net quand il le trouverait. Où était passé le pleurnichard ? Pourquoi son jeune compagnon de route n’était plus le garçon trouillard et chialeur à tout bout champs ?

Alone se gratta la tête. Un nouvel arrivage d’esclaves venait d’arriver. Alors, il y avait foule sur la place. Alone avait un mauvais pressentiment. Son stupide ami allait encore faire des siennes. Enfin, il en avait pris l’habitude depuis un peu plus de six ans maintenant.

Il s’avoua quand même avoir pris grand plaisir de cogner Nash plus d’une fois quand ils étaient plus jeunes. Erianisa voulait que son jeune protégé s’endurcisse et tous les coups fussent permis. Dans un sens, il est vrai que son jeune ami humain n’avait pas eu une vie très rose depuis son arrivée sur Adonis. Erianisa l’avait pour ainsi dire forcé à grandir plus vite. À faire taire son humanité afin qu’il puisse vivre auprès de tous ces Aliens différents. Elle lui avait enseigné toutes les langues connues. Il devait les assimiler rapidement sinon il se faisait battre par Odany et Xatmer.

Nash avait dû également apprendre à se servir d’armes à feu, d’abord sur des mannequins et ensuite sur des êtres vivants. La première fois qu’Erianisa lui avait ordonné de tuer un Gobrasien, un alien aux écailles de serpent et à tentacule. Nash avait d’abord refusé. Il avait à peine huit ans à l’époque. Alors, pour le punir, Erianisa l’avait envoyé sur Ifrit, dans une des mines. Beaucoup d’enfants y étaient envoyés, car plus apte à pénétrer dans les galeries trop petites pour les adultes. Alone ne l’avait pas accompagné. Erianisa avait refusé. Elle voulait punir le gamin de sa désobéissance. Elle l’avait donc éloigné de la seule chose que le gamin avait de précieux sur Adonis.

Alone était devenu la raison pour laquelle Nash acceptait de vivre. Au début, il refusait de se nourrir et pleurer chaque nuit, malgré les coups d’Alone pour le faire taire. Puis, petit à petit, Nash avait fini par s’attacher au Vargas. Il avait fini par le comprendre. La violence d’Alone était dans ses gènes. Il l’avait compris en côtoyant d’autres Vargas dans le dôme. Les mandralores avaient tenté de kidnapper à nouveau le garçon, mais c’était sans compter par la présence du Vargas et des Kromas d’Erianisa.

Nash avait dû travailler dans la mine pendant plus de six mois. Il subit comme à son habitude la violence de ces gardes, mais également échappée à leur toucher. La plupart des enfants se faisaient violenter et là, le garçon dut se débrouiller tout seul. Alone n’était pas là pour le protéger, ni Odany ou Xatmer. La peur au ventre à chaque fois où il s’endormait dans ses mines, fit revenir un de ces pouvoirs. Il ne se souvenait toujours pas d’où il venait ou qui était sa famille, mais il put ainsi se protéger contre le harcèlement sexuel des gardiens.

La première fois où il utilisa la télékinésie l’avait effrayée, mais il avait pu constater de son efficacité. Il pouvait soulever tout ce qu’il voulait du moment que cela ne dépassait pas un certain poids trop élevé. Quand sa punition fut enfin terminée, il fut ramené auprès d’Alone. À partir de ce jour, Nash n’avait plus versé une larme, mais cela n’empêchait pas le moins du monde Alone de le frapper quand cela lui chantait. Un an après, Erianisa relança son ordre de tuer. Nash appuya sur la détente.

Ensuite, il s’enferma dans sa chambre pour hurler sa détresse. Alone, pour une fois, n’avait pas réagi comme à l'accoutumée. Il n’avait pas frappé, mais il avait pris Nash dans ses bras. Il l’avait laissé pleurer de tout son saoul. Nash pleurait pour quelque chose de valable. Le meurtre était quelque chose de moche, d’horrible, alors commis par un jeune garçon d’à peine neuf ans, c’était abject.

Alone se concentra plus attentivement sur le marché. Quelque chose le gênait. Il avait l’impression qu’on l’observait. Il jeta un coup d’œil vers sa gauche et vit un mouvement près d’un pilier. Il crut reconnaitre son géniteur. Un sourire mauvais apparut sur ses lèvres. Il allait enfin pouvoir se venger. Enfin, c’était ce qu’il espérait sauf qu’à cet instant, une explosion retentit près de l’arrivée d’une troupe de mandralores. Alone soupira. Et voilà, Nash recommençait à faire des siennes. Pour une raison inconnue, le jeune humain avait décidé de nuire au bon fonctionnement de l’esclavage. Alors quand il n’avait rien à faire, il descendait au marché et causait quelques désagréments.

La plupart du temps, comme pour cette fois-ci, le garçon balançait un objet avec son pouvoir pour faire exploser une bombonne de gaz, sans blesser personne, mais ce simple fait permettait aux esclaves de l’arrivage de s’enfuir. Des hurlements de crainte du à l’explosion retentissaient, mais pas seulement, la rage des marchands esclavagistes s’entendait également. Certains envoyaient déjà leur garde à la recherche des fuyards. Si par malheur, les esclaves arrivaient à atteindre le troisième étage, ils auraient l’immunité, donnée par Erianisa.

Tout le monde sur Adonis le savait, même les nouveaux esclaves. C’était leur seule chance d’éviter d’être vendu et aujourd’hui, quelqu’un leur facilitait cette chance. Le chef mandralore aperçut le coupable. Il l’indiqua et ordonna l’attaque. Nash, à l’abri derrière une barrière de sécurité, se releva aussitôt et prit ses jambes à son cou. Mieux ne valait pas rester sur place. Il fonça à travers le réseau de chemin tortueux des ventilateurs.

La plupart des gosses d’Adonis connaissaient tous les chemins par cœur. Erianisa lui avait fortement conseillé de connaitre le dôme comme sa poche. À coup de baffe de Kromas, il avait fini par tout retenir comme convenu. Odany et Xatmer l’aimaient bien, mais cela ne les empêchait pas de frapper comme des forcenés quand l’ordre était donné. Nash n’avait pas besoin de se souvenir à quelque point une claque de Kromas faisait mal. Ses joues s’en souvenaient très bien, tout comme les coups de poing d’Alone.

D’ailleurs, le fait de penser à son ami d’enfance le fit apparaitre à ses côtés. Comment faisait-il pour le retrouver à chaque fois ? Alone devait avoir des antennes, ce n’était pas possible autrement. Alone courait plus vite que lui. Les Vargas avaient hérité de longues jambes. Les courses, ils adoraient ça. Ils gagnaient tout le temps d’ailleurs. Des cris retentirent derrière eux. Le garçon se retourna et aperçut les mandralores.

Son pas de course reprit de plus belle. Les mandralores, malgré leur taille et leurs épaules larges, arrivaient à les suivre sans trop de problèmes. La course reprit de plus belle sous les hurlements de rage derrière eux. Tourner à droite, à gauche, sauter au dessus des débris, tourné à nouveau à gauche puis à droite. Depuis combien de temps couraient-ils ainsi ? Dix minutes, une demi-heure ? Voir une heure ? Impossible vraiment de le savoir dans les couloirs incessants des ventilateurs. Heureusement pour eux, ce secteur était inactif pour maintenance. Parfois, les deux garçons croisaient les techniciens. Ceux-ci ne faisaient même plus cas d’eux. Ils en avaient tellement l’habitude. Ces deux garçons étaient incorrigibles. Un jour ou l’autre, ils finiront par se faire attraper et recevront la pire des corrections.

Nash commençait à fatiguer. Son souffle devenait beaucoup plus bruyant. Alone jeta un coup d’œil vers l’arrière. Son ami ralentissait alors que les mandralores les coursaient toujours. Ils les avaient un peu semés, mais si Nash prenait son temps, ils risquaient fort de les revoir en visuel. Ce serait mal pour leur matricule. Ils étaient trop à découvert et leurs poursuivants pourraient se servir de leurs armes.

Alone jeta un regard autour de lui et reconnut l’endroit. Et bien, ils avaient fait pas mal de chemin quand même. Ils avaient atteint le deuxième niveau beaucoup plus rapidement que d’habitude. Nash s’améliorait. Alone se dirigea vers sa gauche. Il atteignit alors dans un entrepôt où quelques mois plus tôt avaient eu un accident créant un trou énorme coupant la route en deux. Son sourire apparut. Le jeune humain s’arrêta auprès du Vargas complètement essoufflé.

Il était écœuré. Jamais, il ne pourrait battre Alone à la course. Son ami ne semblait pas le moins essoufflé par l’effort. Il allait prendre la parole quand le coup arriva.

- Aaaaaïeee ! Hurla Nash portant la main à sa joue.

 Alone renifla.

- Bordel ! Tu es pénible. Il a fallu que tu joues encore au justicier.

- Qu’est-ce que cela peut te faire ? J’ai juste eu envie de leur donner une chance de fuir. Erianisa m’a donné le feu vert. Ça l’amuse beaucoup.

 Nouveau coup ! Nash ne pipa mot, mais il se frotta le crâne et jeta un regard métallique à son camarade. Alone abusait parfois. Du bruit retentit derrière eux. Leurs poursuivants se rapprochaient. Sans une seule hésitation aucune, Alone fonça avec rapidité vers le trou immense. Nash n’en crut pas ses yeux. Le Vargas s’envola littéralement, bougeant les jambes par-dessus le vide et retomba sur ses pieds de l’autre côté.

- Yeeeeeeeeeesssssss ! Hurla Alone, très content de lui.

 Il n’avait même pas songé une seule seconde qu’il aurait très bien pu louper son saut. Il se retourna et vit juste à temps Nash prendre son élan pour faire pareil. Ordinairement, un humain du gabarit de Nash ne pourrait pas faire ce saut. Il risquerait fort de louper et de s’aplatir contre le sol ou empaler contre un débris. Mais, le jeune humain n’était pas ordinaire.

 Nash s’élança avec violence. Il savait bien qu’il ne pourrait réussir son saut aussi parfaitement qu’Alone. Mais, il s’aidait de son pouvoir pour atteindre le maximum. Le Vargas se jeta près du vide et attrapa la main de justesse de l’humain. Il le tira et tomba de tout son corps contre le sol poussiéreux. Nash s’écroula sur son ami. Heureusement qu’Alone ne le laissait jamais tomber.

 Il se redressa, assis en califourchon sur Alone. Nash souriait tout joyeux. Il avait réussi un exploit. Alone grogna et frappa à nouveau son ami.

- Espèce de débile, de dégénérer à la noix ! J’aurais pu te louper, abruti.

- Ferme-la, Alone !

 BAM ! Un autre coup pour la peine ! Nash se mit à rire tout en frottant sa joue. Alone ne connaissait vraiment que les coups pour se faire comprendre.

- Ok, je suis désolé de te faire du souci, Alone.

 Le Vargas renifla. Il s’écria :

- Lève-toi, imbécile ! Tu deviens lourd.

 Nash haussa les épaules et se redressa sur ses pieds. Alone se releva, soulagé. Puis, il attrapa la tête grise du gamin et lui frotta le crâne contre son poing tout en râlant. Quand Nash était arrivé sur Adonis, ces cheveux étaient d’un noir profond, mais petit à petit, peut-être à cause du choc de la violence subit, la couleur avait blanchi jusqu’à devenir aussi métallique que la couleur de ses yeux. Erianisa les aimait bien alors elle lui avait interdit de les couper. Il lui arrivait à mi-dos maintenant. Ils étaient souples et soyeux. Alone aimait bien les brosser, mais il ne l’avouerait jamais.

 Un coup de feu et une étincelle contre un débris de métal les firent sursauter. En jetant, un regard dans la direction d’où venait le tir, ils aperçurent les mandralores, prêts à tirer à nouveau. Alone ne perdit pas de temps. Il attrapa le bras du jeune humain et les deux garçons filèrent vers la sortie de l’entrepôt. Dès qu’ils arriveraient dans le nouveau couloir de ventilation, ils seraient à l’abri des attaques. Ils pourront alors rentrer chez Erianisa sans plus aucun souci. Bon, ils risquaient fortement de se faire fracasser le crâne par Odany quand celui-ci entendra parler de leur nouvel exploit, mais bon, ce n’était rien en comparaison de ce qu’ils venaient d’échapper.